Publié dans Bouquinage

La sardine du cannibale – Majid Bâ

photo 1 (1)Majid Bâ est arrivé en France en 2003, dans l’espoir d’y trouver un emploi. Son visa expiré, il se retrouve dans une situation irrégulière. Sans papiers, c’est là que la galère va commencer. Travail « au noir », brimades dûes à sa situation, rien ne sera de trop. Et il aura la merveilleuse idée de compiler dans un carnet le récit de sa vie au jour le jour, où deux êtres s’affrontent : Magic, épuisé par l’injustice et l’existence ingrate qu’il mène dans l’Hexagone et Majid, sans – papier déterminé, travailleur acharné, régularisé en 2009.

Ce journal qu’il tenait sera transformé en roman en 2011. La sardine du cannibale relatera sans fards cette vie qu’il a menée et dont il s’est inspiré pour en faire un livre.

Il y a quelque temps, la sardine du cannibale a été adaptée sous forme de bande dessinée. L’approche est assez intéressante pour mériter que l’on s’y attarde et il a bien voulu en parler dans ma petite bulle.

Bonjour Majid, merci de faire connaître ton histoire aux lecteurs de ma petite bulle. Ma première question serait de savoir comment t’es venu l’idée de transformer ton livre en BD ? Idée originale, je trouve.

A la sortie de mon livre «  La sardine du cannibale » édité chez Arcane 17, avec le retour de mes lectrices et lecteurs, j’ai réalisé que mon écrit était très imagé et à la fois pudique, que je ne disais pas tout. J’ai aussi eu envie d’ouvrir mon histoire à un public plus jeune.

Ma rencontre grâce à des amis avec Pierre Fouillet a permis de concrétiser cette idée qui mûrissait en moi. Il avait eu – je crois – un coup de cœur pour mon histoire et a très bien compris, très vite ce que je ne disais pas, il a ressenti mon histoire et a eu envie de la mettre en image

Tu es venu en France alors que tu étais un jeune adulte, âgé d’une trentaine d’années. Pourquoi ce choix ?

 Je n’ai jamais été tenté  par l’immigration à l’époque. Je n’étais pas fasciné par l’Europe au point de prendre des risques. J’étais bien dans mon pays. J’avais un excellent travail de représentant commercial d’une grande firme  Irlandaise au Sénégal. Je gagnais très bien ma vie. Sauf qu’après six ans, après moult pressions familiales qui voyait ce travail malsain (dans l’alcool), j’ai été contraint de démissionner. Je me suis retrouvé au chômage. Après j’ai travaillé pour des sociétés New Zélandaise et Belge dans la sous région ouest africaine. Ce n’était pas toujours simple de trouver un bon travail et j’ai eu envie de m’ouvrir à d’autres cultures : la société sénégalaise devenait trop étroite pour moi.  Et j’ai fait mon visa et j’ai atterri à Paris en 2003. 

Après nous avoir expliqué comment est venue l’idée de la BD, j’aimerai savoir si tu visais une portée pédagogique, vu que tu es responsable politique aussi.

Je ne suis pas responsable politique puisque  je n’occupe aucun poste politique ni d’élu. Cependant, je suis militant politique et engagé sur les questions concernant l’immigration. J’ai été vice-président de conseil de quartier, membre du bureau parisien des extracommunautaires et j’ai crée un groupe de réflexion, immigration, intégration et lutte contre les discriminations dans le 18e arrondissement. Avec mes camarades et amis, nous  travaillons pour améliorer les critères de régularisation en faisant des propositions au gouvernement et à notre parphoto 2 (1)ti.

Déjà avec mon livre «  La sardine du cannibale », l’objectif était de sensibiliser, de faire comprendre les réalités d’être sans papiers loin des clichés que nous font croire les médias et surtout la droite forte et celle du front national. Je voulais leur ouvrir les yeux à travers mon expérience et tant d’autres que les étrangers ne sont pas que des profiteurs du système français. Que c’est aussi des fois ce système avec ses lois tordues qui profitent de l’immigration.

Avec ma bande dessinée, j’ai voulu d’avantage accentuer cette réalité avec les images qui sont plus fortes, touchantes et qui embarquent le lecteur dans le quotidien du héros.

Portée pédagogique, oui. J’ai voulu à travers Magic-Majid : la sardine du cannibale édité chez Sarbacane, informer, renseigner, mettre à nu et prévenir les futures migrants sur la réalité d’être sans papiers. Ainsi, ils seront avertis. Loin de les décourager, c’est pour moi un devoir moral de leur dire la vérité. Après chacun est libre de prendre ses responsabilités.

Portée pédagogique surtout à l’égard de jeunes qui ne comprennent pas souvent ou très bien les raisons pour lesquelles les gens immigrent. Avec la bande dessinée, je touche un public plus jeune (7 à 17 ans). Et j’avoue, depuis la sortie de Magic-Majid : La sardine du cannibale, j’ai eu beaucoup de retour de jeunes du primaire et du collège qui ont lu la BD et m’ont écrit pour me dire leur sentiment. Et c’est  très touchant.  

Ne penses – tu pas que ton histoire – quoi qu’exemplaire – donne envie à d’autres jeunes Africains de suivre le même chemin ? Vu que tout a fini par s’arranger.

Le but de mes écrits n’est pas d’encourager ou donner envie aux jeunes africains d’immigrer mais pas non plus de  les décourager. Peut-être de montrer la face cachée, celle qu’on ne raconte pas vraiment quand on rentre « au bled », la vérité crue sur notre vie d’immigré, sans paillette et sans fioriture.

 Comment empêcher que les jeunes partent si dans leurs propre pays ils n’ont pas de travail ? Comment  les empêcher de risquer leur vie pour l’occident si nos dirigeants africains ne font rien pour leur maintenir dans leur pays en donnant de l’emploi ? Comment ne seront-ils pas tenter par l’aventure quand ils sont diplômés, sans travail et que de l’autre coté, nos dirigeants pillent, s’enrichissent, détournent l’argent public ?

Quelles visions pour l’avenir de la jeunesse ont aujourd’hui nos responsables politiques ?  Alors, comme vous le dites, « tout a fini par s’arranger pour moi », oui mais au prix de six années de souffrance, de solitude et de combats. Je me suis donné les moyens d’y arriver : c’est parce que je voulais réussir, que j’ai cherché à rencontrer des personnes, des français, que j’ai  travaillé….

Voilà le message : tout est possible si on s’accroche, si on travaille, si on est courageux et ouvert sur le monde.

Quel est l’accueil qu’a reçu cette relique  par rapport au livre ?

Très bien. Autant au niveau des lecteurs que des médias ( télévisions- France 24, TV5Monde, radios- RFI, France Ô, PFM, RTBF, journaux- L’Humanité, Direct/Matin, La Provence, Le 18e du Mois…, sites internets et sites spécialisés. Sortie en février, la BD Magic-Majid : la sardine du cannibale, a été classé 2e des meilleures sorties BD en Mars par les magazines spécialisés. En fin mars, Magic-Majid : la sardine du cannibale est nominée Prix de la BD sociale et historique 2015.

 Le retour des lecteurs est vraiment gratifiant. C’est toujours un plaisir d’être lu. Aujourd’hui, j’ai avec la BD des  lectrices et lecteurs de 7, 8, 9 et 10 ans. Et c’est une immense joie.

Des projets d’écriture sur cette thématique ? Ou en as – tu fini avec cette période de ta vie ?

Je pense que désormais ma vie et mon combat sont liés  à cette thématique de l’immigration. Je vis encore au quotidien le fait d’être un immigré, un ancien « sans papier ». Cela me colle à la peau : comment regarder un agent de sécurité sans penser que…. Donc, oui je me vois mal écrire autre chose que sur ce thème dont les injustices sont grandes. Il y a tellement de choses à raconter, à partager, à défendre et à faire comprendre que le seul moyen de me faire entendre serait évidemment par l’écrit.

Donc, non ma vie d’immigré continue encore et celle des autres encore plus. Magic est toujours en Majid.

Le dernier mot.

Je te remercie de m’avoir invité dans ta petite bulle. Merci pour l’intérêt que tu as porté à mes écrits. Je te félicite pour ton livre «  Le malheur de vivre » que j’ai lu et bien aimé.

Enfin, j’espère qu’un jour Magic-Majid : la sardine du cannibale sera sur grand écran.

Bonne lecture,

NFK

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