Publié dans Bouquinage

Lu et adoré : le Stagiaire de Babacar Sall

Quand j’ai eu fini de parcourir le dernier mot de cet ouvrage, j’ai eu un sentiment de plénitude. Vous savez, comme quand vous avez fini de déguster un plat que vous affectionnez particulièrement, un doux bien – être vous envahit …

C’est ce qui m’est arrivé avec le Stagiaire.

Je m’égare … Comme toujours lorsque j’ai aimé un livre. M’en vais donc vous donner mon ressenti d’après lecture. Mais laissez – vous d’abord vous parler de l’auteur.

12033268_943173535755130_1857944949_nBabacar Sall est universitaire et directeur de publication chez l’Harmattan. Il est aussi auteur de nombreux ouvrages de poésie et de sciences sociales. De ce fait, il a obtenu le prix Richelieu – Senghor en 2006 pour l’ensemble de son œuvre poétique. Son livre le Stagiaire – qui est l’objet de ce post – j’en avais vaguement entendu parler lors de sa parution, car il avait fait grand bruit au Sénégal (en raison du sujet), mais je n’avais jusque – là jamais eu l’occasion de le lire. L’occasion m’en a été donnée quand il m’en a offert un exemplaire, dédicacé de surcroît …

Mais pourquoi donc le Stagiaire a – t – il été censuré à sa sortie en 2006 ? J’y viens.

Le Sénégal a connu sa première alternance démocratique en 2000, à la faveur de l’élection du troisième Président de la République, Maître Abdoulaye Wade, opposant chevronné qui a bourlingué avec sa formation, le Parti Démocratique Sénégalais. Le 19 Mars 2000, son élection a avivé quantité d’espoirs chez les Sénégalais, qui « fatigués » du règne du Parti Socialiste (Abdoulaye Wade et Abdou Diouf réunis), avait faim de renouveau et de changement (s). Abdoulaye Wade a – t – il été à la hauteur des énormes attentes placées en lui ?

C’est à cette analyse que s’emploie Babacar Sall dans le Stagiaire. Il apparente le Président de la République (Abdoulaye Wade bien entendu) à un stagiaire qui fait son stage dans l’entreprise que constitue l’Etat du Sénégal. Et qui dit stagiaire dit forcément découvertes, tâtonnements, risques, et tâches mal effectuées … Le Stagiaire, tout heureux d’être enfin parvenu à diriger ce pays, ne rechigne devant rien pour se faire plaisir, tout persuadé qu’il est d’être l’homme providentiel qui pourra sortir le pays du marasme dans lequel il s’enfonçait.

Mégalomane, égocentrique, ne supportant pas la contradiction, il mate à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes tous ceux qui seraient tentés de lui dire non, nomme à des postes haut placés sans même vérifier leurs compétences des personnes rencontrées ça et là … La seule condition à remplir est qu’il faut avoir une « stature d’intellectuel (le) ». Marchands ambulants, préparateurs de thé, anciens enseignants, syndicalistes, tout ce peuple hétéroclite se presse dans l’enceinte du Palais pour satisfaire les desiderata du Maître.

unnamedEn parlant de syndicalistes, Omar Diouf est un leader incontesté du mouvement des enseignants qui se battent pour sauver ce qui reste de l’Université, délaissée par le Gouvernement qui a d’autres préoccupations que la bonne marche du pays …

Omar se bat pour subsister, entre sa solde qui ne lui permet même pas de joindre les deux bouts, la léthargie dans laquelle il s’enfonce jour après jour et les sollicitations de sa famille. Et c’est de là que viendra la fatalité.

La maman d’Omar, très malade, aura besoin de soins, et ce le plus tôt possible … Le Stagiaire, au fait de cette situation, proposera un marché : évacuer la maman d’Omar en France, à condition que son fils intègre le Gouvernement et renonce à toutes ses vélléités contestataires.

Omar, au prix de son amour pour sa mère, renoncera à tout et se retrouvera pris au piège. Obligé d’obéir au Stagiaire, étant à sa totale disposition, Omar se muera petit à petit en serviteur du Stagiaire. Et au fil du temps, se rendra compte que les soins dispensés à sa mère ne constituaient que le prix à payer pour « l’acheter ».

De l’autre côté, Awa, l’épouse délaissée d’Omar en raison des nouvelles fonctions de son mari, organisera la résistance et mettra sur pied la « République Ménagère ». Car tout vient à manquer chez les « gagne – petits » ; pendant que le Gouvernement s’enrichit éhontément en délaissant les nécessiteux, ceux – ci s’organisent autant qu’ils peuvent …

Le « Petit » n’est aussi pas en reste … Pendant que son père – en l’occurrence le Stagiaire – prend sa revanche sur le Destin en gérant le pays comme bon lui semble, le « Petit » pille tout ce qu’il veut et nomme à tour de bras …

La résistance organisée par Awa et ses congénères au sein de la « République Ménagère » aura – t – elle raison de la folie du Stagiaire ? Vous le saurez en lisant cet excellent livre que je vous recommande …

Le Stagiaire, à lire et à faire lire

Bonne lecture

NFK

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Un commentaire sur « Lu et adoré : le Stagiaire de Babacar Sall »

  1. lu et apprécié. Il faut tout de même souligné que le soit disant stagiaire est un vrai stratège, rusé et surtout qui profite bien des occasions se présentant sur son parcours.

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