Publié dans Music

Awadi : Présidents d’Afrique

Mieux vaut tard que jamais …

ImageAujourd’hui, j’ai (enfin) reçu et écouté l’album de Didier Awadi, Présidents d’Afrique. Et dire que l’album est sorti en 2010 ! On me taxera à coup sûr de has been ou encore d’arriérée, mais je persiste à croire que les bonnes choses durent toujours (dans le temps) et qu’en matière de musique, les vieux albums sont toujours les meilleurs, surtout si les thèmes qui y sont développés sont encore et toujours d’actualité …

Et c’est assurément le cas avec Présidents d’Afrique … L’album est donc sorti en 2010 … 2010 est une année repère en Afrique, car la plupart des pays africains, du Cap au Caire, ayant accédé à la souveraineté nationale, l’année 2010 marque le 50e anniversaire de ces « indépendances » …

L’album constitue pour ainsi dire une mise en musique de différents discours des pères de l’indépendance, qui se sont battus pour que leurs pays brisent les chaînes de l’asservissement, de la soumission et du colonialisme, mais aussi ont toujours cru aux potentialités du peuple noir à travers l’entraide, l’unité et surtout la foi en nous : Thomas Sankara (encore et toujours), Nasser, Nelson Mandela « Madiba », Modibo Keïta, Cheikh Anta Diop, Julius Nyerere, Patrice Lumumba, Frantz Fanon, Amilcar Cabral, Norbert Zongo …

Pour la jeune novice que je suis, je dirais que Présidents d’Afrique est non seulement un album fort enrichissant, mais aussi un livre d’histoire qui me permet d’en savoir un peu plus sur ce continent qui m’est (nous) si cher …

Tracklist :

*Dans mon rêve : avec en fond sonore les voix combinées de Martin Luther King (lors de son mémorable discours du 28 Août 1963 devant le Lincoln Memorial) et celle d’Obama (lors de sa nomination en tant que Président des USA), cette chanson est un hymne à l’espoir …

Le fameux « Yes We Can », célèbre phrase de Obama, revient de nombreuses fois dans le chorus. Une façon de nous exorter à y croire, encore et toujours et à nous battre pour le renouveau de la terre – mère.

Comme le dit Awadi : « le rêve est réel, l’utopie est le rêve » … Les sabars du célèbre percussionniste Doudou NDiaye Rose se mêlent harmonieusement au flow saccadé de Awadi, pour le délice de nos oreilles …

*Comme Nasser : Comme Gamal Abdel Nasser, l’une des figures les plus influentes du monde arabe du XXe siècle, à travers la lutte anti – impérialiste et le refus de courber l’échine devant l’Occident, nous devons nationaliser nos affaires et nous radicaliser …

A l’image de ce qu’il convient d’appeler la « crise du Canal de Suez », nous devons nationaliser nos richesses telles que l’uranium et le pétrole, afin que cessent les tragédies et que nos dirigeants soient à même de prendre les décisions qu’il faut …

*Amandla : apImagerès vingt – sept années passées sous les verrons, Nelson Mandela est libéré 11 Février 1990, et devient ainsi le héros de toute une nation … Un des grands apôtres de la lutte anti – apartheid, la ségrégation raciale qui prévalait en Afrique du Sud, il sera élu premier Président noir de son pays en 1994, et entre ainsi dans l’Histoire.

Sur fond de musique zoulou, cette chanson prône l’unité et la reconnaissance de tout un chacun en tant qu’entité totalitaire, et non en tant que groupuscules dominateurs.

Together as one … The Lord gave the world to all, and no to one !

Tout un symbole …

*Woye : We don’t wanna suffer anymore, we just wanna eat so more ! Partout dans la rue, on tend la main, on veut du pain, on crie woye !

Les populations (africaines) crient leur ras le bol face à leurs conditions de vie dramatiques, une vie de galère et de misère, les flambées du prix de première nécessité, et le Gouvernement ne comprend pas !

De Douala, en passant par Ouaga, Niamal, le Caire, Jo’Burg, Dakar, le cri est le même : il faut que ça cesse !

La voix off de Thomas Sankara nous exhorte à continuer le combat et de bannir à jamais les normes capitalistiques du système que l’on nous impose éhontément !

La patrie ou la mort … Nous vaincrons !

Image*Roots : you can hate Africa, but not hating yourself !

Dans cette chanson, Awadi fait face à ces aliénés, ces complexes qui veulent “effacer” leur appurtenance à la race noire, et veulent, a contrario, du modèle caucasien : couleur de peau, coiffures …

Nous devons être fiers de nos racines, de nos « roots » sous peine d’être les derniers : nitt bu nioul binga doone, nangoul linga doone, li bone mooy nga bok thi gnii mudjé !

La voix off de Malcolm X, autre défenseur de la couleur noire, en est l’illustration parfaite …

*Freedom : la liberté …

Haïti, la Martinique, la Guadeloupe … Ces peuples opprimés, opprimés, qui doivent briser les chaînes et lever la tête pour des lendemains meilleurs …

Aimé Césaire, grand chantre de la négritude, Toussaint Louverture, le Roi Christophe, sont autant de modèles dont nous devons nous inspirer …

Lève le poing missié et crie freedom !

*We must unite : l’Afrique n’est pas démunie, mais seulement désunie … L’Afrique n’est pas pauvre, tous les jours on l’appauvrit … L’Afrique n’est pas laide, sous nos yeux on l’enlaidit …

Kwame Nkrumah, père de l’indépendance du Ghana, n’a eu de cesse d’en faire sa lutte toute sa vie durant … Awadi chante un espace unique, des partenariats uniques (sud – sud au lieu de nord – sud), une monnaie unique, pour des Etats – Unis d’Afrique …

*Uhuru : Joma Kenyatta, homme politique kenyan est le père de la nation kenyane et à ce titre, a fait de la lutte contre l’asservissement son cheval de bataille …

Une de ces citations relatant les activités de l’empire colonial britannique est restée célèbre : « Ils avaient la Bible et nous la terre. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Quand nous les avons ouverts, nous avions la Bible et eux la terre ».

*On n’a plus le choix : on n’a plus le choix, Modibo nous met d’accord !

Cette chanson a une double portée selon moi : chanter les louanges de Modibo Keïta, grand chantre de la lutte anti – impérialiste, pionnier du non – alignement et père de l’indépendance du Mali, mais aussi faire prendre conscience à tout Africain digne de ce nom que nous n’avons plus le choix et que l’avenir de l’Afrique se construit … maintenant !

Image*Oser inventer l’avenir : la devise de Thomas Sankara, grand révolutionnaire devant l’Eternel, initiateur de la Révolution au Burkina Faso et amoureux de l’Afrique, au point d’avoir été le visionnaire et le combattant de toutes formes d’inégalités et d’exactions, à travers son programme qui voulait radicaliser la vision de l’Afrique qu’avaient les autres, et ainsi montrer que les élites aliénées ne peuvent aucunement nous gouverner !

*Une seule origine : Cheikh Anta Diop, égyptologue, anthropologue, historien sénégalais n’a eu de cesse de défendre sa thèse qui consistait à dire que l’Afrique Noire est le berceau de l’humanité … Thèse contestée cela va sans dire … Mais il défend mordicus que l’histoire a été falsifiée, et les générateurs occidentaux en sont coupables !

Toutankhamon, jusque Ramsès II, autant d’ancêtres qui nous ont balisé la voie et à partir de là, nous devons savoir que tout passe par nous et l’Afrique doit savoir qu’elle est en possession de TOUT !

*We are also praying : Juliuys Nyerere, l’un des principaux représentants du socialism africain et défenseur ardent du panafricanisme, est un homme politique tanzanien …

Il fut le Président de ce pays, et revendique ardemment l’unité africaine : « Sans unité, les peuples d’Afrique n’ont pas de futur, sauf comme perpétuelles et faibles victimes de l’impérialisme et de l’exploitation ».

*Ensemble : Patrice Lumumba, homme politique congolais, a fait de son cheval de bataille l’unité du Congo, quand celui – ci accéda à la souverainté, la lutte, le respect des engagements …

Avec la fin tragique qui fut la sienne, la question se pose encore et toujours de l’unité et du renouveau du Congo, pays victime de sa richesse …

Tout ne peut se faire qu’ensemble : travailler, bâtir, se donner la main …

*Samora : a luta continua ! Samora Machel est un homme politique mozambiquain et premier Président de la République populaire du Mozambique …

Comme ses pairs à travers le continent, la lutte pour rehausser son pays sur les hautes sphères de la démocratie et de l’émergence a été son cheval de bataille …

*La patrie ou la mort : vivre Africains, c’est la seule façon de vivre libres … C’est la seule façon de vivre dignes …

En duo avec l’excellent Smockey, dont le flow d’une rare finesse n’a d’égal que l’engagement pour une Afrique unie et prospère, cette chanson, en plus d’être un hommage au Capitaine Noël Isidore Thomas Sankara, est un superbe tracé du parcours et de l’idéologie de Sankara …

Image*Non : Sékou Touré, premier Président de la République de Guinée, martelait toujours qu’il préférait la pauvreté dans la liberté que la richesse dans l’esclavage …

Résistant, dont l’héritage a été quelque peu controversé, car mis à mal dans une tentativ de « diabolisation » de la part de l’Occident, il s’est toujours évertué à dire non de manière catégorique à tout aménagement d’un régime colonial et à tout esprit paternaliste …

*Cabral : Amilcar Cabral, Abel Djassi de son surnom, est l’un des meneurs de la lutte indépendantiste en Afrique lusophone, occidentale, mais aussi astrale …

Comme ses pairs, il a porté à bout de bras les valeurs africaines et en a fait un mode de vie …

*Ce qui nous lie : Yandé Codou Sène, grande cantatrice sérère, griotte attitrée de feu le Président Senghor, accompagne Awadi dans ce sublime morceau …

Ce qui nous lie est au – delà de l’histoire, dixit le Président – poète …

Ce qui nous lie est antérieur à la colonisation, et est cette communauté culturelle appelée l’africanité …

*Racisme : le racisme, ce mal qui gangrène notre époque, est le fruit de l’ignorance …

Tout au long de la chanson, Awadi retrace les déclarations erronées de ceux qui font preuve de racisme et croient, à tort, en savoir plus que les autres.

Frantz Fanon nous en dépeint quelques et nous montre à quel point le racisme est latent …

*Le silence des gens bien : la pire des choses, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien … On ne donne pas la parole à quelqu’un, mais on l’arrache …

Tout au long de la chanson, Norbert Zongo, journaliste engagé, panafricaniste, aux prises de positions fort osées, fait une critique sévère de cette puissance coloniale qu’est la France qui veut, selon elle, notre « bonheur » …

ImageL’esclave : l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort …

Du Sankara, encore et toujours, pour boucler la boucle et ainsi nous (re) dire encore une fois que le salut de l’Afrique est entre nos mains !

Bonne lecture & chapeau l’artiste !

NFK

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