piment-oiseau-copyAlain Mabanckou est un auteur que j’ai très peu lu. A part l’excellent Lumières de Pointe – Noire (que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir son oeuvre), Demain, j’aurai 20 ans et Black bazar (que je n’ai pas terminé, car je n’ai pas du tout accroché), je n’ai rien lu d’autre. Mais, à travers cette lucarne que constituent les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Twitter), je suivais ses différentes publications, prestations Tv et autres « apparitions ». En plus d’être un auteur extrêmement prolifique (11 livres à son actif), il est très présent sur la scène médiatique, ce qui n’est pas plus mal …

En somme, je le followe, comme on dit dans le jargon 2.0

Et c’est ainsi que je suis tombée sur une de ses posts faisant état d’un nouveau livre à paraître et qui s’intitulait … Petit Piment. Le titre du livre m’a tout de suite plu et a piqué ma curiosité. J’ai voulu en savoir plus … J’ai donc attendu la sortie de l’ouvrage pour pouvoir lire les critiques et me faire une petite idée, avant de me décider à l’acheter.

Les critiques étaient toutes plus dithyrambiques et élogieuses les unes que les autres. Je me suis dit, « allez, achète – le, tu sauras s’il vaut le coup ! »  Et je peux dire que je n’ai pas regretté mon achat.

L’orphelinat de Loango est dirigé par le ténébreux et colérique Dieudonné Ngoulmoumako, secondé par ses neveux qui n’hésitent pas à utiliser leur chicotte pour discipliner les pensionnaires récalcitrants. Parmi ceux – ci, se trouve Petit Piment, ou encore Tokumisa Nzambe po Mose Yamoyindo Abotami Namboka ya Bakoko, signifiant littéralement « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre de ses ancêtres », sobriquet dont l’affuble Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat, qui venait leur rendre visite tous les week – ends. Ces moments sont les préférés de Petit Piment, car Papa Moupelo les distinguait et faisait oublier à ces petits orphelins la tristesse de leur quotidien. Toutes les fins de semaine, Petit Piment guette fiévreusement l’arrivée de la 4L crachotante de Papa Moupelo pour apprendre de nouveaux chants et pas de danse.

mabanckouMais, un jour, Papa Moupelo ne se montre pas …

Les jours passent, puis les semaines, sans aucune trace du prêtre. Bonaventure, l’ami fidèle, l’avait pourtant prédit, mais Petit Piment n’avait écouté que d’une oreille distraite, mettant cela sur le compte des pleurnicheries habituelles de Bonaventure. Les craintes de Petit Piment se confirment lorsque devant le hangar où les réunissait Papa Moupelo, est écrit Local du Mouvement National des Pionniers de la Révolution Socialiste du Congo.

La seule doctrine à laquelle il faut obéir désormais est celle du socialisme scientifique, sous l’égide des dirigeants du PCT (Parti Congolais du Travail). Rien n’est plus comme avant … Dieudonné Ngoulmoumako accroît sa sévérité. Petit Piment prie chaque jour pour que tout cela cesse. Ses souhaits seront exaucés lorsque le directeur reçoit de plus en plus souvent la visite d’hommes en costumes noirs et cravates rouges, et Dieudonné Ngoulmoumako semble apeuré.

S’étant laissé convaincre par Songi – Songi et Tala Tala les deux terribles jumeaux qui faisaient la loi dans l’orphelinat de Loango, Petit Piment accepte d’être leur « adjoint » et par à la découverte de Pointe – Noire, la ville de ses rêves. Avec les jumeaux, leur quotidien est fait de larcins, de nuits passées à la belle étoile, mais surtout d’oisiveté. Le hasard mettra sur son chemin, Maman Fiat 500, une bordèle dont la demeure est une maison close (pas si close que ça) où cohabitent des dizaines de prostituées et où les clients effectuent un va – et – vient perpétuel.

Maman Fiat 500 changera la vie de Petit Piment, lui permettant d’avoir un toit et un emploi. Sa disparition l’affectera, car il perdra tous les fragiles remparts auxquels il s’identifiait maintenant. La démence et les bribes de souvenirs seront ses compagnes dans sa misérable vie désormais.

L’on peut assimiler le récit de Petit Piment à une fable. Car de l’orphelinat de Loango aux ruelles sablonneuses de Pointe – Noire, Petit Piment fera tout son possible pour changer de vie et réussir. Mais au – delà de l’aspect moralisateur, Alain Mabanckou a écrit un livre dense qui touche à plusieurs thèmes : la situation politique au Congo (avec l’instauration du communisme et de la révolution socialiste scientifique), la doctrine du Parti Congolais du Travail à laquelle tout citoyen devait se conformer, l’ethnicisme qui se manifestait à tous les échelons du pouvoir, la vie dans la ru804875-mabanckou2jpge …

Ce qui m’a plu à la lecture de ce superbe livre, c’est bien entendu la dimension engagée et fortement politique qui transparaît à chaque page. Il est vrai que la question de l’engagement de l’écrivain est une question assez sensible de nos jours, car sujette à de multiples interprétations et interrogations, mais peut – on écrire sans prendre position? Peut – on être uniquement mu par la recherche de visibilité et de lauriers?

Je laisse le soin à tout un chacun le soin de se faire sa propre opinion …

Bonne lecture

NFK

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3 réflexions sur “Petit piment – Alain Mabanckou

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