C’est fou de voir à quel point nos actes, pensées et actes de tous les jours renseignent sur notre état d’esprit, et même pire, nos complexes si profondément ancrés !
Dans ce blog, je m’exprime sur une pluralité de sujets, sujets qui, le plus souvent, me poussent à réfléchir un peu plus profondément suivant les rencontres que je suis amenée à faire, les conversations que j’ai, ou encore les réflexions et/ou expressions entendues ça et là …
Le post que vous lisez présentement est motivé par ce dernier état de fait, à savoir les réflexions que l’on a eu à me faire …
En grande anti – conformiste un tantinet  » rebelle «  que je suis, certaines phrases que j’entends ont le don de me hérisser et me font arriver à la conclusion qu’il y a véritablement une multitude de choses qui ne tournent pas rond dans le monde (surtout africain) d’aujourd’hui.
Sous prétexte que je ne ressemble pas à une Sénégalaise, un de mes compatriotes m’a taxée de  » toubab  » ! Ce mot m’a fait tiquer et m’a fait cogiter quasiment toute la soirée durant …
Le mot  » toubab «  est le qualificatif par lequel, en Afrique sub – saharienne, l’on désigne le ressortissant européen, en d’autres termes le colonisateur … Ledit qualificatif connaît des variantes suivant les aires géographiques : en malinké, l’on fera état de  » toubabous « , alors qu’en ouolof, on désignera l’Européen par le sobriquet  » toubab  » ou encore  » tubaab « .
Dès la fin du Moyen – Âge, des commerçants et des explorateurs entrent en Afrique et installent des comptoirs commerciaux tout le long du littoral africain et s’évertuent à faire du commerce en pratiquant massivement l’importation de  » nos  » ressources. À partir du XVIIIe siècle, plus précisément durant les années 1870, les Européens vont prendre le relais et vont s’engager dans ce que l’on appelait à l’époque  » la course au drapeau « . Ils mettent en place des structures administratives et constituent des  » colonies « , qui étaient délimitées par des frontières fort arbitraires et régies selon la zone géographique. Durant cette période, les contrées africaines ont souffert, à des degrés différents, de bouleversements économiques, sociaux et surtout culturels, d’une division arbitraire et d’un asservissement politique.
Face à cette situation, les vélleités d’indépendance se manifestent un peu partout dans les colonies, et le nationalisme devient un courant de pensée : c’est l’amorce de la décolonisation et le début des indépendances. De sorte qu’à la fin des années 1970, toutes les anciennes colonies ont acquis leur souveraineté nationale.
L’Afrique sort de cette période de colonisation plus affaiblie et endettée que jamais. Les gouvernants, ayant la lourde charge de mettre sur les rails ces Etats  » neufs « , qui étaient le plus souvent affaiblis et tentaient de se (re) construire.

Cinq décennies ont passé depuis l’accession à la souveraineté nationale de nos Etats africains. Ceux – ci gardent pour la plupart des rapports  » cordiaux  » et  » fraternels  » avec les colonisateurs d’autrefois. Lesdits colonisateurs, dans un souci  » d’aider  » leurs anciennes colonies dans leur longue marche vers l’émergence et le développement, interviennent quand il y a des conflits, leur fournissent de substantielles  » aides  » au développement, s’insurgent contre la gestion étatique de tel ou tel autre dirigeant dont la gouvernance laisse à désirer et est jugée plus ou moins chaotique … 

C’est ce qu’on appelle le néo – colonialisme. Le mal le plus latent, suivant ce que j’ai observé, se situe au niveau de nos mentalités … Celles – ci, phagocytées, formatées et si je puis me permettre, lobotomisées, de telle sorte que tout ce qui ne vient pas de l’Occident ne mérite aucune forme de considération, sont les plus à plaindre.
Comme je l’ai mentionné dans l’introduction du post, le fait que l’on m’ait taxée de  » toubab  » montre à quel point nous sommes profondément atteints, et comment l’Occident est omniprésent dans nos vies de tous les jours …
Kwame Nkrumah, dans son livre Le néo – colonialisme, dernier stade de l’impérialisme, en fait état de façon fort éloquente :  » L’essence du néo – colonialisme, c’est que l’Etat qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité, son économie, et par conséquent, sa politique, sont manipulées de l’extérieur  » … Dans cet ouvrage, Mr Krumah nous montre que le néo – colonialisme, insidieux et complexe, est encore plus dangereux et nuit plus que le  » vieux «  système colonial. 
Le mal est là, et intervient à tous les échelons de nos sociétés (africaines) contemporaines. Nous voulons, autant que faire se peut, nous rapprocher du modèle occidental :
– notre nourriture, en consommant des mets dits  » toubabés « ,

– quand l’on se démarque un chouya et tentons de nous affirmer par nos idées, nous sommes taxés de  » toubabs « 

– les femmes Africaines érigent le modèle caucasien en modèle de beauté universel, en se dénaturant la peau au moyen de la dépigmentation et aussi en abhorrant la texture naturelle de leurs cheveux, crépue à souhait

– nos étoffes africaines sont mises au ban (et non pas banc) de notre garde – robe au profit des cotonnades européennes, sous forme de costumes, jupes et tailleurs  » à l’occidentale « 

Thomas Sankara, grand chantre du panafricanisme et de la lutte anti – impérialiste, en a fait son cheval de bataille, et a oeuvré sa vie durant, à tenter d’estomper les stigmates de l’esprit néo – colonisé qui  » nous  » anime. Dans une des ses célèbres adresses à la nation burkinabé (mais aussi africaine toute entière), il dit ceci :  » La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit néo – colonisé qu’il y a dans nos pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins « .

Au terme de ce post, un peu plus long qu’à l’accoutumée, je n’ajouterais que ceci :  » LEVONS – NOUS ET BATTONS – NOUS ! CAR NOTRE DESTIN EST ENTRE NOS MAINS !  » 

Bonne lecture !

NFK

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6 réflexions sur “Nous sommes si profondément atteints …

  1. J’ai lu ton texte en me reveillant, et comme d’habitude il est bien écrit. Pourtant j’ai l’impression que tu te perds dans le développement de ton idée.
    Si j’ai bien compris ce qui a aminé l’écriture de ce post c’est la réflexion « toubab ». Dans quel contexte elle a été faite?
    Toi, la « toubab » tu es sûrement une « complexée » aux yeux de ton ami parce que tes idees, tes habitudes ton attitude… lui semblent trop éloignées de celles d’une bonne vieille sénégalaise.
    Et toi tu l’accuses (si j’ai bien compris) de complexé pour avoir fait référence à l’ancien colonisateur: »Comme toujours un autre pour qui tout prend un sens avec le blanc. Si c’est pas ses cheveux qu’on veut avoir, c’est sa peau ses yeux…ses tissus, ses couleurs. On s’ approprie mm ses heros . Ne voyez vous donc pas que vous etes aliénés?
    Et vous vous renvoyez la balle…
    Le complexe peut avoir plusieurs visages. Tanto il se manifeste par le rejet de tout ce qui est oxidental ou au contraire en copiant sans cesse le modèle européen.
    On est a l’heure de la mondialisation et de la liberte. C’est une chance de pouvoir s’ inspirer de plusieurs cultures pour enrichir nos vies. Quelqu’un qui aime s’ exprimer en bon francais n’est pas un vendu pas plus que celle qui se defrise ou qui se depigmente la peau. C’est un choix et il n’y a pas aucune explication raciste à cela. C’est en emmettant ce genre d’idees que l’on s’ emprisonne nous meme dans des « codes » (du vrai africain) pour revenir accuser le blanc d’etre la cause de tous nos malheurs.
    Je ne ss pas tres bonne ecrivaine t’excuseras mes erreurs d’hortographe.

  2. Coucou Madeleine !!
    Merci infiniment d’avoir pris le temps ma petite bulle 🙂 J’apprécie vraiment beaucoup !!
    Comme mentionné plus haut, la rédaction de ce post a en effet été motivée par le fait qu’on m’ait traitée de « toubab » et tout le long du développement de cet article, je tente de retracer un tant soit peu la relation qui nous lie au colonisateur et NOTRE tendance, en tant qu’Africains néo – colonisés, à penser que tout ce qui vient de l’Occident, ou à fortiori, tout ce qui s’y rapporte est … MEILLEUR ! D’où l’illustration avec les exemples cités 🙂
    Pour en revenir au sujet qui a initié l’article, en bonne Sénégalaise que je suis, force est de reconnaître que le fait que l’on me taxe de  » toubab  » n’est pas une joie, car cela voudrait dire que les valeurs qui font ma sénégalité ne sont pas en moins.
    Pour aborder le dernier point de ton comment, celui ou celle qui se défrise ou se dépigmente n’est pas un  » vendu « , mais quelqu’un qui se renie … tout bonnement 🙂

  3. Pour les 2 premiers points ton avis est donné le mien aussi seulement je ne sais pas si on s’ entend ou pas. Waxtaanou goumbeu… lol ce qui est sur c’est que la dernière question ne nous unie pas du tout mais n’est ce pas tout l’intérêt de l’échange? 🙂 je pense que cette histoire de « black and proud » est une version nouvelle de la negretude. Ce qui n’a pas changé depuis l’époque du fameux trio scd c’est que ce virus ou plus positivement cette prise de conscience ne touche, pour la plupart du temps, que ceux qui ont habité en métropole. Vas savoir pourquoi.
    C’est un plaisir de participer au forum. Bonne continuation Nfk

    1. Tu l’as dit, la richesse d’un échange se situe dans le fait que l’on ne peut ne pas être d’accord, mais chacun (e), avec le point de vue qui est le sien, s’évertue à convaincre (ou pas) l’autre … 🙂

      Ce regain d’intérêt, même s’il est « tardif » et a tendance à prendre des proportions quelque peu énormes, ne peut nous être que bénéfique 🙂
      Tu seras d’accord avec moi là – dessus.

      Anytime, ce sera toujours un plaisir de discutailler avec toi ❤

  4. Salut !
    Macha’ Allah le texte est bien écrit; cohérent… comme à l’accoutumé d’ailleurs.
    Mais j’ai fait la même remarque que Madeleine Lopis sur le mot  » TOubab »..
    Apart ça, le reste est limpide

  5. J’ai aimé l’article et le début de débat dans les commentaires. Noir et fier à mon sens est loin d’être un simple concept, comme le suggère Madeleine dans son commentaire. Noir et Fier, c’est tout simplement accepter que cette notion de noir honnie pendant des siècles et notamment depuis la colonisation, n’est pas à détester. Que cet Homme noir assimilé au singe n’a rien à envier à une autre race sur terre. Pour moi, il ne s’agit pas de renier absolument les pratiques externes, il ne s’agit pas de supposer que le noir est supérieur aux autres races. Il s’agit simplement d’accepter que ce qui nous est propre, ce qui existait chez nous avant la colonisation, n’est pas nul, n’est pas honteux, and so on and so forth. Oui, la diversité est une force mais accepter la diversité sans savoir d’où l’on vient est bel et bien de l’aliénation. Mais les extrêmes pour moi aussi sont néfastes. Manger de la nourriture autre qu’africaine, ce n’est pas être un vendu, c’est juste être ouvert au monde, aux autres cultures, pouvoir s’adapter. Mais bon. Va lire l’article que je viens d’écrire lol, j’en parle plus. Bisous.

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