Publié dans Ils ont dit

Mais comment faisait – on avant internet ?

cequejaidanslatête

Je me pose tout le temps cette question … Comment faisait – on avant internet ? Comment vivait – on avant internet?
Personnellement, j’ai du mal à me rappeler de ce qu’était ma vie avant internet. J’ai l’impression que cet outil magique qu’est cette immense toile a toujours fait partie de ma vie.
Eh ben non, en fait !!
A ma naissance, il y a de cela deux décennies, internet n’existait pas; celui – ci n’ayant fait son apparition qu’au début des années 90 avec la popularisation du World Wide Web. Et par la suite, la somme de tous ses développements a conduit à la création du « réseau des réseaux » (network of networks). Réseau qui s’est d’abord étendu au travers des pays occidentaux, avant d’effectuer une descente chez nous, en Afrique …
J’ai eu mon 1er ordinateur, un énoooorme Pentium I ou II (je ne sais plus) IBM, et au…

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Publié dans Bouquinage

Lu et approuvé : L’hibiscus pourpre de Chimamanda Ngozi Adichie

Le Nigeria regorge de belles plumes …

Chinua Achebe et son inoubliable Le monde s’effondre, ouvrage intergénérationnel qui rejoint les classiques que je ne cesse de lire et relire, Sefi Atta, dont le livre Le meilleur reste à venir est suintant de sensibilité et de vérité (s), mais aussi l’inégalable Ken Saro Wiwa  qui a écrit Soza Boy, un livre relatant avec une rare justesse la guerre du Biafra qui a sévi au Nigeria, dans le même esprit que les superbes livres de Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé et Quand on refuse on dit non, dont j’ai parlé ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/03/29/kourouma-lesthete/. J’aime le style des auteurs que je viens de citer, pour deux raisons :  les thématiques qu’ils traitent, mais aussi la façon qu’ils ont de le faire, mêlant africanité et modernité, écrivant en anglais (ou français pour les versions traduites) et leur fameux dialecte, le pidgin, mêlant anglais et langage de la rue, musical et endiablé.

Dans cette optique, je me suis mise à la quête de nouveaux auteurs nigerians, de la jeune génération, cette fois – ci. Et c’est ainsi que je suis tombée sur un TED Talk (mini conférence axée sur un sujet, durant lequel l’intervenant parle d’un sujet donné durant un court instant), dans lequel Chimamanda Ngozi Adichie officiait. Je suis littéralement restée scotchée devant l’écran, la jeune dame m’a bluffée par son assurance, son bagout, et last but not least, la maîtrise de son sujet. Vous pourrez visionner la vidéo juste ici : http://www.ted.com/talks/chimamanda_adichie_the_danger_of_a_single_story.

adichieEt j’ai voulu en savoir plus. Je me suis littéralement jetée sur ses livres, notamment le brillant ouvrage L’hibiscus pourpre, qui motive l’écriture de ce post. Mais il y a aussi Americanah, Autour de ton cou … Quand je viendrais à bout de la montage de livres qui m’attend, j’écrirai des notes de lecture sur ces bouquins … Il va falloir que j’arrête d’être une acheteuse compulsive (de livres) ! Mais ceci est un autre débat …

Ce livre m’a séduite, émerveillée, mais aussi bouleversée à un point inimaginable ! L’histoire se passe au Nigeria bien entendu, et met en scène Kambili et Jaja, deux adolescents élevés dans un fondamentalisme, pour ne pas dire fanatisme religieux le plus absolu par un père qui pense que la religion est le seul moyen de s’élever dans l’échelle sociale.

Kambili a 15 ans, elle est une adolescente sérieuse, un peu trop même, jeune fille modèle élevée dans l’adoration respectueuse d’un père érigé en icône de vertu : propriétaire d’usines de biscuits et de boissons, mais aussi du seul journal du pays qui ose s’opposer à la junte militaire arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, c’est un notable généreux avec son entourage, un catholique fervent – « pur produit du colonialisme », disent certains –, soucieux d’éduquer ses deux enfants – Kambili et son frère Jaja, 17 ans – dans la foi de Dieu, la crainte de l’Enfer et le surpassement de soi. Un souci de droiture qui confine à la tyrannie.

804690-gfKambili est la narratrice de l’histoire, et le roman est écrit à la première personne du singulier. Son point de vue reflète les schémas de pensée du père, omniprésent dans la vie de Kambili : œil qui la suit partout, sur les bancs du collège comme dans la concession du grand-père paternel, un « païen » sinon renié du moins boycotté par son fils pour avoir refusé d’épouser le christianisme et d’abandonner les rites traditionnels de leur ethnie, les Ibos.

Mais un évènement a priori anodin va lézarder l’emprise du père sur ses enfants. Kambili et Jaja partent séjourner quelques jours chez leur tante Ifeoma et ses trois enfants, des cousins qu’ils ne connaissent quasiment pas. Ils y découvrent une vie simple, sans chauffeur ni servante, sans sermon ni restrictions. Sans père aussi : le mari de « Tatie Ifeoma » est mort quelques années plus tôt dans un accident de la route. Les cousins de Kambili grandissent dans un climat de liberté où la jeune fille se sent perdue, désarçonnée, inadaptée. Sa bouche refuse de laisser s’échapper aucun son dans les conversations familiales animées où la répartie et le rire règnent en maîtres ; ses yeux voient son frère s’épanouir comme les fleurs d’hibiscus pour lesquelles il s’est pris de passion, passant le plus clair de ses journées à jardiner ; son cœur se met à battre, pour la première fois, pour un visiteur de la famille qu’il lui est interdit d’aimer, tandis que l’image du père se flétrit imperceptiblement dans sa tête.

Le roman est subdivisé en trois actes – le dimanche des Rameaux, avant et après – et un épilogue, L’Hibiscus pourpre, on l’a compris, dénonce, avec beaucoup de subtilité, les abus du dogme – religieux – et les dangers de l’emprise d’une personne sur une autre – du père sur sa fille. C’est aussi un roman initiatique : la Kambili de la fin n’a plus rien de commun avec la jeune fille naïve des débuts. Sous la plume de Chimamanda Ngozi Adichie, on vit avec elle les bouleversements existentiels qui s’opèrent avec plus ou moins de brutalité : l’écriture de la romancière, sensible et émouvante, nous mène au plus près du ressenti de l’adolescente… avec bien trop de précision, de nuance, de complexité et de talent pour que le texte vire à la littérature adolescente, justement.

Enfin, le tableau ne serait pas complet si je ne mentionnais pas, en arrière-plan, la description tout en finesse de la société nigériane dans sa diversité, ses inégalités et les difficultés auxquelles une partie est confrontée – coupures de courant, pénurie d’essence, etc. – et, en détails, les mots en ibo et les mets dépeints par l’auteure pour la mise en scène des situations quotidiennes.

L’hibiscus pourpre, un livre à lire et à faire lire, surtout en ces temps où l’obscurantisme religieux a droit de cité, notamment dans ce géant aux pieds d’argile, le Nigeria …

Bonne lecture !

NFK

Publié dans Au Sénégal, Bouquinage

Lu et approuvé : Ces goulots qui étranglent le Sénégal de Cheikh Yérim Seck

Cheikh Yérim Seck est un « personnage » controversé. J’utilise le mot personnage à dessein, car dans la nature intrinsèque de cet homme, coexistent plusieurs natures.

Journaliste à l’hebdomadaire Jeune Afrique durant une décennie, il a été accusé, dans l’existence de cette fonction journalistique, de faire du journalisme « alimentaire », autrement dit utiliser ce puissant instrument qu’est sa plume pour monnayer des interviews, faire chanter hommes d’Etat et autres puissants du continent …

Rentré à Dakar, il crée Dakaractu, magazine et webzine, où ses méthodes d’écriture seront elles aussi décriées, mais il réussira tant bien que mal à installer Dakaractu dans le landerneau informationnel sénégalais.
Il y a de cela un an, plus précisément en Septembre 2013, Cheikh Yérim Seck défraie la chronique avec une sombre histoire de viol sur la dénommée Aïssata Tall … Traquenard? Amourette qui aira mal tourné? J’ai déjà donné mon « avis » sur cette rocambolesque hitoire dans l’article intitulé Le tonton et la nièce que vous pourrez consulter ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2012/09/20/le-tonton-et-la-niece/.

ces-goulots-qui-etranglent-le-senegal-de-cheikh-yerim-seckAyant mis à profit son séjour carcéral, il a publié à sa sortie un livre, Ces goulots qui étranglent le Sénégal. Beaucoup s’attendaient (moi y compris) à ce qu il s appesantisse sur l’affaire l’opposant à la demoiselle Tall, affaire qu’il n’aura que brièvement rappelée, car son ouvrage traite du Sénégal, de la situation politique, sociétale, environnementale, sportive et même diplomatique du Sénégal …
À travers 15 chapitres, l’auteur fait un diagnostic sans complaisance de ces goulots qui étranglent, obstruent et empêchent la bonne marche de notre pays …

Composé de quinze chapitres, le livre fait un constant objectif, mais surtout lucide du Sénégal d’aujourd’hui.

Dès l’introduction, l’auteur campe le décor. En faisant un rappel historique des premiers découpages institutionnels ayant existé dans notre pays, tels que les Damels, les Bracks, il relate les turpitudes du jeune Sénégal indépendant, la naissance des premiers mouvements intellectuels tels que celui fort célèbre de la négritude …

Le chapitre 1, intitulé La désertion de la réalité au profit du rêve, parle d’un problème récurrent, celui des paradis dits « artificiels », la consommation de chanvre indien qui prend des proportions gargantuesques que le Sénégalais lambda consomme pour s’évader face à la dureté du quotidien … Quotidien qui se retrouve plombé face au péril chinois, titre du chapitre 2. Les Chinois, qui non contents de spolier les parts de marché des commerçants autochtones, ont installé une véritable « mafia » entre nos murs, ont leur propre système judiciaire, en supprimant leurs compatriotes véreux, et en faisant sortir des liasses entières de devises de notre territoire … En gros, leur activité ne nous avantage en rien !

Les eaux qui mangent le Sénégal, titre du chapitre 3, parle des eaux qui menacent de « manger » le Sénégal. En effet, les eaux menacent dangereusement l’urbanisme de certaines villes du Sénégal, notamment Saint – Louis, ancienne capitale de l’AOF, qui connaît un état de délabrement sans précédent …

La plaie de la Casamance, 4e chapitre, fait un constat lucide de la situation de la Casamance, cette région du sud du Sénégal, qui fait face à une « guerilla » qui dure bientôt 30 ans … Cette guerre, qui n’arrive pas à trouver d’épilogue, fait l’affaire de beaucoup de groupuscules qui gravitent autour du conflit : rebelles qui négocient les pourparlers, trafics d’armes dont les points stratégiques se trouvent dans les pays limitrophes tels que la Gambie ou encore la Guinée Bissau … Avec le conflit casamançais,  CYS fait le parallèle avec des conflits qui ont secoué des pays africains tels que l’Angola, le Liberia … Ce conflit aura des conséquence désastreuses si l’on ne le désamorce pas, ou au moins trouver des solutions durables, car il peut conduire à l’éclatement de la bombe jeune, titre du chapitre 5 … Cette jeunesse qui constitue la majeure partie de la population sénégalaise, laissée à elle – même, est désoeuvrée, sans repère (s), car déçue de la politique telle qu’on la pratique chez nous, à savoir la politique « politicienne » …

Je pourrais continuer à égrener les chapitres de ce livre un à un et d’en faire l’apologie, mais ce serait infiniment long et ne pousserait (peut – être) pas à lire le livre …

Je les listerai juste, car ils constituent une suite plus que logique, car chacun annonce l’autre dans un enchaînement chronologique …

  • La gangrène de la lutte
  • Une culture régressive
  • Un développement faussé
  • Une école qui n’enseigne plus
  • Un Etat qui se déconstruit
  • Le Président que l’on n’a pas vu venir
  • Une première dame accusée de tous les maux
  • Une classe politique perdue dans ses calculs
  • Un environnement sous – régional dangereux
  • Un pays aux mille et un paradoxes

Inutile de dire que j’ai aimé l’ouvrage … Remarquablement bien écrit, dans un style concis, l’on sent qu’il y a un travail sérieux derrière …

Outre, le journaliste de formation qu’est CYS maîtrise les dates, les chiffres – clés, les événements historico – culturels qu’il relate et les décrit superbement … Rien que pour ça, cet ouvrage mérite d’être lu, car au – delà des différents aspects dont il traite, il propose des pistes de réflexion pour le devenir de cette chère barque qu’est le Sénégal …

Et je pense que la cause nous est tous chère !

Bonne lecture !

NFK