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Kourouma, l’esthète … – SoundCloud

Comme la technologie évolue, il faut évoluer avec elle … Voici mon tout premier podcast, donc je vous demanderai d’être indulgents ^^
J’y parle de Ahmadou Kourouma à travers deux de ses ouvrages majeurs, Quand on refuse, on dit non & Allah n’est pas obligé.

J’attends vos retours !
Bonne écoute 😉

Écouter Kourouma, l’esthète … par Nfk #np sur #SoundCloud

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YAMBO OUOLOGUEM : D’ÉCRIVAIN CÉLÈBRE À VENDEUR DE CHARBON DE BOIS

Khadim Ndiaye, universitaire et chercheur sénégalais, a posté sur sa page Facebook cet hommage à Yambo Ouologuem.

Je l’ai jugé tellement pertinent que je le reprends ici …

La mort de l’écrivain malien, Yambo Amadou Ouologuem, le 14 octobre passé, à l’âge de 77 ans, est presque passée inaperçue.

J’ai toujours été frappé, depuis que je l’ai connu, par la trajectoire atypique de cet écrivain pas comme les autres. Dandy parisien à la cravate toujours bien nouée, cigarette ou pipe à la main, Ouologuem fut l’écrivain africain francophone de la fin des années 60. Il devint célèbre et adulé lors de la parution de son livre phare, Le devoir de violence, Prix Renaudot en France en 1968. Ce livre est considéré comme l’un des plus grands ouvrages de la littérature francophone d’Afrique. Contre toute attente, Ouologuem y relevait qu’en plus de la violence coloniale, il existait une violence précoloniale et postcoloniale.

Il créa un immense tollé tant en Occident qu’en Afrique. La lame acérée de sa critique n’épargna personne. S’il dénonça les tenants du pouvoir traditionnel, il n’épargna pas non plus ceux qui voulaient « s’abreuver de culture blanche afin de mieux s’élever parmi les Noirs », comme il dira plus tard.

Léopold Sédar Senghor jugea son livre « affligeant » là où Wole Soyinka trouva qu’il minimisait les ravages de la colonisation occidentale. Accusé par la suite d’avoir plagié les écrivains André Schwarz-Bart, Maupassant et Graham Greene, Ouologuem a été « démoli » par la critique littéraire. Son éditeur français (Seuil) retira son livre de la vente et s’excusa auprès de Schwarz-Bart et de Graham Greene sans son consentement. Et, pour ne pas calmer les choses, Ouologuem publia l’année suivante un brûlot, Lettre à la France nègre, qui ne fit qu’accentuer la cabale. Victime d’un ostracisme sournois, il est cloué au pilori par l’establishment littéraire. On sait pourtant, grâce aux travaux récents, en particulier ceux de l’américain Christopher Wise (Yambo Ouologuem: Postcolonial Writer, Islamic Militant), qu’il faisait un travail de réécriture intertextuelle, largement admis de nos jours.

Se sentant incompris et dégouté par tant de cynisme, Ouologuem se coupa littéralement des mondanités. Il retourna au Mali, se retira dans le village de Sévaré, à Mopti et se mura dans un silence monastique. Il renonça à tout : famille, privilèges, carrière universitaire (il fut titulaire d’un doctorat en sociologie, licencié en lettre, en philosophie, diplômé d’anglais), invitations dans les plus grands cénacles, conférences, droits d’auteur, etc.

Lui le fils de notables dogons, qui s’en prenait à la Tradition, se replia dans un milieu traditionnel austère et devint même vendeur de charbon de bois (« jaaykatu këriñ », comme on dit au Sénégal). Lui qui dénonça l’esclavage pratiqué par les Arabes, critiquant même l’attitude d’un Cassius Clay devenu Mohamed Ali, se refugia dans la mystique musulmane et devint même imam.

À l’instar de Ghazâlî qui, en pleine renommée, quitta sa célèbre chaire d’enseignement de la Nizamiyya de Bagdad pour se réfugier dans le silence mystique, Ouologuem, tourna le dos au clinquant de la vie et préféra le mutisme. Il renvoya toutes les délégations qui venaient à sa rencontre. Pour l’homme blessé dans sa chair qu’il était devenu, seuls l’isolement et la foi mystique comptaient. Sa vérité était désormais ancrée dans le silence. Ne dit-on pas que la sagesse va de pair avec le silence?

En réalité, Ouologuem avait regagné son statut de « sous-développé », celui dans lequel beaucoup auraient toujours voulu le voir. Il en a eu l’intuition. Répondant à la question : « Que feriez-vous si vous aviez le Goncourt? » Il affirma: « Je respecterais ma réputation de sous-développé ».

Les jeunes écrivains Africains francophones devraient beaucoup méditer la trajectoire de ce grand écrivain d’expression française. Il y a en effet beaucoup de leçons à tirer de son expérience de vie hors norme, de la cabale dirigée contre sa personne, de son silence et de son reclus à Sévaré.

Si cet écrivain devenu mystique avait écrit un livre avant sa mort, il serait riche en enseignements sur l’existence, le cynisme, la condition humaine, etc.

Pour son talent, sa sagesse, Ouologuem devrait être réhabilité, sa vie et son œuvre enseignées aux jeunes écoliers d’Afrique. Ce qui serait une bonne façon de lui dire : Yambo « ñoo la gëm » (nous t’aimons).

Immense consolation : du ciel, il veillera sur nous, comme il le dit si savoureusement dans le poème suivant :

« Quand à ma mort Dieu m’a demandé un siècle après
Ce que je voulais faire pour passer le temps
Je lui ai demandé la permission de veiller la nuit

Je suis le nègre veilleur de nuit
Et à l’heure des sciures noirâtres qui gèrent les parages
Lentement je lève ma lanterne et agite une cathédrale de
Lumières

Mais l’occident se défie du travail noir de mes heures
Supplémentaires et dort et ferme l’oreille
A mes discours que le silence colporte

Selon l’usage comme vous savez
La nuit vous autres dormez mes frères
Mais moi j’égrène sur vos songes
La raie enrubannée de la ténèbres laiteuse qui chante

Bonne nuit les petits

Et je prie cependant au nom de l’égalité des droits
Devenue droit à l’égalité
Et je pleure la soif de mon sang sel de larmes

Et vous cependant dormez
Et vous dormez mes frères mais aussi
Le sommeil vous chasse de la terre
Et vous partez pour des minutes de songes
Amplifiés au gonflement de votre haleine ronronnante

Je vous vends gratis des alcools
Que sans savoir vous achetez par pintes quotidiennes
Et retrouvez la nuit transfigurée dans les myriades de feux
Qui rêvent pour vous

Bonne nuit les petits

Je suis le nègre veilleur de nuit
Qui combat des nichées de peurs
Juchées dans vos cauchemars de jeunes enfants que je rassure
Quand s’achève mon labeur sur des milliards de créatures
Mais le monde au réveil va à la librairie du coin
Consulter la clé des songes. « 

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Omar Pène

Parce que cet homme, je l’aime.
Mais il aime sa Banna, donc je me contenterai du rôle d’amoureuse fictive 😥😂

À chaque fois qu’un coup de barre, le cafard ou des pensées noires m’assaillent, il me suffit de l’écouter pour être bien dans ma tête et dans mon corps.

Lui, c’est Omar Pène, celui que les mélomanes impertinents qualifient de chanteur qui maugrée dans sa barbe, tellement ses paroles semblent incompréhensibles; comme s’il chantait dans une langue autre que le ouolof. Mais il suffit de prêter l’oreille pour se laisser emporter par sa voix suave et l’émotion qu’il véhicule à travers celle – ci …

Quand il est sur scène, il chante les yeux fermés, comme s’il était coupé du monde qui l’entoure. Car sa musique atteint les coeurs. Souvent, quand on me demande pourquoi j’aime la musique de Omar Pène, dont la majeure partie du répertoire précède fortement ma naissance, je réponds que c’est parce qu’il chante … avec le coeur et que ça se sent !

Il est de ces artistes dont les oeuvres (musicales) sont inter – générationnelles … D’une période à une autre, lesdites oeuvres ne prennent pas une ride, éveillent, (ré) éduquent, surtout chez les jeunes, frange la plus vulnérable de toute population … En un mot, décennie après décennie, les oeuvres musicales d’un » réel » artiste s’actualisent et sont plus que jamais d’actualité …

Des fois, dinga beug nitt ba roussko. À chacune de nos rencontres, à part me jeter dans ses bras et dire n’importe quoi, en vérifiant que Bana n’est pas dans les parages, je n’ai su lui dire tout l’amour que je lui porte. Mais je crois que les articles que je lui ai consacrées parlent pour moi 😉

Le nom de son groupe n’aurait pu être mieux choisi : le Super Diamono … Signifiant littéralement époque en ouolof, ce nom vient corroborer les propos que j’ai tenus plus haut …

Doundaal Baye Pène 💖
Love love 💖💖💖

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Ne vous en déplaise …

Hello guyz,

Je suis tombée sur ce texte de Nizar Kabbani-Poète, écrivain et diplomate syrien, et j’ai voulu le partager …

Tellement vrai, tellement édifiant !! Je vous laisse apprécier ^^

Ne vous en déplaise,

J’entends éduquer mes enfants à ma manière; sans égard pour vos lubies ou vos états d’âme…

Ne vous en déplaise

J’apprendrai à mes enfants que la religion appartient à Dieu et non aux théologiens, aux Cheikhs ou aux êtres humains.

Ne vous en déplaise

J’apprendrai à ma petite que la religion c’est l’éthique, l’éducation et le respect d’autrui, la courtoisie, la responsabilité et la sincérité, avant de lui dire de quel pied rentrer aux toilettes ou avec quelle main manger.

Sauf votre respect,

J’apprendrai à ma fille que Dieu est amour, qu’elle peut s’adresser à lui sans intermédiaire, le questionner à satiété, lui demander ce qu’elle souhaite, loin de toute directive ou contrainte.

Sauf votre respect,

Je ne parlerai pas du châtiment de la tombe à mes enfants qui ne savent pas encore ce qu’est la mort.

Sauf votre respect,

J’enseignerai à ma fille les fondements de la religion, sa morale, son éthique et ses règles de bonne conduite avant de lui imposer un quelconque voile.

Ne vous en déplaise,

J’enseignerai à mon jeune fils que faire du mal à autrui ou le mépriser pour sa nationalité, sa couleur de peau ou sa religion est un grand pêché honni de Dieu .

Ne vous en déplaise,

Je dirais à ma fille que réviser ses leçons et s’investir dans son éducation est plus utile et plus important aux yeux d’Allah que d’apprendre par cœur des versets du Coran sans en comprendre le sens.

Ne vous en déplaise,

j’apprendrai à mon fils que prendre le prophète comme modèle commence par adopter son sens de l’honnêteté, de la droiture et de l’équité, avant d’imiter la coupe de sa barbe ou la taille de ses vêtements.

Sauf votre respect,

je rassurerai ma fille que son amie chrétienne n’est pas une mécréante, et qu’elle cesse de pleurer de crainte que celle-ci n’aille en enfer.

Sauf votre respect, je dirai qu’Allah a interdit de tuer un être humain, et que celui qui tue injustement une personne, par son acte, tue l’humanité toute entière.

Sauf votre respect,

J’apprendrai à mes enfants qu’Allah est plus grand, plus juste et plus miséricordieux que tous les théologiens de la terre réunis, que ses critères de jugement différent de ceux des marchands de la foi, que ses verdicts sont autrement plus cléments et miséricordieux.

Sauf votre respect …

Nizar Kabbani-Poète, Écrivain et Diplomate Syrien, 1913 – 1998

Bonne lecture,

NFK

Blog & Digital Awards 2k17

Hello hello guyzzzzzz !!

Dans le cadre des Blog & Digital Awards co – organisés par Jumia SN & Orange, ma petite bulle est nominée dans la catégorie Best blog.

Vous pouvez voter via ces liens

Sur PC : https://www.facebook.com/JumiaSN/app/1636005983322850/

Et sur mobile c’est là : http://wizi.li/2hLhX4a

Catégorie Best blog et sélectionner cequejaidanslatete.

Merciiiiii à vous ! One love 💖

#SENBDA17

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Coup de cœur série : Mbettel

mbettelDepuis peu, j’ai remarqué que les productions télévisuelles proposées par les différentes chaînes de télé sénégalaises tentaient tant bien que mal de tendre vers la qualité, et ce pour le plus grand bonheur de nous autres, consommateurs et téléspectateurs. Après l’insipide Un café avec, qui je pense, n’avait rien de sénégalaiss, ni dans le jeu des acteurs / actrices, ni dans le scénario, ni dans l’histoire en elle – même ; de même que Wiri wiri, portée à l’écran par la talentueuse troupe de Sanexx and Co, à savoir La troupe du Soleil levant. L’intention y était au début, à savoir nous offrir une série par et pour les sénégalais, mais au bout d’une centaine d’épisodes, la série a fini par être un imbroglio sans fin et son nom a revêtu tout son sens.

Après ces deux déceptions successives, j’ai fini par décrocher et me concentrer sur la dizaine de séries américaines et nigerianes que je suivais chaque semaine. Jusqu’à ce que l’on me parle de Mbettel, qui d’après mon interlocuteur, valait largement le « coup » ! Je m’y suis mise donc, en me promettant de laisser tomber à la moindre incongruité … Et là, ce fut le coup de foudre ! Je suis la plus grande critique en ce qui concerne le paysage audiovisuel sénégalais, car j’ai envie que les téléfilms produits dans mon pays reflètent nos réalités et soient ainsi appréciés au – delà de nos frontières.

Mbettel est en passe de devenir ma série télé sénégalaise de tous les temps ! Et je pèse bien mes mots. Tout me plaît dans cette série, tout : le jeu des acteurs – empreint de naturel, les décors sans trop de luxe tapageur, les dialogues pleins de sens et surtout les messages véhiculés à chaque scène, qui cadrent bien avec l’intrigue et surtout, collent au nom de la série, Mbettel (la surprise).

Papa Diouf est un Sénégalais bon teint, marié à la splendide Rouba. Il gagne plutôt bien sa vie, car il est chef d’entreprise. Entreprise dans laquelle travaille avec lui Amina, sa fille aînée, tandis que Ndèye Ndiaye sa deuxième fille, elle, va encore au lycée. Son cercle est très restreint : son meilleur ami Mandione, son oncle, sa demi – sœur Thiaba avec qui il a des bisbilles concernant l’héritage de feu leur père … Mais tout semble aller pour le mieux dans sa vie.

De l’autre côté, nous avons Léna, jeune fille issue d’une famille très modeste, pour ne pas dire pauvre. Ses parents, tous deux sans emploi, comptent sur la beauté de leur fille pour régler les menus tracas du quotidien. Léna, jeune lycéenne, paie les factures de la maison et assure la dépense quotidienne. A l’inverse son grand frère Omar, sans emploi, est le paria de la maison. Leur mère s’emploie chaque jour qui passe à élever le piédestal sur lequel est placé Léna et à abaisser Omar en lui rappelant son inutilité.

Interviennent ensuite les personnages secondaires : Nafi, dont le mari Ousmane est en difficulté à l’étranger, à cause semblerait – il de son ami Fall, Mayna, Mamita et ses parents, dont la douce Ndèye Sine … La série aurait pu nous raconter le quotidien de ces multitudes de familles en apparence sans histoires, mais qui cachent bien des drames, si les vies de certains acteurs n’aurait pas été liée.

Le premier de ces liens inextricables intervient lorsque Léna fait la connaissance de Papa Diouf. Comme je l’ai dit plus haut, la deuxième fille de Papa Diouf, Ndèye Ndiaye, va encore au lycée, et il s’avère que Ndèye Ndiaye et Léna sont de grandes amies. Elles se fréquentent l’une l’autre assidument. Léna a rompu avec son copain Adama et a trouvé un vieux qui est fou amoureux d’elle et est prêt à tout pour ses beaux yeux. Il s’avère que ce vieux est le père de Ndèye Ndiaye. Rappelons que ni l’une ni l’autre n’était au courant de l’identité du Don Juan.

Le scandale éclate lors de l’anniversaire de Léna, largement financé par Papa Diouf. Ndèye Ndiaye et sa sœur Amina faisant bien entendu partie des invitées, arrivent à la fête et découvrent leur père dans les bras de Léna. Surprise, accablement, colère ! Malgré le refus initial de Léna de se marier avec Papa Diouf, les parents de celles – ci, surtout sa mère, d’une cupidité sans égal, arrivent à lui retourner le cerveau et la convaincre de s’unir à cet homme qui ne lui refuse rien.

Commence alors la guerre des tranchées : Léna, d’un côté, Ndèye Ndiaye et Amina de l’autre, malgré les efforts de leur mère Rouba pour qu’elles acceptent la deuxième épouse de leur père.

Tout ce petit monde cohabite avec beaucoup de mal dans la maison. Papa Diouf, qui semble avoir retrouvé une seconde jeunesse, n’entend plus et ne voit plus rien d’autre que Léna, qui elle, malgré le bonheur de façade, est encore amoureuse de son ex Adama qui roucoule avec Amina.

Quel imbroglio !

La série met à nu les tares et laideurs dont est faite la société sénégalaise. Tel un miroir, elle nous met face à ce que nous avons de plus hideux. La polygamie ravage des familles, la trahison, ainsi que les luttes de pouvoir séparent des amis, le paraître et les envies de grimper dans l’ascenseur sociale font que les individus, des mères font une dichotomie entre leurs enfants en fonction du poids de leur porte – monnaie, l’amour cède la place à l’argent …

Je pourrais continuer encore longtemps à énumérer toutes les raisons qui font que j’aime cette série, mais si j’ai un conseil à vous donner, ce serait de regarder un épisode de Mbettel et vous reviendrez me donner raison ! La saison 2 a déjà débuté et bat son plein !

Bonne lecture et bon visionnage !

NFK

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SENEGAL : La blogueuse Ndèye Fatou Kane nous livre son “Malheur de vivre”.

Hello guyzzzz,

Ndeye-Fatou-Kane-2-640x439Je ne vous ai pas abandonnés, rassurez – vous, juste prise avec certains trucs, mais je vous reviens très prochainement avec plein d’articles qui attendent que j’y mette une touche finale. En attendant, je partage avec vous cette interview parue sur le site http://ze-africanews.com à laquelle j’ai pris un grand plaisir à répondre.

Elle s’appelle Ndèye Fatou Kane, 30 ans. Née au Sénégal où elle a vécu jusqu’à sa majorité avant de s’envoler pour la France, où elle a poursuivi une partie de ses études supérieures qu’elle avait entamées au Sénégal. Diplômes en poche, elle se met en quête d’expérience professionnelle. Mais et surtout, Ndèye Fatou Kane avait peu de chance d’échapper au virus de l’écriture. Surtout avec un grand-père : le célèbre Cheikh Hamidou Kane, auteur de “L’aventure ambiguë” et un père férus de littérature. La première œuvre de Ndèye Fatou Kane, Le malheur de vivre, parue en 2014 a été saluée par les critiques.

Ze-Africanews.com : Parlez-nous de vos premières lectures… de celles qui vous ont marquée ?
Ndèye Fatou Kane : Il y avait une librairie qui n’existe plus hélas) située au centre-ville de Dakar qui s’appelait Maxi Livres. Tout prétexte était bon pour mon père pour que nous y fassions un tour : anniversaire, vacances, bonnes notes récoltées en classe. Les livres de la Comtesse de Ségur, le Club des 5, les aventures de Fantômette, la justicière encapuchonnée, Les Contes d’Ahmadou Koumba, Ben et Mortimer ont constitué l’essentiel de mes lectures jusqu’à mes 12-13 ans. En grandissant, mes goûts littéraires se sont affinés. J’ai découvert la littérature africaine dans sa quintessence et il y avait une pluralité d’auteurs contemporains à mon grand-père (Cheikh Hamidou Kane, ndlr) : Ahmadou Kourouma, Amadou Hampâté Bâ, Mariama Bâ, Aminata Sow Fall… Et c’est tout naturellement que j’ai voulu à mon tour, inspirée de ce que je lisais, prendre la plume à mon tour.

Ainsi est né, Le malheur de vivre, votre premier roman ?
Ce qui m’a donné envie d’écrire ce livre, tient à deux raisons principalement : convoquer des valeurs qui me semblent un peu « déphasées » de nos jours et parler de cette Afrique profonde dans laquelle je me reconnais entièrement. J’ai parlé plus haut de Mariama Bâ et d’Aminata Sow Fall. J’admire énormément ces deux femmes de lettres, car en plus de leur modernité assumée, elles ont su, à travers leurs écrits, développer des thèmes sociaux, culturels et même politiques qui sont encore prégnants de nos jours. Tout ceci fait que j’ai inscrit l’espace spatio-temporel du “Malheur de vivre” entre le Dakar et le Paris des années 1980, sans oublier le Fouta, ma région natale, terre des Hal Pulaar. J’y parle entre autres thèmes de recours (et non pas retour) aux sources, de culture, d’immigration.


Ndeye-Fatou-Kane-1Vous prenez aussi pour prétexte une love story. Celle du personnage principal Sakina et d’un boy Dakar… qui se solde par sa descente aux enfers ?

Exactement. Je suis partie d’une love story pour brasser large. En mettant en vis à vis Sakina, jeune halpulaar profondément ancrée dans sa culture, qui malgré le fait qu’elle vive en France avec ses parents, Amadou et Mariam Bâ, n’a rien perdu de sa « pularitude », avec Ousmane, halpulaar lui aussi, mais qui s’est laissé happer par la ville de Dakar. A travers ces deux personnages, je mets l’accent sur ce dont je parlais antérieurement, à savoir la nécessité pour un individu de se réclamer d’une culture, car je pense que sans culture, nous perdons le socle qui nous permet d’avoir un équilibre.

Après ce premier roman, vous avez participé à un ouvrage collectif, « Franklin l’insoumis”, un recueil de nouvelles pour rendre hommage à Franklin Boukaka, auteur et chanteur congolais ?
Alors, ce projet est né sur une proposition que m’a faite l’initiateur, Marien Ngombé, d’origine congolaise. Il désirait rendre hommage à Franklin Boukaka, chanteur congolais engagé assassiné dans les années 1970. Je n’ai pas tout de suite accepté, car comme je ne suis pas d’origine congolaise, je ne savais pas si j’avais la légitimité d’entrer dans ce projet. Mais la musique a fait le reste. Il a fallu que j’écoute un CD de chansons de Franklin Boukaka pour tomber amoureuse de sa musique et que j’aie envie de participer au projet Franklin, l’insoumis.

« Les livres occupent une place centrale dans ma vie ! »  

Alors, il y a aussi la Ndèye Fatou Kane blogueuse qui nous parle tout naturellement de livres. Dans votre blog, vous nous faites partager vos coups de cœurs ?
Oui le blog est né il y a huit ans, car au début, quand je lisais des livres ou que je souhaitais débattre d’un sujet, j’enquiquinais mes proches en leur faisant de force lire ou écouter mes diatribes (rires). Mon goût pour la lecture allait crescendo et j’ai créé le blog “Ma petite Bulle”. Au début, j’y parlais de tout : billets d’humeur, faits de société, tracklist d’albums, mais depuis peu, je ne parle que de livres, de sorte que les nouveaux lecteurs croient que c’est un blog littéraire, mais ce n’est pas plus mal car les livres occupent une place centrale dans ma vie.

Comment se fait le choix de vos lectures ?
Mes choix de lecture se font au feeling : je peux connaître un auteur et avoir envie de lire sa dernière publication. Ou a contrario, être attirée par une 4e de couverture, ou un résumé d’ouvrage et avoir envie d’en savoir plus.Dans ma bibliothèque, on y trouve de tout, magazines, romans, essais. J’aime particulièrement les ouvrages politiques et les romans africains. J’ai un faible pour les ouvrages traitant de l’Afrique, bien que j’aie tendance à varier maintenant.

Quelles sont vos trois dernières lectures ?
J’ai lu dernièrement “Sarbaru Jinne” de Pape Samba Kane, journaliste satirique sénégalais. “Sarbaru Jinne” ou “Les Tam-Tams du diable”, est un ouvrage à forte connotation mystique, car l’auteur nous entraîne dans un sabar (danse sénégalaise, ndlr) endiablé dansé par des jinns, sous fond de philosophie et de mysticisme. L’auteur y fait preuve d’une grande érudition et effectue de superbes flashbacks entre la Médina, quartier populeux dakarois et ses deux personnages Talla et Massata. J’ai aussi lu “Errance” de Ibrahima Hane. Ouvrage qui est d’ores et déjà mon coup de cœur de l’année 2017. Ibrahima Hane effectue une radioscopie de la société sénégalaise. Entre Adja Tabara Fall, la politicienne véreuse, Seyni Sène, le laissé pour compte qui prend sa revanche sur la vie et la confrérie des Baye, Ibrahima Hane pointe du doigt les paradoxes sous lesquels est ensevelie la société sénégalaise. Et je lis en ce moment “La sonate de Bridgetower” de Emmanuel Dongala, qui nous relate la vie et l’œuvre de Georges de Bridgetower, musicien classique noir, virtuose du violon, quelque peu tombé dans l’oubli.

Ndeye-Fatou-Kane-3Qu’est-ce que la lecture vous apporte ?
La lecture et l’écriture car l’une ne va pas sans l’autre selon moi, font partie intégrante de ma vie. Quand je suis triste, je lis ou quand je suis heureuse j’ai aussitôt envie de coucher sur le papier mes sentiments, les partager avec mon alter ego littéraire ! Comme chacun a une passion, un leitmotiv, mon activité littéraire est profondément ancrée en moi. Rien ne vaut le plaisir de découvrir de nouveaux ouvrages, de humer cette odeur si particulière du papier, de parcourir du doigt les reliques éparpillées dans la maison. Cela suffit à mon bonheur

Et sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille en ce moment sur un petit essai qui est en phase de relecture et correction. J’espère qu’il paraîtra sous peu. Je n’en dis pas plus, rendez-vous à la parution.