Sony Labou Tansi (de son vrai nom Marcel Ntsoni) est né en 1947 à Kinshasa. Né d’un père zaïrois et d’une mère congolaise (Brazzaville), il représente l’archétype du Congolais, trait d’union entre ces deux nations que seul le fleuve sépare. A la publication de son premier roman, La vie et demi, en 1979, il choisit d’écrire sous le pseudonyme Sony Labou Tansi, en hommage à un autre homme de lettres congolais, Tchicaya U’Tamsi. Magnifique, n’est – ce – pas ?

Sony_Labou_TansiLes œuvres de Sony Labou Tansi figuraient en bonne place dans ma liste ‘auteurs à lire d’urgence’. Encore fallait – il que je trouve le temps de lire un de ses ouvrages, parmi tous ceux qui attendaient impatiemment que je les feuillette. Je me suis procuré L’anté peuple il y a de cela quelques mois, et je l’ai enfin commencé en début de semaine.

Et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt. Vous saurez pourquoi dans les lignes qui vont suivre …

Ce qui m’a frappée dès l’entame de l’ouvrage, c’est … le style. Cruel, cynique, acéré tel une lame, il est fait d’une succession de mots qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus. Je me suis arrêtée plusieurs fois en cours de lecture pour reprendre mon souffle et reparcourir les lignes déjà lues, histoire d’accoutumer mon cerveau à cette valve saccadée.

Dans le souci de choquer son lecteur et de lui faire reconsidérer toutes les certitudes qu’il avait jusqu’ici, Sony Labou Tansi n’y va pas de main morte.

Dadou a la quarantaine, il est le directeur d’un lycée de jeunes filles à Kinshasa. Il se fait pompeusement appeler ‘citoyen directeur’, car il faut que son prestigieux rang soit respecté. Il est marié à une institutrice, avec qui il a deux « beaux petits diables ». Cette existence si plate et conventionnelle connaît peu à peu des remous, car Dadou repousse les avances de Yavelde, une élève concupiscente qui n’a d’yeux que pour le directeur et fait des pieds et des mains pour « l’avoir ».

Ses rêves sont peuplés d’images de la gamine, toutes plus salaces les unes que les autres. Sa vie ne sera plus qu’une lutte acharnée pour échapper au corps si ferme et si délicieusement tentant de Yavelde, ce qui n’est pas chose aisée.

Pour ne pas succomber, il se met à boire. Des doses, encore et toujours … Ces doses constituent son exutoire pour se soustraire à un quotidien devenu pesant. Mais tout a un prix. Ces litres d’alcool qu’il ingurgite jusqu’à plus soif le feront délaisser et sa famille et son travail, qu’il accomplissait toujours avec sérieux et professionnalisme.

Yavelde, outrée que Dadou ose lui résister, commettra l’irréparable. ApMaquette Fiction OKrès s’être donnée au premier venu, elle se suicidera et laissera une lettre dans laquelle elle dira que Dadou est le père de l’enfant de la honte qu’elle portait. Préférant mourir que de vivre avec ce déshonneur, elle emportera le fruit de ces amours indignes dans la tombe.

Son univers bascule en un clin d’œil : ses enfants sont tués par la foule en colère, et sa femme, ne pouvant supporter l’affront, se suicide. Accusé à tort, il sera emprisonné dans les geôles zaïroises, desquelles il arrivera à s’évader, avec l’aide du régisseur de la prison et de Yealdara, sœur de Yavelde, elle aussi folle amoureuse de Dadou. Quelle histoire !

Commencera alors une vie d’errance, sous une fausse identité, celle d’un homme qui a abandonné tout désir de vivre.

Pour Dadou, pour qui la vie se borne désormais à ingurgiter des doses, il s’agit désormais de s’ouvrir à la vraie vie, qui est ailleurs. A propos, l’extrait qui m’a le plus marqué dans le livre est le suivant :  « La vie. C’est toujours lourd. Les mots aussi. Mais maintenant, ce qui compte pour moi, c’est ce qui dort sous les mots et non les mots eux-mêmes ; c’est ce qu’il y a sous les vies. »

Bonne lecture,

NFK

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4 réflexions sur “Lu et approuvé : l’anté – peuple de Sony Labou Tansi

  1. « Né d’un père zaïrois et d’une mère congolaise (RDC) »

    En fait il est né d’un père Zaïrois (actuel RDC) et d’une mère congolaise (République du Congo – Brazzaville)
    Je sais, les histoires de congolais sont compliquées… 😀

  2. J’avais déjà lu le livre, que j’ai encore trônant dans les étagères de ma bibliothèque. J’ai découvert Sony Labou Tansi grâce à « La vie et demie », un passage de votre texte résume très bien l’écriture de l’auteur et le sentiment du lecteur:

    « Ce qui m’a frappée dès l’entame de l’ouvrage, c’est … le style. Cruel, cynique, acéré tel une lame, il est fait d’une succession de mots qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus. Je me suis arrêtée plusieurs fois en cours de lecture pour reprendre mon souffle et reparcourir les lignes déjà lues, histoire d’accoutumer mon cerveau à cette valve saccadée »

    Il y a tellement de points de convergence dans cette description et le sentiment qui fut le mien tenant ce livre entre mes mains. Porté par vos notes de lecture, je relirai l’Anté Peuple.

    Merci !

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