unnamed-18Paul Eluard écrivait que « dans la vie, il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres … »

C’est cette assertion qui me vient à l’esprit quand il s’agit d’évoquer Mamie Oulimata. Car notre rencontre et l’indéfectible amitié qui nous a liées – malgré notre grande différence d’âge – ne relève nullement du hasard. Curieuse d’en savoir plus sur l’histoire du Sénégal d’après – indépendance, et surtout sur les fameux événements de Décembre 1962 durant lesquels notre pays connut des remous, je partis à la recherche d’archives livresques, sonores et visuelles. Et un homme particulièrement m’intéressait dans cette quête d’informations : Mamadou Dia, ancien compagnon de Léopold Sédar Senghor et ancien Président du Conseil. Cet homme m’intéressait à plus d’un titre en sa qualité de Chef du Gouvernement, ayant présidé aux destinées de la jeune nation sénégalaise qui prenait ses marques. Donc je ne m’expliquais pas qu’il ait été en quelque sorte « blacklisté » des cours d’histoire. Au détour de causeries avec des témoins de cette époque, j’appris pas mal de choses que je ne soupçonnais pas auparavant.

Le visionnage du film Président Dia de Ousmane William Mbaye élargit un peu plus mon champ de vision. Mais, un écueil subsistait : les mémoires de Mamadou Dia. Ce livre, intitulé Mémoires d’un Militant du tiers – monde, n’existait plus. L’éditeur ne l’imprimait plus, faute de lecteurs, et après avoir fait le tour (sans succès) de toutes les librairies dakaroises et parisiennes que je connaissais, je commençais à désespérer. C’est ainsi que Ibou Fall, journaliste et l’un de mes tontons, me proposa de me mettre en rapport avec une personne qui allait non seulement me procurer le livre, mais qui allait me parler de Mamadou Dia en long et en large. Cette personne était Mamie Oulimata, sa mère et épouse de Mamadou Dia – Maodo –, celle qui fut sa compagne dans les liens du mariage, mais aussi sa compagne intellectuelle et de lutte.

D’emblée, elle m’affubla du sobriquet de coépouse « posthume », car comme elle le disait avec les yeux pétillants de malice, le Maodo aurait été amoureux de moi s’il m’avait connue de son vivant et je lui aurais ravi sa place à ses côtés. En faisant sa connaissance, je découvris une femme pleine de vie, qui à plus de 90 ans, croquait la vie à pleines dents et avait l’esprit très alerte et un sens critique hors du commun. Le temps qui passait n’avait sur elle aucune emprise. Et quand elle parlait de Mamadou Dia, cela valait le détour ! Unis dans l’adversité, dans des moments où ce fut « si dur », ils traversèrent tout ensemble. Face à des situations où bon nombre de personnes auraient lâché prise, elle avançait sereinement et continuait, malgré les obstacles, le travail de mémoire entrepris à la mort du Maodo.

En atteste une partie de sa maison transformée en musée … Le Grenier du patriarche renferme une grande partie des écrits de Mamadou Dia, et une quantité non négligeable de photographies dans l’exercice de ses fonctions de Président du Conseil et au – delà. Elle n’aimait rien tant que nous replonger, chaque fois que j’y allais, seule ou accompagnée d’amis à qui je voulais faire découvrir le Grenier, dans l’univers du Sénégal d’alors. Sa disparition fut un grand choc pour moi et laissera un énorme vide dans mon cœur et dans celui de tous ses jeunes amis. Mais je me console en me disant qu’elle a rempli sa part de contrat. A nous d’honorer la nôtre !

Repose en paix Mamie Oulimata Bâ !

Que Firdaws soit ta dernière demeure aux côtés du Maodo !

Ndèye Fatou Kane

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