Publié dans Au Sénégal, Réflexion

Devant le mal, le silence est soit coupable, soit complice …

A l’entame de cet article, dont l’écriture a été motivée par tout ce que j’ai pu lire ou entendre ces derniers temps sur la toile, je viens préciser une chose, ou même deux : je ne suis pas une militante du parti au pouvoir – à savoir l’APR – et non je ne prends pas fait et cause pour mes « mbokkas » Hal – Pulaar. Dans un pays où le collage d’étiquettes semble être une activité fort lucrative, on n’est jamais trop prudent (e). Ceci étant dit, je peux continuer mon propos.

Une ethnie se définit étymologiquement comme étant « Un groupe social de personnes qui considèrent partager une ascendance commune, une histoire commune (historique, mythologique), ou un mélange des deux, une culture commune ou un vécu commun ». L’ethnie trouve donc sa quintessence, son socle dans la communauté. Mes cours d’instruction civique au primaire et au secondaire insistaient sur le commun vouloir de vie commune qui sous – tendait mon très cher pays le

devant le mal

Sénégal. Cours que je suivais à l’Institution Immaculée Conception de Dakar, établissement dirigé par des religieuses de la Congrégation des soeurs de l’Immaculée Conception. Religieuses qui étaient d’ethnie sérère pour la plupart. Moi, la Hal – Pulaar, née d’une mère 100% Pulaar et d’un père Hal – Pulaar et Ouolof, a été pratiquement éduquée par des sœurs sérère et chrétiennes. Ce métissage m’a valu d’avoir une famille localisée entre la Mauritanie, le Fouta, les régions de Thiès et Mbour. Je pense que ce métissage, on le rencontre dans la pléthore d’ethnies que compte le Sénégal : Ouolofs, Hal – Pulaar, Sérères, Mankagnes, Manjacks, Diolas, Ndiagos, Sarakholés … Nous sommes tous, à des degrés différents, parents. Cette parenté s’extrapole sur le domaine des plaisanteries : c’est ce qu’on appelle le cousinage à plaisanterie. On se charrie, on insiste sur la gourmandise d’un tel eu égard à son groupe ethnique, à son ardeur au travail, et j’en passe.

Mais ce cousinage à plaisanterie n’est pas toujours innocent, car une différenciation a toujours été faite entre ceux qui parlent ouolof et ceux parlant leur dialecte. Avec peu ou prou de méchanceté, certains grossissaient les attributs physiques ou psychiques des individus. Mes parents Pulaar pour leur part, ont une aversion (qu’on se le dise) bien connue pour la langue ouolof. Née et grandi à Dakar, j’ai pu parler le ouolof, avant de baragouiner le pulaar. Mais j’ai toujours entendu des phrases telles que « jolfo modjaani » ou « hâaal pulaar », pour m’intimer l’ordre de parler pulaar, au détriment du ouolof, jugé indigne. Je me moquais de l’indignation de ma tante ou de ma grand – mère quand elles me tenaient ce genre de discours, leur rétorquant qu’elles en faisaient trop. Chez ma grand – mère maternelle, je parlais pulaar, et chez ma grand – mère paternelle, le ouolof était de rigueur. Aucun problème là – dessus.

Quand on me demande mon nom de famille – comme il est de rigueur dans certains cercles sénégalais – et que je réponds Kane, s’étonnant que mon pulaar soit si peu étoffé, je réponds crânement que mon père est à 50% ouolof et que ma partie pulaar est plus dense du côté de ma mère. Pour moi, ma double identité de ouolof et de pulaar va de soi. Tout comme mon prénom composé Ndèye Fatou, auquel je tiens viscéralement, ne supportant pas que l’on m’appelle Ndèye, ou encore Fatou. Le Sénégal, de par ses Chefs d’État, a toujours été le prolongement de ce métissage ethnique. Tous nos Présidents ont dans leur famille, une double appartenance ethnique. Et cela n’a jamais été un souci. Bien au contraire …

Mais depuis Mars 2012, et l’élection de notre 4e Président, en l’occurrence Son Excellence le Président Macky Sall, la question de l’ethnicisme a refait surface. Hal – Pulaar élevé en pays sérère, dans la région de Fatick, je ne me suis jamais appesantie sur ses origines, préoccupée que j’étais par sa capacité à nous mettre sur la route de l’émergence, tant chantée et promise. Est – ce dû au fait que la plupart des personnes accédant à de hauts niveaux de responsabilité étaient tous Hal – Pulaar ? Des amis ont maintes fois tenté de me faire réagir sur cette incongruité, mais je balayais leurs inquiétudes d’un revers de la main, arguant que c’était des oiseaux de mauvais augure et que c’était n’importe quoi ! Qu’est – ce que je me trompais …

Car je pense que du haut de mes trente années d’existence, c’est bien la première fois que les frustrations ethniques sont aussi flagrantes. Durant sa campagne électorale, et lors de ses nombreux passages en terre française, le futur Président Macky Sall était certes fortement soutenu par l’imposante communauté Hal – Pulaar de la diaspora, mais j’étais loin de m’imaginer que ces Hal – Pulaar s’érigeraient en maîtres à penser et réclameraient leur « dû », une fois l’un des « leurs » élu. Car c’est bien ce dont il s’agit maintenant.

« Neddo ko banduum ». En traduction littérale, cette expression veut dire que nous n’avons de richesse que nos parents. Par le vocable parents, il est bien évidemment fait mention des individus du même groupe ethnique. Cette tendance enfle, enfle et ne semble connaître aucune limite de nos jours. En atteste l’actualité récente, avec la vidéo de la dame dénommée Penda Bâ, qui répondait à des insultes proférées à son encontre dans un groupe Whatsapp, en débitant à son tour des insanités à l’encontre des Ouolofs. En est – on aujourd’hui réduits à cela ? Après un bref séjour carcéral, Penda Bâ est ressortie, ni vu ni connu. D’aucuns disent que cette brève incarcération est due au fait que Penda Bâ est une militante de l’APR, donc du parti au pouvoir. Sans aller jusque – là, je dirais que Penda, en raison de la gravité des faits, aurait dû constituer un exemple pour tous ceux qui auraient envie de brandir le drapeau de l’ethnicisme et de s’en servir comme facteur de division.

Le Président Macky Sall, au moment de son élection, avait comme slogan « La patrie avant le parti ». Alors je pense qu’il urge d’appliquer cette maxime et de quitter momentanément la sphère de la politique politicienne, le temps de régler cette question ethnique une bonne fois pour toutes. Il y va de notre cohésion nationale !

J’ai pu lire ça et là des articles, tentant maladroitement de défendre le Président et de minimiser les faits. Mais je sais d’expérience que les frustrations peuvent être les catalyseurs de quantité de dérives. La Côte – d’Ivoire et la suprématie de « l’ivoirité » en son temps est un exemple plus qu’éloquent. Il ne suffit pas de se dire que le Sénégal est un et indivisible et de se renfoncer dans son fauteuil moelleux en regardant ailleurs, mais bien d’adopter une position tranchée, et d’éteindre ce brasier. Nous avons dans ce pays une pluralité d’hommes et de femmes très à même de donner leur avis sur la question et d’éloigner les velléités ethnicistes de notre contrée. Se taire n’est évidemment dans ce cas pas une option !

Car devant le mal, le silence est soit coupable, soit complice …

Bonne lecture,

NFK

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Publié dans Réflexion

OJ Simpson – Made in America 

OJ Simpson – Made in America

Si je devais écrire quelques lignes sur le puissant documentaire OJ Made In America, réalisé par Ezra Edelman, je dirai que ce documentaire en 5 parties, en plus d’aborder la puissante question raciale aux US, revient sur la trajectoire d’un homme tourmenté et rattrapé par son passé.

Il ne se voyait pas noir, n’avait que des amis blancs ou presque, pour lui la couleur n’existait pas et n’était pas un facteur pouvant bloquer son ascension. Atteint de « cécité » raciale, sa célèbre phrase « I am not black, I am OJ » restera dans les annales. Car au moment où d’autres porteurs de voix tels que Mohamed Ali s’offusquaient et dénonçaient les dérives policières contre les noirs, lui se taisait.

Deux choses m’ont tourmentée après le visionnage de ce documentaire : comment cet homme charmant, que tout le monde adorait, a – t – il pu pendant tant d’années maltraiter ainsi sa femme … blanche? Désir de la soumettre, de la posséder, d’en faire sa chose, alors que sa première femme, (noire) elle, n’a jamais souffert de maltraitance …

Le débat est ouvert !

De plus, cette communauté noire dont il ne s’est jamais réclamé, a finalement été son « sauveur ». Durant son procès fleuve suite au meurtre de sa femme Nicole Brown et du serveur Ron Goldman, ses avocats se succèdent a la barre, tous plus éloquents les uns que les autres et parviennent à l’acquitter.

OJ est libre. Mais est condamné 13 ans plus tard à 33 ans de prison pour braquage alors qu’il voulait récupérer des objets lui appartenant chez des collectionneurs … Le karma …

Il a toujours clamé son innocence, mais ses antécédents de mari violent, son ADN retrouvé sur la scène du crime, ses menaces à l’encontre de Nicole, tout cela a joué en sa défaveur.

Il n’y a pas de problématique plus importante dans la société américaine que celle de la race … Ses avocats ont joué la carte de la race pour l’innoncenter, car ce n’était plus une simple affaire de crime pasionnel, mais le procès de la police de LA contre la communauté noire. Comprenne qui peut.

Ezra Edelman a réalisé un film qui se regarde comme un livre, car chaque minute qui passe, nous permet de voir les différents protagonistes, qui chacun livrent leur part de vérité ou de mensonges, nous permettant d’assister aux différents rebondissements de cette affaire. En replay sur le site de Arte jusqu’au 07 Août ou en streaming juste ici : https://openload.co/f/ac34azl3VrM

A must see !

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Les pêcheurs – Chigozie Obioma

fishermenCe livre est une tragédie, le genre d’histoire qui arrache des larmes à la lecture, en occultant que c’est de la fiction. Mais la fiction est quelque part nourrie de nos réalités, non? Toujours est – il que la lecture de Les pêcheurs m’a tellement émue que j’ai mis deux fois plus de temps à le terminer, car je redoutais le lot de tristesse qui émanait de chaque page tournée. Quinze jours pour un livre, vous vous rendez compte? Un record !

Ikenna, Boja, Obembe et Benjamin sont quatre garçons issus d’une famille vivant à Akure, une ville rurale du Nigeria. En sus d’eux quatre, leurs parents ont deux autres enfants, bien plus jeunes qu’eux, David et Nkem.

Leur père est un cadre de la Banque Centrale du Nigéria, qui est souvent affecté à l’extérieur d’Akure. Il vient de nouveau d’être affecté et rentre à la maison tous les week -ends. Les enfants sont sous l’autorité de leur mère, qui n’est pas très regardante sur leurs activités, occupée qu’elle est entre ses activités au marché et la gestion de la maison.

Laissés à eux – mêmes, les garçons se trouvent des occupations après l’école. Celles – ci les mènent à l’Omi – Ola, le fleuve pas très loin de chez eux, où ils apprennent à pêcher. Le fleuve est pourtant réputé maudit, car ayant englouti des centaines d’hommes, mais ça ne les arrête pas. La correction que leur père les administre après que la voisine les ait dénoncés ne les arrêtera pas non plus, de même que leurs prises insignifiantes. Il suffira qu’Abulu, le fou que tout le monde fuit, celui qui a violé sa mère et passe son temps à se triturer le sexe dans les rues d’Akure, prédise qu’Ikenna serait tué par son frère Boja.

Cette terrible prédiction change le cours de l’existence des garçons. Ikenna devient taciturne, violent, et attend son heure. Leur mère aura beau prier, exorciser, l’irréparable se produira : Ikenna meurt d’un couteau enfoncé en plein thorax par Boja, qui de terreur, s’est jeté dans le puits de la cour familiale.

Deux enfants perdus en une fois, c’en est trop. La mère sombre et est internée en cellule psychiatrique, et le père rentre s’occuper des quatre enfants qui lui restent. Le deuil n’aide pas à effacer la douleur, et Obembe arrive à convaincre Ben que leurs frères doivent être vengés et que Abulu doit mourir. Leur plan arrivé à exécution, une autre tragédie survient. Obembe, pris de panique, s’enfuit et Ben purge une peine de huit ans de prison. Les lettres que lui envoie son frère en prison, via Igbafe, le jeune voisin témoin de tout, l’aident à tenir …

Chigozie Obioma nous livre dans Les pêcheurs une fresque socio – culturelle poignante. La famille de Ikenna, Boja, Obembe et Benjamin est une famille comme on n’en voit partout, ne roulant pas sur l’or, mais les parents tenant à inculquer à leur progéniture une bonne éducation, faite de valeurs et de respect. Avec des mots simples, Chigozie Obioma nous entraîne dans le quotidien de cette famille déchirée par le deuil, les disparitions à répétition et c’est en cela que Les pêcheurs. Vous ne manquerez pas de verser une petite larme à la lecture de certaines scènes, comme celle où Ikenna trouve la mort et où les deux frères fomentent leur plan de vengeance.

chigozieC’est en cela que réside tout le talent de l’auteur. Par petites touches, sans trop en faire, il nous prend la main et nous entraîne dans un Nigeria miné par la corruption, où les oga font la pluie et le beau temps. Le Nigeria est un vivier fécond où émergent chaque année des romanciers de talent. Après Leye Adenle, mon autre découverte littéraire nigeriane (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/05/03/lecture-coup-de-coeur-lagos-lady-leye-adenle/ ), Chigozie Obioma vient figurer dans ma liste d’auteurs nigérians à suivre.

Lisez Les pêcheurs, vous serez d’accord avec moi !

Bonne lecture,

NFK

 

 

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Mon album du moment : 4:44 de Jay-Z

Jay-ZDepuis la sortie de Magna Carta Holy Grail en 2013, Jay – Z n’avait pas sorti d’album studio. Avant MCHG, il y a eu les excellents Watch the Throne, son album commun avec Kanye West, the Blueprint III, American Gangster, Kingdom Come, pour ne citer que quelques – uns des albums de la si riche discographie de Shawn Corey Carter aka Jay – Z. Quatre ans donc, que nous patientions pour que Mr Carter daigne (nous) offrir un nouvel opus.

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous saurez que ma relation avec Jay – Z date d’il y a longtemps. Pas relation amoureuse, entendons – nous bien; car je n’ai pas les atouts pour concurrencer Beyoncé. Mais une relation de fan à vedette. J’ai commencé à écouter les sons de Jay – Z adolescente déjà, et en grandissant, mes goûts se sont encore plus affutés en sa faveur. Jay – Z, c’est celui qui m’a fait faire des kilomètres en TGV à la sortie des cours pour pouvoir assister à ses concerts à Bercy; respectivement pour the Blueprint III Tour et Watch the Throne en 2011 et 2014. Je me suis procuré les billets au « marché noir » à des montants que je n’ose pas révéler ici, mais quand on est fan, on est FAN !

Depuis la sortie de MCHG et passée sa période promotionnelle, Jay – Z avait sorti très peu de sons, était apparu dans très peu de shows aussi, mis à part l’arrière d’un yacht amarré dans une quelconque eau turquoise, à se dorer la pilule avec Beyoncé, ou les front rows des cérémonies d’awards musicaux, il se faisait discret, mènant sa vie de mari et de papa.

Néanmoins, en bonne star des US, sa vie continuait de nous passionner, surtout sa vie privée. A côté de ma playlist quotidienne composée de la plupart de ses hits, je suivais son actu, le plus souvent via Beyoncé. A moins que vous ayez vécu dans une grotte ces derniers temps, vous avez dû être au courant du scandale de Betty with the good hair aka la pseudo – maîtresse de MyHova et la confrontation de Solange Knowles et de Jay – Z dans un ascenseur qui en a suivi. Les supputations allaient bon train, entre un hypothétique divorce des Carter, leur séparation de corps, ou encore le fait que cette supposée maîtresse ait plusieurs autres semblables.

JAYZJusqu’à ce que Beyoncé accouche de ses jumeaux Sir et Rumi Carter il y a quelques jours – après l’annonce de sa grossesse via un photoshoot très réussi (d’après ses fans tout au moins). Comme Mr Carter ne fait jamais les choses à moitié, quelques temps après, un film en noir et blanc a commencé à circuler sur la toile, film mettant en scène Lupita Nyong’o et Maharshala Ali. Film publicitaire? Teasing d’un album? 4:44 sera finalement le 13e album studio de Jay – Z. La symbolique autour du chiffre 4 s’explique par le fait que Jay – Z a composé le morceau 4:44 à 4h44mn du matin et le morceau est au coeur du projet.

Décortiquage de la playlist de cet opus que je considère déjà comme étant l’un des plus aboutis de Jay – Z. A 47 ans, il en a vu, vécu et entendu tellement de choses qu’il se met à nu dans ce 13e album. Après quinze jours d’écoute non – stop, je trouve enfin les mots pour parler de 4:44.

* Kill Jay – Z : ce titre a créé le buzz autour de la sortie de 4:44 et a été le prétexte du film dont j’ai parlé plus haut. Dans ce titre, à la manière d’un Stan écrivant une missive à Slim Shady, Kill Jay – Z permet à son auteur d’écrire à son alter ego Shawn Carter qu’il semble vouloir assassiner. Il s’en prend à Shawn Carter qui, de par ses infidélités, a failli perdre la plus belle fille du monde – Beyoncé. Il se permet même une allégorie, en donnant l’exemple d’un couple fort médiatisé dans les années 1980, Halle Berry et Eric Benet.

* The Story of OJ : l’histoire de OJ Simpson, sa fuite devant les caméras et son procès surmédiatisé suite au meurtre de sa femme Nicole Brown est l’une des histoires qui ont passionné les Usa et continue de faire parler de lui. « I am not black, I am OJ », clamait cet athlète adulé de toute l’Amérique, blanche comme noire. OJ Simpson croyait que le fait qu’il soit un athlète adulé de toute l’Amérique ferait oublier sa couleur de peau. Des accusations de meurtre, son procès et le verdict controversé – acquittement du jury – lui permettront de se rendre compte qu’il n’est qu’un black parmi tant d’autres.

Jay – Z, à travers l’affaire OJ Simpson, se pose en professeur donnant un cours aux jeunes générations, de rappeurs ou de noirs tout simplement. L’expérience acquise, les coups reçus en cours de route, le background d’ancien dealer repenti, toutes ces caractéristiques donnent à Jay – Z la légitimité de s’adresser à qui de droit. De plus, il leur montre que quoi qu’ils puissent faire, ils seront toujours considérés comme des noirs : « Light nigga, dark nigga, faux nigga, real nigga 
Rich nigga, poor nigga, house nigga, field nigga 
Still nigga, still nigga ».

Les rappeurs sont catalogués comme des brutes épaisses, couvertes de bijoux clinquants et rien dans le ciboulot, mais cette chanson permet de dépasser ces clivages et vient confirmer cette célèbre phrase de Jay – Z : « I am not a businessman, I am a business, man ! »

* Smile : j’étais déjà tombée en admiration de la belle voix d’actrice de cinéma de Gloria Carter, la maman de Jay – Z dans le titre December 4th, tiré de the Black Album. Pour qui connaît la chanson, je crois que nous sommes tous tombés d’accord que les quelques mots prononcés par Madame Carter valent leur pesant d’or. De sa voix de baryton, elle disait en substance ceci dans l’intro du morceau :  » Shawn Carter was born December 4th
Weighing in at 10 pounds 8 ounces. He was the last of my 4 children. The only one who didn’t give me any pain when i gave birth to him. And that’s how i knew that he was a special child », et un peu plus tard, « Shawn was a very shy child growing up. He was into sports. And a funny story is. At 4 he taught hisself how to ride a bike. A two wheeler at that. Isn’t that special? But, i noticed a change in him when me and my husband broke up ».

Superbe, n’est – ce pas?

Dans Smile, Jay – Z permet à sa mère de faire son coming – out. Eh oui, vous avez bien lu, coming – out ! Une maman de 4 enfants qui découvre et fait découvrir au monde entier qu’elle a vécu dans le « mauvais » corps toute sa vie et vit enfin à la face du monde sa … différence ! Je trouve le procédé courageux, car dans une époque où affirmer son droit à la différence est une hérésie, il faut vraiment le faire ! Gloria Carter a longtemps dissimulé son homosexualité par peur du regard d’autrui, et aussi le fait que son fils soit une figure publique l’a toujours freinée.

En samplant la chanson épique de Stevie Wonder, Love’s in need of love today, Jay – Z réussit un coup de maître !! J’imagine son émotion en lâchant ce couplet : « Mama had four kids, but she’s a lesbian/Had to pretend so long that she’s a thespian,” rapped Jay-Z, whose real name is Shawn Carter. “Had to hide in the closet, so she medicate/Society shame and the pain was too much to take.”

Elle termine le morceau par ce superbe poème : « Living in the shadows. Can you imagine what kind of life it is to live? In the shadows people see you as happy and free. Because that’s what you want them to see. Living two lives, happy but not free. 

You live in the shadows for fear of someone hurting your family or the person you love. The world is changing and they say it’s time to be free.

But you live with the fear of just being me. Living in the shadows feels like the safe place to be. No harm for them. No harm for me.

But life is short, and it’s time to be free. Love who you love, because life isn’t guaranteed.

Smile.« 

Tout est dit !

* Caught their eyes est mon autre chanson préférée de 4:44. Non seulement parce que Jay – Z a samplé l’icônique Baltimore de Nina Simone, mais aussi parce qu’il est accompagné du talentueux Franck Ocean en feat. Jay – Z va beaucoup plus loin dans cette mise à nu, qui est décidément la marque de fabrique de 4:44, en évoquant la triste réalité qui l’a opposé au chanteur Prince, du vivant de celui – ci et tous les regrets qu’il est amené à avoir face à ce fâcheux épisode, n’hésitant pas à nommer des personnes qui ont encensé ce beef.

444Extrait : « I sat down with Prince, eye to eye 
He told me his wishes before he died 
Now, Londell McMillan, he must be color blind 
They only see green from them purple eyes 
They eyes hide, they eyes high 
My eyes wide shut to all the lies 
These industry niggas, they always been fishy 
But ain’t no Biggie, no lazy eye, huh 
This guy had ‘Slave’ on his face 
You think he wanted the masters with his masters? »

Wooooow !

* 4:44 : parlons maintenant de la chanson qui a donné son nom au projet. 4:44 est une sorte de lettre adressée à la bien – aimée de Jay – Z et mère de ses enfants, Beyoncé Knowles. Il s’adresse à elle avec une honnêteté à nulle autre pareille, en lui confiant son immaturité en amour, son désir de se faire pardonner de ses incartades antérieures, et l’image de l’homme impitoyable en affaires et grand fêtard devant l’Éternel en prend un sacré coup. Ce mea culpa musical, quoi qu’on puisse en dire, mise en scène,  fausses excuses, aura réussi l’exploit de transformer un homme de 47 ans en adolescent qui a tout à découvrir à l’amour.

Cette phrase en résume son esprit : « I suck at love, I think I need a do – over ».

Suivent Family Feud, qui parle bien sûr de la famille, des enfants Blue et les jumeaux qui ont changé sa façon de voir la vie, Legacy, dans la suite de The story of OJ, toujours dans cette projection vers la postérité, BAM, un son riddim en feat. avec Damian Marley, Marcy Me, Moonlight …

Si je devais donner une note à 4:44, ce serait 9/10, et si je devais le qualifier, je dirais que c’est l’album de la maturité. A 47 ans, je crois que Shawn Carter a fait le tour de sa vie, fait le point sur beaucoup de choses et c’est en homme conscient de ses faiblesses et manquements qu’il vient poser son flow légendaire dans cet album. Je ne serais pas étonnée si j’entendais que Jay – Z arrêtait sa carrière après ce 13e album, car en faisant la revue des 10 titres qui le composent, il nous livre sa part de vérités certes, mais aussi d’héritage. En abordant des sujets personnels comme son amitié avec Kanye West désormais appartenant au passé, malgré le long campagnonnage, son infidélité, ses enfants, son importance de MC dans la culture afro – américaine, il nous montre ainsi n’avoir plus rien à prouver.

D’aucuns disent que cette confession sous fond musicale sent le déballage et le marketing à plein nez, comme les Carter sont souvent accusés (à tort?) de le faire, je pense qu’il faut écouter l’album dans son entièreté pour oser émettre une critique, quelle qu’elle soit, et je vous le dis, avec toute mon objectivité, le statut de fan inconditionnelle mise à part …

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Lu et adoré : La face cachée de Ndongo Lô

Il était une fois l’histoire d’un petit garçon de la banlieue qui avait une passion : la chanson. Mais son père ne l’entendait pas de cette oreille. Car dans cette jungle qu’était Pikine, il fallait coûte que coûte que sa progéniture se tienne loin des mauvaises fréquentations. Et une carrière de chanteur était la plus sûre voie pour en avoir. Le clash entre le père et le fils s’opère. Ce dernier est mis à la porte de la demeure familiale, sous les yeux impuissants de sa mère et de ses frères et soeurs.

Ce petit garçon, c’est Ndongo Lô, Ndongo Niang à l’état – civil.

ndongo1Avant de vous parler plus longuement de la vie et l’oeuvre de ce génie de la musique trop tôt arraché à notre affection de mélomanes, laissez – moi d’abord féliciter celui qui a eu l’excellente idée d’écrire un livre sur Ndongo Lô, en l’occurrence Déthié Ndiaye. Ndongo Lô est décédé en 2005, et douze ans après, l’amour que lui portent ses fans demeure intact. Il s’est même intensifié les années défilant. A part quelques émissions télé, des interviews de ses proches, aucun hommage véritable n’a été rendu à cet artiste de talent. Pis même, la ville de Pikine qui l’a vu grandir et qu’il a tant chantée, n’a pas la plus petite ruelle portant son nom.

Déthié Ndiaye est donc venu réparer cette injustice en écrivant La face cachée de Ndongo Lô. Il occupe toujours une large place dans ma playlist quotidienne, car douze ans après sa mort, ses chansons restent plus que jamais d’actualité. J’encourage vivement les critiques et les histoires à se pencher sur les parcours des musiciens, hommes politiques, notables, sportifs, en gros ceux qui ont marqué par leur parcours l’histoire de notre pays. Les ouvrages qui seront tirés de leurs vécus seront grandement utiles à la postérité et feront à coup sûr des émules.

Pour en revenir à la musique, après avoir lu les ouvrages autour de Baaba Maal (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/06/22/lu-et-approuve-baaba-maal-le-message-en-chantant-oumar-demba-ba/et Omar Pène (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/04/27/lu-omar-pene-un-destin-en-musique-de-babacar-mbaye-diop/), c’est avec un grand plaisir que j’ai lu La face cachée de Ndongo Lô.

Comme je l’ai écrit plus haut, Ndongo Lô sera mis à la porte de chez lui par un père intransigeant qui ne voulait pas entendre parler de musique sous son toit. Le jeune homme sera hébergé par diverses personnes, qu’il a avec gratitude remerciées dans chacun des trois qu’il nous a laissés, à savoir Ndoortel, Tarkhiss et Aduna.

Chants religieux, mariages, baptêmes, simb, kassak, Ndongo Lô ne négligera aucun moyen d’affûter sa jeune voix – déjà belle – se faire un peu d’argent pour aider sa mère – la brave Mariétou Fall – et avoir un public. L’attachement de Ndongo Lô à sa mère est sans commune mesure. Elle qui l’a aidé à parfaire ses textes, à croire en son étoile malgré le refus paternel, qui lui apportait des vêtements de rechange quand il logeait chez ses amis, mérite tous les honneurs.

La carrière de Ndongo Lô a été si courte qu’il n’a eu le temps de sortir que trois albums studio. Mais paradoxalement, elle m’a semblé être plus longue, du fait de sa fulgurance. Les années de galère cèdent vite le pas à des succès retentissants et le jeune homme frêle à la voix de velours commence à se faire une renommée dans le landerneau musical sénégalais.

ndongo2Ses amis et souteneurs font bloc autour de lui et le soutiennent. Ils ont pour nom Petit Mbaye, promoteur, Pape Diop, ancien Maire de Dakar, Alla Diop, le maître, Malick Diouf, DJily Niang, le manager, Habib Faye et Papis Konaté les musiciens, le groupe Jaam, Mayacine Diop, Djily Niang, Adji Goumbé, la bien – aimée, de même que ses frères. Ndongo gravit les échelons à toute vitesse et brille. Au – delà de l’aspect musical, il permet de dépoussiérer l’image chargée de préjugés (pas toujours favorables) accolée à l’évocation de la banlieue. Une nouvelle génération émerge et se décomplexe. A l’image de Mohamed Ndao Tyson, lutteur et précurseur du mouvement Bul Faalé, Pikine renaît.

Mais tout cela commence à ressembler à un conte de fées, alors que c’est loin d’être le cas. Son encadrement est informel, sa carrière mal gérée et il est au bord de l’épuisement. Sa générosité le pousse à prendre des décisions inconsidérées, qui le poussent dans des situations extrêmes, pouvant l’amener à n’avoir aucun revenu; après avoir gagné des milliers de francs lors d’une soirée. Mais il redistribue tout et reste sans le sou.

Et c’est là que la maladie interviendra. Il meurt brutalement en 2005, après avoir respecté l’engagement de trop. Mort sur scène, il laissera aux yeux de ses fans l’image d’un chanteur qui sera allé au – delà de ses capacités. A sa mort, les langues se délient, chacun y va de son commentaire, et difficile est de démêler le vrai du faux. En donnant la parole à ceux qui l’ont accompagné du début à la fin de sa carrière, Déthié Ndiaye nous permet d’avoir un autre aperçu de l’homme que fut Ndongo Lô. Les témoignages s’enchaînent, tous plus émouvants les uns que les autres. L’auteur parvient tour à tour à s’effacer pour laisser parler ses interlocuteurs, et ensuite reprendre le dessus pour commenter ces témoignages. On peut facilement avoir la larme à l’oeil, je vous préviens ! Et j’ai trouvé cela admirable, pour avoir lu l’ouvrage en 48h !

Bonne lecture et repose en paix l’artiste !

Je vous suggère ce superbe documentaire sur la vie de Ndongo Lô : https://www.youtube.com/watch?v=Z9p0O36xEmE&t=1052s

NFK

 

 

Publié dans Au Sénégal, Bouquinage, Réflexion

Lu et approuvé : L’empire du mensonge – Aminata Sow Fall

l empire 1Lire un (nouvel) ouvrage de Aminata Sow Fall est toujours un événement. Celle qui, avec Mariama Bâ, est l’une des précurseures des lettres sénégalaises, que dis – je africaines, a une plume extraordinaire et nous entraîne à chaque publication dans son univers.

Sa bibliographie est riche : L’appel des arènes, Le revenant, La grève des bàttu,Un grain de vie et d’espérance, L’ex – père de la nation, en passant par Douceurs du bercail et Les festins de la détresse, pour ne citer que ceux – là, nous avons grandi avec ses livres, car certains d’entre eux étaient au programme dans les collèges et lycées francophones, et d’autres adaptés au cinéma.

Donc, l’on voit que la renommée de Aminata Sow Fall n’est point usurpée. Son œuvre défie le temps et l’espace et conquiert les cœurs. Raison pour laquelle l’Académie Française lui a décerné, entre autres distinctions, le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en 2015. Partie du Sénégal (son premier roman, Le revenant, paraît aux Nouvelles Editions du Sénégal – NEAS – en 1976), elle est traduite dans près de dix – neuf langues et est étudiée dans quantité d’universités de par le monde.

Quand j’ai vu l’annonce de la parution de son nouveau roman, j’étais toute excitée. Et pour cause … Son dernier livre, Les festins de la détresse (Editions Caec Khoudia, Alliance des éditeurs indépendants, 2005), est paru il y a douze ans déjà. Depuis lors, elle a certes écrit des nouvelles, et a été invitée à des conférences un peu partout, mais aucun livre n’est paru. Douze ans que nous patientions …

Présenté à Keur Birago, le siège de l’Association des écrivains du Sénégal, la cérémonie de dédicace de L’empire du mensonge refusa du monde. Admirateurs, consoeurs et confrères, journalistes, amis, famille, ils étaient tous là pour communier avec la grande dame de lettres (https://africulturelle.com/2017/05/25/hommage-a-aminata-sow-fall-par-ndeye-fatou-kane/).

L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes … authentiques. Comme si celles – ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs autributs authentiques.

lempire 2Piquée au vif, jusque dans sa chair de femme par les propos de l’ex ambassadeur, Borso mettra sur pied une pièce de théâtre intitulée « L’empire du mensonge ». Parce qu’elle est comme ça, Borso. Entière, vraie, dénuée de faux – semblants, croyant fermement en ces valeurs que lui ont inculqué Yaay Diodio et Mame Fara Diaw, ses nobles parents. Tout comme sa jumelle Yacine et leur amie d’enfance Coumba, elle avance dans ce grand tourbillon qu’est l’existence la tête haute et le regard braqué droit devant elle.

Avec Sada, le mari de Yacine et ses amis Boly et Mignane, sans oublier Diéry, la mascotte du groupe, ils forment une bande de jeunes gens qui se disent la vérité en toute occasion, croyant fermement que l’honnêteté est une valeur indémodable. Raison pour laquelle lorsque Sada s’écarte un tant soit peu de ce chemin, sa bande d’amis n’hésite pas à le lui faire comprendre. Car son honorable aïeul, Serigne Modou Waar, est connu et reconnu pour son érudition, mais aussi pour sa droiture.

Sada grandira dans une petite bicoque à l’ombre des filaos près de la décharge publique, et épaulé par Taaw et leur père Mapaté Waar, se battra pour s’en sortir, malgré les vicissitudes de l’existence et un mépris dû à ses origines modestes.

Aminata Sow Fall écrit encore une fois un roman magistral, dans son style bien à elle, fait de fluidité (j’ai lu livre en 24h!), d’un brin de philosophie à travers les expressions wolof qui parsèment l’ouvrage, mais aussi de leçons de vie. En nous dépeignant la trajectoire de Sada, obligé de revendre de la ferraille pour subsister, elle met en lumière les laissés pour compte, les « petites » gens, qui font tellement partie de notre quotidien qu’on finit par ne plus les voir.

De plus, la soif de richesses, le désir des hommes de s’élever socialement en bradant au plus offrant honneur et dignité, sont autant de facteurs qui font que le mensonge s’est solidement ancré dans nos mœurs et l’auteure, avec L’empire du mensonge, le (dé) montre avec brio.

L’empire du mensonge, à lire et à faire lire !

Bonne lecture,

NFK