ImageLe Burkina Faso est un pays qui me fascine à bien des égards …

Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, entouré du Mali, du Niger, du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire est un pays à l’histoire riche et ayant engendré des hommes de valeur …

Signifiant littéralement « patrie des hommes intègres », anciennement République Voltaïque, le Burkina Faso est une grande nation. Libérée du joug national, le pays se verra insuffler un vent de renouveau politique et socio – culturel sous la houlette de Thomas Sankara, l’homme du 04 Août 1983.

Quand on parle de République Voltaïque, on pense tout de suite à Thomas Sankara … Mais comme Burkinabé de valeur, on peut citer Joseph Ki – Zerbo, historien et homme politique, qui a beaucoup œuvré, agi et écrit pour le renouveau du continent … Et aussi Norbert Zongo …

Norbert Zongo …

Né en 1949 dans la cité de Koudougou, Norbert Zongo est d’abord instituteur, avant de se tourner vers le journalisme. Il suivra sa formation à Lomé (Togo) puis à Yaoundé (Cameroun), avant de revenir au Burkina dans les années 1980. Il est engagé par le Sidwaya (la vérité est là, en mooré), quotidien d’Etat, et collabore à d’autres journaux privés. Sa plume affûtée n’hésite pas à critiquer la vie politique nationale de l’époque … Il est alors affecté à Banfora, à 450 km de la capitale ! Refusant de se taire, il démissionne pour créer son propre journal, L’Indépendant, en juin 1993.

Sous le sobriquet d’Henri Segbo, il publie des enquêtes retentissantes sur le système de corruption et d’escroquerie, trop souvent liées à la gouvernance politique, les violations des droits de l’Homme, les atteintes aux libertés publiques … A travers ses investigations, il démêle les dossiers sensibles, convaincu qu’il ne pouvait y avoir de démocratie sans liberté de la presse. Dès la parution de son journal et jusqu’à sa mort, il n’hésite pas à relater les histoires sombres de la 4e République, qui étaient mises à nu, analysées, commentées. Il apportait du réconfort aux victimes des injustices, et de fait les tortionnaires de celles – ci le craignaient.

En 1998, Norbert Zongo s’empare de ce qui deviendra  » l’affaire David « : David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré (conseiller à la Présidence et petit frère de l’actuel Président), est arrêté fin 1997 avec 3 autres employés, accusés de vol d’argent. Détenus plusieurs semaines, ils sont interrogés et torturés par des membres de la garde présidentielle. En janvier 1998, David meurt des suites de ses blessures. Norbert Zongo enquête et conteste le fait que cette affaire de vol ait été confiée à des hommes de la garde présidentielle, qui n’ont aucun pouvoir en matière d’enquêtes judiciaires. Cette affaire fait beaucoup de bruit, dérange les plus hautes sphères de l’Etat et vaut au journaliste de recevoir de nombreuses menaces. On tentera d’abord de l’acheter, sans succès.

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Cinq jours plus tard, le 13 décembre 1998, on retrouve un véhicule incendié, à 100 km de Ouagadougou, sur la route de Sapouy. A son bord, quatre corps carbonisés, dont celui de Norbert Zongo. Les auditions et les expertises ordonnées par la commission d’enquête indépendante déterminent que le journaliste et ses compagnons ont été victimes d’un attentat criminel. Les moyens mis en oeuvre et l’organisation du guet-apens démontrent que rien n’a été laissé au hasard : il s’agit d’un assassinat. Mais l’enquête est bafouée: en plusieurs années d’instruction, quelques suspects, une condamnation, le dossier n’avance pas, et le procès Zongo se conclut par un non-lieu en juillet 2006.

Chaque année, le 13 décembre est chômé dans l’ensemble du Burkina, plusieurs événements sont organisés dans différentes villes pour célébrer l’anniversaire de la mort de Norbert, pour ne pas oublier et pour demander la réouverture de l’affaire.  » Ouvrez le dossier Zongo, le peuple est déterminé ! », « 1998-2009 : 11 ans d’impunité, c’est trop ! « 

Alpha Blondy lui a dédié une magnifique chanson, intitulée  » Journalistes en danger « , dans laquelle il salue son engagement et s’insurge contre cet assassinat injuste. Vous pourrez  visionner le clip juste ici : http://www.youtube.com/watch?v=gewAvCCz9c4&hd=1

De plus, Norbert Zongo maniait à merveille le verbe, s’exprimant avec une rare éloquence et ne cessait de haranguer la nouvelle génération d’Africains, l’espoir de tout un continent. Ici, une de ses nombreuses adresses à la jeunesse : http://www.youtube.com/watch?v=IHaOmizWYlg

Le film Borry bana* retrace la vie et l’oeuvre de Norbert Zongo. Sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=pIZRrwcm2Lk

Borry bana * : expres­sion en langue bam­bara qui veut dire  » la fuite est ter­minée ”. Déjà util­isée par le célèbre com­bat­tant africain Samory Touré, Nor­bert Zongo l’utilisa lors de la fon­da­tion de son jour­nal “ L’Indépendant ”, mar­quant du même coup la fin de son nomadisme cir­con­stan­ciel et sa déci­sion d’affronter son des­tin.

Repose en paix résistant !

Bonne lecture !

NFK

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