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Conseil biblio: Le Malheur de vivre

Merci Africanlinks ^^

african links

Je vous la présentais déjàICI  pour le portrait afro #8 d’african links.

Je la surnomme la «  nouvelle Mariama Bâ », tant ses écrits reflètent une réalité âpre avec un style novateur : elle utilise la fiction, pour mieux brouiller les pistes et jouir de plus de liberté. Espoir de la littérature africaine, elle apporte un souffle nouveau avec une vision propre aux mutations culturelles et sociales qui bousculent les traditions africaines, plus précisément la tradition Peulh dans son roman, à laquelle elle fait référence. 

Ndeye-Fatou-Kane
 Source de l’image : web

C’est comme un film que l’on joue et rejoue, encore et encore dans son esprit… Le Malheur de vivre m’a piquée à vif comme une vipère blesse sa proie d’une morsure nette et rapide.

Nous nous reconnaissons toutes un peu en Sakina, le personnage principal. Elle croit désespérément en l’amour, fait tout son possible pour le rendre réel, contre l’avis…

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Face à la mort, nous ne sommes plus rien …

et-vous-quel-est-votre-rapport-a-la-mort-3173Les dernières volontés d’Alexandre le Grand.

Sur le point de mourir, Alexandre convoqua ses généraux et leur communiqua ses dernières volontés, ses dernières volontés, ses trois ultimes exigences :

* Que son cercueil soit transporté à bras d’homme par les meilleurs médecins de l’époque

* Que les trésors qu’il avait acquis (argent, or, pierres précieuses …), soient dispersés tout le long du chemin jusqu’à sa tombe

* Que ses mains restent à l’air libre se balançant en dehors du cercueil, à la vue de tous

L’un de ses généraux, étonné de ces requêtes insolites, demanda à Alexandre quelles en étaient les raisons. Alexandre lui expliqua alors ce qui suit :

* Je veux que les médecins les plus éminents transportent eux – mêmes mon cercueil pour démontrer ainsi que face à la mort, ils n’ont pas le pouvoir de guérir

* Je veux que le sol soit recouvert de mes trésors, pour que tous puissent voir que les biens matériels ici acquis, restent ici bas

* Je veux que mes mains se balancent au vent, pour que les gens puissent voir que les mains vides, nous arrivons dans ce monde, et les mains vides, nous en repartons quand s’épuise pour nous le trésor le plus précieux de tous : le temps

* En mourant, nous n’emportons aucun bien matériel avec nous, bien que les bonnes actions, je pense, soient une espèce de chèques de voyage

* LE TEMPS est le trésor le plus précieux que nous ayons parce qu’il est limité. Nous pouvons produire plus d’argent, mais pas plus de temps. Quand nous consacrons du temps à quelqu’un, nous lui accordons une portion de notre vie que nous ne pourrons jamais récupérer, notre temps est notre vie

* LE MEILLEUR CADEAU que tu puisses donner à quelqu’un est ton temps et accorde – le TOUJOURS à la famille ou à un bon ami

* AMEN to that !

Bonne lecture

NFK

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Lu et approuvé : l’anté – peuple de Sony Labou Tansi

Sony Labou Tansi (de son vrai nom Marcel Ntsoni) est né en 1947 à Kinshasa. Né d’un père zaïrois et d’une mère congolaise (Brazzaville), il représente l’archétype du Congolais, trait d’union entre ces deux nations que seul le fleuve sépare. A la publication de son premier roman, La vie et demi, en 1979, il choisit d’écrire sous le pseudonyme Sony Labou Tansi, en hommage à un autre homme de lettres congolais, Tchicaya U’Tamsi. Magnifique, n’est – ce – pas ?

Sony_Labou_TansiLes œuvres de Sony Labou Tansi figuraient en bonne place dans ma liste ‘auteurs à lire d’urgence’. Encore fallait – il que je trouve le temps de lire un de ses ouvrages, parmi tous ceux qui attendaient impatiemment que je les feuillette. Je me suis procuré L’anté peuple il y a de cela quelques mois, et je l’ai enfin commencé en début de semaine.

Et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt. Vous saurez pourquoi dans les lignes qui vont suivre …

Ce qui m’a frappée dès l’entame de l’ouvrage, c’est … le style. Cruel, cynique, acéré tel une lame, il est fait d’une succession de mots qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus. Je me suis arrêtée plusieurs fois en cours de lecture pour reprendre mon souffle et reparcourir les lignes déjà lues, histoire d’accoutumer mon cerveau à cette valve saccadée.

Dans le souci de choquer son lecteur et de lui faire reconsidérer toutes les certitudes qu’il avait jusqu’ici, Sony Labou Tansi n’y va pas de main morte.

Dadou a la quarantaine, il est le directeur d’un lycée de jeunes filles à Kinshasa. Il se fait pompeusement appeler ‘citoyen directeur’, car il faut que son prestigieux rang soit respecté. Il est marié à une institutrice, avec qui il a deux « beaux petits diables ». Cette existence si plate et conventionnelle connaît peu à peu des remous, car Dadou repousse les avances de Yavelde, une élève concupiscente qui n’a d’yeux que pour le directeur et fait des pieds et des mains pour « l’avoir ».

Ses rêves sont peuplés d’images de la gamine, toutes plus salaces les unes que les autres. Sa vie ne sera plus qu’une lutte acharnée pour échapper au corps si ferme et si délicieusement tentant de Yavelde, ce qui n’est pas chose aisée.

Pour ne pas succomber, il se met à boire. Des doses, encore et toujours … Ces doses constituent son exutoire pour se soustraire à un quotidien devenu pesant. Mais tout a un prix. Ces litres d’alcool qu’il ingurgite jusqu’à plus soif le feront délaisser et sa famille et son travail, qu’il accomplissait toujours avec sérieux et professionnalisme.

Yavelde, outrée que Dadou ose lui résister, commettra l’irréparable. ApMaquette Fiction OKrès s’être donnée au premier venu, elle se suicidera et laissera une lettre dans laquelle elle dira que Dadou est le père de l’enfant de la honte qu’elle portait. Préférant mourir que de vivre avec ce déshonneur, elle emportera le fruit de ces amours indignes dans la tombe.

Son univers bascule en un clin d’œil : ses enfants sont tués par la foule en colère, et sa femme, ne pouvant supporter l’affront, se suicide. Accusé à tort, il sera emprisonné dans les geôles zaïroises, desquelles il arrivera à s’évader, avec l’aide du régisseur de la prison et de Yealdara, sœur de Yavelde, elle aussi folle amoureuse de Dadou. Quelle histoire !

Commencera alors une vie d’errance, sous une fausse identité, celle d’un homme qui a abandonné tout désir de vivre.

Pour Dadou, pour qui la vie se borne désormais à ingurgiter des doses, il s’agit désormais de s’ouvrir à la vraie vie, qui est ailleurs. A propos, l’extrait qui m’a le plus marqué dans le livre est le suivant :  « La vie. C’est toujours lourd. Les mots aussi. Mais maintenant, ce qui compte pour moi, c’est ce qui dort sous les mots et non les mots eux-mêmes ; c’est ce qu’il y a sous les vies. »

Bonne lecture,

NFK

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Juste une impression …

Pour la première fois depuis que je blogge – si mes souvenirs sont exacts – je vais poster une histoire totalement sortie de mon imagination. Le post qui va suivre n’est ni une note de lecture, ni une tracklist, encore moins un billet d’humeur ou une interview.

Je vous laisse apprécier ^^

Bonne lecture

NFK

Une fois n’est pas coutume. Je suis dans ma chambre à lire, rêvasser et refaire le monde. Ma mère m’a maintes fois répété de sortir de cette chambre où je suis continuellement enfermée. Mais elle a beau dire, je ne fais qu’opiner et sitôt la porte refermée, je replonge dans mon monde imaginaire.

Car lire, c’est mon truc …

3083557435_1_12_Fs1TSj9cDepuis que je suis tombée sur cet exemplaire des Contes d’Ahmadou Koumba, je n’ai plus fait que ça. Famara, mon grand – frère, l’érudit de la famille, devait lire l’ouvrage et en faire un résumé. Mais je le voyais tourner et retourner la relique entre ses doigts. A ma question de savoir pourquoi il ne lisait pas le livre, il me répondit que « ça » le soûlait.

Et quand, une semaine plus tard, je lui tendis une feuille de papier A4 où, de mon écriture tarabiscotée, j’avais réalisé un résumé (dont je n’étais pas peu fière), il me prit furtivement le feuillet des mains et y inscrivit son nom. Le 18/20 qu’il rapporta à la maison fut fêté, encensé à un tel point que j’en eus la nausée. Et quand je le croisais dans la salle de séjour ou lors des repas, il fuyait mon regard.

Mais j’étais sûre que ce n’était qu’une impression et que mon cerveau me jouait des tours.

A force de me répéter cette phrase, elle s’est imprimée dans mon être et a refusé de s’en déloger. Mes parents me remarquent à peine ? Ce n’est qu’une impression. Ma mère ne s’adresse à moi que pour me crier dessus ? Ce n’est qu’une impression.

Quoi que je fasse, quoi que je dise, j’ai toujours l’impression que ce n’est jamais assez ou que c’est au contraire … trop ! Raison pour laquelle sitôt rentrée de l’école, j’ai pris l’habitude de m’enfermer dans ma chambre où après avoir expédié mes devoirs, je me renverse sur mon lit et je lis. A l’heure du dîner, avant même que ma mère ait fini de crier mon nom, je déboule dans le couloir et m’assieds à la table de la salle à manger.

L’épreuve du dîner est toujours celle que je redoute le plus. Je pourrais être un grain de poussière ou pis, la louche qui servait à verser la sauce de garri, l’on ne me remarquait pas. Mon père se contentant d’une tape sur mon dos et ma mère d’un vague baiser, je pouvais prendre ma place et manger. Mon frère, dans son désir de toujours se faire remarquer, traînait les pieds et arrivait toujours le dernier. Et le concert des exclamations pouvait débuter ! L’on s’inquiétait des cernes qui se creusaient sous ses yeux, de son teint blafard, du fait qu’il ne se resservait pas, ou encore de la mauvaise note qu’il avait ramenée …

Et quant aux bonnes notes ! Ca, n’en parlons même pas … Il s’arrangeait toujours pour les mettre en haut de la pile.

C’était devenu comme une sorte d’accord tacite entre nous. A chaque fois qu’il avait une interrogation ou une dissertation en français, il me glissait subrepticement les feuillets sous ma porte pour que je m’y colle. Dans le désir de lui faire plaisir et surtout dans l’optique qu’il dise à mes parents que je l’avais aidé, je mettais du cœur à l’ouvrage.

Mais il ne disait jamais rien. Il continuait d’amasser des bonnes notes, et moi je courbais l’échine. Pendant que je mangeais, soir après soir, je sentais son regard sur moi. Quand je relevais la tête, je voyais danser une lueur d’ironie dans ses prunelles. Mais j’étais sûre que c’était une impression, comme tout le reste d’ailleurs …

Je chassais ces sombres pensées de mon imagination et avalais mon dîner en vitesse. Et me réfugiais entre mes quatre murs, où j’avais l’impression que rien ni personne ne pourrait m’atteindre.

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A la cour de Mobutu

ob_d134a2_snap272Comment Pierre Janssen, citoyen belge, a – t – il pu se retrouver dans cet immense pays d’Afrique Centrale qu’est le Congo, et qui plus est à la cour du « Maréchal » Mobutu ? Ce sont les questions que nous sommes tentés de nous poser en prenant connaissance de l’histoire qui a été celle de Pierre Janssen. Et quand on découvre qu’il a été le gendre de Mobutu, tout s’explique … ou pas.

Hasard ou destin ? Une rencontre va être le catalyseur de cet incroyable concours de circonstances : un rendez – vous avec son ami (congolais) Dambana. Celui – ci est déjà marié à une fille de Mobutu, Yango. Lors de ce déjeuner, Pierre Janssen fera la connaissance de Yakpwa – Yaki, petite sœur de Yango. Il tombera éperdument amoureux de cette frêle jeune femme, si calme et mystérieuse.

_903324_cravat150 (1)A partir de ce moment, tout s’enchaînera très vite …Ses parents ont à peine eu le temps de s’habituer au fait que sa petite amie était « noire » que les voilà tous en train d’embarquer à bord de l’avion présidentiel zaïrois pour assister aux noces de Pierre et Yaki. Car Mobutu a tout prévu, le couple Janssen senior n’avait qu’à venir servir de témoins lors du mariage.

Là – bas tout est démesure. Rien n’a été laissé au hasard. Les toilettes de Yaki s’enchaînent : Boucheron, Christian Lacroix, Yves Saint Laurent, Chopard … Sans parler des invités ni de la fabuleuse pièce montée, tout droit venue de Paris et par avion s’il vous plaît !

Ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car la vie au jour le jour dans la jungle de l’Equateur, plus précisément dans la contrée de Gbadolite – se révélera une autre paire de manches. Dans cet immense (au propre comme au figuré) palais de marbre, accolé au mini village chinois que Mobutu s’était fait construire, Pierre voit circuler des liasses et des liasses de zaïres, la monnaie locale. Mama Bobi veut faire du shopping en Europe ? L’avion l’emmène à Paris dare – dare. Mobutu désire – t – il des langoustes ou des moules frites pour son déjeuner ? Et surtout tout est payé en CASH ! Incroyable !

Bien qu’étant un récit fort utile à lire, car important pour saisir la politique mouvementée qu’a été celle du Congo, l’histoire que nous narre Pierre Janssen laisse un peu perplexe. A – t – il toujours refusé les enveloppes que lui offrait gracieusement Papa Mobutu ? A – t – il toujours eu l’intention de l’aider à aider Papa redresser le pays ? A – t – il tiré la sonnette d’alarme quand le bateau prenait l’eau de toutes parts ? J’en doute fort.

20150316_172735-1Malgré l’amour pour sa femme Yaki qu’il ne cesse de clamer tout le long des pages, ce Mr Janssen n’est pas « net », et à la fin quand Mobutu est devenu persona non grata et que seul le Maroc a voulu l’accueillir, Pierre Janssen fera très vite son choix … Refusant de suivre Yaki en exil, il retournera chez lui pour se (re) construire.

Si l’histoire mouvementée de la RDC vous intéresse, ce livre est à LIRE !

Bonne lecture,

NFK

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Portrait- afro # 8 : Ndèye Fatou Kane

Un grand merci à l’adorable Virginie de AfricanLinks pour cet entretien.
#LeMalheurDeVivre

african links

Son premier roman  Le Malheur de vivre (2014, l’Harmattan) l’a propulsée dans la cour des grands, et son blog  (www.cequejaidanslatete.wordpress.comest une véritable mine d’or pour les novices en littérature. Je lui souhaite de publier plus d’ouvrages qu’elle, mais Ndèye Fatou Kane est à mes yeux la « Mariama Bâ du 21 ème siècle »! Rencontre:

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Ndèye Fatou Kane, Paris, Apprentie écrivaine  & Bloggeuse, Origine Peulh.

1°) L’événement culturel qui t’a le plus marqué dernièrement?

L’exposition sur la sape qui a lieu en ce moment au Palais de Tokyo*. La SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) est un mouvement né dans les années 1960 au Congo Brazzaville et ses adeptes sont maintenant connus de par le monde pour leur élégance, leur électisme et leur désir de ne pas passer inaperçus à travers leur habillement hors du commun. L’expo a lieu jusqu’au 17 Mai ! A aller voir absolument !

2°) Ton…

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Lu et adoré : Des fourmis dans la bouche de Khadi Hane

En parcourant les archives du blog, je me suis rendue compte que j’avais oublié de rédiger une note de lecture sur ce livre que j’ai lu il y a quelque temps et qui avait été un véritable coup de cœur. Après l’avoir lu en une journée, je comprends les personnes qui me disaient souvent lire un livre en un week – end ou en une journée. L’œil rond, je les observais, pleine de doutes. Comment pouvait – on lire un livre en si peu de temps ?

Etant moi – même une grande lectrice, et lisant plutôt vite, je peux mettre maximum trois à quatre jours pour arriver à bout d’une relique. Et pour le cas du livre qui fait l’objet de la présente note de lecture, à savoir Des fourmis de la bouche, je l’ai quasiment dévoré en un jour ! Ce fut une expérience extraordinaire ! Il me fallait coûte que coûte en arriver à bout, et j’avoue que sitôt que je l’ai terminé, je suis un peu restée sur ma faim … Ca a sans doute été fait à dessein par l’auteure, mais j’en parlerai plus loin.

26978_1594096Des fourmis dans la bouche relate l’histoire de Khadija Cissé, mère célibataire d’originaire Malienne, résidant dans le quartier de Château – Rouge dans le 18e arrondissement de Paris, en compagnie de ses cinq enfants, dont l’un est un métis qu’elle a eu avec son ancien employeur devenu son amant, le dénommé Jacques Lenoir.

Mais remontons plus loin. Car la vie de Khadija n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle a été « offerte » en mariage à un vieux compatriote malien, déjà marié, mais qui vivait en France. Bien qu’ayant déjà plusieurs épouses à sa charge, il s’entichera de Khadija, qui n’était âgée que de douze ans. Ses parents n’auront aucun scrupule à la marier, et le mariage ne durera que le temps d’une rose. Après avoir consommé cette jeune vierge, ce vieil immigré la répudiera pour cause « d’adultère ».

Khadija atterrira à Paris avec son fils Karim, né de ce mariage éphémère, et s’établira à Château Rouge, dans l’antre du Paris africain. Là au milieu d’africains venus des quatre coins du continent, elle tentera de se refaire une nouvelle vie. De son idylle avec le fils du vieux Jules, naîtront trois enfants, Sali, Moussa et Mohamed. Refusant une deuxième demande en mariage du père de ces récents enfants, car les raisons qu’elle invoquait étaient aisées à comprendre : la replonger dans le cycle de la soumission de la femme envers l’homme, recréer un Mali bis dans la capitale française entre autres … Elle qui devait se battre quotidiennement pour assurer la survie de sa progéniture, n’avait que faire de nouvelles entraves matrimoniales.

Sa situation de mère célibataire la mettra quelque peu au ban de sa communauté : elle qui n’avait que la peau sur les os, qui osait avoir une liaison avec un blanc dont le « machin » ne se levait pas convenablement, qui jetait le déshonneur sur son nom ô combien noble, en l’occurrence Cissé. Mais Khadija n’en a que faire de ces considérations d’un autre âge. Car la noblesse et le sang princier ne lui étaient aucunement utiles dans ce Paris des plus hostiles.

Dieu prenant tout son temps pour exaucer ses prières, elle se battra âprement pour survivre.

Entre Ali le commerçant qui exigeait de voir une partie de son anatomie en échange de quelques kilos de riz, Mme Renaud l’assistante sociale dont le dossier s’épaississait à chacune de ses visites, tante Néné la voisine inquisitrice, qui venait la narguer avec son postérieur suintant de graisse, sans oublier ses ceintures de perle odorantes, Khadija ne sait plus où donner de la tête. Comme si cela ne suffisait pas à ses malheurs, le Conseil des Sages, croyant pouvoir faire la loi sur toute représentante de la gent féminine. A cela vient s’ajouter Jacques Lenoir, l’amant de naguère, qui après avoir lâchement rompu avec elle, la menacera d’expulsion de l’appartement qu’elle occupait avec ses enfants, faute de loyers pas réglés.

1593853_d8376c18-d810-11e0-9ae4-00151780182c_545x460_autocropKhadi Hane a écrit un roman puissant, touchant une problématique que vivent nombre de femmes africaines établies dans l’Hexagone. Devant jongler entre le poids de la tradition, elles n’ont d’autre choix que de se soumettre et de subir en silence brimades, vexations et autres quolibets. L’héroïne Khadija est l’archétype de la femme écartelée entre deux mondes, celui de la tradition qu’elle ne repousse certes pas, mais dont elle a de la peine à comprendre l’absurdité parfois ; et celui de la modernité, occidental, qui étend ses tentacules et broie tout sur son passage.

Un livre que je recommande fortement !

Bonne lecture

NFK