Publié dans Bouquinage

Lu et adoré : L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie

A chaque fois que je termine un livre, le rituel est le même : mon cerveau toujours alerte et carburant à 1000 à l’heure, veut automatiquement se lancer dans l’exploration d’un nouvel ouvrage, alors que mon corps, fatigué, veut prendre une pause. Un duel infini commence alors entre la passion (de la lecture) et la raison, que la passion finit toujours par gagner.

10748954_770378473034638_1972145475_nMais toute règle a une exception. Et l’exception a résidé en ce superbe livre de Chimamanda Adichie, à savoir L’autre moitié du soleil, sa deuxième publication après L’hibiscus pourpre (paru en 2003) dont j’avais déjà parlé ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2014/06/12/lu-et-approuve-lhibiscus-pourpre-de-chimamanda-ngozi-adichie/

Acheté il y a de cela quelques mois, je repoussais toujours la lecture de ce volumineux livre, soit parce que j’avais d’autres reliques en attente, ou soit parce j’étais par trop occupée à faire autre chose… Quand j’eus tôt fait d’épuiser tous les livres de ma pile à lire, je m’attaquais au livre de l’auteure nigeriane. Et je puis vous dire que j’ai regretté de ne pas m’y être mise plus tôt …

Déjà le contexte : Nigeria, début des années 1960. Le Nigeria compte quantité d’intellectuels, universitaires pour la plupart, à l’image d’Odenigbo, le ténébreux professeur, qui de par leur engagement et leurs idées anticonformistes, veulent insuffler un nouvel élan au géant de l’Afrique de l’Ouest. La force de ce roman réside dans l’incroyable description des personnages. Odenigbo engagera Ugwu, jeune villageois émerveillé et ouvrant grand les yeux devant cette nouvelle vie, que son maître scolarisera et apprendra, en sus des travaux ménagers, à acquérir un esprit critique.

La maison d’Odenigbo est le rendez – vous des intellectuels. Chaque soir, dans son salon, ont lieu d’interminables discussions où médecins, avocats, professeurs et cadres de la profession libérales se font face dans ces joutes verbales mémorables. Ugwu sert les boissons, dispose les mets et ouvre les oreilles, émerveillé par ces mots qu’il entend et qui ne signifient pas grand – chose pour lui. Son unique satisfaction réside dans le fait que son maître – « Master » Odenigbo – est content de son travail, et dans ses moments d’ivresse, converse avec lui et l’appelle « mon ami ».

Cette vie à deux est chamboulée par l’arrivée d’Olanna, somptueuse jeune femme aux manières policées, douce et souriante, originaire de Lagos, où ses parents ont une somptueuse propriété et sont bien introduits dans le gotha nigerian. La sœur jumelle d’Olanna, Kainene nage à contre – courant de tout cela, n’hésitant pas à critiquer ouvertement les amitiés fallacieuses de son père, sa propension à88836078_o faire des courbettes pour obtenir des « marchés » et accroître sa fortune.

Ugwu, quelque peu désarçonné par l’arrivée d’Olanna, se plaira de plus en plus en sa compagnie, car celle – ci, vu qu’elle a conquis le cœur d’Odegnigbo, conquerra le sien aussi.

L’autre personnage saisissant de ce triptyque résidera en la personne de Richard, britannique venu s’installer au Nigeria, fasciné par la culture et le mode de vie des autochtones. Il constituera selon mon avis un œil extérieur assez intéressant, qui donnera une merveilleuse tournure à l’histoire.

Ce petit équilibre si parfait volera en éclat lorsque surviendra la révolte biafraise. Déjà la menace grondait … Olanna s’en était déjà rendue compte en allant rendre visite à son ex – fiancé Mohamed. Celui – ci, faisant état de la situation politique déliquescente du pays, mettra en garde la jeune femme, qui balaiera ces mises en garde d’un revers de la main.

Mais elle constatera de visu que tout ne sera plus comme avant : la tête de la petite fille qu’elle verra dans une calebasse, les femmes qui urinaient sur elles – mêmes, la peur dans leurs yeux, l’instinct de survie qui primera sur tout le reste, sont autant de facteurs indiquant que le Nigeria entrait en guerre …

C’est la déportation, il faudra quitter Nsukka, mais juste le temps que les choses « redeviennent normales ». Quand elle vit sa cousine Arize, son ventre de femme enceinte éventré, gisant sans vie, tout n’aura plus de sens …

L’est du Nigeria grondait, les Ibos étaient persécutés, les Haoussas asseyaient leur domination et se mettait à la recherche des Ibos en les tuant sans ménagement. Olanna passera par toutes les étapes : peur, colère face aux ressortissants de Lagos faisant comme si rien de tout cela ne les affectait, crainte des bombardements impromptus, cauchemars et trous noirs durant lesquels elle se remémorait avec exactitude ce qui l’entourant et d’autres durant lesquels elle oubliait jusqu’à son prénom. La mémoire sélective et le déni deviendront ainsi ses compagnes de tous les jours.

Chimamanda Ngozi Adichie Nigerian novelistChimamanda Adichie a écrit un livre violent, mais aussi sensible, et surtout profondément humain.

Violent, car il nous plonge dans l’horreur d’un conflit pas assez médiatisé et quelque peu « oublié ». Cette guerre civile, ayant duré de 1967 à 1970, plongera dans le chaos une partie de la population nigeriane – les Igbos –, désirant s’affranchir de la tuelle des Haoussas voulant contrôler tout le pays. Jusqu’à sa réintégration au reste du Nigeria en 1970, le Biafra ne cessera d’agiter ses vélléités sécessionnistes.

Les rappels historiques sont intéressants, et le tout mixé à une fiction savoureuse, nous donnent un livre époustouflant !

Sensible, car les jours passants, Olanna apprend à mettre sa fierté de côté, apprend à se mélanger aux autres … Se contentant de survivre avec l’aide accordée par les camions des ONG, n’ayant en tête que le maintien en vie de sa fille Baby Chiamaka, elle fera face avec dignité et pugnacité.

Humain, car au milieu de toute cette destruction, Ugwu, boy et observateur de ce conflit, mûrira son projet de livre. Livre dans lequel il note ses impressions sur ce qui l’entourait … Le titre en dira long : Le monde s’est tu pendant que nous mourions …

L’autre moitié du soleil, un livre à lire et à faire lire !

Bonne lecture

NFK

Publié dans Réflexion

Un peuple si intègre …

????????????????????????????????????????????????????????????????????Le Burkina Faso est un pays qui me fascine et m’a toujours fascinée … Car c’est bien sûr la patrie de Thomas Sankara, le Président qui du Cap au Caire, n’a jamais été si désintéressé et si préoccupé par le devenir de sa République Voltaïque, avant qu’il ne modifie le patronyme de son pays, l’appelant Burkina Faso – patrie des hommes intègres, à l’issue de la Révolution qu’il a brillamment menée le 4 Août 1983. Cette Révolution fera entrer de plein pied le Burkina Faso dans l’histoire africaine, mais aussi mondiale !

Sankara, à travers ses Comités de Défense de la Révolution, imposera cette Révolution comme un véritable art de vivre, s’imposant austérité, rigueur, fierté, fibre nationaliste, avant de l’étendre à ses compatriotes. Pour exemples, ses visites dans l’administration étaient toujours redoutées, car il faisait preuve d’une méticulosité extrême et vérifiait tout, absolument TOUT !

Avec ses compagnons Henri Zongo, Jean – Baptiste Lingani et Blaise Compaoré, sa Révolution traversera avec succès les frontières du Burkina. Ce Capitaine à l’allure altière, uniforme bien sanglé et bottes claquant au vent, ne laissait personne indifférent. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Sankara suscitait toujours une réaction. Son discours sur la dette restera dans les annales, comme un grand moment d’anthologie. En effet, lors de la 25e Conférence au sommet des pays membres de l’Organisatcapitaine-thomas-sankara_5299839ion de l’Unité Africaine, il dira ces phrases qui feront mouche : « La dette ne peut être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bâilleurs de fonds ne mourront pas. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir ».

Dès lors, Sankara sera celui qui dérange. Lors d’une visite du Président français en exercice d’alors, François Mitterrand, Sankara assènera encore une fois ses vérités. A partir de là, il deviendra l’ennemi à abattre.

Son meilleur ami, son bras droit, celui qui était son n° 2, sera celui par qui l’ignominie aura lieu. Blaise Compaoré, vu que c’est de lui qu’il s’agit, participera activement à l’élimination de son « meilleur ami » d’alors.

L’on a beau nier, mais les faits sont tenaces et l’histoire ne ment pas. Félix Houphouët Boigny, le Président – sage d’alors, plus âgé des Présidents d’Afrique de l’Ouest et grand chantre de la Françafrique, verra d’un œil mauvais ce jeune Président qui disait tout haut ce que beaucoup de ses pairs pensaient … mais tout bas !

En faisant l’entremetteur, il présentera sa nièce et filleule, Chantal Terrasson de Fougères à Blaise Compaoré. Devenue Mme Compaoré, Chantal, élevée dans le luxe et l’opulence, détournera Blaise de la simplicité et de l’austérité.

La suite on la connaît : Sankara est assassiné le 15 Octobre 1987, par Blaise et ses alliés (CIA, Françafrique et tutti quanti).

BLAISE_COMPAORE (1)A partir de là, Blaise Compaoré règnera sans partage sur son pays. Durant 27 longues années, il asseoira sa domination sur le Burkina Faso. Magistère durant lequel crimes et intimidations auront droit de cité. L’un des assassinats qui reste inoubliable est celui de Norbert Zongo. Journaliste d’investigation, il enquêtait et écrivait des articles salaces, critiquant sans ménagement le régime en place dans son quotidien l’Indépendant. Maquillé en « accident », la mort de Norbert Zongo plongera la population burkinabé dans l’effroi et la consternation. Aidé de son frère et homme à tout faire François Compaoré, Blaise se sentira pousser des ailes.

Le sobriquet dont il est affublé – le pompier « pyromane » – ne lui collera jamais aussi bien. Dans tous les conflits ayant lieu sur le continent africain, on l’appellera à la rescousse, alors qu’en coulisses, il jouait un rôle pernicieux. Du Mali avec les rebelles du MNLA, en passant par le Liberia avec la junte opposant Jonas Savimbi à Charles Taylor ; qui purge actuellement une peine de prison.

Grisé par le pouvoir, Blaise Compaoré fera le geste de trop. Tout comme au Sénégal, il voudra changer un article de la Constitution – l’Article 37 – pour briguer un autre mandat. Après 27 ans de règne !

Le mouvement Balai Citoyen, à l’image du mouvement Yen A Marre au Sénégal, sera mis en place par les rappeurs et activistes Sams’K Le Jah et Smockey pour bouter Blaise Compaoré hors du palais. Il n’y croyait sans doute, car dans ses différentes sorties, il ne cessait de répéter que le peuple était « souverain », tout en ne cachant pas ses vélléités de tripatouillage de la Constitution. Mais c’était sans compter avec le mouvement Cibal et les opposants déterminés à le faire partir, à l’image de Zéphirin Diabré.

SAM_0756Le 30 Octobre 2014 sera le jour de la délivrance. Le peuple, uni comme un seul homme, sortira pour faire entendre sa voix. Blaise sera mis dehors, et depuis se terre en Côte – d’Ivoire, hébergé par son ami Alassane Ouattara.

Pendant ce temps – là, au Burkina Faso, les consultations entre l’armée et les forces politiques se multiplient. Depuis le soulèvement populaire, le général Kouamé Lougué s’est proclamé Président, de même que l’opposant Zéphirin Diabré, ainsi que le Colonel Issac Zida ; sans oublier l’opposante Saran Sérémé. La plus grande confusion règne, et l’on ne sait pas qui dirige réellement.

Mais en tout état de cause, le combat ne doit pas être usurpé, car le peuple s’est battu pour sa libération et il doit être aidé à trouver une solution de sortie de crise, pour le rayonnement de ce pays.

20141103_221337Blaise Compaoré, quant à lui, se terre à Yamoussoukro, la capitale administrative ivoirienne, recevant tous les honneurs dûs à son (ex) rang dans le Giscardium, du nom du bâtiment inauguré par Valery Giscard d’Estaing, ancien Chef d’Etat français.

Une fois que la cacophonie au sommet de l’Etat burkinabé sera élucidée, il conviendrait de se pencher sur le cas de Blaise Compaoré, qui doit être jugé pour tous les crimes qu’il a commis !

Film sur la mort de Norbert Zongo : https://www.youtube.com/watch?v=pIZRrwcm2Lk

Discours de Sankara sur la dette : https://www.youtube.com/watch?v=DbqyXxqcOPE

Joute verbale entre Sankara et François Mitterrand : https://www.youtube.com/watch?v=18AoRhBos4g

Quelques images sur les événements au Burkina : https://www.youtube.com/watch?v=-hMSKSinh7Y

Bonne lecture (et bon visionnage)

NFK