Publié dans Au Sénégal, Bouquinage, Réflexion

Lu et approuvé : L’empire du mensonge – Aminata Sow Fall

l empire 1Lire un (nouvel) ouvrage de Aminata Sow Fall est toujours un événement. Celle qui, avec Mariama Bâ, est l’une des précurseures des lettres sénégalaises, que dis – je africaines, a une plume extraordinaire et nous entraîne à chaque publication dans son univers.

Sa bibliographie est riche : L’appel des arènes, Le revenant, La grève des bàttu,Un grain de vie et d’espérance, L’ex – père de la nation, en passant par Douceurs du bercail et Les festins de la détresse, pour ne citer que ceux – là, nous avons grandi avec ses livres, car certains d’entre eux étaient au programme dans les collèges et lycées francophones, et d’autres adaptés au cinéma.

Donc, l’on voit que la renommée de Aminata Sow Fall n’est point usurpée. Son œuvre défie le temps et l’espace et conquiert les cœurs. Raison pour laquelle l’Académie Française lui a décerné, entre autres distinctions, le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en 2015. Partie du Sénégal (son premier roman, Le revenant, paraît aux Nouvelles Editions du Sénégal – NEAS – en 1976), elle est traduite dans près de dix – neuf langues et est étudiée dans quantité d’universités de par le monde.

Quand j’ai vu l’annonce de la parution de son nouveau roman, j’étais toute excitée. Et pour cause … Son dernier livre, Les festins de la détresse (Editions Caec Khoudia, Alliance des éditeurs indépendants, 2005), est paru il y a douze ans déjà. Depuis lors, elle a certes écrit des nouvelles, et a été invitée à des conférences un peu partout, mais aucun livre n’est paru. Douze ans que nous patientions …

Présenté à Keur Birago, le siège de l’Association des écrivains du Sénégal, la cérémonie de dédicace de L’empire du mensonge refusa du monde. Admirateurs, consoeurs et confrères, journalistes, amis, famille, ils étaient tous là pour communier avec la grande dame de lettres (https://africulturelle.com/2017/05/25/hommage-a-aminata-sow-fall-par-ndeye-fatou-kane/).

L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes … authentiques. Comme si celles – ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs autributs authentiques.

lempire 2Piquée au vif, jusque dans sa chair de femme par les propos de l’ex ambassadeur, Borso mettra sur pied une pièce de théâtre intitulée « L’empire du mensonge ». Parce qu’elle est comme ça, Borso. Entière, vraie, dénuée de faux – semblants, croyant fermement en ces valeurs que lui ont inculqué Yaay Diodio et Mame Fara Diaw, ses nobles parents. Tout comme sa jumelle Yacine et leur amie d’enfance Coumba, elle avance dans ce grand tourbillon qu’est l’existence la tête haute et le regard braqué droit devant elle.

Avec Sada, le mari de Yacine et ses amis Boly et Mignane, sans oublier Diéry, la mascotte du groupe, ils forment une bande de jeunes gens qui se disent la vérité en toute occasion, croyant fermement que l’honnêteté est une valeur indémodable. Raison pour laquelle lorsque Sada s’écarte un tant soit peu de ce chemin, sa bande d’amis n’hésite pas à le lui faire comprendre. Car son honorable aïeul, Serigne Modou Waar, est connu et reconnu pour son érudition, mais aussi pour sa droiture.

Sada grandira dans une petite bicoque à l’ombre des filaos près de la décharge publique, et épaulé par Taaw et leur père Mapaté Waar, se battra pour s’en sortir, malgré les vicissitudes de l’existence et un mépris dû à ses origines modestes.

Aminata Sow Fall écrit encore une fois un roman magistral, dans son style bien à elle, fait de fluidité (j’ai lu livre en 24h!), d’un brin de philosophie à travers les expressions wolof qui parsèment l’ouvrage, mais aussi de leçons de vie. En nous dépeignant la trajectoire de Sada, obligé de revendre de la ferraille pour subsister, elle met en lumière les laissés pour compte, les « petites » gens, qui font tellement partie de notre quotidien qu’on finit par ne plus les voir.

De plus, la soif de richesses, le désir des hommes de s’élever socialement en bradant au plus offrant honneur et dignité, sont autant de facteurs qui font que le mensonge s’est solidement ancré dans nos mœurs et l’auteure, avec L’empire du mensonge, le (dé) montre avec brio.

L’empire du mensonge, à lire et à faire lire !

Bonne lecture,

NFK

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