Je peux sans hésitation aucune dire que ce livre est l’une de mes meilleures lectures de ce début d’année 2017. Mais pourquoi suis – je si dithyrambique dès l’entame de ce post ? Vous saurez pourquoi, chers lecteurs, avec les lignes qui vont suivre … Peut – être que je serai amenée à changer d’avis à ma prochaine lecture, mais sachez d’ores et déjà que Errance figurera dans mon top 10 livresque de l’année 2017 !

bouffe-erranceSeyni Sène fait partie de ce que l’ancien Président sénégalais Abdou Diouf qualifiait jadis de jeunesse « malsaine » – mes aînés comprendront – réfractaires à tout ordre malvenu, connaissant et réclamant leur dû quoi qu’il puisse leur en coûter.

Ayant subi une injustice bloquant son avancée dans une structure administrative, il ne trouve rien de mieux à faire que d’aller au Building Maginot, immense bâtisse regroupant la majeure partie des ministères, donc haut lieu de l’administration sénégalaise, pour, à la vue de tous, exprimer sa rage et sa déception en caillassant les voitures s’offrant à son champ de vision.

Ce triste exploit lui vaudra une lourde condamnation et un séjour à la redoutable prison de Sibessou, dans le sud du Sénégal. La promiscuité, la saleté et les conditions inhumaines de détention rythment sa nouvelle vie. Il se sent dériver tout doucement. A cela s’ajoute la libido insatiable du nouveau régisseur, Demba Ndir, qui puise chaque nuit dans son l’effectif de détenus pour agrémenter sa couche. Croyant y avoir échappé, Seyni a la désagréable sensation de savoir qu’il s’était trompé, son heure n’était juste pas encore arrivée. Entre satisfaire toutes les nuits les envies glauques du « patron » de la prison, et fuir, Seyni fera vite un choix.

Désoeuvré, n’ayant plus aucune famille au – dehors, il va errer sans but et son errance le mènera devant l’ancienne chambre qu’il occupait au campus de l’Ucad. Il a de la peine à reconnaître l’ancien taudis dans lequel s’entassaient des dizaines de gaillards. La chambre est désormais occupée par un seul étudiant – Babacar Bèye, alias BB – fils unique de la toute – puissante Adja Tabara Fall, politicienne connue dans tout le pays, maîtresse dans l’art de la manipulation et du chantage. Sa nouvelle amitié avec BB lui ouvrira les portes d’un nouvel univers : celui de la politique. Croyant avoir cerné la psyché humaine durant son séjour carcéral, Seyni réalise que ceuxi – ci sont des enfants de chœur devant le machiavélisme de Adja Tabara Fall. Il découvre le monde de la politique, vicieux et empli de coups bas. Homme à tout faire de Adja Tabara Fall, il parcourt le Sénégal et accomplit les tâches les plus viles pour sa monstrueuse patronne : attaques mystiques contre une rivale, sacrifices animaliers, extorsions de fonds … Jusqu’à son sauvage assassinat, Adja Tabara Fall règnera sur la scène politique sénégalaise, en tant que toute puissante Présidente du mouvement des femmes du parti au pouvoir, ayant l’oreille du Président de surcroît …

A sa mort, les soupçons se tourneront vers Seyni, qui entrera en clandestinité encore une fois. Sa fuite le mènera brièvement dans les bras de Rose, une péripatéticienne marquée par la vie. La chambre miteuse de Rose n’étant pas un abri sûr, il s’en ira à Bayela, agglomération de la confrérie Baye, nichée dans les profondeurs du Sénégal. Moranta, mari de Fatim Bèye, jadis amante de Seyni, est le fils du puissant Calife des Baye, le puissant et féroce Abdoul Kader.

Aux côtés de cet homme austère, mais attachant, Seyni découvre l’univers fermé des marabouts. Entre querelles intestines, luttes de positionnement et désirs de puiser dans la manne financière qu’apportent continuellement les disciples venant des quatre coins du monde, le Calife Abdoul Kader règnera imperturbable et tout entier dévoué à Son Créateur.

Après son acte d’allégeance à la communauté Baye, Seyni s’en ira encore une fois, mais son errance connaîtra sa fin dans le village de Rose, l’amour perdu, finalement retrouvé.

Comme je l’ai dit à l’entame de ce post, Errance fera partie de mes meilleures lectures de l’an 2017. Ibrahima Hane a écrit un grand roman, grand par le style, la maîtrise de la structure narrative, la beauté de la langue, mais grand aussi par le réalisme des personnages. A aucun moment, je ne me suis ennuyée en parcourant les aventures de Seyni et sa longue quête de la quiétude.

Ibrahima Hane dépeint avec une rare justesse le Sénégal d’aujourd’hui. Le pouvoir est concentré entre les mains d’une oligarchie, les plus faibles, s’ils commettent l’outrecuidance de commettre le plus infime des délits, se voient condamnés à de lourdes peines. La politique politicienne est une plaie sanguinolente, car pour vite grimper dans l’ascenseur social, mieux vaut être du côté de ceux qui font et défont les destinées. On le voit avec Adja Tabara Fall – mon personnage favori de tout le roman – qui d’un coup de fil à qui de droit, brise une carrière.

Et last but not least, l’incursion de Seyni au sein des disciples Baye reste l’un des moments forts de Errance. De nos jours, l’on voit au Sénégal le poids qu’ont les confréries. Sujet qui fâche, ces confréries, mises sur pied par des hommes de Dieu, prônent la soumission pleine et entière à Allah selon la voie de son fondateur. C’est ainsi que l’on peut citer les Tidianes, les Niassènes, les Mourides, les Khadres … En leur sein, existent des démembrements, à l’instar des Thiantacounes et des disciples de Serigne Modou Kara. Force est de constater que les confréries ne sont plus ce qu’elles étaient, de nombreuses « dérives » étant notées.

Avec les Baye, l’on observe un système qui fonctionne grâce aux fortes sommes données lors du Ziara annuel, l’allégeance aveugle de certains disciples, les profits éhontés que s’octroient les marabouts, ce à quoi le Calife Abdel Kader opposera son veto. Avec les Baye, Ibrahima Hane propose un nouveau mode de vie, avec le marabout comme autorité morale, connaissant son rôle et n’outrepassant aucunement celui – ci.

Vous l’aurez compris, Errance est à lire et àf aire lire !

Bonne lecture,

NFK

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2 réflexions sur “Lecture coup de coeur : Errance – Ibrahima Hane

  1. Heureux de lire cette note de lecture. Dire que j’ai presque dû te supplier pour que tu daignes découvrir ce magnifique roman. J’ose espérer que tu ne douteras dorénavant plus de mes recommandations 😉

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