Mon expérience de lectrice compulsive m’a enseigné que les livres que je « néglige », ceux dont je reporte l’achat constamment sont ceux qui me surprennent et me plaisent toujours … Inconsciemment (ou pas), peut – être que je traîne pour les acquérir, car la surprise au final est toujours … enchanteresse !

mathematiques-congolaises-1408642Ce fut le cas avec Mathématiques COngolaises. A chaque fois que j’allais à la Fnac renouveler mon stock de livres, la couverture de ce livre me faisait de l’oeil, me regardait de haut, avec l’air de dire « Si tu ne m’achètes pas, tu ne sais pas ce que tu perds ! » Consciente de cet état de fait, je me disais toujours que je l’achèterais la prochaine fois …

Jusqu’au jour où je me décidais enfin …

Et je puis dire que j’ai amèrement regretté de ne pas l’avoir fait plus tôt. Mathématiques congolaises est le genre de livres qui vous fait rire, mais rire … jaune. En ce sens que sous l’épaisse couche d’humour, jaillissent l’amertume, la colère, l’effroi. Les livres de Ahmadou Kourouma me font le même effet, eux aussi.

Déjà, les chapitres. PArlons – en de ces chapitres … Présentés sous la forme de notions mathématiques, ils sont tout de suite piqué ma curiosité et m’ont donné envie d’en savoir plus.

L’histoire : Célio Matémona, dit Célio Mathématik, jeune Congolais orphelin, car ayant perdu ses parents durant la guerre, est quelqu’un dont la vie tourne autour des mathématiques. Oui, vous avez bien lu … Des mathématiques ! Possédant en tout et pour tout un vieux manuel de maths – l’Abrégé de mathématiques à l’usage du second cycle – il puise son inspiration de tous les jours dans ce vieux livre écorné. Pour se battre contre les aléas de la vie, il explique tout à coups de théorèmes, d’inconnues et autres joyeusetés tournant autour des chiffres. Tout le monde (ou presque) le considère comme un savant, et il profite de cette aura pour se donner une contenance. Chaque soir, autour du jeu de dames, ou du ligablo du Vieux Isamanga, il refait le monde en compagnie de ses amis Baestro et Gaucher.

La Faim balaie tout sur son passage et fauche impunément les Kinois, jeunes comme vieux. Chacun est obligé de se battre pour s’en sortir, mais surtout survivre. Les politiciens, conscients de cet état de fait, en profitent pour enrôler les jeunes désoeuvrés et en font la main d’oeuvre de leurs sales besognes. C’est ainsi que Baestro et Gaucher, malgré le désaccord de Célio, participent, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à une manifestation devant le domicile du principal opposant, Makanda Rachidi. C’était en réalité un traquenard, car Makanda et Gonzague Tshilombo, le redoutable patron de la Direction Information et Plans, sont amis et feignent une opposition féroce pour duper la population.

C’est ainsi que Baestro perd la vie et Gaucher, ayant assisté à toute la scène, ne doit la vie sauve qu’à la pitié (ou culpabilité?) de dernière minute de l’Adjudant Bamba, homme à tout faire de TshilombO. Il disparaît de Kinshasa sans demander son reste …

SPA0420341.jpgCélio, en étant venu à perdre ses deux meilleurs amis, ne sait plus quoi faire pour faire face, mais surtout grimper dans l’échelle sociale, son rêve le plus ardent. Car la bienveillance et l’amour que lui voue le Père Lolos, son père spirituel, Célio aspire à un avenir doré. Au détour d’une rencontre, Tshilombo le remarque et le voilà enrôlé dans l’équipe de la Direction Informations et Plans et propulsé au rang envié (et enviable?) de Conseiller.

Très vite, la griserie du pouvoir et de l’argent aidant, Célio se prend au jeu. Il suffit d’un ordre donné pour qu’un individu perde sa crédibilité, ou encore faire croire à une machination, pour que la population, malléable à merci, sorte de ses gonds et accuse les opposants fielleux d’entraver la bonne marche du Gouvernement.

Mais l’adage dit que tout excès est nuisible.

Célio découvre que la mort de son ami Baestro a été orchestrée par son puissant patron. De doutes en incertitudes, il se met à tout remettre en question. La réalité, aussi aveuglante qu’une lampe à néon, le frappe au visage. Ayant mené sa petite enquête, il est horrifié de voir à quel point le pouvoir est dangereux et peut rendre fou …

La tentative de coup d’Etat qu’on veut imputer à Makanda constitue en quelque sorte le catalyseur qui fera définitivement prendre conscience à Célio que ce milieu n’est pas fait pour lui. Le lieutenant Bamba ayant perdu la vie, et Célio étant tombé sur les carnets dans lesquels le militaire avait confiné tout ce qu’il savait sur son patron, il ébruitera l’affaire et les coupables démasqués, il aura quelque peu contribué à rendre un dernier hommage à Baestro.

S’étant retiré de toute activité politique, Célio retourne à son milieu d’origine, celui qu’il n’aurait jamais dû quitter, celui qu’il affectionne et qui l’a « fait ». Attroupés autour du Vieux Isamanga, il écoute les conversations et les chamailleries et c’est de là que viendra la réponse. Il se présentera pour être député, car en se battant pour représenter le peuple à l’Assemblée Nationale, il sera utile !

Jean Bofane a écrit un livre violent, mais aussi sensible.

Violent, car il nous plonge dans la lutte incessante autour du pouvoir, où les amitiés d’hier sont sacrifiées sur l’autel de la cupidité et de la cruauté, où seuls sont maîtres le paraître et le clinquant. Sensible, car au milieu de tout ce capharnaüm, certains, à l’image de Célio, luttent pour ne pas perdre leur âme !

Mathématiques Congolaises, un livre à lire et à faire lire !

Bonne lecture

NFK

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4 réflexions sur “Lu et approuvé : Mathématiques Congolaises de Jean Bofane

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