Publié dans Ils ont dit

Lu et adoré : Des fourmis dans la bouche de Khadi Hane

En parcourant les archives du blog, je me suis rendue compte que j’avais oublié de rédiger une note de lecture sur ce livre que j’ai lu il y a quelque temps et qui avait été un véritable coup de cœur. Après l’avoir lu en une journée, je comprends les personnes qui me disaient souvent lire un livre en un week – end ou en une journée. L’œil rond, je les observais, pleine de doutes. Comment pouvait – on lire un livre en si peu de temps ?

Etant moi – même une grande lectrice, et lisant plutôt vite, je peux mettre maximum trois à quatre jours pour arriver à bout d’une relique. Et pour le cas du livre qui fait l’objet de la présente note de lecture, à savoir Des fourmis de la bouche, je l’ai quasiment dévoré en un jour ! Ce fut une expérience extraordinaire ! Il me fallait coûte que coûte en arriver à bout, et j’avoue que sitôt que je l’ai terminé, je suis un peu restée sur ma faim … Ca a sans doute été fait à dessein par l’auteure, mais j’en parlerai plus loin.

26978_1594096Des fourmis dans la bouche relate l’histoire de Khadija Cissé, mère célibataire d’originaire Malienne, résidant dans le quartier de Château – Rouge dans le 18e arrondissement de Paris, en compagnie de ses cinq enfants, dont l’un est un métis qu’elle a eu avec son ancien employeur devenu son amant, le dénommé Jacques Lenoir.

Mais remontons plus loin. Car la vie de Khadija n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle a été « offerte » en mariage à un vieux compatriote malien, déjà marié, mais qui vivait en France. Bien qu’ayant déjà plusieurs épouses à sa charge, il s’entichera de Khadija, qui n’était âgée que de douze ans. Ses parents n’auront aucun scrupule à la marier, et le mariage ne durera que le temps d’une rose. Après avoir consommé cette jeune vierge, ce vieil immigré la répudiera pour cause « d’adultère ».

Khadija atterrira à Paris avec son fils Karim, né de ce mariage éphémère, et s’établira à Château Rouge, dans l’antre du Paris africain. Là au milieu d’africains venus des quatre coins du continent, elle tentera de se refaire une nouvelle vie. De son idylle avec le fils du vieux Jules, naîtront trois enfants, Sali, Moussa et Mohamed. Refusant une deuxième demande en mariage du père de ces récents enfants, car les raisons qu’elle invoquait étaient aisées à comprendre : la replonger dans le cycle de la soumission de la femme envers l’homme, recréer un Mali bis dans la capitale française entre autres … Elle qui devait se battre quotidiennement pour assurer la survie de sa progéniture, n’avait que faire de nouvelles entraves matrimoniales.

Sa situation de mère célibataire la mettra quelque peu au ban de sa communauté : elle qui n’avait que la peau sur les os, qui osait avoir une liaison avec un blanc dont le « machin » ne se levait pas convenablement, qui jetait le déshonneur sur son nom ô combien noble, en l’occurrence Cissé. Mais Khadija n’en a que faire de ces considérations d’un autre âge. Car la noblesse et le sang princier ne lui étaient aucunement utiles dans ce Paris des plus hostiles.

Dieu prenant tout son temps pour exaucer ses prières, elle se battra âprement pour survivre.

Entre Ali le commerçant qui exigeait de voir une partie de son anatomie en échange de quelques kilos de riz, Mme Renaud l’assistante sociale dont le dossier s’épaississait à chacune de ses visites, tante Néné la voisine inquisitrice, qui venait la narguer avec son postérieur suintant de graisse, sans oublier ses ceintures de perle odorantes, Khadija ne sait plus où donner de la tête. Comme si cela ne suffisait pas à ses malheurs, le Conseil des Sages, croyant pouvoir faire la loi sur toute représentante de la gent féminine. A cela vient s’ajouter Jacques Lenoir, l’amant de naguère, qui après avoir lâchement rompu avec elle, la menacera d’expulsion de l’appartement qu’elle occupait avec ses enfants, faute de loyers pas réglés.

1593853_d8376c18-d810-11e0-9ae4-00151780182c_545x460_autocropKhadi Hane a écrit un roman puissant, touchant une problématique que vivent nombre de femmes africaines établies dans l’Hexagone. Devant jongler entre le poids de la tradition, elles n’ont d’autre choix que de se soumettre et de subir en silence brimades, vexations et autres quolibets. L’héroïne Khadija est l’archétype de la femme écartelée entre deux mondes, celui de la tradition qu’elle ne repousse certes pas, mais dont elle a de la peine à comprendre l’absurdité parfois ; et celui de la modernité, occidental, qui étend ses tentacules et broie tout sur son passage.

Un livre que je recommande fortement !

Bonne lecture

NFK

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3 commentaires sur « Lu et adoré : Des fourmis dans la bouche de Khadi Hane »

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