Je viens de recevoir ce texte dans ma boîte mail, et après lecture, ma réaction a été wouaaaaaaaaaaaaaw ! Le thème est assez audacieux, car dans nos sociétés africaines, voir un homme s’aventurer dans la cuisine – habituellement chasse gardée de la femme – est assez « mal vu », quoi que les lignes commencent à bouger, avec notre génération …

Dommage que l’auteur (e) n’ait pas signé le texte, car ses écrits sont suintants de vérité (s). Si jamais il/repasse par ici, ce sera avec plaisir qu’on échangera.

Bonne lecture,

NFK

a6a5675Aussi loin que je me souvienne, lors de mon enfance passée dans une famille dite « nombreuse » lorsqu’une dispute éclatait entre un garçon et une fille, le chef de famille, épris de justice, toujours animé par la volonté de trancher équitablement, demandait aux deux plaignants ou belligérants de relater les faits.

Dès que l’une des deux parties commençait par la phrase magique « on était dans la cuisine… », La sentence était prononcée. Le plaignant masculin, « garçon » ou « jeune homme » était automatiquement débouté avec une peine irrévocable et souvent amère à avaler.   

  • Tu as tort ! Qu’est-ce que tu faisais dans la cuisine ? Un homme ne traîne pas dans la cuisine.

Le débouté, convaincu d’être victime d’un vice de forme, et nourrissant l’espoir d’avoir gain de cause si l’histoire arrivait à révéler tous ses secrets, se laisse tenter par une plaidoirie lyrique qui débute en ses termes :

  • Euh ! C’est … 

La tentative Instinctivement et sèchement reprise et s’étouffait dans l’œuf.

  • Tu as tort ! Tout homme qui se dispute dans une cuisine a tort. Point ! Séance levée. Procès clos.

Cette petite entame nous donne une idée de la perception de la cuisine en tant qu’activité ménagère. Mais, également en tant qu’espace. Elle est d’emblée destinée à la fille. Cette pièce est leur coin secret où se murmurent également leurs secrets. Un endroit où nul homme n’a le droit de se pavaner au risque de se prendre un coup de pilon, de hachoir ou un bain d’huile chaude.

Effectivement, on gagnait à ne pas connaitre ses coordonnées géographiques sur la carte de la maison, au risque d’être toujours commissionné pour le « gaz ». Cette fameuse bouteille bien lourde qui te dessine les muscles et finit par te déformer la tête.  Dans de telles circonstances, où tout mène à croire que l’homme est un « sans-papier » interdit de séjour dans cet espace culinaire, tous les éléments dissuasifs étaient d’emblée  réunis  pour que la gente masculine ne s’intéressent point à cette activité.

Pourtant, Dieu sait que ces risques encourus sont infimes comparés aux moqueries des potes. Ah,  si jamais tu te faisais gauler à faire le marché pour ta sœur ou ta mère. Kaawteef ! Tu héritais systématiquement de l’étiquette de « Maman je veux le fonds de marmite ». Oui, le célèbre fils à Maman ! Rien de plus atroce pour un garçon en pleine puberté. C’est le début de la rébellion pour toutes commissions ou tâches liées à cette espace. « No go area » !

A la lumière de cette approche, le malheureux constat est que tout ce qui ne suscite point notre intérêt risque fort de recueillir notre indifférence ou pire, notre aversion. Sauf que cette dernière ne saurait être éprouvée à l’endroit des succulents mets qui y sont mijotés et soumis au plaisir de nos exigeantes babines masculines, dépourvues de toute indulgence, dès constat du moindre écart gustatif.

En effet, nos braves femmes, épouses, mères, sœurs, nièces, ménagères, nous ont habitué à une qualité culinaire telle  qu’on en devient « prisonniers » sans réellement nous en rendre compte. En réalité, quand on a l’habitude de bénéficier de services de restauration  si hautement « étoilés », tout sentiment de manque provoque automatiquement un profond désespoir. C’est en fait ce moment où tu penses que ton cœur va lâcher car le goût du « cebbu jen » est légèrement plus voir moins salé, pimenté, poivré, sec ou cramé que d’habitude. Hahaha ! Je me suis toujours demandé ce qui fait cet effet. Le fait que le goût espéré ne soit pas au rendez-vous ou plutôt le simple fait que les « fallènes », entre autres spécialistes réalisent subitement, l’imminente faim qui va les tenailler tout le reste de la journée.

Par conséquent, loin des siens, dans un environnement culturel différent, aux habitudes culinaires totalement opposées, le mal du pays est atroce, intense et bien pénible. Heureusement, le mal s’apaise quand on tombe au détour sur un bon plat de « cebbu jen », « yassa ». D’ailleurs, même les « sombi », « mbaxal », autres « daxinn », « C’bon » et « laaxu  caxaan » dont on avait l’habitude de faire fi, en viennent à revêtir comme par miracle, une saveur tellement exquise qu’on en redemande. Mais, quoi de plus normal, quand la vue d’un « sandwich », « kebab », des « pâtes »s nous sapent le moral aussi bas que les températures de l’hiver glacial. En plus, on se rend compte assez rapidement que le budget d’un étudiant ne peut pas supporter pareil régime alimentaire.

En vérité, quand on ne sait point cuire un œuf face à une telle situation, il y’a lieu de s’alarmer. Dieu soit loué d’avoir divinement créé nos magnifiques consœurs. Celles chez qui tu constates un réel amour de la cuisine et non celles qui le prennent pour un épouvantable fardeau. Les goûts et les couleurs … Les premières te donnent droit à un petit moment de répit. Elles t’invitent et te font mets et entremets  à savourer, le temps d’un instant, dans un mirage qui te mène en plein cœur de ton village natal pour revivre fugacement les fastes culinaires de notre cher Sénégal.

Mais, le réveil est souvent difficile. En effet, on en arrive au moment incontournable où il faut mettre la main à la pâte et dans le vrai sens du terme. Ah j’oubliais !  Bien sûr, entre temps le « prince » s’est mis à la cuisine. Il faut bien casser le mythe ! Tu as un coin cuisine chez toi. Tu vis seul sans épouse ni mère, pas de sœurs à l’horizon. Les nièces, n’y compte même pas et quant aux ménagères… Bref, tu es en mauvaise posture. Tu es au milieu du champ de bataille sans armes. Et que dire de la monture ? A chaque chose malheur est bon. Au moins, tu as un coin cuisine. Par conséquent, Il faut bien qu’il ait une utilité.

D’où, la première fois. La fameuse première. Elle est juste épique. Confronté à l’inconnu, on est perdu et perplexe. La question qui nous taraude l’esprit est légitimement : « quel plat préparer ? ». Le choix balance. Enfin, comme je l’insinuais plus tôt on ne sait cuir un œuf. Donc, à défaut de le tremper dans l’eau chaude pour le bouillir, on commence forcément par une omelette. Et même là, ce n’est point une mince affaire. A l’image d’un enfant de CP soumis à l’écriture, le résultat ressemble vaguement à quelque chose. On a une idée plus que précise, exacte de ce qu’on souhaite faire mais on n’y arrive pas.

A l’évidence cette omelette, tu l’as cramée ou assaisonnée à l’excès. En vrai, autant parier sur les deux. Le sens de la mesure s’acquiert. Il n’est point inné. Au final, il faut bien se faire une raison, quand le vin est tiré, il faut le boire. Dans le cas présent, à cul sec. Tu la manges cette omelette. Tu la dégustes sans critique ni reproche. Car, tu ne peux indexer un coupable. On reconnait la patte de l’amateur. La pâte aussi ! C’est ton œuvre.  Elle est imparfaite mais c’est toi qui l’as faite avec tes mains pas du tout expertes. Donc, en ton for intérieur, tu te dis que la prochaine fois, tu feras mieux, bien mieux. Quelque part, c’est le début de l’indulgence. La prise de conscience de notre imperfection devient le miroir par lequel se mire la faillibilité de celles qu’on traitait de « seleuse à volonté » ou de « crameuse invétérée».

Ensuite, on décide de s’attaquer à un nouveau plat plus compliqué et donc plus risqué. Plus haut dans le texte, je soulevais le risque de se prendre un coup de pilon. Mais, on se rencontre assez rapidement que la cuisine recèle  bien pire comme dangers. Par exemple, l’épreuve des oignons ! De tous les légumes, l’oignon est de loin le plus « insolent ». Quand je pense à la légende qui veut que les hommes ne pleurent pas et restent de marbre en toutes circonstances. Ramassis de foutaises ! Rien qu’un oignon suffit à faire tomber le masque de virilité. En outre, des tâches anodines telles que éplucher des oignons, râper une carotte, écailler un poisson, découper de la viande, faire des frites dans de l’huile bouillante nécessitent à l’avance de vérifier qu’on a bien, auparavant, adhérer à la SMENO ou à la LMDE et se rassurer d’avoir bien reçu sa carte mutuelle. 

On s’est vite retrouvé aux urgences, à penser un doigt échancré ou pendant 45 degrés. Car,  au lieu de faire preuve de tact, on a fait usage de ses biceps. C’est normal, autant le cerveau que les muscles ne sont pas encore très habitués à  la subtilité de cet exercice. Ou bien, tout simplement à la place d’un bain aux huiles essentielles on a opté malencontreusement, pour un bain aux huiles « Lesueur ». Warning ! Ne reproduisez pas l’expérience chez vous. Je peux vous assurer, sans risque de me tromper, le résultat ne sera pas celui escompté.

Aie ! Je vous épargne la suite…

A fur et à mesure on devient conscient des risques, même si cela ne nous arrête point. Rien ne vaut la paix du ventre.  Plus il est creux, plus les oreilles s’assourdissent. Son instabilité perturbe l’organisme humain et affecte le bien-être. En vérité, les premières réussites : le « domada », «mafé », «yassa » qui sont les plus faciles à préparer, mis à part le « sombi »,  valent un diplôme. Je vous promets, c’est le Bac en poche ! Tu as souffert pour y arriver. La folie te guète à te congratuler tout seul. Nul besoin d’une cérémonie de remise. En effet, Tu l’as testé toi-même et tes papilles de gouteur aguerri ont validé. « Houra ! », « Eureka !», « champion mon frère ! », « une double pirouette à la Nani », « la glissade de Rooney », « le vol de l’aigle des Açores ». Pardonnez-moi les métaphores footballistiques, mais c’est comme marquer un but. Tout y passe tellement la satisfaction est « grande ». Mama mia !!

Enfin le bout du tunnel, tu ne seras plus prisonnier du Mcdo ou du Quick, mais tout de même tu iras toujours au KFC. Oh ! Le goût ! C’est bien un africain ce Colonel Sanders. Encore une invention de génie surement piquée aux noirs. J’abuse un tout petit peu mais, saura qui goutera. Désormais, ce sera l’embarras du choix grâce à l’autonomie. C’est une vraie délivrance de pouvoir préparer ce qu’on désire, quand l’envie nous prend. Au final, on réalise que faire la cuisine, c’est comme faire du vélo. Une fois qu’on maitrise le funambulisme entre les saveurs et des goûts, le pédalage et rétropédalage entre les étapes et temps de cuisson, très peu de plats deviennent inaccessibles. Le guidon devient accessoire.

Toutefois, ce serait sans compter le retour de bâton. Qui triomphe par l’épée périt par l’épée tel l’arroseur arrosé. Forcément, en bon sénégalais imbu de  son téranga inné et incorrigible, tout se partage. D’autant plus, un bout du Sénégal dans une lointaine contrée  ou chacun dans son âme est gangréné par une profonde nostalgie du pays. D’aucuns aiment, d’autres non. C’est la vie ! C’est normal !

Par contre, les consœurs qui critiquent ! Comment dire !? Euh…Tu as juste envie de les transporter dans une cuisine de Matam ou Tambacounda, à 40° Celsius juste pour lui réclamer un peu d’indulgence. Mince ! Le chemin ne fut point facile. On a failli y rester. En plus, on est « autodidactes ». On a appris tous seuls. Papa ne nous aurait point donné un coup de main, pour rien au monde. Au contraire, tu la sentirais passer ce coup de main si l’audace te prenait de lui demander. Vous avez eu Maman à vos côtés pour vous enseigner, guider à être des cordons noirs. Vous êtes tellement fortes qu’on vous passe le bleu d’office.  Cependant, surement pas à toutes quand même. Certaines sont restées bloquées au blanc. Rires ! Elles refusent avec véhémence toute évolution. Y’en a vraiment des « Tata » en cuisine. Les cousines éloignées de « Toto ». Et comme par hasard, c’est elles les moins indulgentes car les expertes ne critiquent pas. Elles ont plus de tact.

Trêve de plaisanteries ! Tout cela, pour dire, si vous souhaitez avoir un époux qui vous fera de bons petits plats de temps à autres, bien plus souvent que le 08 Mars – je blague encore – soyez indulgentes envers le peu qui s’y frottent. Ne rendez point les coups, et tendez l’autre joue. Oui ! Encouragez-les !

Encore plus sérieusement, la nécessité de cuisiner s’est imposée afin d’apaiser la nostalgie éprouvée durant les soubresauts de la vie étudiante, le stress de la vie professionnel.  Cet « art », s’est avéré être un moment d’évasion pour fuir la réalité. Cuisiner peut devenir en réalité, bien au-delà d’une tâche qu’on nous présente comme efféminée,   un moment de  profonde méditation pour vivre une conversation avec soi-même, une THERAPIE, UNE PASSION.

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