Publié dans Bouquinage

Lu et approuvé : Sabaru Jinne, les tam – tams du diable de Pape Samba Kane

15644457_1310437095695437_1837051521_nSabaru Jinne. Il est vrai que depuis que je blogue, il y a eu quelques « récalcitrants » dont les notes de lecture m’ont pris plus de temps que prévu, mais j’ai toujours fini par y arriver … Car d’ordinaire, quand j’aime un livre, ça coule de source. Mais avec Sabaru Jinne, j’ai eu plus de mal que d’habitude. Vous comprendrez le pourquoi avec les lignes qui vont suivre.

S’agit – il d’une œuvre de fiction entièrement sortie de l’imaginaire de l’auteur, d’une autobiographie, ou d’un savant mélange entre les deux ? Je serai bien tentée de croire à la troisième option après avoir refermé la dernière partie de ce livre. Alfred de Musset le résume assez bien avec cette citation : « Tout le réel pour moi n’est qu’une fiction … »

Ah Pape Samba Kane, quelle plume !

J’ai toujours été une grande fan – que dis – je, une groupie – de ses écrits, notamment avec ses éditoriaux dans le Cafard libéré, journal qui jeta les bases de la presse satirique au Sénégal. Son humour caustique et sa plume mordante ne laissaient personne indifférent. Ses textes, que ce soit par la suite dans l’art ou l’analyse politique, furent toujours finement ciselés, à la manière de l’artiste scriptural qu’il est.

A l’entame de mon article, je me suis posée la question de savoir si Sabaru Jinne était une autobiographie. Car par moments, il m’a semblé que Massata, le personnage principal, Talla, son personnage principal et Pape Samba Kane ne font qu’un.

Massata écrit … Cette passion pour les mots lui vient de très loin, du temps où il dévorait tous les livres qui lui passaient entre les mains et qu’il courait les cérémonies de remise de prix souvent organisées à la Résidence de la Médina du Président du Conseil Mamadou Dia, en compagnie de son cher grand – père, Mame Thierno. Car Massata vit désormais à la Médina, depuis que Mame Thierno est venu le chercher à Saint – Louis où il a passé une grande partie de son enfance, choyé à l’extrême par son oncle Baba Dia et sa tante Naar. A ce stade du récit, Massata et Talla ne font qu’un, ils s’imbriquent l’un dans l’autre pour ne former qu’une seule et même personne.

telechargementCar si Massata prend le temps de relire ses « Rêveries », du sobriquet dont il a affublé cette histoire, c’est qu’en cette nuit, il est amené à faire un choix. Choix qui n’en est un qu’en apparence, car son oncle Babacar ne lui laisse guère le temps de tergiverser : il doit abandonner son rêve de devenir écrivain, pour venir apprendre à ses côtés le métier de négociant pétrolier, ô combien noble et plus rentable.

Massata fait un bilan de son existence durant cette nuit à l’issue de laquelle sa vie sera scellée. Sa stature d’« intellectuel » parmi ses camarades aussi fauchés que lui, leurs bêtises dans les ruelles sablonneuses de la Médina, ses premières expériences amoureuses dont il est ressorti le cœur brisé, la complicité de ses grands – parents Mame Thierno et Mame Penda, qui fermaient les yeux sur toutes ses bêtises, provoquant l’ire de ses oncles et tantes. Aujourd’hui, tout a changé. Mame Thierno n’est plus de ce monde, Mame Penda ploie sous le poids des années, la maison est en passe d’être vendue, et Massata est face à son destin, seul et malheureux.

Il doit aller déverser le contenu de sa malle à la mer et tourner le dos à l’écriture. Il ne tardera pas à rejoindre ladite malle au creux de la falaise où il l’a jetée, non loin de la maison familiale de la Médina, sur la plage de Kusum. Aussitôt qu’il a plongé, c’est le trou noir …

Vingt – huit années passent …

Il se retrouve tour à tour aux côtés de Django, le fou toujours tiré à quatre épingles de son quartier, dans un bureau cossu, avec la stabilité qu’offre l’argent. Le titre de Sabaru Jinne revêt tout son sens lorsque de la France, Massata reçoit un paquet d’un vieil ami lui annonçant que son manuscrit éponyme sera bientôt sous la forme d’un livre. Se retrouvant personnage de roman, Massata se met à errer et touche du doigt, effaré, lors d’un sabar, Ndaté et tous les autres personnages de son Sabaru Jinne ; avant d’émerger de son songe et se rendre compte qu’il a rêvé.

15666004_1310437182362095_396060488_nMême si l’on peut être dérouté par moments par les flashbacks qu’effectue Pape Samba Kane, et aussi par les allers – retours entre Talla et Massata, confondant ainsi fiction et réalité, Sabaru Jinne, une fois la première page entamée, nous entraîne dans son rythme endiablé et nous happe ; à travers une écriture tout ce qu’il y a de plus rythmé.

Ce livre n’est pas un roman comme on l’a inscrit sur la quatrième de couverture, mais il va au – delà. Je ne saurai le classer dans un genre scriptural bien donné, car il questionne ce que nous avons de plus intime en nous : nos rêves et la part d’utopie qui va avec …

Bonne lecture,

NFK

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