Lu et plus qu’approuvé : L’ivresse du Sergent Dida

30430018_1953181771420963_1448844401_nLa première réflexion qui m’est venue à l’esprit quand j’ai refermé la dernière page de ce superbe roman, c’est que Olivier Rogez « aime l’Afrique ». Journaliste à RFI, il a dû avoir parcouru ce continent en long et en large dans le cadre de ses missions, et cela transparaît dans son style d’écriture.

Car en le lisant, il m’a par moments – je dis bien par moments – rappelé l’écriture de Kourouma. Et cela, venant de celle qui considère Ahmadou Kourouma comme étant le meilleur ÉCRIVAIN AFRICAIN toutes générations confondues – c’est THE compliment suprême !

Il y a longtemps que L’ivresse du Sergent Dida était dans ma wishlist de livres à acheter, car depuis sa sortie, je tombais souvent sur des articles de presse, des émissions et des critiques dithyrambiques sur ce livre.

De plus, le parallèle fait entre Moussa Dadis Camara et Dida avait achevé de m’intriguer. Je remercie Olivier Rogez de me l’avoir offert avec une superbe dédicace en prime ! Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, car O.Rogez a en plus gagné le prix du Premier Roman de la Société des Gens de Lettres. Rien que ça ! Toutes ces raisons faisaient donc que j’avais hâte de lire les tribulations du Sergent Dida !

30859264_1953179234754550_1219549127_nDans un pays qui ressemble à la Guinée Conakry eu égard aux nombreuses références, le Sergent Dida fait partie de cette horde de militaires désabusés, désargentés, qui tirent le diable par la queue et vivotent en espérant que la chance tourne. Les dieux semblaient être avec lui par un de ces matins semblables à tant d’autres alors qu’il réfléchissait à comment se sortir de ce marasme qu’était son existence. Voilà que la chance lui sourit en la personne du Colonel Zoumana, ci – devant argentier de l’Etat, responsable des hydrocarbures, et il est utile de le préciser, grand corrompu devant l’Eternel. La chance tourne donc et Dida se trouve promu à ses côtés.

Tout s’enchaîne très vite et avant même que Dida ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrive, il se retrouve en train de fomenter un coup d’Etat, avec à ses côtés le milliardaire Moctar Diallo et le lieutenant Pavi, le meilleur ami-ennemi. Sitôt le taciturne Président Doumbia enseveli, Dida lance sa Révolution, faite d’idéaux, de discours comme la nation n’en avait plus entendus car l’ancien Chef d’État s’était emmuré dans sa tour d’ivoire, de promesses à en donner le tournis …

Même si au début Dida avait eu l’envie de piller les caisses de l’État et de s’enrichir comme l’avait fait la horde de politiciens et militaires véreux expédiée au cachot, très vite son discours change de nature. Michèle Dumont, la perspicace Ambassadeure de France et César, le chef du ghetto, sont les premiers à remarquer la mue de Dida : refus de s’aligner face aux puissances occidentales, envie de mener sa Révolution, velléité de sortir son pays de la pauvreté, tels seront les grands axes de son programme. Mais c’était sans compter sur le lieutenant Pavi, le Colonel Zoumana et ses acolytes, bien décidés à en finir avec Dida.

Sans raconter la fin de l’ouvrage, qui m’a quelque peu laissée sur ma faim (O.Rogez si tu me lis), j’aimerai marquer un temps d’arrêt et dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. D’ordinaire, je me méfie des livres qui ont trop « bonne presse », car des fois ils se révèlent -pas tous- décevants, mais les aventures de Dida piquaient grandement ma curiosité. En plus de son côté loufoque, Dida est un idéaliste, un rêveur, quelqu’un qui croit qu’il peut soulever des montagnes et transformer son petit pays.

30421763_1953179274754546_2083496929_nA l’image d’un Thomas Sankara – l’érudition en moins – et de tant d’autres révolutionnaires africains éliminés en cours de toute car leurs thèses dérangeaient – Dida fait le choix de démissionner en laissant son nom à la postérité, pour que jamais son oeuvre ne s’éteigne. Olivier Rogez nous démontre qu’une fois de plus en Afrique, quand on veut mener une politique saine et dénuée d’entourloupes, on est vite écarté.

Inutile de dire que je recommande vivement ce livre !

Bonne lecture !

Nfk

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Petit pays – Gaël Faye

ppays » À chacun son asile, politique pour ceux qui partent, psychotique pour ceux qui restent … « 

Cette phrase à elle seule pourrait résumer Petit pays. Car toute l’histoire autour de ce livre tient aux souvenirs …

Souvenirs que Gaby le personnage principal de l’histoire, se remémore dans la grisaille de la France, ce pays qui l’a accueilli après qu’il ait dû fuir son Burundi natal avec sa soeur, Ana. Car il a connu la guerre et l’exil, Gaby. Autant Ana semble avoir oublié ce petit pays qu’est le Burundi et rembarre son frère à chaque fois qu’il en parle, autant Gaby est torturé par ses souvenirs qui remontent à la surface.

Il déroule ses remémorances à la manière d’un journal intime et se rappelle tout avec une précision millimétrée : son enfance heureuse dans un quartier résidentiel de Bujumbara, les bêtises qu’il enchaînait avec sa bande de copains au fond de l’impasse où étaient nichées leurs cossues villas, le personnel qui gravitait autour de Ana et lui, les protégeant de la clameur de Bujumbara, leur père qui ne voulait pas que l’on parle de politique à la maison, tant il tenait à les préserver sa soeur et lui, leur mère, sublime réfugiée Rwandaise au Burundi qui était peinée de voir son mari transformer ses enfants en petits (français) privilégiés.

Gaby grandit entre ces deux êtres que tout semble séparer de prime abord, mais que le mariage a réunis. Aussi lentement que l’union de ses parents s’effrite, la situation du pays se délite. Tout commence avec des petits changements notés ça et là : la dichotomie qui s’opère entre Hutus et Tutsis, les barrages de fortune qui sont érigés dans le quartier, la peur, la suspicion.

L’impasse n’est plus si sûre désormais … Un voyage au Rwanda, au mariage de son oncle Pacifique, acheva de convaincre Gaby que la guerre était « là ». 

À partir de ce moment, ça s’accélère : les gens autour de lui meurent ou disparaissent, sa mère est revenue du Rwanda traumatisée, son père est présent, mais a l’esprit ailleurs, tentant de les rassurer autant qu’il peut … Même ses copains, qui représentaient jusqu’ici sa source de distraction, ne parlent plus que de guerre et de vengeance. Son père, n’ayant plus le choix, les évacue Ana et lui en France. Et dans ce pays morne et froid, Gaby se souvient.

Dès sa sortie, Petit pays a été très bien accueilli par la critique. Il a raflé le Prix Goncourt des Lycéens et ensuite le Prix Fnac du premier roman, avec à la clef des traductions. Ce qui en faisait donc un livre à lire.

Il me tardait de m’y plonger pour savoir s’il valait réellement  » le coup », comme on ne cessait de me le seriner. Mais comme j’avais d’autres lectures plus « urgentes », je repoussais sans arrêt le moment de le lire. Jusqu’à ce que ce soit le cas. Et j’avoue que je suis restée sur ma faim. Incontestablement, Gaël Faye a écrit un roman sur l’enfance et la souvenance, et sous cet aspect – là, je peux comprendre qu’il puisse toucher, car il réveille en nous notre part d’enfance.

Même si l’on n’a pas vécu la guerre, en lisant, on s’identifie et s’attache à

gfaye

Gaby, ce petit bout d’homme qui louvoie entre deux contrées et n’arrive pas à faire le deuil de son Burundi natal. Son enfance que la guerre lui a subtilisée, sa part d’innocence qu’il s’efforce de conserver, sa bulle dans laquelle il refuse de sortir avec la bande de joyeux lurons qui lui sert d’amis, les livres dans lesquels il se réfugie, Gaby verra tout cela voler en éclats à la faveur de la guerre qui gagne le Rwanda de sa mère et se propage au Burundi. La dichotomie entre Hutus et Tutsis fait rage et même eux, les petits de l’impasse ne sont pas épargnés.

Petit pays a reçu un accueil triomphal à sa sortie. On en parlait partout et les critiques étaient dithyrambiques. J’avais donc hâte de le lire, pour pouvoir avoir un avis sur cette pépite livresque. Mais après avoir refermé la dernière page, je suis restée sur ma faim, et une impression d’inachevé s’est emparée de moi. Il est vrai que Gaby est le narrateur, mais j’ai comme le sentiment qu’il a survolé des souvenirs, qu’il n’est pas allé au fond des choses … Le génocide, la période pré et post conflit, tout cela pour moi aurait pu être beaucoup mieux narré. Mais bon, je le dis avec toute ma subjectivité de lectrice insatiable …

Ce qui n’enlève rien au fait que Petit pays est à lire, d’autant plus qu’il s’achève sur une scène triste, mais porteuse d’espoir. Lisez – le, vous vous ferez votre propre avis 😉

Bonne lecture,

NFK

Envoyé depuis mon sm

Kemtiyu

kem07 Février 1986 – 07 Février 2017

32 ans aujourd’hui que s’éteignait Cheikh Anta Diop. Et pour le symbole, Kemtiyu, la pépite cinématographique que lui a consacrée Ousmane William Mbaye, sera projetée ce 06 Février après le JT de 20h en version française sur la RTS1 et en version wolof sur la RTS2.

Je ne pensais pas que Ousmane William Mbaye ferait ou pourrait faire un jour un meilleur film que President Dia. Ou encore Mère Bi, et Xalima la Plume, films dédiés respectivement à sa mère Annette Mbaye d’Erneville, et à l’immense artiste que fut Seydina Insa Wade. Mais il l’a fait ! Kemtiyu (celui qui est noir), Seex Anta, est un vrai BIJOU ! Cheikh Anta DiOp, celui qui préféra l’honneur aux honneurs …

En 94 minutes, Ousmane William Mbaye nous (re) plonge dans la vie de celui qui s’est battu sa vie durant à prouver la véracité de ses thèses, celui qui nous a décomplexés, mais surtout celui qui n’a eu de cesse d’exhorter ses congénères à aller chercher la connaissance directe. Des plaines arides de Ceytu aux amphithéâtres de La Sorbonne, en passant par le Caire et son laboratoire de l’Ifan, Cheikh Anta a brillé partout où il est passé. Les témoignages de ses enfants, de sa regrettée épouse, de ses frères d’armes tels Théophile Obenga, tous sont unanimes : Cheikh Anta était mû par la recherche de la connaissance et en a fait son leitmotiv.

cadLe film de Ousmane William Mbaye est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas d’un déroulé subjectif, où l’on dépeint Cheikh Anta comme un « Messie ». L’élément montrant un scientifique français décrivant Cheikh Anta comme un scientifique aux recherches « éparpillées » revêt tout son sens. Combattu hier, décrit comme un fou, combattu aussi bien politiquement que scientifiquement, Cheikh Anta DiOp ne laisse personne indifférent. Et comme l’a si bien dit le Doyen de l’Université d’Atlanta, où est célébrée le Cheikh Anta Diop’s Day, « il est allé chercher ce qu’il y avait de plus profond en nous ».

Kemtiyu, à voir et revoir !

#Kemtiyu

#OusmaneWilliaMbaye

#FilmsMameYandé

NFK

Éduquons nos garçons !

21825_egalite-f-gUne phrase de ma mère m’a fait sourire et m’a donné envie d’écrire ce billet … Les tâches ménagères me rebutent à un point qu’aussitôt après avoir fini de manger, je me dépêche de me lever de table pour ne pas qu’on me demande de débarrasser ^^

Chaque soir ou presque, c’est la même combine que je me dépêche de mettre en place : je termine de manger et me lève prestement. Ma mère ne manque jamais de me rappeler à l’ordre en me demandant de débarrasser. Je le fais toujours de mauvaise grâce, sans omettre de réclamer que mon frère en fasse autant.

Même s’il n’emporte avec lui qu’une fourchette ou une cuillère, je m’en contente, estimant que lui aussi a fait sa « part ». Et quand je saisis l’assiette de mon père, je guette le « merci » qu’il ne manque jamais de m’adresser.

Ma mère me sort toujours la même phrase : »Kula douggal sii wagn ak koula reey nga yémalé ». Les ouolofones traduiront ! Pour montrer à quel point les tâches ménagères m’exècrent …

Vous n’avez toujours pas compris où je veux en venir? Ça arrive.

En observant les familles autour de moi et plus largement les échos que j’ai de certaines scènes familiales, les filles ont toujours été les préposées aux tâches domestiques. Chez certains, c’est même un scandale quand l’homme se propose d’aider, car dans l’inconscient collectif, la popote, le ménage et tout ce qui s’en suit est l’apanage de la femme …

Les femmes sénégalaises rivalisent d’ingéniosité en proposant dix mille recettes, car un adage dit que pour retenir un homme, « il faut entretenir un son ventre et son bas-ventre » !
Dans son livre Dear Ieawele (dont j’ai parlé ici), Chimamanda Adichie a dit une phrase que je me plais de ressortir au gré de mes conversations sur le sujet : « La cuisine n’est pas une fonction pré-installée dans le vagin ». N’a – t – elle pas raison?

Ambiance …

Dès l’enfance, la dichotomie s’opère entre le petit garçon et la petite fille. Dans le choix des jouets à leur offrir, la différence aussi est flagrante. À l’homme en devenir, on offrira des robots, des voitures miniature, des outils pour guerroyer et affûter sa masculinité, et par là entretenir son ego naissant; et à sa comparse féminine, on donnera des ustensiles de cuisine, des poupées et autres jouets pour façonner la future maîtresses de maison.

J’ai eu la chance (ou la malchance) de grandir aux côtés d’un père qui ne faisait (et qui ne fait toujours pas) la différence entre ses enfants fille et garçon. Lorsque ma mère rouspète parce que je traîne les pieds à débarrasser la table et exige que mon frère en fasse autant, il appuie en déclarant que nous devons tous les deux en faire autant. Quelques fois même, il nous aide en préparant les assiettes à récupérer; et ne manque jamais de remercier quiconque prend l’assiette dans laquelle il a mangé. Ça peut sembler anodin tout cela, mais dans nos sociétés où les hommes sont érigés au rang de demi – rois, toisant la gente féminine affectée aux tâches domestiques, je trouve ces scènes de vie d’une importance capitale.

Un homme conscient de sa masculinité, mais qui n’utilise pas celle-ci pour dominer et asservir son vis – a – vis féminin, je trouve ça valeureux. De par nos éducations en Afrique, nous sommes conditionnés hommes comme femmes à interagir d’une certaine façon, ce qui à mon sens, fausse le debat.

Alors il faudrait rééduquer les garçons, leur inoculer l’empathie à haute dose, pour qu’ils ne grandissent en devenant des machos en puissance. Je suis consciente que cela ne se fera pas en un jour, car les traditions sont tenaczs, mais avec de la volonté je pense que l’on portait arriver à cette douce révolution.

Traitez – moi d’utopique, je sais que je suis une rêveuse, mais j’ai espoir …

Bonne lecture,

Nfk

Lu et adoré : Baba Segi, ses épouses, leurs secrets – Lola Shoneyin

27292701_1835292776543197_786053787_nLe Nigeria est décidément un pays regorgeant de talents littéraires. Les années passent et je reste émerveillée face aux nombreuses plumes que je découvre … Outre les classiques Chinua Achebe, Buchi Emecheta, Wole Soyinka et ma préférée d’entre tous Chimamanda Ngozi Adichie, cette année, j’ai découvert Leye Adenle (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/05/03/lecture-coup-de-coeur-lagos-lady-leye-adenle/) et Chigozie Obioma (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/07/11/les-pecheurs-chigozie-obioma/) dont je me suis délectée des romans Lagos Lady et Les pêcheurs.

J’avais entendu parler de Lola Shoneyin et de son livre Baba Segi, ses épouses, leurs secrets comme d’un ouvrage formidable qu’il fallait absolument que je lise. Ce fut chose faite il y a quelques semaines quand je me décidais enfin à le commander. Sitôt la dernière page refermée, je me disais que la prochaine fois qu’on me conseillerait un livre avec autant d’insistance, je cèderais … Car ce livre est une pépite d’or !

Tout le long de ma lecture, j’oscillais entre l’effroi et l’amusement, sans toutefois décider lequel de ces deux sentiments finirait par l’emporter. Les critiques étaient dithyrambiques : la polygamie, sujet central de Baba Segi, ses épouses, leurs secrets, était si habilement conté par Lola Shoneyin qu’on ne pouvait que ressortir admiratif de cette lecture. Car les Nigerians sont de formidables conteurs. A chaque fois que je les lis, je suis émerveillée de voir la façon avec laquelle ils décrivent si merveilleusement la société dans laquelle ils vivent, ses travers, ses manquements et le gouffre financier qui avale petit à petit le Nigerian moyen, à la grande faveur des riches qui pullulent à Ikoyi, Banana Island et les autres quartiers riches de Lagos la bruyante.

Baba Segi ne déroge pas à la règle, il est riche, vit dans l’opulence et ne se gêne pas pour le faire savoir. Fils unique d’une mère qui s’est démenée pour le mettre dans les conditions les meilleures, il est à la tête d’un florissant commerce de matériaux de construction. Sa première femme, Iya Segi, lui a été « donnée » en mariage par la meilleure amie de sa mère, mère célibataire vivant avec son unique fille. Iya Segi et Baba Segi contractèrent donc un mariage arrangé. Mais chacun y trouvait son compte : Iya Segi prenait de l’âge et craignait de ne jamais trouver chaussure à son pied et Baba Segi était content de ramener une femme dans sa vaste demeure. Les années passent et deux autres femmes ne tardent pas à rejoindre Iya Segi.

Mais les choses sont d’emblée claires : si Iya Tope et Iya Femi veulent la paix, elles doivent se ranger derrière Iya Segi, la matriarche qui régente tout et distribue même les doses de nourriture. Tant que la deuxième et la troisième épouse acquiescent à tous ses desiderata, tout ira bien. Iya Tope, la frêle villageoise que son père a « offerte » à Baba Segi en échange des maigres récoltes de manioc et Iya Femi, elle qui s’est « offerte » humblement, ont bien compris le message. Bien que parfois, Iya Femi tente de ruer dans les brancards, on sait tous qui commande chez les Alao. Avec trois épouses et sept enfants, Baba Segi devait être comblé. Mais c’était compter sans sa libido féroce. Il reçoit Bolanle et son amie dans son magasin, mais pendant que Yemisi parle affaires, il n’a d’yeux que pour la frêle et magnifique créature qui l’accompagne. Pas de doute possible : elle sera sa quatrième épouse !

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Bolanle épouse Baba Segi et crée le scandale. Sa mère, sa sœur Lara et dans une moindre mesure son père, n’en reviennent toujours pas qu’une fille aussi instruite qu’elle désire s’unir à un rustre tel que Baba Segi. Mais qu’à cela ne tienne, tout ce que Bolanle veut, c’est s’extirper de l’atmosphère oppressante de la maison familiale. Les autres épouses, elles, commencent la guerre – surtout Iya Segi et Iya Femi qui s’est vue ravir sa place de favorite – et ne laisseront aucun répit à la nouvelle venue, l’intruse. Rien ne lui sera épargné : anmaux morts, quolibets, médisances, ignorance et refus de la considérer … Même les enfants, à l’image de leurs mères, s’y mettront.

Mais la venue de Bolanle, en plus d’installer le chaos dans le cœur de ses co – épouses, mettra la lumière sur le secret qui planait sur la demeure des Alao : Baba Segi n’est le père d’aucun des enfants de ses épouses, celles – ci ayant toutes contracté des grossesses avec leurs amants. Après des années de mariage, Bolanle n’arrive pas à tomber enceinte. Des analyses médicales de part et d’autre plus tard, le pot aux roses est découvert : Baba Segi est stérile! Stupeur et consternation …

Les ménages polygames pullulent en Afrique. Certaines épouses arrivent à faire converger leurs intérêts communs et cohabitent en harmonie, tandis que d’autres se déchirent pour s’attirer les faveurs de l’époux, le seigneur … Toujours est – il qu’il n’est pas facile de se faire ravir la place d’épouse préférée à l’arrivée d’une autre, souvent plus jeune et plus fraîche. Avec un humour caustique et des pages bourrées d’anecdotes, Lola Shoneyin arrive à nous émouvoir, nous faire rire, nous faire peur, nous offusquer devant cette fresque nigériane narrée d’une magnifique plume. Baba Segi se vante, à chaque fois qu’il passe chez Teacher, son lieu de beuverie, de pilloner quatre femmes, et surtout il ne se gêne pas de dire à qui veut bien l’entendre que le vagin de sa dernière femme est aussi étroit que le goulot d’une bouteille, pour le plus grand bonheur de sa verge. Ambiance …

Lola-ShoneyinEn fin de compte, l’on en arrive à s’attacher à ce pauvre bougre qui semble avoir transplanté son cerveau de sa tête à ses bourses, car comment expliquer qu’il ne se soit pas douté que la pauvre Segi, son frère Akin et tous leurs frères et sœurs ne sont pas de lui ?! Taju, le chauffeur et confident, s’enfuira sans demander son reste, lui par qui le diable s’est introduit dans la maison … Baba Segi n’aura plus que ses yeux pour pleurer et ses intestins pour se vider lorsqu’il se rendra compte de l’ampleur de la situation. Tandis que les autres épouses rivalisent en courbettes en promettant de se muer en femmes dociles, Bolanle reprendra sa liberté et quittera cette maison dont elle n’aurait jamais dû franchir le seuil !

Baba Segi, ses épouses, leurs secrets est à lire, déguster, savourer ! Je vous le recommande chaudement, vous passerez un agréable moment de lecture ! Thank me later ^^

Excellente lecture,

NFK