Jay-ZDepuis la sortie de Magna Carta Holy Grail en 2013, Jay – Z n’avait pas sorti d’album studio. Avant MCHG, il y a eu les excellents Watch the Throne, son album commun avec Kanye West, the Blueprint III, American Gangster, Kingdom Come, pour ne citer que quelques – uns des albums de la si riche discographie de Shawn Corey Carter aka Jay – Z. Quatre ans donc, que nous patientions pour que Mr Carter daigne (nous) offrir un nouvel opus.

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous saurez que ma relation avec Jay – Z date d’il y a longtemps. Pas relation amoureuse, entendons – nous bien; car je n’ai pas les atouts pour concurrencer Beyoncé. Mais une relation de fan à vedette. J’ai commencé à écouter les sons de Jay – Z adolescente déjà, et en grandissant, mes goûts se sont encore plus affutés en sa faveur. Jay – Z, c’est celui qui m’a fait faire des kilomètres en TGV à la sortie des cours pour pouvoir assister à ses concerts à Bercy; respectivement pour the Blueprint III Tour et Watch the Throne en 2011 et 2014. Je me suis procuré les billets au « marché noir » à des montants que je n’ose pas révéler ici, mais quand on est fan, on est FAN !

Depuis la sortie de MCHG et passée sa période promotionnelle, Jay – Z avait sorti très peu de sons, était apparu dans très peu de shows aussi, mis à part l’arrière d’un yacht amarré dans une quelconque eau turquoise, à se dorer la pilule avec Beyoncé, ou les front rows des cérémonies d’awards musicaux, il se faisait discret, mènant sa vie de mari et de papa.

Néanmoins, en bonne star des US, sa vie continuait de nous passionner, surtout sa vie privée. A côté de ma playlist quotidienne composée de la plupart de ses hits, je suivais son actu, le plus souvent via Beyoncé. A moins que vous ayez vécu dans une grotte ces derniers temps, vous avez dû être au courant du scandale de Betty with the good hair aka la pseudo – maîtresse de MyHova et la confrontation de Solange Knowles et de Jay – Z dans un ascenseur qui en a suivi. Les supputations allaient bon train, entre un hypothétique divorce des Carter, leur séparation de corps, ou encore le fait que cette supposée maîtresse ait plusieurs autres semblables.

JAYZJusqu’à ce que Beyoncé accouche de ses jumeaux Sir et Rumi Carter il y a quelques jours – après l’annonce de sa grossesse via un photoshoot très réussi (d’après ses fans tout au moins). Comme Mr Carter ne fait jamais les choses à moitié, quelques temps après, un film en noir et blanc a commencé à circuler sur la toile, film mettant en scène Lupita Nyong’o et Maharshala Ali. Film publicitaire? Teasing d’un album? 4:44 sera finalement le 13e album studio de Jay – Z. La symbolique autour du chiffre 4 s’explique par le fait que Jay – Z a composé le morceau 4:44 à 4h44mn du matin et le morceau est au coeur du projet.

Décortiquage de la playlist de cet opus que je considère déjà comme étant l’un des plus aboutis de Jay – Z. A 47 ans, il en a vu, vécu et entendu tellement de choses qu’il se met à nu dans ce 13e album. Après quinze jours d’écoute non – stop, je trouve enfin les mots pour parler de 4:44.

* Kill Jay – Z : ce titre a créé le buzz autour de la sortie de 4:44 et a été le prétexte du film dont j’ai parlé plus haut. Dans ce titre, à la manière d’un Stan écrivant une missive à Slim Shady, Kill Jay – Z permet à son auteur d’écrire à son alter ego Shawn Carter qu’il semble vouloir assassiner. Il s’en prend à Shawn Carter qui, de par ses infidélités, a failli perdre la plus belle fille du monde – Beyoncé. Il se permet même une allégorie, en donnant l’exemple d’un couple fort médiatisé dans les années 1980, Halle Berry et Eric Benet.

* The Story of OJ : l’histoire de OJ Simpson, sa fuite devant les caméras et son procès surmédiatisé suite au meurtre de sa femme Nicole Brown est l’une des histoires qui ont passionné les Usa et continue de faire parler de lui. « I am not black, I am OJ », clamait cet athlète adulé de toute l’Amérique, blanche comme noire. OJ Simpson croyait que le fait qu’il soit un athlète adulé de toute l’Amérique ferait oublier sa couleur de peau. Des accusations de meurtre, son procès et le verdict controversé – acquittement du jury – lui permettront de se rendre compte qu’il n’est qu’un black parmi tant d’autres.

Jay – Z, à travers l’affaire OJ Simpson, se pose en professeur donnant un cours aux jeunes générations, de rappeurs ou de noirs tout simplement. L’expérience acquise, les coups reçus en cours de route, le background d’ancien dealer repenti, toutes ces caractéristiques donnent à Jay – Z la légitimité de s’adresser à qui de droit. De plus, il leur montre que quoi qu’ils puissent faire, ils seront toujours considérés comme des noirs : « Light nigga, dark nigga, faux nigga, real nigga 
Rich nigga, poor nigga, house nigga, field nigga 
Still nigga, still nigga ».

Les rappeurs sont catalogués comme des brutes épaisses, couvertes de bijoux clinquants et rien dans le ciboulot, mais cette chanson permet de dépasser ces clivages et vient confirmer cette célèbre phrase de Jay – Z : « I am not a businessman, I am a business, man ! »

* Smile : j’étais déjà tombée en admiration de la belle voix d’actrice de cinéma de Gloria Carter, la maman de Jay – Z dans le titre December 4th, tiré de the Black Album. Pour qui connaît la chanson, je crois que nous sommes tous tombés d’accord que les quelques mots prononcés par Madame Carter valent leur pesant d’or. De sa voix de baryton, elle disait en substance ceci dans l’intro du morceau :  » Shawn Carter was born December 4th
Weighing in at 10 pounds 8 ounces. He was the last of my 4 children. The only one who didn’t give me any pain when i gave birth to him. And that’s how i knew that he was a special child », et un peu plus tard, « Shawn was a very shy child growing up. He was into sports. And a funny story is. At 4 he taught hisself how to ride a bike. A two wheeler at that. Isn’t that special? But, i noticed a change in him when me and my husband broke up ».

Superbe, n’est – ce pas?

Dans Smile, Jay – Z permet à sa mère de faire son coming – out. Eh oui, vous avez bien lu, coming – out ! Une maman de 4 enfants qui découvre et fait découvrir au monde entier qu’elle a vécu dans le « mauvais » corps toute sa vie et vit enfin à la face du monde sa … différence ! Je trouve le procédé courageux, car dans une époque où affirmer son droit à la différence est une hérésie, il faut vraiment le faire ! Gloria Carter a longtemps dissimulé son homosexualité par peur du regard d’autrui, et aussi le fait que son fils soit une figure publique l’a toujours freinée.

En samplant la chanson épique de Stevie Wonder, Love’s in need of love today, Jay – Z réussit un coup de maître !! J’imagine son émotion en lâchant ce couplet : « Mama had four kids, but she’s a lesbian/Had to pretend so long that she’s a thespian,” rapped Jay-Z, whose real name is Shawn Carter. “Had to hide in the closet, so she medicate/Society shame and the pain was too much to take.”

Elle termine le morceau par ce superbe poème : « Living in the shadows. Can you imagine what kind of life it is to live? In the shadows people see you as happy and free. Because that’s what you want them to see. Living two lives, happy but not free. 

You live in the shadows for fear of someone hurting your family or the person you love. The world is changing and they say it’s time to be free.

But you live with the fear of just being me. Living in the shadows feels like the safe place to be. No harm for them. No harm for me.

But life is short, and it’s time to be free. Love who you love, because life isn’t guaranteed.

Smile.« 

Tout est dit !

* Caught their eyes est mon autre chanson préférée de 4:44. Non seulement parce que Jay – Z a samplé l’icônique Baltimore de Nina Simone, mais aussi parce qu’il est accompagné du talentueux Franck Ocean en feat. Jay – Z va beaucoup plus loin dans cette mise à nu, qui est décidément la marque de fabrique de 4:44, en évoquant la triste réalité qui l’a opposé au chanteur Prince, du vivant de celui – ci et tous les regrets qu’il est amené à avoir face à ce fâcheux épisode, n’hésitant pas à nommer des personnes qui ont encensé ce beef.

444Extrait : « I sat down with Prince, eye to eye 
He told me his wishes before he died 
Now, Londell McMillan, he must be color blind 
They only see green from them purple eyes 
They eyes hide, they eyes high 
My eyes wide shut to all the lies 
These industry niggas, they always been fishy 
But ain’t no Biggie, no lazy eye, huh 
This guy had ‘Slave’ on his face 
You think he wanted the masters with his masters? »

Wooooow !

* 4:44 : parlons maintenant de la chanson qui a donné son nom au projet. 4:44 est une sorte de lettre adressée à la bien – aimée de Jay – Z et mère de ses enfants, Beyoncé Knowles. Il s’adresse à elle avec une honnêteté à nulle autre pareille, en lui confiant son immaturité en amour, son désir de se faire pardonner de ses incartades antérieures, et l’image de l’homme impitoyable en affaires et grand fêtard devant l’Éternel en prend un sacré coup. Ce mea culpa musical, quoi qu’on puisse en dire, mise en scène,  fausses excuses, aura réussi l’exploit de transformer un homme de 47 ans en adolescent qui a tout à découvrir à l’amour.

Cette phrase en résume son esprit : « I suck at love, I think I need a do – over ».

Suivent Family Feud, qui parle bien sûr de la famille, des enfants Blue et les jumeaux qui ont changé sa façon de voir la vie, Legacy, dans la suite de The story of OJ, toujours dans cette projection vers la postérité, BAM, un son riddim en feat. avec Damian Marley, Marcy Me, Moonlight …

Si je devais donner une note à 4:44, ce serait 9/10, et si je devais le qualifier, je dirais que c’est l’album de la maturité. A 47 ans, je crois que Shawn Carter a fait le tour de sa vie, fait le point sur beaucoup de choses et c’est en homme conscient de ses faiblesses et manquements qu’il vient poser son flow légendaire dans cet album. Je ne serais pas étonnée si j’entendais que Jay – Z arrêtait sa carrière après ce 13e album, car en faisant la revue des 10 titres qui le composent, il nous livre sa part de vérités certes, mais aussi d’héritage. En abordant des sujets personnels comme son amitié avec Kanye West désormais appartenant au passé, malgré le long campagnonnage, son infidélité, ses enfants, son importance de MC dans la culture afro – américaine, il nous montre ainsi n’avoir plus rien à prouver.

D’aucuns disent que cette confession sous fond musicale sent le déballage et le marketing à plein nez, comme les Carter sont souvent accusés (à tort?) de le faire, je pense qu’il faut écouter l’album dans son entièreté pour oser émettre une critique, quelle qu’elle soit, et je vous le dis, avec toute mon objectivité, le statut de fan inconditionnelle mise à part …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s