OJ Simpson – Made in America 

OJ Simpson – Made in America

Si je devais écrire quelques lignes sur le puissant documentaire OJ Made In America, réalisé par Ezra Edelman, je dirai que ce documentaire en 5 parties, en plus d’aborder la puissante question raciale aux US, revient sur la trajectoire d’un homme tourmenté et rattrapé par son passé.

Il ne se voyait pas noir, n’avait que des amis blancs ou presque, pour lui la couleur n’existait pas et n’était pas un facteur pouvant bloquer son ascension. Atteint de « cécité » raciale, sa célèbre phrase « I am not black, I am OJ » restera dans les annales. Car au moment où d’autres porteurs de voix tels que Mohamed Ali s’offusquaient et dénonçaient les dérives policières contre les noirs, lui se taisait.

Deux choses m’ont tourmentée après le visionnage de ce documentaire : comment cet homme charmant, que tout le monde adorait, a – t – il pu pendant tant d’années maltraiter ainsi sa femme … blanche? Désir de la soumettre, de la posséder, d’en faire sa chose, alors que sa première femme, (noire) elle, n’a jamais souffert de maltraitance …

Le débat est ouvert !

De plus, cette communauté noire dont il ne s’est jamais réclamé, a finalement été son « sauveur ». Durant son procès fleuve suite au meurtre de sa femme Nicole Brown et du serveur Ron Goldman, ses avocats se succèdent a la barre, tous plus éloquents les uns que les autres et parviennent à l’acquitter.

OJ est libre. Mais est condamné 13 ans plus tard à 33 ans de prison pour braquage alors qu’il voulait récupérer des objets lui appartenant chez des collectionneurs … Le karma …

Il a toujours clamé son innocence, mais ses antécédents de mari violent, son ADN retrouvé sur la scène du crime, ses menaces à l’encontre de Nicole, tout cela a joué en sa défaveur.

Il n’y a pas de problématique plus importante dans la société américaine que celle de la race … Ses avocats ont joué la carte de la race pour l’innoncenter, car ce n’était plus une simple affaire de crime pasionnel, mais le procès de la police de LA contre la communauté noire. Comprenne qui peut.

Ezra Edelman a réalisé un film qui se regarde comme un livre, car chaque minute qui passe, nous permet de voir les différents protagonistes, qui chacun livrent leur part de vérité ou de mensonges, nous permettant d’assister aux différents rebondissements de cette affaire. En replay sur le site de Arte jusqu’au 07 Août ou en streaming juste ici : https://openload.co/f/ac34azl3VrM

A must see !

Les pêcheurs – Chigozie Obioma

fishermenCe livre est une tragédie, le genre d’histoire qui arrache des larmes à la lecture, en occultant que c’est de la fiction. Mais la fiction est quelque part nourrie de nos réalités, non? Toujours est – il que la lecture de Les pêcheurs m’a tellement émue que j’ai mis deux fois plus de temps à le terminer, car je redoutais le lot de tristesse qui émanait de chaque page tournée. Quinze jours pour un livre, vous vous rendez compte? Un record !

Ikenna, Boja, Obembe et Benjamin sont quatre garçons issus d’une famille vivant à Akure, une ville rurale du Nigeria. En sus d’eux quatre, leurs parents ont deux autres enfants, bien plus jeunes qu’eux, David et Nkem.

Leur père est un cadre de la Banque Centrale du Nigéria, qui est souvent affecté à l’extérieur d’Akure. Il vient de nouveau d’être affecté et rentre à la maison tous les week -ends. Les enfants sont sous l’autorité de leur mère, qui n’est pas très regardante sur leurs activités, occupée qu’elle est entre ses activités au marché et la gestion de la maison.

Laissés à eux – mêmes, les garçons se trouvent des occupations après l’école. Celles – ci les mènent à l’Omi – Ola, le fleuve pas très loin de chez eux, où ils apprennent à pêcher. Le fleuve est pourtant réputé maudit, car ayant englouti des centaines d’hommes, mais ça ne les arrête pas. La correction que leur père les administre après que la voisine les ait dénoncés ne les arrêtera pas non plus, de même que leurs prises insignifiantes. Il suffira qu’Abulu, le fou que tout le monde fuit, celui qui a violé sa mère et passe son temps à se triturer le sexe dans les rues d’Akure, prédise qu’Ikenna serait tué par son frère Boja.

Cette terrible prédiction change le cours de l’existence des garçons. Ikenna devient taciturne, violent, et attend son heure. Leur mère aura beau prier, exorciser, l’irréparable se produira : Ikenna meurt d’un couteau enfoncé en plein thorax par Boja, qui de terreur, s’est jeté dans le puits de la cour familiale.

Deux enfants perdus en une fois, c’en est trop. La mère sombre et est internée en cellule psychiatrique, et le père rentre s’occuper des quatre enfants qui lui restent. Le deuil n’aide pas à effacer la douleur, et Obembe arrive à convaincre Ben que leurs frères doivent être vengés et que Abulu doit mourir. Leur plan arrivé à exécution, une autre tragédie survient. Obembe, pris de panique, s’enfuit et Ben purge une peine de huit ans de prison. Les lettres que lui envoie son frère en prison, via Igbafe, le jeune voisin témoin de tout, l’aident à tenir …

Chigozie Obioma nous livre dans Les pêcheurs une fresque socio – culturelle poignante. La famille de Ikenna, Boja, Obembe et Benjamin est une famille comme on n’en voit partout, ne roulant pas sur l’or, mais les parents tenant à inculquer à leur progéniture une bonne éducation, faite de valeurs et de respect. Avec des mots simples, Chigozie Obioma nous entraîne dans le quotidien de cette famille déchirée par le deuil, les disparitions à répétition et c’est en cela que Les pêcheurs. Vous ne manquerez pas de verser une petite larme à la lecture de certaines scènes, comme celle où Ikenna trouve la mort et où les deux frères fomentent leur plan de vengeance.

chigozieC’est en cela que réside tout le talent de l’auteur. Par petites touches, sans trop en faire, il nous prend la main et nous entraîne dans un Nigeria miné par la corruption, où les oga font la pluie et le beau temps. Le Nigeria est un vivier fécond où émergent chaque année des romanciers de talent. Après Leye Adenle, mon autre découverte littéraire nigeriane (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/05/03/lecture-coup-de-coeur-lagos-lady-leye-adenle/ ), Chigozie Obioma vient figurer dans ma liste d’auteurs nigérians à suivre.

Lisez Les pêcheurs, vous serez d’accord avec moi !

Bonne lecture,

NFK

 

 

Mon album du moment : 4:44 de Jay-Z

Jay-ZDepuis la sortie de Magna Carta Holy Grail en 2013, Jay – Z n’avait pas sorti d’album studio. Avant MCHG, il y a eu les excellents Watch the Throne, son album commun avec Kanye West, the Blueprint III, American Gangster, Kingdom Come, pour ne citer que quelques – uns des albums de la si riche discographie de Shawn Corey Carter aka Jay – Z. Quatre ans donc, que nous patientions pour que Mr Carter daigne (nous) offrir un nouvel opus.

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous saurez que ma relation avec Jay – Z date d’il y a longtemps. Pas relation amoureuse, entendons – nous bien; car je n’ai pas les atouts pour concurrencer Beyoncé. Mais une relation de fan à vedette. J’ai commencé à écouter les sons de Jay – Z adolescente déjà, et en grandissant, mes goûts se sont encore plus affutés en sa faveur. Jay – Z, c’est celui qui m’a fait faire des kilomètres en TGV à la sortie des cours pour pouvoir assister à ses concerts à Bercy; respectivement pour the Blueprint III Tour et Watch the Throne en 2011 et 2014. Je me suis procuré les billets au « marché noir » à des montants que je n’ose pas révéler ici, mais quand on est fan, on est FAN !

Depuis la sortie de MCHG et passée sa période promotionnelle, Jay – Z avait sorti très peu de sons, était apparu dans très peu de shows aussi, mis à part l’arrière d’un yacht amarré dans une quelconque eau turquoise, à se dorer la pilule avec Beyoncé, ou les front rows des cérémonies d’awards musicaux, il se faisait discret, mènant sa vie de mari et de papa.

Néanmoins, en bonne star des US, sa vie continuait de nous passionner, surtout sa vie privée. A côté de ma playlist quotidienne composée de la plupart de ses hits, je suivais son actu, le plus souvent via Beyoncé. A moins que vous ayez vécu dans une grotte ces derniers temps, vous avez dû être au courant du scandale de Betty with the good hair aka la pseudo – maîtresse de MyHova et la confrontation de Solange Knowles et de Jay – Z dans un ascenseur qui en a suivi. Les supputations allaient bon train, entre un hypothétique divorce des Carter, leur séparation de corps, ou encore le fait que cette supposée maîtresse ait plusieurs autres semblables.

JAYZJusqu’à ce que Beyoncé accouche de ses jumeaux Sir et Rumi Carter il y a quelques jours – après l’annonce de sa grossesse via un photoshoot très réussi (d’après ses fans tout au moins). Comme Mr Carter ne fait jamais les choses à moitié, quelques temps après, un film en noir et blanc a commencé à circuler sur la toile, film mettant en scène Lupita Nyong’o et Maharshala Ali. Film publicitaire? Teasing d’un album? 4:44 sera finalement le 13e album studio de Jay – Z. La symbolique autour du chiffre 4 s’explique par le fait que Jay – Z a composé le morceau 4:44 à 4h44mn du matin et le morceau est au coeur du projet.

Décortiquage de la playlist de cet opus que je considère déjà comme étant l’un des plus aboutis de Jay – Z. A 47 ans, il en a vu, vécu et entendu tellement de choses qu’il se met à nu dans ce 13e album. Après quinze jours d’écoute non – stop, je trouve enfin les mots pour parler de 4:44.

* Kill Jay – Z : ce titre a créé le buzz autour de la sortie de 4:44 et a été le prétexte du film dont j’ai parlé plus haut. Dans ce titre, à la manière d’un Stan écrivant une missive à Slim Shady, Kill Jay – Z permet à son auteur d’écrire à son alter ego Shawn Carter qu’il semble vouloir assassiner. Il s’en prend à Shawn Carter qui, de par ses infidélités, a failli perdre la plus belle fille du monde – Beyoncé. Il se permet même une allégorie, en donnant l’exemple d’un couple fort médiatisé dans les années 1980, Halle Berry et Eric Benet.

* The Story of OJ : l’histoire de OJ Simpson, sa fuite devant les caméras et son procès surmédiatisé suite au meurtre de sa femme Nicole Brown est l’une des histoires qui ont passionné les Usa et continue de faire parler de lui. « I am not black, I am OJ », clamait cet athlète adulé de toute l’Amérique, blanche comme noire. OJ Simpson croyait que le fait qu’il soit un athlète adulé de toute l’Amérique ferait oublier sa couleur de peau. Des accusations de meurtre, son procès et le verdict controversé – acquittement du jury – lui permettront de se rendre compte qu’il n’est qu’un black parmi tant d’autres.

Jay – Z, à travers l’affaire OJ Simpson, se pose en professeur donnant un cours aux jeunes générations, de rappeurs ou de noirs tout simplement. L’expérience acquise, les coups reçus en cours de route, le background d’ancien dealer repenti, toutes ces caractéristiques donnent à Jay – Z la légitimité de s’adresser à qui de droit. De plus, il leur montre que quoi qu’ils puissent faire, ils seront toujours considérés comme des noirs : « Light nigga, dark nigga, faux nigga, real nigga 
Rich nigga, poor nigga, house nigga, field nigga 
Still nigga, still nigga ».

Les rappeurs sont catalogués comme des brutes épaisses, couvertes de bijoux clinquants et rien dans le ciboulot, mais cette chanson permet de dépasser ces clivages et vient confirmer cette célèbre phrase de Jay – Z : « I am not a businessman, I am a business, man ! »

* Smile : j’étais déjà tombée en admiration de la belle voix d’actrice de cinéma de Gloria Carter, la maman de Jay – Z dans le titre December 4th, tiré de the Black Album. Pour qui connaît la chanson, je crois que nous sommes tous tombés d’accord que les quelques mots prononcés par Madame Carter valent leur pesant d’or. De sa voix de baryton, elle disait en substance ceci dans l’intro du morceau :  » Shawn Carter was born December 4th
Weighing in at 10 pounds 8 ounces. He was the last of my 4 children. The only one who didn’t give me any pain when i gave birth to him. And that’s how i knew that he was a special child », et un peu plus tard, « Shawn was a very shy child growing up. He was into sports. And a funny story is. At 4 he taught hisself how to ride a bike. A two wheeler at that. Isn’t that special? But, i noticed a change in him when me and my husband broke up ».

Superbe, n’est – ce pas?

Dans Smile, Jay – Z permet à sa mère de faire son coming – out. Eh oui, vous avez bien lu, coming – out ! Une maman de 4 enfants qui découvre et fait découvrir au monde entier qu’elle a vécu dans le « mauvais » corps toute sa vie et vit enfin à la face du monde sa … différence ! Je trouve le procédé courageux, car dans une époque où affirmer son droit à la différence est une hérésie, il faut vraiment le faire ! Gloria Carter a longtemps dissimulé son homosexualité par peur du regard d’autrui, et aussi le fait que son fils soit une figure publique l’a toujours freinée.

En samplant la chanson épique de Stevie Wonder, Love’s in need of love today, Jay – Z réussit un coup de maître !! J’imagine son émotion en lâchant ce couplet : « Mama had four kids, but she’s a lesbian/Had to pretend so long that she’s a thespian,” rapped Jay-Z, whose real name is Shawn Carter. “Had to hide in the closet, so she medicate/Society shame and the pain was too much to take.”

Elle termine le morceau par ce superbe poème : « Living in the shadows. Can you imagine what kind of life it is to live? In the shadows people see you as happy and free. Because that’s what you want them to see. Living two lives, happy but not free. 

You live in the shadows for fear of someone hurting your family or the person you love. The world is changing and they say it’s time to be free.

But you live with the fear of just being me. Living in the shadows feels like the safe place to be. No harm for them. No harm for me.

But life is short, and it’s time to be free. Love who you love, because life isn’t guaranteed.

Smile.« 

Tout est dit !

* Caught their eyes est mon autre chanson préférée de 4:44. Non seulement parce que Jay – Z a samplé l’icônique Baltimore de Nina Simone, mais aussi parce qu’il est accompagné du talentueux Franck Ocean en feat. Jay – Z va beaucoup plus loin dans cette mise à nu, qui est décidément la marque de fabrique de 4:44, en évoquant la triste réalité qui l’a opposé au chanteur Prince, du vivant de celui – ci et tous les regrets qu’il est amené à avoir face à ce fâcheux épisode, n’hésitant pas à nommer des personnes qui ont encensé ce beef.

444Extrait : « I sat down with Prince, eye to eye 
He told me his wishes before he died 
Now, Londell McMillan, he must be color blind 
They only see green from them purple eyes 
They eyes hide, they eyes high 
My eyes wide shut to all the lies 
These industry niggas, they always been fishy 
But ain’t no Biggie, no lazy eye, huh 
This guy had ‘Slave’ on his face 
You think he wanted the masters with his masters? »

Wooooow !

* 4:44 : parlons maintenant de la chanson qui a donné son nom au projet. 4:44 est une sorte de lettre adressée à la bien – aimée de Jay – Z et mère de ses enfants, Beyoncé Knowles. Il s’adresse à elle avec une honnêteté à nulle autre pareille, en lui confiant son immaturité en amour, son désir de se faire pardonner de ses incartades antérieures, et l’image de l’homme impitoyable en affaires et grand fêtard devant l’Éternel en prend un sacré coup. Ce mea culpa musical, quoi qu’on puisse en dire, mise en scène,  fausses excuses, aura réussi l’exploit de transformer un homme de 47 ans en adolescent qui a tout à découvrir à l’amour.

Cette phrase en résume son esprit : « I suck at love, I think I need a do – over ».

Suivent Family Feud, qui parle bien sûr de la famille, des enfants Blue et les jumeaux qui ont changé sa façon de voir la vie, Legacy, dans la suite de The story of OJ, toujours dans cette projection vers la postérité, BAM, un son riddim en feat. avec Damian Marley, Marcy Me, Moonlight …

Si je devais donner une note à 4:44, ce serait 9/10, et si je devais le qualifier, je dirais que c’est l’album de la maturité. A 47 ans, je crois que Shawn Carter a fait le tour de sa vie, fait le point sur beaucoup de choses et c’est en homme conscient de ses faiblesses et manquements qu’il vient poser son flow légendaire dans cet album. Je ne serais pas étonnée si j’entendais que Jay – Z arrêtait sa carrière après ce 13e album, car en faisant la revue des 10 titres qui le composent, il nous livre sa part de vérités certes, mais aussi d’héritage. En abordant des sujets personnels comme son amitié avec Kanye West désormais appartenant au passé, malgré le long campagnonnage, son infidélité, ses enfants, son importance de MC dans la culture afro – américaine, il nous montre ainsi n’avoir plus rien à prouver.

D’aucuns disent que cette confession sous fond musicale sent le déballage et le marketing à plein nez, comme les Carter sont souvent accusés (à tort?) de le faire, je pense qu’il faut écouter l’album dans son entièreté pour oser émettre une critique, quelle qu’elle soit, et je vous le dis, avec toute mon objectivité, le statut de fan inconditionnelle mise à part …

Lu et adoré : La face cachée de Ndongo Lô

Il était une fois l’histoire d’un petit garçon de la banlieue qui avait une passion : la chanson. Mais son père ne l’entendait pas de cette oreille. Car dans cette jungle qu’était Pikine, il fallait coûte que coûte que sa progéniture se tienne loin des mauvaises fréquentations. Et une carrière de chanteur était la plus sûre voie pour en avoir. Le clash entre le père et le fils s’opère. Ce dernier est mis à la porte de la demeure familiale, sous les yeux impuissants de sa mère et de ses frères et soeurs.

Ce petit garçon, c’est Ndongo Lô, Ndongo Niang à l’état – civil.

ndongo1Avant de vous parler plus longuement de la vie et l’oeuvre de ce génie de la musique trop tôt arraché à notre affection de mélomanes, laissez – moi d’abord féliciter celui qui a eu l’excellente idée d’écrire un livre sur Ndongo Lô, en l’occurrence Déthié Ndiaye. Ndongo Lô est décédé en 2005, et douze ans après, l’amour que lui portent ses fans demeure intact. Il s’est même intensifié les années défilant. A part quelques émissions télé, des interviews de ses proches, aucun hommage véritable n’a été rendu à cet artiste de talent. Pis même, la ville de Pikine qui l’a vu grandir et qu’il a tant chantée, n’a pas la plus petite ruelle portant son nom.

Déthié Ndiaye est donc venu réparer cette injustice en écrivant La face cachée de Ndongo Lô. Il occupe toujours une large place dans ma playlist quotidienne, car douze ans après sa mort, ses chansons restent plus que jamais d’actualité. J’encourage vivement les critiques et les histoires à se pencher sur les parcours des musiciens, hommes politiques, notables, sportifs, en gros ceux qui ont marqué par leur parcours l’histoire de notre pays. Les ouvrages qui seront tirés de leurs vécus seront grandement utiles à la postérité et feront à coup sûr des émules.

Pour en revenir à la musique, après avoir lu les ouvrages autour de Baaba Maal (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/06/22/lu-et-approuve-baaba-maal-le-message-en-chantant-oumar-demba-ba/et Omar Pène (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/04/27/lu-omar-pene-un-destin-en-musique-de-babacar-mbaye-diop/), c’est avec un grand plaisir que j’ai lu La face cachée de Ndongo Lô.

Comme je l’ai écrit plus haut, Ndongo Lô sera mis à la porte de chez lui par un père intransigeant qui ne voulait pas entendre parler de musique sous son toit. Le jeune homme sera hébergé par diverses personnes, qu’il a avec gratitude remerciées dans chacun des trois qu’il nous a laissés, à savoir Ndoortel, Tarkhiss et Aduna.

Chants religieux, mariages, baptêmes, simb, kassak, Ndongo Lô ne négligera aucun moyen d’affûter sa jeune voix – déjà belle – se faire un peu d’argent pour aider sa mère – la brave Mariétou Fall – et avoir un public. L’attachement de Ndongo Lô à sa mère est sans commune mesure. Elle qui l’a aidé à parfaire ses textes, à croire en son étoile malgré le refus paternel, qui lui apportait des vêtements de rechange quand il logeait chez ses amis, mérite tous les honneurs.

La carrière de Ndongo Lô a été si courte qu’il n’a eu le temps de sortir que trois albums studio. Mais paradoxalement, elle m’a semblé être plus longue, du fait de sa fulgurance. Les années de galère cèdent vite le pas à des succès retentissants et le jeune homme frêle à la voix de velours commence à se faire une renommée dans le landerneau musical sénégalais.

ndongo2Ses amis et souteneurs font bloc autour de lui et le soutiennent. Ils ont pour nom Petit Mbaye, promoteur, Pape Diop, ancien Maire de Dakar, Alla Diop, le maître, Malick Diouf, DJily Niang, le manager, Habib Faye et Papis Konaté les musiciens, le groupe Jaam, Mayacine Diop, Djily Niang, Adji Goumbé, la bien – aimée, de même que ses frères. Ndongo gravit les échelons à toute vitesse et brille. Au – delà de l’aspect musical, il permet de dépoussiérer l’image chargée de préjugés (pas toujours favorables) accolée à l’évocation de la banlieue. Une nouvelle génération émerge et se décomplexe. A l’image de Mohamed Ndao Tyson, lutteur et précurseur du mouvement Bul Faalé, Pikine renaît.

Mais tout cela commence à ressembler à un conte de fées, alors que c’est loin d’être le cas. Son encadrement est informel, sa carrière mal gérée et il est au bord de l’épuisement. Sa générosité le pousse à prendre des décisions inconsidérées, qui le poussent dans des situations extrêmes, pouvant l’amener à n’avoir aucun revenu; après avoir gagné des milliers de francs lors d’une soirée. Mais il redistribue tout et reste sans le sou.

Et c’est là que la maladie interviendra. Il meurt brutalement en 2005, après avoir respecté l’engagement de trop. Mort sur scène, il laissera aux yeux de ses fans l’image d’un chanteur qui sera allé au – delà de ses capacités. A sa mort, les langues se délient, chacun y va de son commentaire, et difficile est de démêler le vrai du faux. En donnant la parole à ceux qui l’ont accompagné du début à la fin de sa carrière, Déthié Ndiaye nous permet d’avoir un autre aperçu de l’homme que fut Ndongo Lô. Les témoignages s’enchaînent, tous plus émouvants les uns que les autres. L’auteur parvient tour à tour à s’effacer pour laisser parler ses interlocuteurs, et ensuite reprendre le dessus pour commenter ces témoignages. On peut facilement avoir la larme à l’oeil, je vous préviens ! Et j’ai trouvé cela admirable, pour avoir lu l’ouvrage en 48h !

Bonne lecture et repose en paix l’artiste !

Je vous suggère ce superbe documentaire sur la vie de Ndongo Lô : https://www.youtube.com/watch?v=Z9p0O36xEmE&t=1052s

NFK

 

 

Lu et approuvé : L’empire du mensonge – Aminata Sow Fall

l empire 1Lire un (nouvel) ouvrage de Aminata Sow Fall est toujours un événement. Celle qui, avec Mariama Bâ, est l’une des précurseures des lettres sénégalaises, que dis – je africaines, a une plume extraordinaire et nous entraîne à chaque publication dans son univers.

Sa bibliographie est riche : L’appel des arènes, Le revenant, La grève des bàttu,Un grain de vie et d’espérance, L’ex – père de la nation, en passant par Douceurs du bercail et Les festins de la détresse, pour ne citer que ceux – là, nous avons grandi avec ses livres, car certains d’entre eux étaient au programme dans les collèges et lycées francophones, et d’autres adaptés au cinéma.

Donc, l’on voit que la renommée de Aminata Sow Fall n’est point usurpée. Son œuvre défie le temps et l’espace et conquiert les cœurs. Raison pour laquelle l’Académie Française lui a décerné, entre autres distinctions, le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en 2015. Partie du Sénégal (son premier roman, Le revenant, paraît aux Nouvelles Editions du Sénégal – NEAS – en 1976), elle est traduite dans près de dix – neuf langues et est étudiée dans quantité d’universités de par le monde.

Quand j’ai vu l’annonce de la parution de son nouveau roman, j’étais toute excitée. Et pour cause … Son dernier livre, Les festins de la détresse (Editions Caec Khoudia, Alliance des éditeurs indépendants, 2005), est paru il y a douze ans déjà. Depuis lors, elle a certes écrit des nouvelles, et a été invitée à des conférences un peu partout, mais aucun livre n’est paru. Douze ans que nous patientions …

Présenté à Keur Birago, le siège de l’Association des écrivains du Sénégal, la cérémonie de dédicace de L’empire du mensonge refusa du monde. Admirateurs, consoeurs et confrères, journalistes, amis, famille, ils étaient tous là pour communier avec la grande dame de lettres (https://africulturelle.com/2017/05/25/hommage-a-aminata-sow-fall-par-ndeye-fatou-kane/).

L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes … authentiques. Comme si celles – ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs autributs authentiques.

lempire 2Piquée au vif, jusque dans sa chair de femme par les propos de l’ex ambassadeur, Borso mettra sur pied une pièce de théâtre intitulée « L’empire du mensonge ». Parce qu’elle est comme ça, Borso. Entière, vraie, dénuée de faux – semblants, croyant fermement en ces valeurs que lui ont inculqué Yaay Diodio et Mame Fara Diaw, ses nobles parents. Tout comme sa jumelle Yacine et leur amie d’enfance Coumba, elle avance dans ce grand tourbillon qu’est l’existence la tête haute et le regard braqué droit devant elle.

Avec Sada, le mari de Yacine et ses amis Boly et Mignane, sans oublier Diéry, la mascotte du groupe, ils forment une bande de jeunes gens qui se disent la vérité en toute occasion, croyant fermement que l’honnêteté est une valeur indémodable. Raison pour laquelle lorsque Sada s’écarte un tant soit peu de ce chemin, sa bande d’amis n’hésite pas à le lui faire comprendre. Car son honorable aïeul, Serigne Modou Waar, est connu et reconnu pour son érudition, mais aussi pour sa droiture.

Sada grandira dans une petite bicoque à l’ombre des filaos près de la décharge publique, et épaulé par Taaw et leur père Mapaté Waar, se battra pour s’en sortir, malgré les vicissitudes de l’existence et un mépris dû à ses origines modestes.

Aminata Sow Fall écrit encore une fois un roman magistral, dans son style bien à elle, fait de fluidité (j’ai lu livre en 24h!), d’un brin de philosophie à travers les expressions wolof qui parsèment l’ouvrage, mais aussi de leçons de vie. En nous dépeignant la trajectoire de Sada, obligé de revendre de la ferraille pour subsister, elle met en lumière les laissés pour compte, les « petites » gens, qui font tellement partie de notre quotidien qu’on finit par ne plus les voir.

De plus, la soif de richesses, le désir des hommes de s’élever socialement en bradant au plus offrant honneur et dignité, sont autant de facteurs qui font que le mensonge s’est solidement ancré dans nos mœurs et l’auteure, avec L’empire du mensonge, le (dé) montre avec brio.

L’empire du mensonge, à lire et à faire lire !

Bonne lecture,

NFK

Mon album du moment : Abdou Guitté Seck – Ndioukeul

ags1J’ai découvert Abdou Guitté Seck dans les années 2000, alors qu’il officiait au groupe Wock, formation franco – sénégalaise créée en 1996 dont il était l’un des lead – vocaux avec Dimitri Reverchon. Le groupe fait de la musique folk, alors qu’elle n’était pas aussi à la mode qu’aujourd’hui. La voix mélodieuse de Abdou Guitté Seck se marie harmonieusement avec les arrangements pop, funk et soul qui constituent l’identité musicale du groupe. Leur premier album, Kemaan – merveille, miracle – arrive sur la scène musicale tel un ovni. Je me souviens particulièrement du titre éponyme – Kemaan – que les radios passaient  et tout le monde s’extasiait sur le talent de ce jeune prodige – 21 ans à l’époque – qui enchantait nos oreilles. Un autre titre marchait bien aussi – Sama amie – et aussi jeune que je pouvais l’être, j’étais éblouie par les envolées lyriques de Abdou Guitté.

En cinq ans d’existence, le groupe Wock s’impose sur la scène musicale. Il fait le tour de l’Afrique et du monde, en assurant la première partie de grands artistes tels que Youssou Ndour, Ray Lema, Manu Dibango, pour ne citer que ceux – là, gagne coup sur coup le Prix Découvertes RFI en 2000 et une nomination aux Victoires de la Musique en 2001. 

Mais toute chose a une fin …

Le groupe se sépare malgré des débuts prometteurs, et Abdou Guitté Seck se lance l’aventure en 2002. Sa formation, appelée Evolution, marque son envie d’évoluer et d’aller à la conquête du marché musical tout en capitalisant l’expérience acquise durant son compagnonnage avec les autres membres du groupe Wock. Son premier album, aussi appelé Evolution comme son groupe, marque nettement le nouvel échelon gravi. Ma chanson préférée de l’album est et demeure Sama doom bu jigueen. Si vous voulez savoir le pourquoi, Youtube est votre ami.

Le public conquis, les albums s’enchaînent. En 2002, sort Evolution, Coono aduna, en 2004, Dëkaale en 2005, l’album live Eté Show – Coono Évolution en 2006, suivis de Dou leebi neen en 2008, Mbarane en 2011, et Jëlel, un EP, en 2013. Après sept projets tous plus aboutis les uns que les autres, Abdou Guitté Seck s’impose comme l’une des valeurs sûres de la musique sénégalaise. Les récompenses, à l’image de la fructueuse carrière solo, s’enchaînent : Prix 《Djembé》d’or en Guinée  et Finaliste du Prix Musiques du Monde au Mali en 2004, Prix Citoyen Modèle du Sénégal en 2013. De plus, il fait le tour du monde et participe à des événements artistiques réputés : le Fespam à Brazzaville, les Nuits Métisses à Marseille, le North Sea Jazz Festival de Rotterdam …

Et last but not least, pour prendre en main avec efficience sa carrière solo, Abdou Guitté fonde son label – AGS Music – avec en toile de fond le concept Guit’Art, et s’illustre à travers des initiatives humanitaires ponctuelles dont il est l’ambassadeur, à l’image de l’ASHIR (Association Sénégalaise des Hemodialysés et Insuffisants Rénaux) …  

Avant de disséquer la tracklist de son huitième projet solo – Ndioukeul – j’aimerai marquer un temps d’arrêt et m’intéresser à l’artiste complet qu’est Abdou Guitté Seck. Un chanteur ne sert pas uniquement à tenir le micro, chanter et s’en aller. Un chanteur, c’est avant tout un artiste. Pour l’avoir entendu maintes fois expliquer et expliciter le sens des paroles de ses chansons, l’on sent l’auteur compositeur qui passe des nuits blanches à potasser sur ses textes. Et force est de dire que ceux – ci suintent de sens !

Avec Omar Pène, Abdou Guitté est l’un des artistes sénégalais dont les textes me touchent et m’émeuvent le plus. Depuis son premier album, Evolution, Abdou Guitté n’a cessé de monter en qualité et ses textes avec. Du premier au dernier couplet, en passant par le refrain, en prêtant l’oreille, on est tout de suite ravi par l’enchaînement logique des paroles de ses chansons.

ags2Mises à part celles – ci, sa présence scénique est toute aussi remarquable. Pour l’avoir vu interpréter un titre – Africa – de son nouvel album Ndioukeul lors de la première de Félicité, le film de Alain Gomis au Théâtre National Daniel Sorano de Dakar, accompagné de danseurs parés de peaux de léopard à l’image des grands guerriers des royaumes zulu, j’ai encore une fois pu mesurer la haute dimension artistique de Abdou Guitté. Devant un public conquis, il a animé la scène une bonne partie de la soirée, avant le début du film.

Cet interlude m’a donné envie d’écouter son nouvel album, Ndioukeul, dont je vais faire la tracklist ci – dessous. Je ne cesse de l’écouter ces dernières semaines, et je vous assure que c’est un vrai bijou.

Thioukelel : signifiant l’enfant en pulaar, ce titre est un plaidoyer pour le retrait des enfants talibés des rues. Errant par monts et par vaux, sébile à la main, ils sont obligés de mendier leur pitance, sous peine de se faire battre par leur maître coranique. Celui – ci, au lieu de leur inculquer une instruction, ne pense qu’à faire du « commerce » avec les enfants qui sont à sa charge. Mais heureusement qu’il existe des structures telles que l’Unicef qui abat un travail remarquable pour venir en aide aux enfants laissés pour compte. Abdou Guitté aborde encore une fois ici l’un des thèmes qui lui sont chers, celui des enfants.

Ya woni : hymne à l’amour, l’artiste chante pour sa belle, en magnifiant sa beauté, ses atouts qui l’ont fait fondre. Ya woni signifiant la beauté en langue maure, l’artiste confirme encore plus son africanité en s’ouvrant aux autres dialectes des pays voisins du Sénégal.

La vidéo via Youtube par ici : https://www.youtube.com/watch?v=u8MegFOQkeA&spfreload=10

Ndioukeul : ce titre éponyme de l’album donne l’occasion à l’artiste de rendre un hommage à tous ceux qui l’accompagnent au quotidien dans ce chemin semé d’embûches qu’est une carrière musicale. On peut de prime abord être dérouté par les noms qu’il égrène tout le long de la chanson, mais c’est fait de façon si mélodieuse que notre oreille s’y accommode.

J’ai reconnu quelques hommes publics parmi ses amis à qui il adresse ce « ndioukeul » : le Colonel Moumar Guèye, Cheikh Bamba Dièye, Malick Gakou, Lamane Massamba Guèye, le Guitté Club de Daara Jolof, DJ Mac … En écoutant cette chanson, le titre de l’album revêt tout son sens, car Abdou Guitté place sous le sceau de la reconnaissance et de l’amitié ce sixième album solo.

ags3Africa : sans conteste ma chanson préférée de l’album. Africa est un vibrant hommage à la terre – mère, cette terre qui a vu naître quantité de héros, valeureux hommes qui ont versé leur sang pour que les générations futures puissent vivre en paix. Cette terre, que beaucoup nous envient, réclamant à cor et à cris un bout de cette Afrique violée et spoliée. La Zambie, le Botswana, Madagascar, la Guinée, la Mauritanie, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Ouganda, l’Erythrée, la Gambie, le Bénin, la Côte – d’Ivoire, autant de territoires qui ne font qu’un, au nom de cette cause qui est à nous tous Africains, la nôtre.

J’espère que cette chanson sera la prochaine à faire l’objet d’un clip. Abdou Guitté si tu me lis …

Seen Doom : Abdou Guitté Seck n’a pas usurpé son surnom d’enfant chéri de Saint – Louis. Car depuis qu’il a entamé sa carrière, il ne cesse de clamer haut et fort son appartenance à la ville qui l’a vu naître et grandir, à savoir Saint – Louis du Sénégal, ville séculaire, connue et reconnue pour avoir enfanté des hommes et femmes de culture. A l’image du titre Ndioukeul, Seen Doom est une chanson de remerciements et d’hommage aux amis, parents et souteneurs de la première heure, qui ont accompagné les premiers pas de l’enfant de Saint – Louis, qui sollicite leurs prières, non seulement pour lui, mais aussi pour ceux qui font partie des dignes fils de cette ville centenaire … 

Coono aduna : toujours dans l’optique du « ndioukeul », l’artiste reprend ici une chanson qui l’a propulsé au – devant de la scène, en l’occurence Coono aduna. Dieu que j’aimais cette chanson ! Je me rappelle que je passais tout mon temps à la chanter à tue – tête, indisposant tout le monde autour de moi.

La vie ne nous fait aucun cadeau. Pour peu que l’on s’accommode des cadeaux qu’elle nous a faits et qu’on dorme sur nos lauriers, a la faculté de tout nous retirer en un claquement de doigts. Une superbe leçon de vie !

Cette version de Coono aduna, un peu plus rythmée que la première, n’est pas pour me déplaire.

ags4Hypocrisie : en éveilleur des consciences, l’artiste pointe du doigt dans ce morceau l’un des maux qui gangrènent la société : l’hypocrisie. Tant de relations, aussi bien amicales qu’amoureuses, volent en éclats à cause de l’hypocrisie qui les sous – tendent. Chaque être devrait revoir son comportement et faire preuve de sincérité en toute occasion.

Lo geumoul boulko digglé

Lo amoul boulko saalé

Lo xamoul boulko wakh

Nitt dafay mandou

Tout est dit …

Mbalit mi : que l’on soit d’accord ou pas, certaines de nos villes, et en particulier Dakar, croulent sous les ordures. Il n’est pas rare de voir un passant jeter nonchalamment épluchure de banane, emballage ou cracher dans la rue, au vu et au su de tous. Ce comportement est devenu si banal que pour peu que l’on s’en offusque, on passe pour fou ; alors que la salubrité devrait être l’affaire de tous.

J’espère que la présentation de l’album titre par titre vous donnera envie de vous le procurer. L’on sent le travail accompli par l’artiste pour nous concocter un album de qualité. Sans jeter de pierre à quiconque, mais le mbalax assourdissant a fini par coloniser nos oreilles et nous ne prêtons plus attention aux projets bien ficelés.

De plus, au moment du lancement de l’album, Abdou Guitté et son staff ont innové en commercialisant l’opus sous forme de clé USB. Dans une époque où les CD se vendent de moins en moins, car le digital a pris la place, cette volonté de se moderniser n’est pas pour déplaire. Reste plus qu’à lui souhaiter de faire une campagne promotionnelle à la hauteur de l’excellence de son nouvel album !

Bon vent l’artiste !

Bonne lecture,

NFK

Maybe – Ñaari DRM

maybe3Maybe Mbodj fait partie de cette nouvelle génération d’acteurs de la vie culturelle urbaine sénégalaise qui s’activent pour « percer ». A l’image de Sidy Talla – Disscrimination, beatmaker, producteur et propriétaire d’un label 2Bëdaxé Music, dont j’avais déjà parlé du travail ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2015/02/11/sidy-talla-par-amour-du-son/, Maybe est un artiste qui tente de s’imposer sur la scène du hip – hop sénégalais. Diss a produit et réalisé les beats de ce premier opus. C’est avec un grand plaisir que je l’ai écouté et décidé de l’accueillir, le temps d’un article, dans Ma petite bulle.

Je trouve un peu dommage dans un pays comme le Sénégal, avec la foultitude de groupes de rap que je vois émerger chaque année, on en soit encore réduits à ne parler que de quelques rappeurs, en occultant l’énorme travail accompli.

Raison pour laquelle des jeunes comme Maybe sont à encourager, car ils se battent avec leurs propres moyens sur le chemin parsemé d’embûches qu’est la musique. Collant parfaitement à la philosophie du label de Diss – Raam soga doxx (ramper avant de marcher) – je suis admirative de ceux qui croient en leur potentiel et font tout pour le faire éclore.

Bonjour Maybe, pourrais – tu te présenter aux lecteurs de Ma petite bulle ?

Salut c’est Maybe ou Kab pour les plus intimes. Je suis un artiste rappeur du label 2be Musik.

Pourquoi Maybe comme nom de scène ?

Maybe parce que c’est l’anagramme de mon nom. C’est aussi le juste milieu entre la dualité. Et c’est plus facile à prononcer pour ceux qui ne sont pas originaires du Sénégal.

maybe2Comment s’est faite la connexion avec Diss, jusqu’à ce qu’il soit le beatmaker et producteur, de même que Mystic Mélodies à la composition des sons de ton premier opus solo ? 

Diss, on s’est connus via le net. À l’époque, j’avais terminé ma mixtape Dof Yegul Yoon mais je voulais un mix et un mastering de qualité. Il m’a donné un rendez – vous à son studio pour que je lui présente le projet. C’est par la suite qu’il m’a proposé un contrat. C’est ainsi que j’ai adhéré au label.

Venons – en à ledit opus. Pourquoi Niari DRM comme titre ?

Parce c’est la suite logique de l’EP DRM. Le projet DRM comportait 5 titres dont un featuring posés sur 5 prods composés par 3 beatmakers. Alors que dans Ñaari DRM, on a doublé le nombre de titres (10 au lieu de 5), le nombre de featuring (2 au lieu de 1). Et j’ai collaboré avec 5 beatmakers (presque le double comparé au nombre de beatmakers avec qui j’ai collaboré dans DRM).

Dans le morceau No easy life, tu te poses en philosophe, en partant du postulat que rien ne s’acquiert facilement ici bas. Qu’est – ce qui t’a fait prendre conscience de cela ? Des expériences vécues ?

Oui, rien ne s’acquiert facilement dans ce bas monde. Déjà dans les religions révélées, on raconte qu’on nous a fait descendre ce bas monde pour nous punir. Donc c’est normal.

Dans le morceau Yërmande, une phrase a capté mon attention, Dama done rappeur par accident (je suis devenu rappeur par accident). Tu n’étais donc pas prédestiné à une carrière de rappeur ?

En fait, je dis cela parce que beaucoup ne croyaient pas que je serais rappeur. À l’époque, j’étais juste un jeune passionné de hip-hop mais il y avait aussi les études. Et comme j’assurais » à l’école, certains ne pensaient pas que je pouvais être un rappeur. C’est un peu surprenant. D’ailleurs, ce son je l’ai écrit pour ces personnes là qui ont du mal à faire la différence entre Maybe et Mbaye.

maybe4Comment se passe la promo de cet album ? En es – tu satisfait ?

Pour le moment tout va bien, le projet fait son bonhomme de chemin. J’ai eu la chance de faire pas mal d’émissions radio et TV. Le son Nganima est rentré dans la playlist « Afrique Urbaine » de RFI musique. Et je commence à être connu par le grand public. Donc Al Hamdoulilah ! On attend la fin du ramadan, pour les prestations scéniques, Insha’Allah.

Des contacts pour qui souhaiterait te joindre?

Les gens peuvent me contacter via ma page artiste facebook : Maybe : https://web.facebook.com/MaybeKabro/?fref=ts

Un dernier mot.

maybe1Je remercie tous les membres du label 2be Musik, Mad In Pixel, Karismatik Diksa, ainsi que tous mes frères qui m’ont aidé de près ou de loin pour la réussite de ce projet, les artistes du label, sans oublier beatmakers : Tox’chic, 1-da, OG beats, Hik Trace et Diss-crimination.

Merci !

Lu : Marianne porte plainte – Fatou Diome

FDIOME2Depuis que je l’ai terminé, il y a déjà plusieurs jours, je repousse l’écriture de ma review sur Marianne porte plainte.

Pourquoi? Pour deux raisons principalement. D’abord, parce que je n’avais pas les mots pour expliquer mon ressenti, ensuite parce que ce fut une lecture laborieuse, comme rarement cela m’est arrivé. A la manière d’un athlète qui court durant un marathon, et arrivé à la ligne finale, s’écroule et a de la peine à retrouver son souffle. Il m’a fallu donc reprendre mon souffle pour pouvoir écrire ce post.

Depuis la parution de son premier opus en 2003, Fatou Diome est devenue l’auteure ès (im) migration, car le Ventre de l’Atlantique est paru à un moment où l’immigration connaissait un grand boom. Les habitants des pays en développement affluaient en masse vers les pays d’Europe. Elle, jeune femme sénégalaise qui avait quitté son île de Niodior natale pour suivre son mari strasbourgeois, représentait alors une « bonne cliente ». Un divorce puis une thèse de lettres modernes plus tard, elle revient dans cet ouvrage mi – fiction, mi – réalité, avec un humour caustique, sur cette immersion en terre française.

Depuis, sa carrière n’a cessé de prendre de l’ampleur. Auteure de plusieurs ouvrages dont mes préférés sont Celles qui attendent, La préférence nationale et Impossible de grandir, Fatou Diome (nous) séduit à chaque nouvelle parution avec sa prose à nulle autre pareille et son sens de la formule si particulier.

Après l’avoir croisée à Livre Paris 2017 (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/04/09/pavillon-des-lettres-dafrique-livre-paris-2017/), et avoir assisté à une table ronde durant laquelle elle revenait sur le pourquoi du comment de l’écriture de cet ouvrage, je me le suis procuré. Je l’avoue, j’ai acheté le livre plus parce qu’il était écrit par elle que parce que je m’affilie à Marianne. Dans un monde de plus en plus cloisonné, où l’on nous étiquette en fonction de notre couleur/race/origine, les questions d’identité me rebutent un peu. Un séjour d’une décennie en France avec son lot de joies, de peines et de déconvenues a achevé de me faire prendre conscience de qui j’étais. Installée à Dakar maintenant avec de fréquents séjours en Hexagone, la question du racisme « anti – blanc » ne me parle guère … Je m’amusais à chaque fois des diatribes enflammées de mes congénères (que ce soit dans mon école post – prépa ou dans les différentes structures où j’ai exercé), qui pestaient contre ces toubabs qui leur en faisaient voir des vertes et des pas mûres, je leur répondais, stoïque : deukouleen fii …

Comprenons – nous bien : je respecte et comprends le choix de ceux qui choisissent de vivre et de faire carrière en France, mais à chacun (e) ses combats et l’étiquette de l’immigré (e) est si collante parfois que je comprends leur désarroi.

Marianne porte plainte ! Cette phrase revient à chaque fin de chapitre, brutale, sèche, telle un uppercut asséné en plein estomac au moment où l’on s’y attend le moins. Comme à chaque fois lorsque des élections présidentielles se profilent en France, les relents nationalistes (re) font surface et « casser » de l’immigré est la bonne vieille stratégie qui marche, surtout pour le (tristement) célèbre parti d’extrême droite, le Front National. Surnommée la Marine Marchande de Haine par Fatou Diome, Marine Le Pen en prend pour son grade tout le long des pages, de même que François Fillon, affublé du sobriquet de François Fions – Nous A Dieu. Marine Le Pen est la femme à abattre, car elle va à l’encontre des valeurs de tolérance et d’ouverture qui sont les sôcles de la nation française.

Fatou Diome, tout au long des 140 pages de Marianne porte plainte, solde des comptes : avec sa « sorcière » de belle – mère strasbourgeoise qui ne l’a jamais aimée, avec des membres de sa famille qui lui intimaient l’ordre de se taire, car en sa qualité d’enfant bâtarde, fruit illégitime des amours non officielles de ses parents, elle devait faire profil bas. Deux personnes cependant trouvent grâce à ses yeux, ses grands – parents qui lui ont tout appris.

Se définissant comme Niodioroise, Strasbourgeoise et Sénégalaise, Fatou Diome pense aussi à ceux qui sont en Afrique et dont le but ultime de l’existence est de venir en Europe, à la recherche d’une meilleure existence. Les gouvernements africains ont failli dans leurs politiques d’éducation, et cette bombe à retardement qu’est la jeunesse africaine se cherche …

FDIOME1« Or, le seul moyen de décourager l’immigration clandestine, c’est d’assainir les ressources locales, de consolider le système éducatif affaibli par le manque chronique de moyens. Quiconque prétend que l’Afrique n’a pas de retard de développement à rattraper n’exprime en fait que son propre complexe d’infériorité et, pire, se vautre dans le populisme (p.116 – 117). » Assurément, mon extrait préféré de Marianne porte plainte ! Tout est dit … Fatou Diome mise beaucoup sur l’éducation et n’hésite pas à marteler ses mots pour se faire entendre, en atteste cet autre passage : « Face à toute obscurité, je chercherai toujours l’issue de secours dans l’éducation, parce qu’elle seule libère l’individu de ses propres limites pour lui offrir le monde (p.123). »

Comme je l’ai dit à l’entame de l’article, la lecture de Marianne porte plainte a été une lecture laborieuse. Page après page, Fatou Diome, à la manière d’un rappeur délivrant des punchlines, assène des vérités et se dévoile (un peu trop?), revenant sur son parcours d’immigrée, qui faisait des ménages pour payer ses études après son divorce, faisant des allers – retours entre Niodior et Strasbourg en passant par Dakar, et c’est là où le bât blesse. Son talent d’écriture n’est plus à prouver, sa versatilité scripturale est remarquable, car sa plume s’adapte à tous les styles et nous surprend à chaque fois, mais j’ai eu comme l’impression que l’auteure cherche à tout prix à montrer qu’elle en a dans la tête, qu’elle est l’archétype de l’immigrée qui a réussi, qu’elle peut désormais se mesurer aux blancs, et cette érudition écrasante et parfois répétitive peut … ennuyer par moments. C’est le propre des essais, ils doivent fourmiller de références, mais si l’auteur (e) n’y prend garde, il peut fatiguer son lecteur.

Parlons – en de ces références ! Ériger le Général de Gaulle, Montesquieu, Léopold Sédar Senghor ou encore Voltaire en modèles de vertu et de tolérance, m’a fait tiquer. Tous ces quatre ont à un moment ou à un autre de leurs existences d’hommes politiques ou d’hommes de lettres eu à poser des actes exécrables et je pèse bien mes mots. Voltaire, éminent philosophe du Siècle des Lumières, ne disait – il pas dans Le traité de métaphysique (Kehl Editions, 1734) que « Les blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres ». Donc, vouloir faire table rase de tout ceci et les ériger en modèles, je suis désolée, mais c’est non !

Elle le redit ici : « Il est grand temps d’assumer, de pacifier le passé, tout notre passé, de s’accorder un respect mutuel, sans quoi point de fraternité (p.58) ». Elle avait tenu peu ou prou les mêmes propos lors d’une émission de France 2, et ça m’avait fait tiquer une fois de plus. Pacifier les mémoires, faible table rase du passé, dans un contexte où les anciens combattants et tirailleurs sénégalais exigent encore réparation? J’en doute fortement !

J’ai eu à l’évoquer dans les premiers paragraphes de cet article, en disant que Fatou Diome est devenue une « bonne cliente » des médias, ce qui en soi, est superbe, car rien de meilleur pour un écrivain que d’être médiatisé et de recevoir l’attention qui sied à son travail d’écriture, mais quand le discours évolue pour se fondre dans le ciel bleu azur de la bien-pensance, il y a problème ! Je ne sais pas si c’est fait à dessein ou non, mais Fatou Diome devrait y prendre garde !

Ce qui n’enlève en rien son grand talent et sa plume extraordinaire ! Pour apporter une note finale à cette review sur Marianne porte plainte, je dirais que ce fut une lecture nécessaire, mais qui au final, n’a pas révolutionné ma manière de voir le monde, malgré quelques piques et phrases choc !

Bonne lecture,

NFK