Kemtiyu

kem07 Février 1986 – 07 Février 2017

32 ans aujourd’hui que s’éteignait Cheikh Anta Diop. Et pour le symbole, Kemtiyu, la pépite cinématographique que lui a consacrée Ousmane William Mbaye, sera projetée ce 06 Février après le JT de 20h en version française sur la RTS1 et en version wolof sur la RTS2.

Je ne pensais pas que Ousmane William Mbaye ferait ou pourrait faire un jour un meilleur film que President Dia. Ou encore Mère Bi, et Xalima la Plume, films dédiés respectivement à sa mère Annette Mbaye d’Erneville, et à l’immense artiste que fut Seydina Insa Wade. Mais il l’a fait ! Kemtiyu (celui qui est noir), Seex Anta, est un vrai BIJOU ! Cheikh Anta DiOp, celui qui préféra l’honneur aux honneurs …

En 94 minutes, Ousmane William Mbaye nous (re) plonge dans la vie de celui qui s’est battu sa vie durant à prouver la véracité de ses thèses, celui qui nous a décomplexés, mais surtout celui qui n’a eu de cesse d’exhorter ses congénères à aller chercher la connaissance directe. Des plaines arides de Ceytu aux amphithéâtres de La Sorbonne, en passant par le Caire et son laboratoire de l’Ifan, Cheikh Anta a brillé partout où il est passé. Les témoignages de ses enfants, de sa regrettée épouse, de ses frères d’armes tels Théophile Obenga, tous sont unanimes : Cheikh Anta était mû par la recherche de la connaissance et en a fait son leitmotiv.

cadLe film de Ousmane William Mbaye est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas d’un déroulé subjectif, où l’on dépeint Cheikh Anta comme un « Messie ». L’élément montrant un scientifique français décrivant Cheikh Anta comme un scientifique aux recherches « éparpillées » revêt tout son sens. Combattu hier, décrit comme un fou, combattu aussi bien politiquement que scientifiquement, Cheikh Anta DiOp ne laisse personne indifférent. Et comme l’a si bien dit le Doyen de l’Université d’Atlanta, où est célébrée le Cheikh Anta Diop’s Day, « il est allé chercher ce qu’il y avait de plus profond en nous ».

Kemtiyu, à voir et revoir !

#Kemtiyu

#OusmaneWilliaMbaye

#FilmsMameYandé

NFK

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Éduquons nos garçons !

21825_egalite-f-gUne phrase de ma mère m’a fait sourire et m’a donné envie d’écrire ce billet … Les tâches ménagères me rebutent à un point qu’aussitôt après avoir fini de manger, je me dépêche de me lever de table pour ne pas qu’on me demande de débarrasser ^^

Chaque soir ou presque, c’est la même combine que je me dépêche de mettre en place : je termine de manger et me lève prestement. Ma mère ne manque jamais de me rappeler à l’ordre en me demandant de débarrasser. Je le fais toujours de mauvaise grâce, sans omettre de réclamer que mon frère en fasse autant.

Même s’il n’emporte avec lui qu’une fourchette ou une cuillère, je m’en contente, estimant que lui aussi a fait sa « part ». Et quand je saisis l’assiette de mon père, je guette le « merci » qu’il ne manque jamais de m’adresser.

Ma mère me sort toujours la même phrase : »Kula douggal sii wagn ak koula reey nga yémalé ». Les ouolofones traduiront ! Pour montrer à quel point les tâches ménagères m’exècrent …

Vous n’avez toujours pas compris où je veux en venir? Ça arrive.

En observant les familles autour de moi et plus largement les échos que j’ai de certaines scènes familiales, les filles ont toujours été les préposées aux tâches domestiques. Chez certains, c’est même un scandale quand l’homme se propose d’aider, car dans l’inconscient collectif, la popote, le ménage et tout ce qui s’en suit est l’apanage de la femme …

Les femmes sénégalaises rivalisent d’ingéniosité en proposant dix mille recettes, car un adage dit que pour retenir un homme, « il faut entretenir un son ventre et son bas-ventre » !
Dans son livre Dear Ieawele (dont j’ai parlé ici), Chimamanda Adichie a dit une phrase que je me plais de ressortir au gré de mes conversations sur le sujet : « La cuisine n’est pas une fonction pré-installée dans le vagin ». N’a – t – elle pas raison?

Ambiance …

Dès l’enfance, la dichotomie s’opère entre le petit garçon et la petite fille. Dans le choix des jouets à leur offrir, la différence aussi est flagrante. À l’homme en devenir, on offrira des robots, des voitures miniature, des outils pour guerroyer et affûter sa masculinité, et par là entretenir son ego naissant; et à sa comparse féminine, on donnera des ustensiles de cuisine, des poupées et autres jouets pour façonner la future maîtresses de maison.

J’ai eu la chance (ou la malchance) de grandir aux côtés d’un père qui ne faisait (et qui ne fait toujours pas) la différence entre ses enfants fille et garçon. Lorsque ma mère rouspète parce que je traîne les pieds à débarrasser la table et exige que mon frère en fasse autant, il appuie en déclarant que nous devons tous les deux en faire autant. Quelques fois même, il nous aide en préparant les assiettes à récupérer; et ne manque jamais de remercier quiconque prend l’assiette dans laquelle il a mangé. Ça peut sembler anodin tout cela, mais dans nos sociétés où les hommes sont érigés au rang de demi – rois, toisant la gente féminine affectée aux tâches domestiques, je trouve ces scènes de vie d’une importance capitale.

Un homme conscient de sa masculinité, mais qui n’utilise pas celle-ci pour dominer et asservir son vis – a – vis féminin, je trouve ça valeureux. De par nos éducations en Afrique, nous sommes conditionnés hommes comme femmes à interagir d’une certaine façon, ce qui à mon sens, fausse le debat.

Alors il faudrait rééduquer les garçons, leur inoculer l’empathie à haute dose, pour qu’ils ne grandissent en devenant des machos en puissance. Je suis consciente que cela ne se fera pas en un jour, car les traditions sont tenaczs, mais avec de la volonté je pense que l’on portait arriver à cette douce révolution.

Traitez – moi d’utopique, je sais que je suis une rêveuse, mais j’ai espoir …

Bonne lecture,

Nfk

Lu et adoré : Baba Segi, ses épouses, leurs secrets – Lola Shoneyin

27292701_1835292776543197_786053787_nLe Nigeria est décidément un pays regorgeant de talents littéraires. Les années passent et je reste émerveillée face aux nombreuses plumes que je découvre … Outre les classiques Chinua Achebe, Buchi Emecheta, Wole Soyinka et ma préférée d’entre tous Chimamanda Ngozi Adichie, cette année, j’ai découvert Leye Adenle (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/05/03/lecture-coup-de-coeur-lagos-lady-leye-adenle/) et Chigozie Obioma (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/07/11/les-pecheurs-chigozie-obioma/) dont je me suis délectée des romans Lagos Lady et Les pêcheurs.

J’avais entendu parler de Lola Shoneyin et de son livre Baba Segi, ses épouses, leurs secrets comme d’un ouvrage formidable qu’il fallait absolument que je lise. Ce fut chose faite il y a quelques semaines quand je me décidais enfin à le commander. Sitôt la dernière page refermée, je me disais que la prochaine fois qu’on me conseillerait un livre avec autant d’insistance, je cèderais … Car ce livre est une pépite d’or !

Tout le long de ma lecture, j’oscillais entre l’effroi et l’amusement, sans toutefois décider lequel de ces deux sentiments finirait par l’emporter. Les critiques étaient dithyrambiques : la polygamie, sujet central de Baba Segi, ses épouses, leurs secrets, était si habilement conté par Lola Shoneyin qu’on ne pouvait que ressortir admiratif de cette lecture. Car les Nigerians sont de formidables conteurs. A chaque fois que je les lis, je suis émerveillée de voir la façon avec laquelle ils décrivent si merveilleusement la société dans laquelle ils vivent, ses travers, ses manquements et le gouffre financier qui avale petit à petit le Nigerian moyen, à la grande faveur des riches qui pullulent à Ikoyi, Banana Island et les autres quartiers riches de Lagos la bruyante.

Baba Segi ne déroge pas à la règle, il est riche, vit dans l’opulence et ne se gêne pas pour le faire savoir. Fils unique d’une mère qui s’est démenée pour le mettre dans les conditions les meilleures, il est à la tête d’un florissant commerce de matériaux de construction. Sa première femme, Iya Segi, lui a été « donnée » en mariage par la meilleure amie de sa mère, mère célibataire vivant avec son unique fille. Iya Segi et Baba Segi contractèrent donc un mariage arrangé. Mais chacun y trouvait son compte : Iya Segi prenait de l’âge et craignait de ne jamais trouver chaussure à son pied et Baba Segi était content de ramener une femme dans sa vaste demeure. Les années passent et deux autres femmes ne tardent pas à rejoindre Iya Segi.

Mais les choses sont d’emblée claires : si Iya Tope et Iya Femi veulent la paix, elles doivent se ranger derrière Iya Segi, la matriarche qui régente tout et distribue même les doses de nourriture. Tant que la deuxième et la troisième épouse acquiescent à tous ses desiderata, tout ira bien. Iya Tope, la frêle villageoise que son père a « offerte » à Baba Segi en échange des maigres récoltes de manioc et Iya Femi, elle qui s’est « offerte » humblement, ont bien compris le message. Bien que parfois, Iya Femi tente de ruer dans les brancards, on sait tous qui commande chez les Alao. Avec trois épouses et sept enfants, Baba Segi devait être comblé. Mais c’était compter sans sa libido féroce. Il reçoit Bolanle et son amie dans son magasin, mais pendant que Yemisi parle affaires, il n’a d’yeux que pour la frêle et magnifique créature qui l’accompagne. Pas de doute possible : elle sera sa quatrième épouse !

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Bolanle épouse Baba Segi et crée le scandale. Sa mère, sa sœur Lara et dans une moindre mesure son père, n’en reviennent toujours pas qu’une fille aussi instruite qu’elle désire s’unir à un rustre tel que Baba Segi. Mais qu’à cela ne tienne, tout ce que Bolanle veut, c’est s’extirper de l’atmosphère oppressante de la maison familiale. Les autres épouses, elles, commencent la guerre – surtout Iya Segi et Iya Femi qui s’est vue ravir sa place de favorite – et ne laisseront aucun répit à la nouvelle venue, l’intruse. Rien ne lui sera épargné : anmaux morts, quolibets, médisances, ignorance et refus de la considérer … Même les enfants, à l’image de leurs mères, s’y mettront.

Mais la venue de Bolanle, en plus d’installer le chaos dans le cœur de ses co – épouses, mettra la lumière sur le secret qui planait sur la demeure des Alao : Baba Segi n’est le père d’aucun des enfants de ses épouses, celles – ci ayant toutes contracté des grossesses avec leurs amants. Après des années de mariage, Bolanle n’arrive pas à tomber enceinte. Des analyses médicales de part et d’autre plus tard, le pot aux roses est découvert : Baba Segi est stérile! Stupeur et consternation …

Les ménages polygames pullulent en Afrique. Certaines épouses arrivent à faire converger leurs intérêts communs et cohabitent en harmonie, tandis que d’autres se déchirent pour s’attirer les faveurs de l’époux, le seigneur … Toujours est – il qu’il n’est pas facile de se faire ravir la place d’épouse préférée à l’arrivée d’une autre, souvent plus jeune et plus fraîche. Avec un humour caustique et des pages bourrées d’anecdotes, Lola Shoneyin arrive à nous émouvoir, nous faire rire, nous faire peur, nous offusquer devant cette fresque nigériane narrée d’une magnifique plume. Baba Segi se vante, à chaque fois qu’il passe chez Teacher, son lieu de beuverie, de pilloner quatre femmes, et surtout il ne se gêne pas de dire à qui veut bien l’entendre que le vagin de sa dernière femme est aussi étroit que le goulot d’une bouteille, pour le plus grand bonheur de sa verge. Ambiance …

Lola-ShoneyinEn fin de compte, l’on en arrive à s’attacher à ce pauvre bougre qui semble avoir transplanté son cerveau de sa tête à ses bourses, car comment expliquer qu’il ne se soit pas douté que la pauvre Segi, son frère Akin et tous leurs frères et sœurs ne sont pas de lui ?! Taju, le chauffeur et confident, s’enfuira sans demander son reste, lui par qui le diable s’est introduit dans la maison … Baba Segi n’aura plus que ses yeux pour pleurer et ses intestins pour se vider lorsqu’il se rendra compte de l’ampleur de la situation. Tandis que les autres épouses rivalisent en courbettes en promettant de se muer en femmes dociles, Bolanle reprendra sa liberté et quittera cette maison dont elle n’aurait jamais dû franchir le seuil !

Baba Segi, ses épouses, leurs secrets est à lire, déguster, savourer ! Je vous le recommande chaudement, vous passerez un agréable moment de lecture ! Thank me later ^^

Excellente lecture,

NFK

Une grande fille : Danielle Steel

26942960_1823248347747640_296908831_nÀ l’instar d’Au jour le jour, autre roman de Danielle Steel dont j’ai parlé ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/11/03/au-jour-le-jour-danielle-steel/, je renoue avec cette auteure qui fut l’une de mes préférées durant mon adolescence. Les années passant, j’ai abandonné la lecture de ses ouvrages, car les histoires malgré moult intrigues et rebondissements, se ressemblaient peu ou prou et le pire, c’est que Madame Steel semble avoir trouvé la formule qui marche et ne la lâche pas. Mais c’est ce qui fait son succès planétaire, car ses lecteurs/lectrices sont en quête le plus souvent d’histoires sentimentales légères, de lectures sans prises de tête …

Après des années sans l’avoir lue, je me rends compte que son style n’a pas changé. Mais je ne lui en veux pas … La lire continue de demeurer une belle expérience, tout de même. Une grande fille nous plonge dans le quotidien des Dawson. Famille fortunée, vivant confortablement dans un quartier résidentiel de Los Angeles, Jim et Christine Dawson sont les heureux parents de Victoria et Grace. Jim a toujours tout contrôlé dans sa famille, de sa femme à ses filles, en passant par sa carrière. À la tête d’une florissante agence de publicité, il régente tout son univers. Sa femme Christine est en adoration devant lui, acquiesce à tout ce qu’il dit, de même que leurs amis, qui trouvent Jim charmant et intelligent. Grace leur fille cadette est leur portrait craché à tous les deux : filiforme brune, les yeux sombres, elle est exquise. Quant à Victoria, l’aînée, elle a été sept ans avant la venue de Grace au monde, le « gâteau test » de ses parents, celle qui ressemble tellement à la reine Victoria. Forte, solidement charpentée, blonde aux yeux bleus, Victoria ne ressemble en rien à ses éblouissants parents et sa soeur. On ne se gêne nullement – surtout son père – pour toujours placer des plaisanteries douteuses sur son surpoids, son nez crochu, ce qui sape le moral de la jeune femme.

Rien ne semble trouver grâce aux yeux de son père : ni ses brillantes études universitaires, ni sa florissante carrière de professeure d’anglais au lycée Madison, l’un des meilleurs lycées de New York. Tout ce qu’il trouve à dire, c’est le fait que Victoria soit charpentée comme un homme, et qu’elle soit toujours aussi grosse malgré les années. Sa mère, elle, se range toujours du côté de son mari et bénit chacune de ses paroles. Seule Grace, leur portrait craché, est celle qui est digne d’être aimée …

Victoria mène tant bien que mal une vie équilibrée, entre son travail passionnant mais éreintant, ses régimes à répétition, ses séances de psychanalyse et Harlan et John, ses colocataires devenus sa seconde famille, car elle évite autant que possible de séjourner à LA pour éviter les piques acerbes de son père. Tout ce petit monde fait bloc autour d’elle et ne cesse de lui répéter qu’elle est digne d’amour et que ses parents sont des monstres. Mais trente années de quolibets ne seront pas faciles à effacer. Victoria tient bon cependant.

8e7f9103c9abcc02f6e909791d4ab335--danielle-steel-a-beautifulDésormais rien ne la fera flancher, car avec Colin, son fiancé à ses côtés, elle affronte le monde extérieur avec courage. Même lors du mariage féérique de Grace et de la méchanceté renouvelée de Jim et Christine, elle leur montrera que désormais ils ne peuvent plus l’atteindre … Je trouve juste dommage que des sujets tels que le surpoids et les séances de thérapie, de même que la fragilité de la condition de certaines personnes aient été survolés, au profit des histoires d’amour …

Mais que voulez – vous, c’est la marque Dajiekle Steel ^^

Excellente lecture

NFK

Lettre à la France nègre – Yambo Ouologuem

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J’avais vaguement entendu parler de Yambo Ouologuem et de son oeuvre gigantesque, sans jamais l’avoir lu.

Son histoire tragique m’avait émue, car comment expliquer que le premier auteur africain à avoir reçu le prix Renaudot – pour son livre le Devoir de violence publié en 1968 – en soit réduit a vivre dans un quasi anonymat dans son pays d’origine, le Mali?

Lorsqu’il paraît en 1968, Le Devoir de violence fait scandale. Prenant le contrepied de la négritude, mouvement porté par Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas et dans une moindre mesure Aimé Césaire, Yambo Ouologuem réfute la thèse d’une Afrique précoloniale idéalisée et avec des mots crus, raconte comment l’esclavage et la colonisation sont bien antérieurs à l’arrivée des Européens, qui ne firent que reprendre à leur compte, en l’amplifiant à outrance, un système préexistant.

À ce titre, le Devoir de violence a pu apparaître comme l’une des premières œuvres en contradiction avec le postulat de la négritude, car elle s’attaquait à l’image d’une Afrique précoloniale idéalisée et au « retour aux sources » prôné et chanté par Senghor et Césaire.

Pour ces raisons, son livre fut refusé par plusieurs éditeurs et fit scandale à sa sortie, son éditeur exigeant du romancier l’ajout de passages scabreux, absents du manuscrit initial. On reprocha aussi à Ouologuem d’avoir plagié Maupassant et d’avoir épousé la structure d’une œuvre d’André Schwartz-Bart.

Ces emprunts, toutefois, sont noyés dans le flot lyrique du récit. Le Seuil décidait, en 1971, de retirer l’ouvrage de la vente. Yambo Ouologuem fut donc refusé à la fois par les Africains, qui l’accusèrent de donner une mauvaise représentation de l’Afrique, et par l’Europe, qui l’oublia, au motif de ne voir en lui qu’un plagiaire. Dégoûté, il avait quitté la vie littéraire parisienne, pour aller vivre au Mali, loin de toute cette hypocrisie.

Après avoir en vain cherché Le devoir de violence – que j’espère lire bientôt, je n’abandonne pas mes recherches – je me suis rabattue sur Lettre à la France nègre.

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En 1969, il publie donc Lettre à la France nègre, un réquisitoire contre la France et les « clichés racistes » qui la traversent.

En Yambo Ouologuem, je retrouve un peu de Mongo Beti. Je trouve que les deux auteurs ont à peu près le même style, en ce sens qu’ils n’ont pas peur de choquer, se moquent éperdument du « qu’en dira – t – on » et cultivent à dessein la vulgarité de la langue, qu’ils manient à merveille, reconnaissons – le.

Classée en treize lettres, Lettre à la France nègre, fait le procès de cette France qui est engluée dans le racisme, mais refuse de gratter le vernis sous lequel elle se réfugie, refusant l’étiquette de raciste qui lui est accolée. Car oui, la France est raciste jusqu’à la moelle.

Personne n’est épargné dans ces mini pamphlets. Ni le Général de Gaulle, Président de la République française d’alors, grand « amoureux » de l’Afrique, qui prônait la communauté inter – africaine, mais finit par lâcher du lest et donner l’indépendance à ses chères colonies. Encore moins les couples mixtes qui auront fait le choix de s’aimer envers et contre tous (t), mais devront vivre avec les regards réprobateurs d’une société ayant du mal à concevoir que le noir et le blanc se mélangent impunément.

Le livre continue sous la même intonation, dépeignant, pointant du doigt, décriant cette hypocrisie sois – jacente envers les personnes de « couleur ». Quand il s’agit des performances sexuelles et amoureuses, on peut se permettre de faire appel aux nègres, mais le cas contraire, on les parque à leur place.

Parmi les gens de « couleur », subsistent deux catégories, ceux qui constatent le racisme et se battent contre celui – ci et ceux qui veulent coûte que coûte se couler dans le moule franco – français. L’écrivain ne les épargne pas, leur rappelant que la couleur dont ils devraient se draper, sera celle de la dignité humaine.

En lisant Yambo Ouologiem, j’avais l’impression de lire un auteur de notre époque,

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tellement ses propos étaient actuels et empreints d’une contamporanéité rare. Pas de place pour la bien – pensance et le politiquement correct, il use de sa plume pour décrier les maux qui gangrénaient la société post – coloniale d’alors et continue d’étendre leur venin de nos jours. J’ai admiré le courage et la ténacité de cet homme, car vivre ce qu’il a vécu et tourner le dos à ses détracteurs avec autant de dignité, il fallait le faire ! L’hommage qu’on peut lui rendre, c’est d’aller à la rencontre de son œuvre.

Je m’y attellerai, car ce premier ouvrage que j’ai lu de lui m’a donné un uppercut en pleine face. Le genre de lectures dont on redemande …

Bonne lecture,

NFK

Relecture – plaisir : De Tilène au Plateau de Nafissatou Diallo

26058007_1793044727434669_1460805186_n« J’espère avoir fait plus : j’espère être allée au – delà des tabous du silence qui règnent sur nos émotions … »

Cette phrase à elle seule pourrait résumer De Tilène au Plateau, l’émouvant roman de Nafissatou Diallo. Je l’ai lu il y a un peu plus de dix ans, lors de mes années au collège alors que je l’avais reçu en prix d’excellence, en sus de Awa, la petite marchande, un autre livre de Nafissatou Diallo. J’en avais gardé d’excellents souvenirs, mais impossible de remettre la main dessus depuis. La faute à la non réédition de plusieurs classiques, qui malheureusement ne survivent pas au temps et à l’usure, alors qu’il y a de ces ouvrages qui devraient défier le temps et l’espace, de façon à toucher toutes les générations.

De Tilène au Plateau fait assurément partie de cette catégorie de romans – là. Comme je l’ai dit à l’entame de ce billet, l’émotion m’a traversée lorsque je l’ai lu pour la première et cette relecture m’a confortée dans ce sentiment. En farfouillant dans les livres de mon père, quelle ne fut ma surprise de tomber sur De Tilène au Plateau ! Moi qui l’avais cherché partout, il était là, entre mes mains … Je le relus d’une traite en quelques jours. Ceux qui ont déjà lu ce livre peuvent comprendre mon empressement à venir encore une fois à bout de cette histoire.

7611305818499Nafissatou Diallo nous relate son enfance entre Tilène, quartier populeux près de la Médina. Dans une grande maison, elle vit avec ses grands – parents, ses oncles, tantes, cousins, cousines, frères, sœurs, sans oublier son père et ses épouses. Elle a perdu sa mère très jeune, raison pour laquelle elle est choyée par sa grand – mère, Mame, vieille dame pleine de malice, qui n’hésite pas à couvrir les bêtises de sa petite – fille qui ne tient pas en place et accumule les gaffes, flanquée de sa bande d’amies.

Son père est un homme à la carrure aussi impressionnante que redoutable, qui n’hésite pas à user du fouet pour discipliner ses enfants. Safi qu’il porte dans son cœur, en fait les frais parfois, surtout lorsqu’elle pousse l’outrecuidance à fréquenter des garçons sous son nez.

Car Safi commence à découvrir le sexe opposé, les réjouissances nocturnes, et fomente plan sur plan pour se soustraire à la poigne paternelle trop rude. Les années passent, les naissances et les morts rythment son existence, ainsi que celle de sa famille. Et qui dit années qui passent, dit aussi vieillesse, poids des ans. Les deux êtres qui comptent le plus dans sa jeune existence, son père et sa grand – mère, ceux sans qui De Tilène au Plateau n’aurait jamais vu le jour …

En relisant l’ouvrage de Nafissatou Diallo avec mes yeux d’adulte, j’ai redécouvert cette époque dakaroise dans cette partie de la capitale qui m’a vue naître. Autant Tilène fut le bastion de l’enfance de Nafissatou Diallo, c’est au Plateau qu’elle grandira et s’affirmera. Ce Dakar que je ne connais qu’à travers des lectures, des films et des causeries, me fascine à un point qu’en lisant des livres qui me le relatent, je crois entrevoir l’élégance des postures, des toilettes, des femmes, des hommes. L’élégance était poussée à un tel point qu’elle transparaissait dans les manières d’écrire. Car en lisant De Tilène au Plateau, je retrouve un peu d’Un chant écarlate, les deux femmes de lettres ayant en commun une plume poétique et mélancolique.

µDe Tilène au Plateau, à lire et à faire lire ! Emotion garantie !!

Bonne lecture

NFK