Rester debout toute la journée dans un magasin, répéter cet ennuyeux exploit de l’ennui, tous les jours, jusqu’à être payé à la fin du mois. Debout – payé.

unnamed (2)Debout – payé ou le difficile exercice auquel s’adonnent tous les jours les MIB (Men In Black), ces hommes qui à force de les voir, on en finit par ne plus les voir. Que ce soit dans un magasin de vêtements, de cosmétiques ou encore dans une entreprise, ils sont en faction devant les entrées et filtrent les passages. Le plus extraordinaire dans cette fonction de vigile, c’est que les personnes qui opèrent dans ce corps de métier sont presque tous … noirs !

Avant d’avancer sur ma note de lecture et de donner mon avis, j’aimerai m’attarder, si vous me le permettez chers lecteurs, sur la couverture ! Sisi vous avez bien lu, la couverture ! L’une des caractéristiques majeures qui me font acheter un livre, au – delà du fait que je connaisse l’auteur (ou pas), c’est la couverture. C’est un truc difficile à expliquer, mais je suis sûre que les bibliophiles me comprendront. Une couverture et quatrième de couverture bien colorées, à la calligraphie plaisante, me donneront tout de suite envie de lire le résumé et d’acheter ce bouquin.

Pour celle de Debout – payé, j’ai grandement apprécié les tons blanc et orange qui la composent. Une maquette intérieure ceinture le livre et quand on la déplie, se niche à l’intérieur une biographie de l’auteur en lettres oranges sur fond blanc. Ingénieux !

Ceci étant dit, je m’en vais vous donner mes impressions sur Debout – payé.

L’ouvrage retrace les destins croisés d’Ossiri, de Ferdinand et de Kassoum.

Ossiri, jeune homme né et grandi à Abidjan, était enseignant et gagnait bien sa vie. Qu’est – ce qui a donc pu motiver son désir d’aller en France? Le désir de quitter cette vie trop monotone, où tout était réglé comme du papier. Abasourdis, ses proches qu’on lui a jeté un sort. Car comment comprendre le fait que disposant de tout ce dont il avait besoin, Ossiri envoie ballader tout cela, dans le seul but de découvrir cet ailleurs qui le faisait rêver.

unnamed (3)Seule sa mère le comprend. Elle qui, depuis son retour de Paris, se bat contre l’aliénation mentale et culturelle de ses congénères. Décrite comme féministe, acariâtre, elle remue ciel et terre pour que ses enfants soient conscients ! Dans cette optique, elle encourage donc son Ossiri à aller voir au – delà des cieux abidjanais !

Le voilà donc qui débarque à Paris et s’installe à Mée, chez un compatriote ivoirien, Thomas. De galères en désillusions, il ouvre sur les yeux sur l’Europe et dans son esprit, s’insère peu une vive désillusion. Peinant à trouver un travail, car n’ayant pas de papiers, il fait appel à tonton Ferdinand, l’ami avec qui sa mère l’avait mis en contact. Celui – ci a une petite entreprise où il emploie des vigiles, fermant les yeux sur leur situation administrative. Qu’ils aient des papiers ou pas, c’est le cadet de ses soucis, l’essentiel est qu’il fasse tourner sa boîte !

Ossiri habite désormais à la MECI (Maison des Etudiants Ivoiriens), une résidence étudiante où ses résidents ne sont des « étudiants » que de nom. Ayant déserté les amphis, les « étudiants » se veulent les incompris du système. De réunions en conciliabules, ils s’égosillent et se plaignent de leurs misérables conditions de vie, jusqu’à ce que de nouvelles lois soient votées et que la carte de séjour soit instaurée pour tout étranger désirant s’établir en France. Tous les habitants de la MECI sont expulsés.

Ossiri trouve un logement à partager au – dessus de la Chapelle des Lombards, dans le quartier vivant de Bastille. Avec Kassoum, ils sortiront tous les matins en quête d’un travail. Kassoum est l’antithèse d’Ossiri. Eduqué dans l’un des pires ghettos d’Abidjan, la promiscuité et l’insalubrité ne le dérangent nullement, lui qui a connu des conditions de vie plus extrêmes. Il travaillera aussi aux Grands Moulins de Paris, sous les ordres de tonton Ferdinand.

Ossiri trouve une place à Camaïeu, l’une des enseignes les plus connues dans l’habillement féminin. Là, il apprendra à se fondre dans le décor, mais surtout à … observer ! Car tout son travail repose sur sa capacité à « zyeuter » les clientes, et le cas échéant à démasquer les voleuses potentielles. Son sens de l’observation carburant à 1000%, il reconnaîtra sans peine parmi les femmes assiégeant le magasin, les FBBB (Femmes Bété A Bébés Blancs), qui se plaignant de la mauvaise qualité des jeans « wôro – wôro » (tie and die), se démarquent de la clientèle habituelle.

NOus quittons Camaïeu pour Sephora, la fameuse enseigne de cosmétiques. Sephora, la Mecque des cosmétiques. Make – up, parfumerie, accessoires, on trouve de tout chez Sephora. On change de décor, mais le vigile est toujours là, statique et invisible. Mais ce qui change, c’est que les vigiles sont démultipliés et placés à des coins stratégiques du magasin. Clientèle huppée, dont le sens olfactif est mis à rude épreuve, s’engouffre chaque jour qui passe dans l’antre de cet immense espace tout en noir et blanc. Les vigiles s’amusent à essayer de reconnaître les clients et surtout lorsque – ceux ci viennent de leur pays d’origine (Ousmane Tanor Dieng, les milliardaires saoudiens, et tutti quanti …)

unnamedAyant tous les deux travaillé aux Grands Moulins de Paris à la faveur des contrats de tonton Ferdinand, mais l’arrêté préfectoral met fin à ce semblant de vie normale. Ayant quitté la MECI, Ossiri et Kassoum iront partager le logement de Zandro, qui sa nuit de travail terminée, contraint les deux autres colocataires à quitter les lieux. Kassoum réussit à s’insérer, non seulement en raison des ballades avec Ossiri, mais surtout avec la nouvelle place qu’il se dégote, et dont il n’est pas peu fier, de même que sa fiancée qu’il a fait venir en France.

Quid de Ossiri? Disparu, envolé, mais Kassoum ne se fait pas de souci …

Les malheurs sont toujours plus bruyants que les bonheurs …

Kassoum sait que Ossiri est en sécurité, mais quelque part … Il tente donc tant bien que mal de trouver ses marques dans cette société française. Il n’a pas quitté le Colosse (ghetto d’Abidjan) pour venir se chercher à Paris.

Il faut qu’il réussisse !

Debout – payé est un roman à forte connotation sociale. Je ne sais même pas si on peut l’enfermer dans la case « roman » uniquement, car il va au – delà de la fiction. Le narrateur (ou l’auteur) développe des points de réflexion assez intéressants pour mériter que l’on s’y attarde. Outre le métier de vigile, qui est celui de bon nombre de personnes d’origine africaine, en région parisienne ou en province, l’auteur parle de la situation des Africains en France. Avec des allers retours dans l’Histoire de l’Afrique assez multiples, l’on voit des ramifications avec quantité de nations africaines. Houphouët Boigny, l’un des chantres de la FrançAfrique, dans le souci d’installer les étudiants ivoiriens dans un soupçon de confort, mettra à leur disposition la MECI, et l’on a vu plus haut ce que ses résidents en ont fait.

Ossiri et Kassoum, les deux personnages – clés du livre, sont les deux faces d’une même pièce. Ossiri, lettré, viendra en France pour explorer d’autres horizons. Ce déménagement d’un continent à un autre, sera propice pour découvrir l’autre, découvrir sa culture, en somme ne pas rester renfermé sur soi et sa communauté. Kassoum, l’illettré, l’homme du ghetto, suivra cette mouvance, en suivant Ossiri dans ses pérégrinations : visites de musée, découverte d’un autre Paris …

unnamedLa situation des Africains dans l’Hexagone est présente dans ce livre, car des indépendances aux années 2000, des mutations ont été opérées dans les modes d’émigration, avec ceux qui viennent pour étudier, certains pour vivre et ne plus retourner au pays, et d’autres qui viennent parce qu’un membre de leur famille est là …

Si l’on est Africain, les situations dépeintes dans ce livre feront sourire. Que celui/celle qui n’a jamais souri à un vigile à l’entrée d’un magasin parce qu’il était un frère ou un tonton, lève le doigt ! A contrario, si l’on est Européen, ou Américain ou d’une quelconque autre origine, l’on ne fera pas attention à ce grand noir posté telle une sentinelle à l’entrée de la boutique. Mais au moment de passer les portiques de sécurité, quand l’on se fait arrêter pour un contrôle des achats, on fera plus attention à cet énergumène !

L’auteur termine son livre en retraçant son parcours, de son arrivée en France, en passant par les difficultés qu’il a eues au moment où il était « sans – papiers », jusqu’à sa rencontre avec une Française, et qu’il soit régularisé !

Cette nuance m’a fait tiquer, car la nationalité de la femme qui l’a quelque peu « aidé » à être un citoyen « français », viendra renforcer quelque peu les clichés des unions mixtes qui ne sont mues que par des soucis administratifs.

Mais ce n’est que mon avis ! Cette légère petite note n’entrave en rien le fait que j’ai énormément apprécié la lecture de Debout – payé. Je vous le recommande !

Très bonne lecture !

With love ❤

NFK

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3 réflexions sur “Lu : Debout – payé de Gauz

  1. Chère madame,

    légèrement freiné par la longueur de votre texte, j’ai commis l’erreur de lire le début et de m’attarder sur la fin où vous abordez votre sentiment personnel par rapport à l’évocation dans le livre du parcours personnel de l’auteur, j’en suis sorti un peu démotivé surtout que j’avais déjà un enthousiasme suscité par la découverte de l’auteur sur le plateau de l’émission « Des paroles et des actes » jeudi dernier. Puis, je suis revenu et j’ai lu entièrement votre texte et il m’a confirmé tout le bien que je pense déjà de ce livre sans l’avoir lu. Vos analyses sont toujours profondes et percutantes. Vous m’avez une fois de plus convaincu. c’est décidé, je me le procurerai.

    1. Merci de ta visite encore une fois. Il est vrai que la note de lecture est un peu longue, la raison en est que je voulais prendre le temps de donner un avis assez objectif sur ce magnifique ouvrage …
      Merci d’avoir pris le temps de lire l’article de bout en bout. Hâte de savoir ce que tu as pensé de Debout – payé.

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