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Mon album du moment : NGRTD* de Youssoupha

Concernant le rap français, je suis plutôt une puriste : IAM, Mafia K’1 Fry, Oxmo Puccino, Lunatic, Suprême NTM. J’ai effectué une légère mutation quand Kery James s’est mis en solo. Son album Ma vérité, a longtemps été un de mes favoris. Sa plume, son flow, son engagement, sont autant de caractéristiques qui me font apprécier le MC le plus Africain des Antillais …

Le meilleur d’entre tous (selon moi), c’est Claude Mbarali aka MC Solaar. Je pense ne pas avoir besoin de dire pourquoi le rap de MC Solaar me « parle », car tous les amoureux de sa belle plume vous le confirmeront.

Screenshot_2015-05-30-22-41-19-1J’ai pour la première fois entendu parler de Youssoupha avec son album Noir D**** et quand j’ai su qu’il était l’un des fils de Tabu Ley Rochereau, j’ai su qu’il ne pouvait être que bon … Ses chansons On se connaît, Fire (en featuring avec Ayo), Espérance de vie et Les disques de mon père (en duo avec son père), sont autant de morceaux que j’avais bien aimés …

Mais sans plus, je le reconnais …

Depuis peu, j’ai commencé à le suivre, car un ami n’arrêtait pas de me dire que je devrais m’intéresser au rap de Youssoupha, et pour peu que je prenne le temps de l’écouter plus attentivement, son rap me plairait.

J’ai suivi le conseil et j’avoue ne pas l’avoir regretté …

En prélude à son nouvel album NGRTD, il a sorti deux clips que j’ai pris le temps de regarder et d’écouter (surtout les lyrics). L’un d’entre eux, Pharaons et Fantômes, tourné en Côte – d’Ivoire, est un titre où l’on sent l’engagement du rappeur. Le lyriciste bantou, le sobriquet dont il s’affuble (et que j’aime bien, cela va sans dire). La vidéo, toute en noir et blanc, est d’une grande beauté, de même que les lyrics dont je note quelques – unes en vrac : Je combats avec mes armes, sors de ma réserve / Je reprends à César ce qui appartient à Césaire / Tout ce qui est fait pour nous, mais sans nous, est fait contre nous / Démocratie en grève / Le pouvoir n’appartient pas à ceux qui gagnent les élections, mais à ceux qui gagnent la guerre / Si l’album s’appelle Négritude, c’est seulement la faute de Jacques Foccart

Magnifique, n’est – ce pas ? Rien ne me séduit tant qu’un Africain (peut importe l’endroit où il se trouve, qui a recours à sa culture, car nous portons tous l’Afrique en nous).

A visionner ici : 

Le deuxième opus, Public Enemy, avec une superbe intro en lingala (l’un des dialectes les plus parlés au Congo) est un morceau d’ego – trip dans lequel l’artiste clame son appartenance au hip – hop et la place prépondérante qu’il occupe dans celui – ci.

A visionner ici : 

Screenshot_2015-05-30-22-41-29-1Ces deux morceaux m’ont donné un agréable avant – goût de ce qui allait suivre, à savoir l’album NGRTD.

Avant d’aller plus avant dans ma tracklist, posons – nous quelques minutes et revenons sur le titre de l’album, à savoir NGRTD, contraction de NEGRITUDE.

La négritude, kesako?

La négritude est un courant littéraire et de pensée, créé durant l’entre – deux – guerres, rassemblant des écrivains francophones à la peau noire, tels que Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Guy Tirolien, Birago Diop, René Depestre, et dans une moindre mesure … Léopold Sédar Senghor.

Prônant l’anticolonialisme et l’affranchissement des intellectuels des chaînes de la métropole, le mouvement de la négritude a influencé bien des mouvements analogues et étendu ses tentacules au – delà des frontières africaines, avec notamment le mouvement du Black Nationalism aux USA.

Alors quand Youssoupha décide d’appeler son album NGRTD, le symbole est assez fort pour mériter que l’on s’y attarde. Un grand bravo à l’artiste pour l’effort de conscientisation et de de pédagogie auquel il s’emploie. Car un artiste, ce n’est pas seulement une machine à tubes, c’est aussi quelqu’un qui véhicule des messages et « éduque » son auditoire. C’est l’une des nombreuses raisons pour laquelle j’adore Kery James !

NGRTD se compose de 16 titres, et je vais parler des titres que j’ai le plus aimés, afin de ne pas rendre ce post trop long (je sais, il l’est déjà !) et surtout, vous donner envie d’aller le (re) découvrir, si ce n’est pas déjà le cas !

* Où est l’amour?

Ce titre ouvre l’album. C’est mon préféré de l’album. Au – delà du beat que j’ai kiffé, le rappeur réaffirme que l’amour est son moto et que c’est son oxygène. Sa maman qu’il a perdu, ses soeurs qu’il aime, ses détracteurs qui le font avancer, son fils Malik qui est sa fierté, sont autant de composantes dans la vie de Youssoupha, qui chacune prise à part, le boostent. Une petite dose d’ego – trip apporte un peu de sel : Je ne suis pas le seul, je suis le meilleur / Mon album n’est pas le disque de l’année / C’est le disque de l’année prochaine.

Screenshot_2015-05-30-22-41-35-1La voix de Léopold Sédar Senghor clôt le morceau, et on entend le poète expliquer la phase de maturation par laquelle il passait pour écrire ses poèmes.

* Salaam 

Youssoupha passe le salaam à ses fans, où qu’ils puissent se trouver : en Hexagone (la banlieue et la capitale), au Sénégal, dans les Antilles, au Gabon, à Kinshasa …

Déterminé à réussir quoi que cela puisse lui en coûter, l’artiste réaffirme sa place dans le hip – hop français et n’oublie pas ses racines en Afrique Noire (clin d’oeil au Congo Kinshasa).

* Points Communs

Bien sûr qu’on travaille pour le bien commun / Ne cherchons pas nos failles, mais nos points commun / Gagner des batailles par nos propres mains / J’ai dû faire le double pour qu’on me donne la moitié / Je dois taffer dur pour rentrer dans les livres.

Le rappeur prône l’unité, qui permet de souder une communauté, mais aussi de gravir les échelons de la réussite, en lieu et place de la division qui fait tant de dégâts … Il a trouvé son exutoire dans le rap et a en quelque sorte pris une « revanche » sur la vie, eu égard à l’échec auquel on le prédestinait …

* Maman m’a dit

Une chanson en hommage à sa maman. J’avoue avoir écrasé une petite larme en l’écoutant. Dans le morceau, le rappeur se rend compte du caractère éphémère de la vie (Plus rien ne me ramènera ma mère, même pas les disques d’or / Je gagne ou je perds, au moins j’aurai pris des risques d’homme / Maman m’a dit tout ce que la vie peut reprendre et redonner / Un jour, je me sens trop petit, un jour, je suis trop fort).

* Memento 

Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie …

L’artiste se rend compte que le showbiz l’a happé, et même dans ses rêves, il rêve de HBO et de vidéos en haute définition.

Le concept  de cette chanson est très original. Sous forme d’écriture amnésique, il effectue des allers – retours entre les différents thèmes abordés et nous permet d’avoir une vue d’ensemble des thématiques qui lui sont chères.

* Love musik

Un autre duo avec Ayo, sur le thème de l’amour. Love is the answer / Love is the key / Why can’t  you love me? / Pourquoi on s’élimine, 7 milliards d’ennemis / Indignez – vous pour vous, mais indignez – vous aussi pour les autres

unnamedYoussoupha prône pour que l’amour revienne dans nos quotidiens, et qu’au lieu de se regarder en chiens de faïence, nous devons être une entité unie et indivisible et quelle que soit notre croyance (Allah, Jah, Yahvé, Nzambé, Almighty God), nous sommes amnenés à cohabiter sur cette terre !

* Chanson française

Youssoupha veut que l’on considère comme une musique faisant partie intégrante de la musique française. Il déplore le fait que le hip – hop soit marginalisé, et si les rappeurs veulent que le rap soit respecté et considéré, ils doivent commencer à respecter leur art.

* Entourage

L’époque dans laquelle nous vivons nous pousse de plus en plus à être individualistes et nous devons réinstaller le partage et l’entraide dans nos quotidiens. Youssoupha en fait le leitmotiv de ce morceau, en invitant à ses auditeurs à le partager autour d’eux.

* Niquer ma vie

Une autre chanson qui m’a beaucoup émue. La famille est un socle central dans la vie d’un individu, et on a coutume de dire que quoi que puissent faire les différents membres d’une famille, ils forment un bloc et on ne les choisit pas.

En prenant l’exemple de son frère qui fait des allers – retours en prison et dont son fils porte le nom, Youssoupha réaffirme l’adage selon lequel  » On ne choisit pas sa famille ».

Certains sont fiers de leurs frères, d’autres vivent dans l’ombre de ceux – ci, d’autres encore n’ont plus de famille. C’est à eux tous que le morceau est dédié.

* Négritude

Dans ce morceau, Youssoupha parle de ses débuts dans le rap game et indique les difficultés qu’il a eues quand il a commencé à travailler avec une major (une maison de disques), et l’absence de liberté artistique dont il a pâti dans sa musique.

A ses débuts, il y a 10 ans, il voulait donner à l’un de ses albums une connotation africaniste et l’appeller Négritude. Mais son label s’y est fortement opposé, et il regrette de ne pas avoir eu le courage d’imposer ses idées.

Cette expérience malheureuse l’a amené à créer son lapel indépendant Bomayé Music, et il a  enfin eu son album NGRTD.

Un juste retour des choses !

Pour ceux qui ont écouté NGRTD de bout en bout, vous aurez remarqué que je n’ai pas parlé des morceaux A cause de moi, Le score, Mannschaft, Black Out, Smile et Mourir mille fois. 

Je ne dis pas que ces chansons ne valent pas le détour, mais je les ai moins aimées. Ce qui n’empêche pas le fait que NGRTD est un album à écouter sans modération. Avec cet album, Youssoupha prend une place prépondérante dans la liste de mes rappeurs préférés.

Bonne lecture (et bonne écoute)

NFK

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Lu : Debout – payé de Gauz

Rester debout toute la journée dans un magasin, répéter cet ennuyeux exploit de l’ennui, tous les jours, jusqu’à être payé à la fin du mois. Debout – payé.

unnamed (2)Debout – payé ou le difficile exercice auquel s’adonnent tous les jours les MIB (Men In Black), ces hommes qui à force de les voir, on en finit par ne plus les voir. Que ce soit dans un magasin de vêtements, de cosmétiques ou encore dans une entreprise, ils sont en faction devant les entrées et filtrent les passages. Le plus extraordinaire dans cette fonction de vigile, c’est que les personnes qui opèrent dans ce corps de métier sont presque tous … noirs !

Avant d’avancer sur ma note de lecture et de donner mon avis, j’aimerai m’attarder, si vous me le permettez chers lecteurs, sur la couverture ! Sisi vous avez bien lu, la couverture ! L’une des caractéristiques majeures qui me font acheter un livre, au – delà du fait que je connaisse l’auteur (ou pas), c’est la couverture. C’est un truc difficile à expliquer, mais je suis sûre que les bibliophiles me comprendront. Une couverture et quatrième de couverture bien colorées, à la calligraphie plaisante, me donneront tout de suite envie de lire le résumé et d’acheter ce bouquin.

Pour celle de Debout – payé, j’ai grandement apprécié les tons blanc et orange qui la composent. Une maquette intérieure ceinture le livre et quand on la déplie, se niche à l’intérieur une biographie de l’auteur en lettres oranges sur fond blanc. Ingénieux !

Ceci étant dit, je m’en vais vous donner mes impressions sur Debout – payé.

L’ouvrage retrace les destins croisés d’Ossiri, de Ferdinand et de Kassoum.

Ossiri, jeune homme né et grandi à Abidjan, était enseignant et gagnait bien sa vie. Qu’est – ce qui a donc pu motiver son désir d’aller en France? Le désir de quitter cette vie trop monotone, où tout était réglé comme du papier. Abasourdis, ses proches qu’on lui a jeté un sort. Car comment comprendre le fait que disposant de tout ce dont il avait besoin, Ossiri envoie ballader tout cela, dans le seul but de découvrir cet ailleurs qui le faisait rêver.

unnamed (3)Seule sa mère le comprend. Elle qui, depuis son retour de Paris, se bat contre l’aliénation mentale et culturelle de ses congénères. Décrite comme féministe, acariâtre, elle remue ciel et terre pour que ses enfants soient conscients ! Dans cette optique, elle encourage donc son Ossiri à aller voir au – delà des cieux abidjanais !

Le voilà donc qui débarque à Paris et s’installe à Mée, chez un compatriote ivoirien, Thomas. De galères en désillusions, il ouvre sur les yeux sur l’Europe et dans son esprit, s’insère peu une vive désillusion. Peinant à trouver un travail, car n’ayant pas de papiers, il fait appel à tonton Ferdinand, l’ami avec qui sa mère l’avait mis en contact. Celui – ci a une petite entreprise où il emploie des vigiles, fermant les yeux sur leur situation administrative. Qu’ils aient des papiers ou pas, c’est le cadet de ses soucis, l’essentiel est qu’il fasse tourner sa boîte !

Ossiri habite désormais à la MECI (Maison des Etudiants Ivoiriens), une résidence étudiante où ses résidents ne sont des « étudiants » que de nom. Ayant déserté les amphis, les « étudiants » se veulent les incompris du système. De réunions en conciliabules, ils s’égosillent et se plaignent de leurs misérables conditions de vie, jusqu’à ce que de nouvelles lois soient votées et que la carte de séjour soit instaurée pour tout étranger désirant s’établir en France. Tous les habitants de la MECI sont expulsés.

Ossiri trouve un logement à partager au – dessus de la Chapelle des Lombards, dans le quartier vivant de Bastille. Avec Kassoum, ils sortiront tous les matins en quête d’un travail. Kassoum est l’antithèse d’Ossiri. Eduqué dans l’un des pires ghettos d’Abidjan, la promiscuité et l’insalubrité ne le dérangent nullement, lui qui a connu des conditions de vie plus extrêmes. Il travaillera aussi aux Grands Moulins de Paris, sous les ordres de tonton Ferdinand.

Ossiri trouve une place à Camaïeu, l’une des enseignes les plus connues dans l’habillement féminin. Là, il apprendra à se fondre dans le décor, mais surtout à … observer ! Car tout son travail repose sur sa capacité à « zyeuter » les clientes, et le cas échéant à démasquer les voleuses potentielles. Son sens de l’observation carburant à 1000%, il reconnaîtra sans peine parmi les femmes assiégeant le magasin, les FBBB (Femmes Bété A Bébés Blancs), qui se plaignant de la mauvaise qualité des jeans « wôro – wôro » (tie and die), se démarquent de la clientèle habituelle.

NOus quittons Camaïeu pour Sephora, la fameuse enseigne de cosmétiques. Sephora, la Mecque des cosmétiques. Make – up, parfumerie, accessoires, on trouve de tout chez Sephora. On change de décor, mais le vigile est toujours là, statique et invisible. Mais ce qui change, c’est que les vigiles sont démultipliés et placés à des coins stratégiques du magasin. Clientèle huppée, dont le sens olfactif est mis à rude épreuve, s’engouffre chaque jour qui passe dans l’antre de cet immense espace tout en noir et blanc. Les vigiles s’amusent à essayer de reconnaître les clients et surtout lorsque – ceux ci viennent de leur pays d’origine (Ousmane Tanor Dieng, les milliardaires saoudiens, et tutti quanti …)

unnamedAyant tous les deux travaillé aux Grands Moulins de Paris à la faveur des contrats de tonton Ferdinand, mais l’arrêté préfectoral met fin à ce semblant de vie normale. Ayant quitté la MECI, Ossiri et Kassoum iront partager le logement de Zandro, qui sa nuit de travail terminée, contraint les deux autres colocataires à quitter les lieux. Kassoum réussit à s’insérer, non seulement en raison des ballades avec Ossiri, mais surtout avec la nouvelle place qu’il se dégote, et dont il n’est pas peu fier, de même que sa fiancée qu’il a fait venir en France.

Quid de Ossiri? Disparu, envolé, mais Kassoum ne se fait pas de souci …

Les malheurs sont toujours plus bruyants que les bonheurs …

Kassoum sait que Ossiri est en sécurité, mais quelque part … Il tente donc tant bien que mal de trouver ses marques dans cette société française. Il n’a pas quitté le Colosse (ghetto d’Abidjan) pour venir se chercher à Paris.

Il faut qu’il réussisse !

Debout – payé est un roman à forte connotation sociale. Je ne sais même pas si on peut l’enfermer dans la case « roman » uniquement, car il va au – delà de la fiction. Le narrateur (ou l’auteur) développe des points de réflexion assez intéressants pour mériter que l’on s’y attarde. Outre le métier de vigile, qui est celui de bon nombre de personnes d’origine africaine, en région parisienne ou en province, l’auteur parle de la situation des Africains en France. Avec des allers retours dans l’Histoire de l’Afrique assez multiples, l’on voit des ramifications avec quantité de nations africaines. Houphouët Boigny, l’un des chantres de la FrançAfrique, dans le souci d’installer les étudiants ivoiriens dans un soupçon de confort, mettra à leur disposition la MECI, et l’on a vu plus haut ce que ses résidents en ont fait.

Ossiri et Kassoum, les deux personnages – clés du livre, sont les deux faces d’une même pièce. Ossiri, lettré, viendra en France pour explorer d’autres horizons. Ce déménagement d’un continent à un autre, sera propice pour découvrir l’autre, découvrir sa culture, en somme ne pas rester renfermé sur soi et sa communauté. Kassoum, l’illettré, l’homme du ghetto, suivra cette mouvance, en suivant Ossiri dans ses pérégrinations : visites de musée, découverte d’un autre Paris …

unnamedLa situation des Africains dans l’Hexagone est présente dans ce livre, car des indépendances aux années 2000, des mutations ont été opérées dans les modes d’émigration, avec ceux qui viennent pour étudier, certains pour vivre et ne plus retourner au pays, et d’autres qui viennent parce qu’un membre de leur famille est là …

Si l’on est Africain, les situations dépeintes dans ce livre feront sourire. Que celui/celle qui n’a jamais souri à un vigile à l’entrée d’un magasin parce qu’il était un frère ou un tonton, lève le doigt ! A contrario, si l’on est Européen, ou Américain ou d’une quelconque autre origine, l’on ne fera pas attention à ce grand noir posté telle une sentinelle à l’entrée de la boutique. Mais au moment de passer les portiques de sécurité, quand l’on se fait arrêter pour un contrôle des achats, on fera plus attention à cet énergumène !

L’auteur termine son livre en retraçant son parcours, de son arrivée en France, en passant par les difficultés qu’il a eues au moment où il était « sans – papiers », jusqu’à sa rencontre avec une Française, et qu’il soit régularisé !

Cette nuance m’a fait tiquer, car la nationalité de la femme qui l’a quelque peu « aidé » à être un citoyen « français », viendra renforcer quelque peu les clichés des unions mixtes qui ne sont mues que par des soucis administratifs.

Mais ce n’est que mon avis ! Cette légère petite note n’entrave en rien le fait que j’ai énormément apprécié la lecture de Debout – payé. Je vous le recommande !

Très bonne lecture !

With love ❤

NFK

Publié dans Réflexion, Techno & Actus

La mort à l’ère du web 2.O

Quand nous venons au monde, l’heure et le lieu de notre mort sont déjà programmés. Le Seigneur, dans Son infinie miséricorde, décide quand et comment doit prendre fin notre passage sur Terre. Nous ne l’occultons certes pas, mais nous nous comportons parfois comme si notre vie n’allait jamais connaître un épilogue et que l’au – delà n’était « que » pour les autres …

Que nenni ! Le moment où nous serons enfouis sept pieds sous terre varie d’un individu à un autre, mais il arrivera … INELUCTABLEMENT !

Vous devez vous demander ce qui se passe dans ma tête pour que je commence ce post par des notes aussi macabres … Je vous comprends, car parler de la mort n’a rien de joyeux, mais nous y passerons tous ! Je ne suis pas en train de vous faire mes adieux – enfin je l’espère -, mais vous avez compris que cet article a pour sujet la grande faucheuse, cette traîtresse !

Avant de continuer et d’expliquer le pourquoi du comment de cet article, j’aimerai faire une petite précision. Nous avons tous des façons différentes d’exprimer notre deuil et in extenso, de nous comporter face à la mort. Les lignes qui vont suivre expriment mon ressenti face à un phénomène qui me préoccupe grandement. Loin de moi l’idée de faire la leçon à qui que ce soit, car n’étant pas parfaite, j’apprends au jour le jour dans cette grande école qu’est l’univers …

Ordinateur-Tombstone-620x350En observant les réactions de mon entourage par rapport à la mort, j’ai eu envie d’écrire là – dessus. Et l’aspect qui m’a le plus dérangée, c’est l’incursion de la mort dans les réseaux sociaux. Vous savez, ces sites de micro – blogging tels que Tumblr, Facebook ou Twitter et de partages de photos comme Instagram.

Tous les jours ou presque, je vois passer l’annonce du décès de quelqu’un avec la mention RIP.

Et ce qui me fait tiquer le plus, c’est non seulement le long texte d’hommage (s) surplombé d’une photo du défunt, mais aussi les tags. Les habitués des réseaux sociaux savent ce qu’est un tag. Mais si vous n’en êtes pas un, sachez qu’un tag est un mot – clé permettant de nous retrouver sur une publication ou une photo. Quand on publie sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, on peut tagger nos amis en incorporant leur nom sur nos différentes publications, de sorte que celles – ci apparaîtront sur leur (s) profil (s). Il n’est pas rare de voir RIP Mr X ou Mlle Y, comme si la personne décédée avait la faculté de faire un aller – retour de l’au – delà pour venir répondre aux si gentils messages et retourner dans sa tombe …

Soyons sérieux un instant !

Et ce qui m’agace le plus, c’est l’abréviation RIP. Que signifie RIP ? Si on peut écrire RIP, on peut bien tout écrire, à savoir REST IN PEACE, non ? Une personne a poussé le vice jusqu’à décrire tout ce qu’elle faisait avec son ami décédé, le tout dans un montage photo où elle s’est prise en photo en train de verser de chaudes larmes. Ambiance …

Nous passons une grande partie de notre temps sur les réseaux sociaux, quantité d’informations importantes concernant nos activités y figurent. L’internet est devenu un mal nécessaire. On y blogge, on y lit nos mails, on en écrit, on y développe une activité professionnelle … Mais si je puis donner un humble avis, la MORT n’a rien à y faire !

Le deuil est si intime et la douleur que l’on ressent si intense que je ne comprendrais jamais le fait d’étaler l’annonce d’une mort sur Facebook ou Twitter. Et les « likes », parlons – en des « likes » ! A quelle fin « like » – t – on  la photo d’une personne décédée ? Pour « aimer » le fait qu’elle ne soit plus de ce monde ? Si vous avez des pistes de réflexion, merci de les partager avec moi, car j’ai beaucoup de mal à comprendre !

Me voici à la fin de ce post pas des plus joyeux, je vous l’accorde … Le principe même du blogging est le partage, alors merci encore fois d’avoir pris le temps de lire ce post, ma petite bulle et moi – même vous en remercions !

PS : si jamais je ne suis plus de ce monde, merci de fermer mes comptes Facebook, Twitter et Instagram, de façon à ce qu’aucune photo de moi n’y figure et que le fil d’actualité de mes « amis » ne soit saturé d’hommages tous plus appuyés les uns que les autres ! Mais laissez au moins ce blog ouvert, de façon à ce que je continue de vous hanter avec mes écrivouillages 😉

Bonne lecture,

With all my love ❤

NFK

Publié dans Bouquinage

Lu et adorééééééééééééééééééééééééééééé : Chroniques du Katanga

Une fois n’est pas coutume, dans ce post, tout comme le titre l’indique, il est question d’un livre ! Depuis peu, mes articles portent essentiellement sur la littérature. Et beaucoup de lecteurs m’en font la remarque. J’ai conscience que je parle de plus en plus de livres, mais ce n’est pas une raison pour faire de ma petite bulle un blog … littéraire !

Comme je l’avais mentionné il y a quelques années lors de sa création, dans ce blog , il n’a pas de ligne directrice … Cet espace  de blogging est le concentré de ce que j’ai dans la tête … Alors ne vous inquiétez pas, chers abonnés ou visiteurs occasionnels, je n’ai pas changé d’orientation … J’ai énormément de brouillons de billets d’humeur. Il faudrait que je lève un peu le nez de mes bouquins et que j’en poste quelques – uns. Ce qui sera fait sous peu, je le promets ! Car vos feedbacks et remarques pertinentes sont le socle de ce blog !

Le XIVe Sommet de la Francophonie à Brazzaville en 2012 a été le prétexte pour rassembler des auteurs d’horizons divers et publier des recueils de nouvelles. Ce qui a donné Chroniques du Congo dont j’ai parlé juste ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2015/04/15/lu-adore-chroniques-du-congo/. J’ai enchaîné avec le 2e volet, intitulé Chroniques du Katanga, livre qui est le sujet de ce post.

katangaLe Katanga, province méridionale de la République Démocratique du Congo, est une région dont j’ai entendu parler pour ses (anciennes) velléités sécessionnistes. En fouillant l’histoire (politique) du Congo, j’ai lu que l’Etat katangais a déclaré son indépendance en 1960, après l’accession de la RDC à l’indépendance. Moïse Tshombe est celui qui a mené cette révolution, avant de voir la région ramenée sous la coupelle du reste du pays quelques années plus tard.

Sa capitale Lubumbashi – que j’ai longtemps appelée Lumumbashi (lapsus révélateur) abrite une zone riche en minerais. Pour exemple, c’est des mines du Katanga qu’est venu l’uranium ayant permis de fabriquer les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki.

Trêve de niaiseries géopolitiques ! J’en vois déjà qui bâillent à s’en décrocher les mâchoires ! Je voulais juste camper le décor pour mieux comprendre les lignes qui vont suivre …

Dominique Ranaivoson, dans la magnifique préface, cite Jano Bakasanda :  » Ecrire sur, sous et dans la violence, l’espace d’un cessez le feu, voilà le pari d’une écriture responsable, plurielle, devenue une préfiguration du futur. Nous pourrions parler d’une  » violence anti – violence  » littéraire avec pour armes, les mots. L’écrivain, forgeron de la liberté, est pris en tenailles entre un désir d’engagement qui le porterait au reportage dans un inventaire exhaustif des plaies ouvertes qui, sous couverts de fidélité au réel, étoufferait tout travail artistique, et une fascination pour  » l’orfèvrerie langagière  » au service d’une introspection qui écarterait le monde « .

Les auteurs, chacun avec son style et la façon dont il voit ce territoire qu’est le Katanga, couche sur le papier la colère, la tristesse, la joie ou l’amertume face à la décrépitude de l’environnement. Car il est utile de rappeler que la région du Katanga est sujette à une exploitation impitoyable de ses richesses.

Chroniqueskatanga_450Jean – Luc Malango Kitungano, dans sa nouvelle Testament d’un vieillard du Katanga, parle de cette lande riche que les imbéciles divisent sans merci, par la voix de son narrateur, un vieil homme à l’article de la mort :  » Moi je rétorquais toujours que le développement sans des leaders sociaux visionnaires, des structures adéquates et une population préparée est une illusion … « 

Le cuivre est le nerf de la guerre au Katanga. Ce n’est pas pour rien que la région se fait appeler terre du cuivre. La Gécamines (Générale des Carrières et des Mines) emploie tous les gros bras pouvant y travailler et extraie dans des conditions similaires au suicide les précieux métaux.

Cette richesse est acheminée sous d’autres cieux au détriment de la population qui n’en voit pas le bout. Et raison pour laquelle les jeunes filles, laissées à elles – mêmes sombrent dans la prostitution, de même que les jeunes enfants de la rue – les  » shégués « , qui, faute de l’accompagnement nécessaire, errent en bandes et survivent comme ils peuvent.

Dans sa nouvelle Putain de guerre, Dieudonné Muamba évoque ce conflit meurtrier qui décime la région et éparpille les enfants :  » Bienheureux, pour toutes les souffrances endurées par mes copains et moi de l’autre côté de la frontière, par la lâcheté de nos familles incapables de nous défendre contre nos kidnappeurs qui nous ont séquestrés en enfer pendant des années, je vous condamne à mort ! Oui, je vous tuerai. Je vous tuerai tous, je vous tuerai, je vous tuerai … « 

J’ai pleuré quand j’ai lu ces belles et violentes lignes, véritable cri du coeur d’un Katangais impuissant face au marasme sociétal et économique qui mine sa région. Face à cette situation, il n’a que ces mots. Mais ces mots, ce ne sont pas que des mots ! Car ils nous permettent d’appréhender au mieux ce qui se passe dans cette région parmi les plus riches du monde et de rejoindre la douleur muette des autochtones.

Je pourrais continuer à parler des heures de ce magnifique livre, qui m’a bouleversée ! Je pense faire une pause, puis le relire, car toutes les nouvelles m’ont enchantée, sans exception. Et pour mon plus grand bonheur, je me suis délectée des expressions lingala glissées de ci de là entre les phrases … Ah le lingala, quelle superbe langue !

Je suis encore sur mon petit nuage, alors laissez – moi le temps d’en redescendre !

Chroniques du Katanga, un livre à liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire 🙂

Bonne lecture

NFK