Publié dans Au Sénégal, Bouquinage

(Re) lu et (ré) approuvé : Une si longue lettre de Mariama Bâ

Quand j’aime un livre, je ne fais qu’un avec lui, c’est – à – dire que je peux le lire une bonne dizaine de fois et ressentir à chaque lecture le même plaisir … L’histoire me captivera, le style de l’auteur (e) m’enchantera et de l’incipit au dernier paragraphe, je connaîtrai les phrases cultes de cet ouvrage … Elles sont nombreuses, ces reliques que j’affectionne …

Les oeuvres de Kourouma (dont j’ai déjà fait mention ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/03/29/kourouma-lesthete/) font partie de cette liste, de nombre que quantité d’autres classiques africains … Ou pas …

2534En parlant de classique, Une si longue lettre de Mariama Bâ est à ranger dans cette catégorie. Oeuvre intemporelle, qui ne prend pas de ride, ce livre d’une centaine de pages captive le lecteur, quelque soit son âge, sa condition sociale et sa situation socio – professionnelle. Ne sachant trop quoi lire, je me suis mise à farfouiller dans ma pile à lire et c’est ainsi que je suis tombée sur Une si longue lettre. Le désir de relire ce livre s’est tout de suite imposé à moi.

Mariama Bâ, née à Dakar en 1929, s’est éteinte en 1981, des années avant ma naissance. Ce qui ne m’a empêchée de connaître Une si longue lettre, car cet ouvrage a longtemps figuré au programme des oeuvres littéraires de l’enseignement sénégalais.

Pionnière de la création littéraire sénégalaise, et même africaine, Mariama Bâ a aussi apporté sa pierre à l’édifice dans le domaine de la reconnaissance des femmes dans les instances de décision, dans l’octroi de certaines fonctions, en étant elle – même ardente féministe, mais aussi veillant ardemment à la transmission du savoir, enseignante de son état.

Une si longue lettre n’est pas son seul roman. Un chant écarlate est son deuxième livre, mais fut hélas publié à titre posthume. Il fera l’objet d’un post prochainement, une fois que j’aurai réussi à mettre la main dessus …

Ce qui fait la particularité de la trame d’Une si longue lettre, c’est que l’ouvrage se présente sous une forme épistolaire. Ramatoulaye, récemment veuve, écrit à son amie Aïssatou, qui est exilée, pour lui conter par le menu les différents événements ayant eu lieu durant son absence …

9782842612894_4_75Ramatoulaye, femme douce, aimante, compréhensive, fleur bleu (à l’excès?) a perdu son mari Modou Fall, l’amour de sa jeunesse, et père de sa douzaine d’enfants. Mais nonobstant le fait que Modou et elle se soient connus durant leur adolescence, celui – ci l’a délaissée durant cinq années pour s’amouracher de Bintou, devenue sa femme, qui n’était autre que la meilleure amie de sa fille aînée Daba. Alors qu’au moment de convoler avec Modou, que n’a entendu Ramatoulaye? Quolibets, désapprobation de la part de ses parents, remontrances …

Mais elle tint bon au nom de l’amour … Cet amour s’est retourné contre elle …

A partir du moment où Modou Fall a contracté son second mariage, il n’aura d’yeux que pour sa Bintou et délaissera (première) femme et enfants. Ramatoulaye restera stoïque et endurante face à l’épreuve, faisant dignement face à l’affront qu’elle subissait.

Mais le destin, bien que l’ayant liée à Aïssatou à travers les liens solides de l’amitié, les séparera quant aux choix de vie qu’elles feront. Durant leur jeunesse, Modou et Ramatoulaye formaient un couple d’un côté, et Aïssatou et Mawdo Fall de l’autre. Mais quand Mawdo prit une seconde femme, sous « ménager » sa mère comme il le disait, Aïssatou prit le parti de s’en aller, ne pouvant partager tout ce qu’elle avait réussi à construire jusque – là, elle, la Bijoutière.

Plus qu’un roman, Mariama Bâ a esquiéé un véritable tableau à travers sa missive.

Dépeignant de sa si belle plume l’atmosphère socio – économique, mais aussi culturelle, du Sénégal d’après les AVT_Mariama-Ba_3763indépendances, avec son lot de croyances (infondées ou fondées), d’idéologies, de comportements, elle placera la femme au coeur de son récit. Femme bafouée, devant endurer en silence brimades, trahisons, au nom de sa progéniture, elle lance un vibrant hommage à cette gent féminine qui commençait malgré tout à faire entendre sa voix. La modernisation faisant son effet, avec l’émergence des premiers mouvements féministes, la femme africaine, mais aussi sénégalaise, s’assumait et réclamait la place qu’elle méritait dans la société.

Un livre à lire, relire, relire jusqu’à satiété !

Repose en paix femme de valeur !

Bonne lecture,

NFK

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