CHIMAMANDAJe croyais que Chimamanda n’écrirait plus rien sur le féminisme.

Après We shall all be feminists et son concept de happy feminism (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2015/01/22/i-am-a-happy-feminist/), ses innombrables apparitions télé, interviews et articles sur le sujet, je croyais que le féminisme était un sujet clos pour l’une de mes auteurs favorites. Eh oui, que voulez – vous, je suis une lectrice avant tout, et j’attendais impatiemment – je l’attends toujours – le prochain roman de Chimamanda Ngozi Adichie.

Mais quand j’ai su qu’elle avait sorti un nouvel ouvrage traitant en grande partie de féminisme, je me le suis tout de suite procuré. Les réactions étaient somme toute assez mitigées, mais comme d’habitude, avant de juger de la pertinence d’un ouvrage, il me fallait d’abord le lire; pour me faire ma petite idée et par là même, participer au débat.

Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation manifeste est une correspondance adressée à Ijeawele, une excellente amie de Chimamanda. Ijeawele et Chudi sont un couple de nigerians et ils viennent d’avoir un bébé, une fille prénommée Chizalum. Dans l’optique de donner une éducation « féministe » à son bébé, Ijeawele adresse une correspondance à son amie Chimamanda. La réponse de l’auteure – quelque peu modifiée – a donc donné naissance au livre.

Avant de me prononcer sur la pertinence (ou non) de la publication de cette lettre, disséquons le livre. Chimamanda fait des suggestions à Ijeawele sur comment éduquer Chizalum, de sorte qu’elle devienne une jeune femme en phase avec son époque et surtout … féministe ! Le livre reprend quelques – uns des thèmes si chers à Chimamanda dont elle avait parlé dans We should all be feminists, à savoir la prédominance du patriarcat dans la société nigeriane (et plus largement africaine), les limites « imposées » aux filles quant aux ambitions qu’elles pourraient être amenées à avoir (surtout d’un point de vue professionnel), le fait de devoir se marier à partir d’un certain âge pour mériter honneurs (s) et respect d’un point de vue sociétal, les tâches ménagères dévolues aux femmes, en lieu et place d’une redistribution des rôles …

Chimamanda conseille à la jeune maman Ijeawele de ne pas se laisser envahir par son nouveau rôle de mère, d’accepter de demander de l’aide, car dans nos sociétés africaines, une femme doit toujours TOUT faire. Chudi, le père doit être impliqué dans l’éducation de sa fille. Un enfant se fait à deux, donc il s’éduque à deux. A l’adolescence de Chizalum, Ijeawele devra trouver les mots pour parler à sa fille de sexe, de sorte qu’elle se sente à l’aise avec ceci, qu’il ne soit pas un sujet tabou et qu’elle sache qu’elle peut tirer du plaisir de son corps. De toutes les quinze suggestions qui parsèment Chère Ijeawele, je dois avouer que ces deux – là, mise à part celle sur la cuisine, qui a déjà fait l’objet d’un article (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/02/08/tu-le-regretteras/), m’ont le plus parlé.

Dans nos contrées africaines, le passage à la puberté d’une fille est moment important, tant dans sa vie, que dans celle de sa mère. Le point culminant de ladite puberté se trouve dans l’apparition des menstrues, qui font de la petite fille de jadis une femme, dans tous les sens du terme. Nous sommes toutes passées par ces phases, durant lesquelles les garçons doivent être évités, eux, l’incarnation suprême du « mal ». J’en rigole encore en écrivant ces lignes. Une bonne communication aurait pu éviter à certaines filles de porter des grossesses précoces et j’en passe. Chimamanda insiste donc sur cet aspect, celui de la communication. Mais avec cette nouvelle génération de parents africains, j’ai espoir.

Quid de la publication d’une lettre entre deux amies sous forme de livre?

CHIMAMANDA1J’ai vu quelques réactions arguant que le ton emprunté par Chimamanda était léger, voire décousu. Je serai tentée de répondre que vu que c’était une discussion entre amicale, il n’aurait pu en être autrement. A la lecture de ce petit livre de 78 pages, j’en suis arrivée à la conclusion que cette conversation privée ne méritait pas d’être transformée en livre. C’est louable de la part de la part de Chimamanda de donner des conseils à Ijeawele sur l’avenir de Chizalum, mais à sa place, j’aurai trouvé inapproprié que des millions de paires d’yeux aient connaissance de certains détails sur sa vie privée : le fait que Chudi et elle aient commencé à avoir des rapports sexuels avant de se marier, sur certains amis de Chudi. Pour résumer, le livre se lit d’un trait, les quinze suggestions se suivent et se ressemblent peu ou prou, mais à l’inverse de We should all be feminists, il ne vient pas révolutionner la pensée féministe contemporaine.

Les expériences maternelles n’étant pas pareilles, chaque enfant se développe et grandit différemment de ses semblables, donc ces quinze suggestions auraient pu gentiment rester dans le domaine du … privé.

Et Chimamanda, j’attends impatiemment le prochain ROMAN !

Bonne lecture,

NFK

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2 réflexions sur “Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation manifeste

  1. Chimamanda arrivera-t-elle à écrire autre chose que le féminisme ? Est-ce qu’elle sortira de sa zone de confort ? Comme vous, j’attends le prochain roman pour répondre à ces questions

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