Lecture coup de cœur : Mama Black Widow – Iceberg Slim

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J’en ai lu des livres dans ma (jeune) vie, mais rares sont ceux qui m’ont remuée, émue, de la façon dont Mama Black Widow l’a fait.

J’avais entendu parler de Iceberg Slim et de ses excellents livres, mais je repoussais toujours le moment de lire Mama Black Widow, que j’avais pourtant depuis quelque temps. Quelle bêtise de ne pas avoir lu ce livre plus tôt !

Iceberg Slim, ancien mac des années 60-70, est une figure ultra connue aux Usa. En sus de sa prolifique carrière de maquereau, il a contribué à populariser la figure du pimp, toujours tiré à quatre épingles et entouré de jolies filles.

De nombreux rappeurs tels que Ice T, Nas, 50 Cent, Ice Cube (qui lui doit son pseudonyme), Snoop Dogg, pour ne citer que ceux-là, avouent volontiers avoir été influencés par lui. Il se sert de la riche expérience amassée en étant l’un des « rois » de la rue pour en faire des livres.

De mac célèbre à écrivain encensé par la critique, il fallait le faire !

Mama Black Widow est le premier de ses livres que je lis et certainement pas le dernier ! Vous comprendrez pourquoi avec les lignes qui suivent …

Mama Black Widow nous plonge dans l’histoire de la famille Tilson. À l’image d’une multitude de familles qui cueillent le coton dans ces innombrables et vastes propriétés dans le sud des USA, les Tilson triment sous le chaud soleil pour espérer gagner quelques dollars. Mais ils rêvent de lendemains meilleurs – surtout Mama Tilson.

Le papa, prédicateur acharné, place son destin entre les mains de Jésus et se satisfait de ce qu’il a. Les enfants, Franck Junior, les jumelles Carol et Bessie et Otis le petit dernier, ne savent trop quoi penser de ce tiraillement permanent et se placent entre la cupidité de leur mère et le fatalisme de leur père.

L’occasion d’aller à Chicaco se présente avec la maladie de la cousine Bunny, qui les prie de venir la rejoindre suite à la mort de son mari. Son cancer est en phase terminale et elle a besoin de compagnie.

La découverte de la ville de Chicago tant chantée dans les lettres de Bunny n’a rien d’enchanteur. La saleté, la promiscuité, la drogue, la violence, le mépris, le racisme des employeurs blancs et le sexe peuplent désormais le quotidien des Tilson.

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Cette transplantation à Chicago ne se fait pas sans heurts : papa Tilson essaie tant bien que mal de subvenir aux besoins de sa petite famille en enchaînant les boulots humiliants, aux côtés de son fidèle ami Soldier, Mama peste en allant chaque jour récurer les toilettes des riches Irlandais qui la traitent comme un animal, Carol travaille dans un café, tandis que Franck Junior et Bessie ont du mal à résister à l’appel de la ville grouillante.

Lentement mais sûrement, Chicago étend ses tentacules sur chacun d’eux : papa Tilson perd l’un des rares emplois qu’il arrivait encore à avoir, plonge dans la boisson, sa femme le méprise un peu plus chaque jour qui passe, Bessie se laisse entraîner par son amie Lucy Greene à faire la « pute », Carol essaie d’échapper aux nombreux macs qui lui tournent autour au grand désespoir de sa mère qui veut faire de sa fille sa source de revenus, le petit Otis se fait violer par leur voisin du dessus, le respecté et respectable révérend.

De tous les personnages, celui de Otis est le plus saisissant et émouvant. Lui qui voit avec ses yeux d’enfant tout ce qui passe dans leur sinistre maison : sa mère qui va  » à l’église » tous les dimanches pomponnée et s’énerve quand on lui demande d’où viennent ces billets craquants, leur père qui se noie dans l’alcool, puis finit par en mourir, Carol qui perd son bébé, tué par une mère enragée, Bessie qui finit par etre assassinée dans les rues de Chicago qu’elle aimait tant, Franck Junior qui essaie de venger ses soeurs …

Mama Black Widow, telle la veuve araignée qu’elle est, s’enfonce dans le déni, refusant de voir que c’est elle qui a conduit à leur perte tous ces jeunes enfants innocents qui dépendaient d’elle. À cause de sa cupidité, elle a précipité la fin de sa progéniture. De tous ses enfants, seul Otis « Pois de senteur » est celui qui lui reste. Mais Otis, traumatisé par des années de violences sexuelles, est devenu homosexuel. La perverse Sally, autrement dit son double quand il se grime en femme, le pousse à se soûler au gin et à se faire sodomiser. Sa mère refuse de voir cela et pense qu’elle peut guérir son fils …

Le livre s’ouvre et se referme sur lui, car c’est lui qui confiera à Iceberg Slim le destin tragique qu’a été celui de sa famille, à l’image de milliers d’autres familles venues chercher des lendemains meilleurs à Chicago. Pour ces pauvres gens, la tragédie semble être le quotidien, contrairement aux blancs qui s’enrichissent et piétinent tous ceux qui sont autour d’eux.

Iceberg Slim a écrit un livre triste, cruel, vulgaire même, au langage sans fioritures. On sursaute et on frissonne à la lecture de certains passages, on a même la nausée en lisant certaines scènes, mais c’est ce qui rend ce livre poignant.

Vivement que je lise les autres ouvrages de sa bibliographie, car j’en redemande ! Mama Black Widow m’a donné envie d’en lire plus …

Vous m’en direz des nouvelles !

Bonne lecture,

NFK

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Le Parlement conjugal – Paulina Chiziane

Hello !

Je vous invite à écouter mon podcast sur ma dernière lecture en date, le Parlement conjugal de Paulina Chiziane.

Écouter Le Parlement conjugal – Paulina Chiziane par Nfk #np sur #SoundCloud via ce lien :

https://soundcloud.com/user-290539362/le-parlement-conjugal-paulina

Excellente écoute !

NFK

Lu et plus qu’approuvé : L’ivresse du Sergent Dida

30430018_1953181771420963_1448844401_nLa première réflexion qui m’est venue à l’esprit quand j’ai refermé la dernière page de ce superbe roman, c’est que Olivier Rogez « aime l’Afrique ». Journaliste à RFI, il a dû avoir parcouru ce continent en long et en large dans le cadre de ses missions, et cela transparaît dans son style d’écriture.

Car en le lisant, il m’a par moments – je dis bien par moments – rappelé l’écriture de Kourouma. Et cela, venant de celle qui considère Ahmadou Kourouma comme étant le meilleur ÉCRIVAIN AFRICAIN toutes générations confondues – c’est THE compliment suprême !

Il y a longtemps que L’ivresse du Sergent Dida était dans ma wishlist de livres à acheter, car depuis sa sortie, je tombais souvent sur des articles de presse, des émissions et des critiques dithyrambiques sur ce livre.

De plus, le parallèle fait entre Moussa Dadis Camara et Dida avait achevé de m’intriguer. Je remercie Olivier Rogez de me l’avoir offert avec une superbe dédicace en prime ! Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, car O.Rogez a en plus gagné le prix du Premier Roman de la Société des Gens de Lettres. Rien que ça ! Toutes ces raisons faisaient donc que j’avais hâte de lire les tribulations du Sergent Dida !

30859264_1953179234754550_1219549127_nDans un pays qui ressemble à la Guinée Conakry eu égard aux nombreuses références, le Sergent Dida fait partie de cette horde de militaires désabusés, désargentés, qui tirent le diable par la queue et vivotent en espérant que la chance tourne. Les dieux semblaient être avec lui par un de ces matins semblables à tant d’autres alors qu’il réfléchissait à comment se sortir de ce marasme qu’était son existence. Voilà que la chance lui sourit en la personne du Colonel Zoumana, ci – devant argentier de l’Etat, responsable des hydrocarbures, et il est utile de le préciser, grand corrompu devant l’Eternel. La chance tourne donc et Dida se trouve promu à ses côtés.

Tout s’enchaîne très vite et avant même que Dida ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrive, il se retrouve en train de fomenter un coup d’Etat, avec à ses côtés le milliardaire Moctar Diallo et le lieutenant Pavi, le meilleur ami-ennemi. Sitôt le taciturne Président Doumbia enseveli, Dida lance sa Révolution, faite d’idéaux, de discours comme la nation n’en avait plus entendus car l’ancien Chef d’État s’était emmuré dans sa tour d’ivoire, de promesses à en donner le tournis …

Même si au début Dida avait eu l’envie de piller les caisses de l’État et de s’enrichir comme l’avait fait la horde de politiciens et militaires véreux expédiée au cachot, très vite son discours change de nature. Michèle Dumont, la perspicace Ambassadeure de France et César, le chef du ghetto, sont les premiers à remarquer la mue de Dida : refus de s’aligner face aux puissances occidentales, envie de mener sa Révolution, velléité de sortir son pays de la pauvreté, tels seront les grands axes de son programme. Mais c’était sans compter sur le lieutenant Pavi, le Colonel Zoumana et ses acolytes, bien décidés à en finir avec Dida.

Sans raconter la fin de l’ouvrage, qui m’a quelque peu laissée sur ma faim (O.Rogez si tu me lis), j’aimerai marquer un temps d’arrêt et dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. D’ordinaire, je me méfie des livres qui ont trop « bonne presse », car des fois ils se révèlent -pas tous- décevants, mais les aventures de Dida piquaient grandement ma curiosité. En plus de son côté loufoque, Dida est un idéaliste, un rêveur, quelqu’un qui croit qu’il peut soulever des montagnes et transformer son petit pays.

30421763_1953179274754546_2083496929_nA l’image d’un Thomas Sankara – l’érudition en moins – et de tant d’autres révolutionnaires africains éliminés en cours de toute car leurs thèses dérangeaient – Dida fait le choix de démissionner en laissant son nom à la postérité, pour que jamais son oeuvre ne s’éteigne. Olivier Rogez nous démontre qu’une fois de plus en Afrique, quand on veut mener une politique saine et dénuée d’entourloupes, on est vite écarté.

Inutile de dire que je recommande vivement ce livre !

Bonne lecture !

Nfk

Petit pays – Gaël Faye

ppays » À chacun son asile, politique pour ceux qui partent, psychotique pour ceux qui restent … « 

Cette phrase à elle seule pourrait résumer Petit pays. Car toute l’histoire autour de ce livre tient aux souvenirs …

Souvenirs que Gaby le personnage principal de l’histoire, se remémore dans la grisaille de la France, ce pays qui l’a accueilli après qu’il ait dû fuir son Burundi natal avec sa soeur, Ana. Car il a connu la guerre et l’exil, Gaby. Autant Ana semble avoir oublié ce petit pays qu’est le Burundi et rembarre son frère à chaque fois qu’il en parle, autant Gaby est torturé par ses souvenirs qui remontent à la surface.

Il déroule ses remémorances à la manière d’un journal intime et se rappelle tout avec une précision millimétrée : son enfance heureuse dans un quartier résidentiel de Bujumbara, les bêtises qu’il enchaînait avec sa bande de copains au fond de l’impasse où étaient nichées leurs cossues villas, le personnel qui gravitait autour de Ana et lui, les protégeant de la clameur de Bujumbara, leur père qui ne voulait pas que l’on parle de politique à la maison, tant il tenait à les préserver sa soeur et lui, leur mère, sublime réfugiée Rwandaise au Burundi qui était peinée de voir son mari transformer ses enfants en petits (français) privilégiés.

Gaby grandit entre ces deux êtres que tout semble séparer de prime abord, mais que le mariage a réunis. Aussi lentement que l’union de ses parents s’effrite, la situation du pays se délite. Tout commence avec des petits changements notés ça et là : la dichotomie qui s’opère entre Hutus et Tutsis, les barrages de fortune qui sont érigés dans le quartier, la peur, la suspicion.

L’impasse n’est plus si sûre désormais … Un voyage au Rwanda, au mariage de son oncle Pacifique, acheva de convaincre Gaby que la guerre était « là ». 

À partir de ce moment, ça s’accélère : les gens autour de lui meurent ou disparaissent, sa mère est revenue du Rwanda traumatisée, son père est présent, mais a l’esprit ailleurs, tentant de les rassurer autant qu’il peut … Même ses copains, qui représentaient jusqu’ici sa source de distraction, ne parlent plus que de guerre et de vengeance. Son père, n’ayant plus le choix, les évacue Ana et lui en France. Et dans ce pays morne et froid, Gaby se souvient.

Dès sa sortie, Petit pays a été très bien accueilli par la critique. Il a raflé le Prix Goncourt des Lycéens et ensuite le Prix Fnac du premier roman, avec à la clef des traductions. Ce qui en faisait donc un livre à lire.

Il me tardait de m’y plonger pour savoir s’il valait réellement  » le coup », comme on ne cessait de me le seriner. Mais comme j’avais d’autres lectures plus « urgentes », je repoussais sans arrêt le moment de le lire. Jusqu’à ce que ce soit le cas. Et j’avoue que je suis restée sur ma faim. Incontestablement, Gaël Faye a écrit un roman sur l’enfance et la souvenance, et sous cet aspect – là, je peux comprendre qu’il puisse toucher, car il réveille en nous notre part d’enfance.

Même si l’on n’a pas vécu la guerre, en lisant, on s’identifie et s’attache à

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Gaby, ce petit bout d’homme qui louvoie entre deux contrées et n’arrive pas à faire le deuil de son Burundi natal. Son enfance que la guerre lui a subtilisée, sa part d’innocence qu’il s’efforce de conserver, sa bulle dans laquelle il refuse de sortir avec la bande de joyeux lurons qui lui sert d’amis, les livres dans lesquels il se réfugie, Gaby verra tout cela voler en éclats à la faveur de la guerre qui gagne le Rwanda de sa mère et se propage au Burundi. La dichotomie entre Hutus et Tutsis fait rage et même eux, les petits de l’impasse ne sont pas épargnés.

Petit pays a reçu un accueil triomphal à sa sortie. On en parlait partout et les critiques étaient dithyrambiques. J’avais donc hâte de le lire, pour pouvoir avoir un avis sur cette pépite livresque. Mais après avoir refermé la dernière page, je suis restée sur ma faim, et une impression d’inachevé s’est emparée de moi. Il est vrai que Gaby est le narrateur, mais j’ai comme le sentiment qu’il a survolé des souvenirs, qu’il n’est pas allé au fond des choses … Le génocide, la période pré et post conflit, tout cela pour moi aurait pu être beaucoup mieux narré. Mais bon, je le dis avec toute ma subjectivité de lectrice insatiable …

Ce qui n’enlève rien au fait que Petit pays est à lire, d’autant plus qu’il s’achève sur une scène triste, mais porteuse d’espoir. Lisez – le, vous vous ferez votre propre avis 😉

Bonne lecture,

NFK

Envoyé depuis mon sm

Kemtiyu

kem07 Février 1986 – 07 Février 2017

32 ans aujourd’hui que s’éteignait Cheikh Anta Diop. Et pour le symbole, Kemtiyu, la pépite cinématographique que lui a consacrée Ousmane William Mbaye, sera projetée ce 06 Février après le JT de 20h en version française sur la RTS1 et en version wolof sur la RTS2.

Je ne pensais pas que Ousmane William Mbaye ferait ou pourrait faire un jour un meilleur film que President Dia. Ou encore Mère Bi, et Xalima la Plume, films dédiés respectivement à sa mère Annette Mbaye d’Erneville, et à l’immense artiste que fut Seydina Insa Wade. Mais il l’a fait ! Kemtiyu (celui qui est noir), Seex Anta, est un vrai BIJOU ! Cheikh Anta DiOp, celui qui préféra l’honneur aux honneurs …

En 94 minutes, Ousmane William Mbaye nous (re) plonge dans la vie de celui qui s’est battu sa vie durant à prouver la véracité de ses thèses, celui qui nous a décomplexés, mais surtout celui qui n’a eu de cesse d’exhorter ses congénères à aller chercher la connaissance directe. Des plaines arides de Ceytu aux amphithéâtres de La Sorbonne, en passant par le Caire et son laboratoire de l’Ifan, Cheikh Anta a brillé partout où il est passé. Les témoignages de ses enfants, de sa regrettée épouse, de ses frères d’armes tels Théophile Obenga, tous sont unanimes : Cheikh Anta était mû par la recherche de la connaissance et en a fait son leitmotiv.

cadLe film de Ousmane William Mbaye est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas d’un déroulé subjectif, où l’on dépeint Cheikh Anta comme un « Messie ». L’élément montrant un scientifique français décrivant Cheikh Anta comme un scientifique aux recherches « éparpillées » revêt tout son sens. Combattu hier, décrit comme un fou, combattu aussi bien politiquement que scientifiquement, Cheikh Anta DiOp ne laisse personne indifférent. Et comme l’a si bien dit le Doyen de l’Université d’Atlanta, où est célébrée le Cheikh Anta Diop’s Day, « il est allé chercher ce qu’il y avait de plus profond en nous ».

Kemtiyu, à voir et revoir !

#Kemtiyu

#OusmaneWilliaMbaye

#FilmsMameYandé

NFK

Éduquons nos garçons !

21825_egalite-f-gUne phrase de ma mère m’a fait sourire et m’a donné envie d’écrire ce billet … Les tâches ménagères me rebutent à un point qu’aussitôt après avoir fini de manger, je me dépêche de me lever de table pour ne pas qu’on me demande de débarrasser ^^

Chaque soir ou presque, c’est la même combine que je me dépêche de mettre en place : je termine de manger et me lève prestement. Ma mère ne manque jamais de me rappeler à l’ordre en me demandant de débarrasser. Je le fais toujours de mauvaise grâce, sans omettre de réclamer que mon frère en fasse autant.

Même s’il n’emporte avec lui qu’une fourchette ou une cuillère, je m’en contente, estimant que lui aussi a fait sa « part ». Et quand je saisis l’assiette de mon père, je guette le « merci » qu’il ne manque jamais de m’adresser.

Ma mère me sort toujours la même phrase : »Kula douggal sii wagn ak koula reey nga yémalé ». Les ouolofones traduiront ! Pour montrer à quel point les tâches ménagères m’exècrent …

Vous n’avez toujours pas compris où je veux en venir? Ça arrive.

En observant les familles autour de moi et plus largement les échos que j’ai de certaines scènes familiales, les filles ont toujours été les préposées aux tâches domestiques. Chez certains, c’est même un scandale quand l’homme se propose d’aider, car dans l’inconscient collectif, la popote, le ménage et tout ce qui s’en suit est l’apanage de la femme …

Les femmes sénégalaises rivalisent d’ingéniosité en proposant dix mille recettes, car un adage dit que pour retenir un homme, « il faut entretenir un son ventre et son bas-ventre » !
Dans son livre Dear Ieawele (dont j’ai parlé ici), Chimamanda Adichie a dit une phrase que je me plais de ressortir au gré de mes conversations sur le sujet : « La cuisine n’est pas une fonction pré-installée dans le vagin ». N’a – t – elle pas raison?

Ambiance …

Dès l’enfance, la dichotomie s’opère entre le petit garçon et la petite fille. Dans le choix des jouets à leur offrir, la différence aussi est flagrante. À l’homme en devenir, on offrira des robots, des voitures miniature, des outils pour guerroyer et affûter sa masculinité, et par là entretenir son ego naissant; et à sa comparse féminine, on donnera des ustensiles de cuisine, des poupées et autres jouets pour façonner la future maîtresses de maison.

J’ai eu la chance (ou la malchance) de grandir aux côtés d’un père qui ne faisait (et qui ne fait toujours pas) la différence entre ses enfants fille et garçon. Lorsque ma mère rouspète parce que je traîne les pieds à débarrasser la table et exige que mon frère en fasse autant, il appuie en déclarant que nous devons tous les deux en faire autant. Quelques fois même, il nous aide en préparant les assiettes à récupérer; et ne manque jamais de remercier quiconque prend l’assiette dans laquelle il a mangé. Ça peut sembler anodin tout cela, mais dans nos sociétés où les hommes sont érigés au rang de demi – rois, toisant la gente féminine affectée aux tâches domestiques, je trouve ces scènes de vie d’une importance capitale.

Un homme conscient de sa masculinité, mais qui n’utilise pas celle-ci pour dominer et asservir son vis – a – vis féminin, je trouve ça valeureux. De par nos éducations en Afrique, nous sommes conditionnés hommes comme femmes à interagir d’une certaine façon, ce qui à mon sens, fausse le debat.

Alors il faudrait rééduquer les garçons, leur inoculer l’empathie à haute dose, pour qu’ils ne grandissent en devenant des machos en puissance. Je suis consciente que cela ne se fera pas en un jour, car les traditions sont tenaczs, mais avec de la volonté je pense que l’on portait arriver à cette douce révolution.

Traitez – moi d’utopique, je sais que je suis une rêveuse, mais j’ai espoir …

Bonne lecture,

Nfk