Publié dans Au Sénégal, Music

Mon album du moment : Abdou Guitté Seck – Ndioukeul

ags1J’ai découvert Abdou Guitté Seck dans les années 2000, alors qu’il officiait au groupe Wock, formation franco – sénégalaise créée en 1996 dont il était l’un des lead – vocaux avec Dimitri Reverchon. Le groupe fait de la musique folk, alors qu’elle n’était pas aussi à la mode qu’aujourd’hui. La voix mélodieuse de Abdou Guitté Seck se marie harmonieusement avec les arrangements pop, funk et soul qui constituent l’identité musicale du groupe. Leur premier album, Kemaan – merveille, miracle – arrive sur la scène musicale tel un ovni. Je me souviens particulièrement du titre éponyme – Kemaan – que les radios passaient  et tout le monde s’extasiait sur le talent de ce jeune prodige – 21 ans à l’époque – qui enchantait nos oreilles. Un autre titre marchait bien aussi – Sama amie – et aussi jeune que je pouvais l’être, j’étais éblouie par les envolées lyriques de Abdou Guitté.

En cinq ans d’existence, le groupe Wock s’impose sur la scène musicale. Il fait le tour de l’Afrique et du monde, en assurant la première partie de grands artistes tels que Youssou Ndour, Ray Lema, Manu Dibango, pour ne citer que ceux – là, gagne coup sur coup le Prix Découvertes RFI en 2000 et une nomination aux Victoires de la Musique en 2001. 

Mais toute chose a une fin …

Le groupe se sépare malgré des débuts prometteurs, et Abdou Guitté Seck se lance l’aventure en 2002. Sa formation, appelée Evolution, marque son envie d’évoluer et d’aller à la conquête du marché musical tout en capitalisant l’expérience acquise durant son compagnonnage avec les autres membres du groupe Wock. Son premier album, aussi appelé Evolution comme son groupe, marque nettement le nouvel échelon gravi. Ma chanson préférée de l’album est et demeure Sama doom bu jigueen. Si vous voulez savoir le pourquoi, Youtube est votre ami.

Le public conquis, les albums s’enchaînent. En 2002, sort Evolution, Coono aduna, en 2004, Dëkaale en 2005, l’album live Eté Show – Coono Évolution en 2006, suivis de Dou leebi neen en 2008, Mbarane en 2011, et Jëlel, un EP, en 2013. Après sept projets tous plus aboutis les uns que les autres, Abdou Guitté Seck s’impose comme l’une des valeurs sûres de la musique sénégalaise. Les récompenses, à l’image de la fructueuse carrière solo, s’enchaînent : Prix 《Djembé》d’or en Guinée  et Finaliste du Prix Musiques du Monde au Mali en 2004, Prix Citoyen Modèle du Sénégal en 2013. De plus, il fait le tour du monde et participe à des événements artistiques réputés : le Fespam à Brazzaville, les Nuits Métisses à Marseille, le North Sea Jazz Festival de Rotterdam …

Et last but not least, pour prendre en main avec efficience sa carrière solo, Abdou Guitté fonde son label – AGS Music – avec en toile de fond le concept Guit’Art, et s’illustre à travers des initiatives humanitaires ponctuelles dont il est l’ambassadeur, à l’image de l’ASHIR (Association Sénégalaise des Hemodialysés et Insuffisants Rénaux) …  

Avant de disséquer la tracklist de son huitième projet solo – Ndioukeul – j’aimerai marquer un temps d’arrêt et m’intéresser à l’artiste complet qu’est Abdou Guitté Seck. Un chanteur ne sert pas uniquement à tenir le micro, chanter et s’en aller. Un chanteur, c’est avant tout un artiste. Pour l’avoir entendu maintes fois expliquer et expliciter le sens des paroles de ses chansons, l’on sent l’auteur compositeur qui passe des nuits blanches à potasser sur ses textes. Et force est de dire que ceux – ci suintent de sens !

Avec Omar Pène, Abdou Guitté est l’un des artistes sénégalais dont les textes me touchent et m’émeuvent le plus. Depuis son premier album, Evolution, Abdou Guitté n’a cessé de monter en qualité et ses textes avec. Du premier au dernier couplet, en passant par le refrain, en prêtant l’oreille, on est tout de suite ravi par l’enchaînement logique des paroles de ses chansons.

ags2Mises à part celles – ci, sa présence scénique est toute aussi remarquable. Pour l’avoir vu interpréter un titre – Africa – de son nouvel album Ndioukeul lors de la première de Félicité, le film de Alain Gomis au Théâtre National Daniel Sorano de Dakar, accompagné de danseurs parés de peaux de léopard à l’image des grands guerriers des royaumes zulu, j’ai encore une fois pu mesurer la haute dimension artistique de Abdou Guitté. Devant un public conquis, il a animé la scène une bonne partie de la soirée, avant le début du film.

Cet interlude m’a donné envie d’écouter son nouvel album, Ndioukeul, dont je vais faire la tracklist ci – dessous. Je ne cesse de l’écouter ces dernières semaines, et je vous assure que c’est un vrai bijou.

Thioukelel : signifiant l’enfant en pulaar, ce titre est un plaidoyer pour le retrait des enfants talibés des rues. Errant par monts et par vaux, sébile à la main, ils sont obligés de mendier leur pitance, sous peine de se faire battre par leur maître coranique. Celui – ci, au lieu de leur inculquer une instruction, ne pense qu’à faire du « commerce » avec les enfants qui sont à sa charge. Mais heureusement qu’il existe des structures telles que l’Unicef qui abat un travail remarquable pour venir en aide aux enfants laissés pour compte. Abdou Guitté aborde encore une fois ici l’un des thèmes qui lui sont chers, celui des enfants.

Ya woni : hymne à l’amour, l’artiste chante pour sa belle, en magnifiant sa beauté, ses atouts qui l’ont fait fondre. Ya woni signifiant la beauté en langue maure, l’artiste confirme encore plus son africanité en s’ouvrant aux autres dialectes des pays voisins du Sénégal.

La vidéo via Youtube par ici : https://www.youtube.com/watch?v=u8MegFOQkeA&spfreload=10

Ndioukeul : ce titre éponyme de l’album donne l’occasion à l’artiste de rendre un hommage à tous ceux qui l’accompagnent au quotidien dans ce chemin semé d’embûches qu’est une carrière musicale. On peut de prime abord être dérouté par les noms qu’il égrène tout le long de la chanson, mais c’est fait de façon si mélodieuse que notre oreille s’y accommode.

J’ai reconnu quelques hommes publics parmi ses amis à qui il adresse ce « ndioukeul » : le Colonel Moumar Guèye, Cheikh Bamba Dièye, Malick Gakou, Lamane Massamba Guèye, le Guitté Club de Daara Jolof, DJ Mac … En écoutant cette chanson, le titre de l’album revêt tout son sens, car Abdou Guitté place sous le sceau de la reconnaissance et de l’amitié ce sixième album solo.

ags3Africa : sans conteste ma chanson préférée de l’album. Africa est un vibrant hommage à la terre – mère, cette terre qui a vu naître quantité de héros, valeureux hommes qui ont versé leur sang pour que les générations futures puissent vivre en paix. Cette terre, que beaucoup nous envient, réclamant à cor et à cris un bout de cette Afrique violée et spoliée. La Zambie, le Botswana, Madagascar, la Guinée, la Mauritanie, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Ouganda, l’Erythrée, la Gambie, le Bénin, la Côte – d’Ivoire, autant de territoires qui ne font qu’un, au nom de cette cause qui est à nous tous Africains, la nôtre.

J’espère que cette chanson sera la prochaine à faire l’objet d’un clip. Abdou Guitté si tu me lis …

Seen Doom : Abdou Guitté Seck n’a pas usurpé son surnom d’enfant chéri de Saint – Louis. Car depuis qu’il a entamé sa carrière, il ne cesse de clamer haut et fort son appartenance à la ville qui l’a vu naître et grandir, à savoir Saint – Louis du Sénégal, ville séculaire, connue et reconnue pour avoir enfanté des hommes et femmes de culture. A l’image du titre Ndioukeul, Seen Doom est une chanson de remerciements et d’hommage aux amis, parents et souteneurs de la première heure, qui ont accompagné les premiers pas de l’enfant de Saint – Louis, qui sollicite leurs prières, non seulement pour lui, mais aussi pour ceux qui font partie des dignes fils de cette ville centenaire … 

Coono aduna : toujours dans l’optique du « ndioukeul », l’artiste reprend ici une chanson qui l’a propulsé au – devant de la scène, en l’occurence Coono aduna. Dieu que j’aimais cette chanson ! Je me rappelle que je passais tout mon temps à la chanter à tue – tête, indisposant tout le monde autour de moi.

La vie ne nous fait aucun cadeau. Pour peu que l’on s’accommode des cadeaux qu’elle nous a faits et qu’on dorme sur nos lauriers, a la faculté de tout nous retirer en un claquement de doigts. Une superbe leçon de vie !

Cette version de Coono aduna, un peu plus rythmée que la première, n’est pas pour me déplaire.

ags4Hypocrisie : en éveilleur des consciences, l’artiste pointe du doigt dans ce morceau l’un des maux qui gangrènent la société : l’hypocrisie. Tant de relations, aussi bien amicales qu’amoureuses, volent en éclats à cause de l’hypocrisie qui les sous – tendent. Chaque être devrait revoir son comportement et faire preuve de sincérité en toute occasion.

Lo geumoul boulko digglé

Lo amoul boulko saalé

Lo xamoul boulko wakh

Nitt dafay mandou

Tout est dit …

Mbalit mi : que l’on soit d’accord ou pas, certaines de nos villes, et en particulier Dakar, croulent sous les ordures. Il n’est pas rare de voir un passant jeter nonchalamment épluchure de banane, emballage ou cracher dans la rue, au vu et au su de tous. Ce comportement est devenu si banal que pour peu que l’on s’en offusque, on passe pour fou ; alors que la salubrité devrait être l’affaire de tous.

J’espère que la présentation de l’album titre par titre vous donnera envie de vous le procurer. L’on sent le travail accompli par l’artiste pour nous concocter un album de qualité. Sans jeter de pierre à quiconque, mais le mbalax assourdissant a fini par coloniser nos oreilles et nous ne prêtons plus attention aux projets bien ficelés.

De plus, au moment du lancement de l’album, Abdou Guitté et son staff ont innové en commercialisant l’opus sous forme de clé USB. Dans une époque où les CD se vendent de moins en moins, car le digital a pris la place, cette volonté de se moderniser n’est pas pour déplaire. Reste plus qu’à lui souhaiter de faire une campagne promotionnelle à la hauteur de l’excellence de son nouvel album !

Bon vent l’artiste !

Bonne lecture,

NFK

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