Félicité ou l’hymne à la vie …

367249-thumb-full-felicite_d_alain_gomis_bande_annDès la première scène, le ton est donné. On la voit, micro au poing, voix haut perchée, qui chante … Dans ce nganda/maquis/débit de boissons, nombreux sont les hommes venus étancher leur soif, mais aussi admirer la belle Félicité. Elle est bien là, poitrine pigeonnante, ondulant doucement du bassin, ses yeux fixant loin l’horizon, indifférente à la foule d’admirateurs venus lui conter fleurette et qui se battent pour acquérir ses faveurs. Mais quels yeux ! Durant les 2h03 qu’a duré le film, je ne voyais que ses yeux …
 
En s’y plongeant, on y décèle la résilience, la combativité, le refus de se laisser dicter quoi que ce soit.
Seuls l’intéressent les billets de banque amassés et son fils unique. Mais le sort s’abattra sur elle, avec l’accident de moto dont sera victime son fils chéri. Commencera alors la tournée des débiteurs, et Félicité usera même de la force parfois pour rentrer dans ses fonds, car l’opération de son fils n’attend pas. Sinon, c’est l’amputation. Après une journée passée à réunir la somme nécessaire, elle arrive trop tard, la jambe abîmée a été coupée. Commence alors une nouvelle phase de sa vie, celle où elle doit tout gérer de fond, avec le calme et la hargne qui la caractérisent.
 
Mais Kipanga a l’habitude. Revenue d’entre les morts, alors qu’elle était sur le point d’être enterrée, elle portera le nom de Félicité …
 
Felicite-Alain-Gomis.jpgCette femme fière et digne tentera tout le long du film de contourner les tentacules de cette immense ville qu’est Kinshasa, car à Kin la Belle, soit on survit, soit on est bouffé. Et ça Félicité l’a biencompris !
 
Alain Gomis a fait un film puissant, réaliste, mais surtout humain.Car je crois qu’il y a un peu de Félicité en chacun de nous, dans notre aptitude à faire face aux vicissitudes de la vie.
 
Et que dire de la bande son ! Elle est d’une beauté à couper le souffle ❤
 
Allez le voir ou le (re) voir, il sort en salles demain !

David Diop – Le renégat 

David Mandessi Diop est un poète de la négritude, farouche défenseur de la cause africaine (XXe siècle). 

Né en France, d’un père sénégalais et d’une mère camerounaise, M. Diop faisait de ses poèmes de vraies armes de combat dans une période de lutte contre le colonialisme européen.

En 1956, il publiait dans la revue «Présence africaine» un pamphlet intitulé «Autour des conditions d’une poésie nationale chez les peuples noirs», lequel devait servir plus tard de préface à son recueil de poèmes «Coups de pilon». 

Dans ce pamphlet, M. Diop décrivait la francophonie avec un pessimisme tragique, car tout succès des littératures d’expression française lui semblait être un succès de «la colonisation qui, lorsqu’elle ne parvient plus à maintenir ses sujets en esclavage, en fait des intellectuels dociles aux modes littéraires occidentales».

On saisit alors le déchirement de M. Diop qui, privé de l’usage des langues africaines et coupé de ses terres ancestrales, était convaincu qu’en écrivant dans une langue qui n’était pas celle de ses aïeux, il ne pouvait réellement traduire le chant profond du continent africain.

Le renégat est un poème qui figurait fans Coups de pilon. J’aime particulièrement ce texte pour le thème bien sûr (ai-je besoin de le dire?), la justesse de la langue, et l’intonation, car j’ai l’impression qu’en le lisant, chaque mot claque tel un fouet.

Rendez vous – en compte avec les lignes qui vont suivre. 

LE RENÉGAT

Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite

Mon frère aux lunettes d’or

Sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître

Mon pauvre frère au smoking à revers de soie

Piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance

Tu nous fais pitié

Le soleil de ton pays n’est plus qu’une ombre

Sur ton front serein de civilisé

Et la case de ta grand-mère

Fait rougir un visage blanchi par les années d’humiliation et de Mea Culpa

Mais lorsque repu de mots sonores et vides

Comme la caisse qui surmonte tes épaules

Tu fouleras la terre amère et rouge d’Afrique

Ces mots angoissés rythmeront alors ta marche inquiète :

Je me sens seul si seul ici !

Poème de DAVID DIOP, Coup de Pilon, © Présence Africaine Editions

Bonne lecture,

NFK

Tu le regretteras …

Quand je n’ai rien à faire et beaucoup de temps à « tuer », j’aime bien me poser (dans un café ou en plein air, c’est selon), lire (ou faire semblant de lire, hahahhahaha ça m’arrive aussi), observer les gens autour de moi, m’imprégner de leurs conversations, et ceci permet de constituer une matière pour mes écrits, que ce soit dans ma petite bulle ou les écrits romanesques … En atteste ce post. Vous me comprendrez mieux avec les lignes qui vont suivre.

J’étais donc tranquillement installée ce jour – là dans l’un de mes salons de thé favoris au centre – ville, sirotant mon Coca et picorant dans mon assiette de salade quand deux jeunes femmes firent leur entrée. L’une un peu enrobée, ventre de femme enceinte bien en évidence, alliance à l’annulaire gauche, bijoux en or scintillants en cette fin de journée. La femme sénégalaise dans toute sa splendeur en somme … Celle qui l’accompagnait n’en était pas moins joliment mise, mais aucune alliance ne brillait à son doigt. Une femme mariée et une autre pas mariée. La discussion promettait d’être intéressante. Comme en écho à mes pensées, elles s’installèrent non loin de moi.

176787577Avant même que le serveur ne vienne prendre leurs commandes, elles se lancèrent dans un débat animé, comme s’il avait été commencé avant leur arrivée en ces lieux. Et parmi le flot de mots qui sortaient de leurs bouches, les mots cuisine et conjoint revenaient souvent. Je tendis l’oreille. Mais quoi, on en apprend des choses en écoutant les personnes autour de nous, non ?

La mariée soutenait mordicus qu’une femme digne de ce nom se devait de faire la cuisine pour son cher époux, car un homme tenait à ce que sa femme maîtrise l’art culinaire. De plus, ajouta – t – elle malicieusement,  «un homme, on le tient par le ventre et le bas – ventre ». Donc, en sus des galipettes sous la couette, la femme devait être un cordon bleu. Que diraient les amis du mari ou sa famille s’il s’avérait que sa femme ne savait pas cuisiner ?

La non – mariée, la fureur déformant ses traits, soutenait mordicus le contraire. Une femme se devait d’être tout sauf une bonne à tout faire, servant uniquement à faire la cuisine et à satisfaire son seigneur d’époux. Qu’elle sache cuisiner ou pas, son mari ne devait pas en faire un problème et cela ne devait pas être une condition sine qua none pour la sauvegarde de son mariage ! Ce à quoi son amie répondit que si elle ne prenait pas des cours de cuisine avant de trouver chaussure à son pied, elle le regretterait amèrement !

Les deux amies quittèrent les lieux sur ces entrefaites, n’ayant pu trouver de terrain d’entente, chacune campant sur ses positions. Leur conversation me donna envie d’écrire ce post, et avant de me prononcer sur cette épineuse question, j’ai voulu donner la parole à six femmes : SN, AD, FS, CGG, MM et ML. Chacune d’elles, en fonction de sa situation matrimoniale et de son expérience, m’aura livré ses impressions.

SN, mariée et mère d’un petit garçon, m’a confié ceci : « Etant moi – même une passionnée de cuisine, j’aurai pris le rôle de la femme mariée au cours de cette conversation mais les idées de son interlocutrice n’en sont pas moins fondées.

Mon mari, un homme mal nourri (bon allez j’exagère un peu lol) célibataire vivant chez ses parents, n’a pas eu la possibilité de découvrir certains bons plats car comme toute famille sénégalaise, les trois repas se résument comme suit : petit déjeuner (pain thon, beurre, chocolat), déjeuner (tiep, tiep, tiep), dîner (sauce, fritures de poisson, viande en sauce). Au cours de nos toutes premières conversations, j’ai découvert quelqu’un qui aimait la bonne cuisine, et personnellement c’était devenu sans le faire exprès mon point fort, mon arme de séduction.

Aujourd’hui nous sommes mariés, et monsieur ne mange jamais ailleurs, son excuse sama lokho diabar mo saf mdrrr ! Et c’est toujours mon point fort même quand on est fâchés (ce qui arrive dans les couples) il ne peut se contenir devant même une simple omelette espagnole ; il terminera toujours son repas  par un « madame sa réér bi nékhna barina, dama khamoul nouméy déf sans toi, ya bakh ci sama biir bi ».

Et c’est le plus beau compliment qu’un homme ou plutôt que mon homme puisse me faire. Qui n’aime pas les compliments? C’est toujours un plaisir pour moi de satisfaire les envies culinaires de mon époux. Même étant une femme active, je rentre parfois très tard mais je lui cocotte mes bons petits plats avec le même défi tous les jours : lui faire découvrir de nouvelles saveurs. En trois ans de mariage, jamais ma domestique n’a cuisiné pour mon mari, et j’en suis fière.  Ma grand-mère m’a dit un jour (elles le disent toutes d’ailleurs) l’homme a deux plaisirs : celui du ventre et celui du bas-ventre, si tu arrives à le satisfaire au moins sur l’un des deux, dis – toi que ta mission d’épouse est remplie à 50% ! Je fais partie de ce groupe de jeunes femmes mariées qui ont expérimenté les conseils de grand – mère et qui approuvent à 1000%. »

AD, en couple, pense ça sur la question : « Personne ne m’a appris a faire la cuisine. C’est une passion qui est née en regardant les dix mille magazines de ma mère (Femme Actuelle, Voici) et même dans les Picsou, il y avait toujours une recette dans les dernières pages . Idem pour mon frère, qui a entendu toutes les railleries possibles quand il allait faire son petit marché dans les boutiques du quartier. Aujourd’hui vivant seul avec ma mère, il est en charge de faire à manger.

Pour revenir sur le sujet, je suis célibataire et j’adore cuisiner. J’aime inventer des recettes en fonction du contenu de mon frigo. Par contre, je me vois mal passer des heures dans la cuisine pour mon futur mari et encore moins être la seule à cuisiner. J’ai discuté avec des femmes mariées dont une qui a divorcé, et elle me disait qu’elle passait sa vie dans la cuisine à faire à manger tous les week – ends alors que la semaine, elle bossait tout comme son cher époux et que les seules fois où elle profitait de son homme c’était dans le lit et encore … Et que si c’était à refaire, elle ne le referait jamais.

Je pense que les tâches doivent être reparties en fonction du temps et non des aptitudes. Même si monsieur est nul en cuisine, il pourra se rattraper avec des mets moins élaborés, mais juste histoire de ne pas rentrer dans une routine, qui à la longue devient 10-must-do-things-before-you-turn-30-6merdique.

Je prends l’exemple de mon beau – frère. Avant de venir vivre en Amérique, il n’avait jamais utilisé une marmite. «Malheureusement», il a épousé une femme qui ne sait pas cuisiner donc, vu qu’il aime la bonne bouffe, il a été obligé d’apprendre et aujourd’hui c’est un chef (thiebou djeun, thiebou yaap, nems … tout ce qu’il fait un régal) ! Donc l’histoire de tenir un homme par le ventre, it’s bullsh*t ! Je ne sais pas encore où je vais avec l’homme que je fréquente actu, mais je sais une chose : j’ai mis les points sur les i dès le depart et il dit aujourd’hui qu’il voudrait apprendre à faire la cuisine avec moi … Certains crieront que je suis comme ça car je suis «occidentalisée», but NO …

J’ai grandi dans une famille où ma mère faisait rarement à manger (car il y avait, dans le pire des cas où la bonne n’était pas la, mes tantes). Elle préférait jardiner ou ranger (elle est une maniaque du rangement). Mon père, quant à lui, aimait aller chercher du poisson frais et faisait du laak djeun wala pepe soup. Et tout le monde se régalait. On preferait meme manger ça qu’un thiebou djeun !! »

FS, célibataire, dit : « Tout d’abord je me présente : j’ai 28 ans, je vis en France depuis 2007 et je suis célibataire. Quand j’étais plus jeune et que j’habitais au Sénégal, j’avais l’habitude de cuisiner durant les week – ends. Je n’ai jamais été un As et je n’aime pas passer des heures à cuisiner. D’ailleurs mes frères n’étaient presque jamais ravis que je prépare le repas du jour mdr ! Lorsque je suis arrivée en France, je faisais la cuisine à la même fréquence, c’est – à – dire durant les week-ends (parfois 1 week end sur 2). C’était vraiment en fonction de mes envies. Le reste du temps, je me contentais des repas du restau U ou des fast – food, des restaurant sénégalais … Avec le temps, ça n’a pas changé. Aujourd’hui, je cuisine uniquement si l’envie se présente (maximum 3 fois par mois lol) et je ne prépare que des plats très simples et rapides (kaldou, fajitas, pâtes, crêpes, omelettes … ).

Durant les périodes où j’ai été en couple, l’idée de devoir faire la cuisine tous les jours pour garder mon copain ne m’est jamais passée par la tête. Je ne suis pas sa mère, ni sa servante, ni son esclave. Je pars du principe que quand je rencontre un homme, il se rendra compte très rapidement que je n’aime pas cuisiner et qu’en règle générale, personne ne peut me forcer à faire quelque chose. Il aura deux choix : m’accepter comme je suis (nulle en cuisine) et reconnaître mes autres talents, ou partir, aller voir ailleurs sa bonne cuisinière !!!

Le nombre de fois où on m’a dit « Je ne te vois pas vivre avec un sénégalais, car les sénégalais tiennent vraiment à ce que leur femme sache cuisiner et qu’elle le fasse tous les jours « , Sougniou ma thii diokhone xaliss kone nékeu na millionnaire. Le plus souvent je n’ai absolument pas envie de répondre et ma réponse risque de déplaire lol. Si je veux rester correcte je réponds simplement : eh ben soit, heureusement qu’il n’ y’a pas que des sénégalais sur cette terre !

Heureusement qu’il y a des hommes qui aiment cuisiner, pour eux, leur entourage et leur chère épouse.  J’espère tomber sur un comme ça, par ce que moi aussi j’aime être servie. Bah oui il n’y a pas que les hommes qui aiment ce service. Je ne sais pas cuisiner et je n’en suis pas moins une femme. De plus si je le veux et lorsque je l’aurai décidé je pourrais tout simplement apprendre. Combien de femmes n’ont jamais su cuisiner avant d’être mariées? Des milliers, j’en suis sûre ! »

CGG qui est mariée, a cet avis : « Alors pour moi la question ne pose pas : quand  on aime cuisiner , le faire pour soi ou pour son mari est une chose tout à fait normale.

Étant une femme mariée et vivant à l’étrange, de surcroît sans cuisinière pour le faire à ma place, sans traiteurs à ma disposition  et ne pouvant pas me permettre de manger dehors tous les soirs, entrer dans ma cuisine , me concocter un bon petit plat pour moi et pour mon mari, le partager à table ou autour d’un bol, reste pour moi un moment privilégié. Il ne s’agit ni d’une contrainte ni d’une corvée, c’est un plaisir que je m’accorde et savoir ma cuisine appréciée m’est tout aussi agréable. Par contre, je reste persuadée qu’il ne s’agit pas là d’un critère pour se marier et encore moins la clé pour la réussite d’un mariage. »

MM, qui a une fois été mariée, m’a confié ceci : « MM 33 ans divorcée (pas parce que je ne cuisinais pas lol) ^^ J’ai eu la chance de tomber sur un ces hommes qui adoraient cuisiner pour sa femme et pour qui la place de la femme n’était pas qu’à la cuisine.

Pourtant quand je me suis mariée, l’un des premiers conseils reçus de mes tatas était d’être un cordon bleu pour Monsieur, qu’il ne devait en aucun cas mourir de faim (mouais comment avait – il fait toutes ces années hein? ),. du coup  je me tuais à la tâche pour être cette femme parfaite qui devait maitriser à la perfection tous les plats de maman ( et belle – maman).

Mais comme on dit  » ndong sama bakén » ba ma yemé ci dieukeur bou am khel lol ^^  Il savait que je ne pouvais pas toujours être aux fourneaux parce que je travaillais tout comme lui ; il avait des horaires flexibles qui lui permettaient de finir plus tôt que et il prenait du plaisir à cuisiner pour nous. Donc niveau cuisine j’étais sauvée ; je ne risquais pas de le perdre parce que je le tenais pas tout le temps par le ventre.

Sinon plus globalement concernant la séduction, toute sénégalaise,  jeune ou vieille, instruite ou analphabète a  ses astuces de séduction. Si certaines les trouvent ringardes, d’autres en ont fait des outils incontournables. Pour ma part bethio, bine-bine, némali et compagnie n’étaient pas forcément nécessaires, le plus important était de rester désirable sans pour autant user de milles et un artifices.

Pour retenir un homme , il n’y a pas que le sexe et la nourriture, c’est un travail quotidien, il suffit tout simplement d’être dans une optique de vouloir améliorer votre relation, chercher à innover, découvrir des choses nouvelles et ensemble. »

Pour clôre cette partie sur les avis, j’ai enfin recueilli celui de ML, en couple : « ML, célibataire, peu de talents culinaires. Je sais cuisiner ce que j’aime et quand je m’essaie à de nouveaux plats, il y a des chances que je me rate ou que je m’en sorte pas trop mal. Comme tout le monde non ? Si je comprends bien la question, une femme doit – elle absolument savoir cuisiner, si elle veut être wifey meterial ?  Well…

Je vais contourner la question. Je crois que tous, hommes et femmes devrions être capables de cuisiner un minimum, histoire d’être parés en cas de wouyayoye. Après selon mon expérience, j’ai été en couple avec un cordon bleu qui m’envoyait souvent des recettes et pour me faire plaisir cuisinait magnifiquement. Derrière j’ai appris qu’il s’est plaint de se sentir obligé, pauvre chou de devoir cuisiner vu mes piètres talents.

Sinon je ne prends pas ça comme un handicap, de ne pas savoir tout faire de l’entrée au dessert, de la cuisine locale à celle européenne asiatique etc… et je pense (j’espère foooort) que je trouverai un jour un homme qui ne cherche pas pour épouse une maman + bonne + bonus bas ventre. Il y a beaucoup de pression sociale sur ce qu’on pense qu’une femme devrait être et je crois qu’il nous revient de ne pas accepter de rentrer dans un quelconque moule et d’être juste nous – mêmes, flaws and all.

Je dois préciser que je trouve absolument sexy de savoir cuisiner. Pour un homme comme pour une femme. Savoir cette chimie, trouver ce qui relèvera ou révèlera le goût je trouve la cuisine très sensuelle et un mec qui cuisine bien, oui ça me fait quelque chose. Messieurs, refusez d’être le macho paresseux qui attend tout de le femme, essayez, ratez – vous, ou si vous vous y prenez mieux qu’elle apprenez lui, cuisinez ensemble, la vie est courte, vivons ! »

Well, me voilà servie !

Moi qui partais juste pour un article de quelques lignes, j’en ai eu pour mon argent comme on dit … Affaire de femme c’est toujours compliqué. Mais je suis éblouie et contente d’avoir pu recueillir les avis de ces six magnifiques femmes qui chacune avec un parcours (de vie) différent, a bien voulu m’en livrer un peu … Mariée, en couple, divorcée, célibataire, je vois bien que les avis divergent et varient. Dans nos sociétés africaines, et particulièrement sénégalaise, l’on n’a de cesse de seriner aux femmes toute leur vie durant qu’un homme on le tient « par le ventre et le bas ventre … » Combien de femmes réputées être des cordons bleu se sont vues larguées du jour au lendemain par une petite jeunette ne sachant pas distinguer un four à micro ondes d’un balai. J’extrapole un peu en disant cela, mais c’est juste pour m’appesantir sur le fait que certaines femmes placent la cuisine en plein cœur de leur arsenal de séduction, mais je pense que ce n’est pas une fin en soi. Entendons – nous bien, je respecte mes moroom mariées qui sont de véritables chefs dans la cuisine, mais there’s more than that pour construire et faire durer un mariage !

Je me moque souvent de moi – même en me définissant comme un cordon bleu « turquoise », pour mettre des mots sur ma nullité culinaire. J’ai toujours préféré les livres à la cuisine, et jusqu’ici je n’ai jamais eu à le regretter … Je crois qu’il faut faire sortir la femme de ce paradigme affaiblissant qui la cantonne à son rôle de cuisinière. Et comme dit plus haut par une de mes six interviewées, il faut cultiver la complémentarité …

Et vous, qu’en pensez – vous ?

Bonne lecture,

NFK

La plaie – Malick Fall

J’avais déjà écrit une note de lecture sur La plaie, superbe roman de Malick Fall. Vous pourrez la (re) consulter à travers ce lien https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2015/08/05/lu-la-plaie-malick-fall/, mais quand Pape Samba Kane (auteur de Sabaru Jinne https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/12/20/lu-et-approuve-sabaru-jinne-les-tam-tams-du-diable-de-pape-samba-kane/), me propose la sienne, je ne peux qu’accepter et la partager avec vous.

Je vous laisse l’apprécier !

« LA PLAIE » de Malick Fall : Du piment dans les fondements de la littérature sénégalaise

la_plaieCe roman singulier est écrit alors que nombre de nos écrivains renommés d’aujourd’hui, critiques accrédités et éditeurs installés sont encore sur les bancs d’écoles primaires et de collèges, et alors que, nouvellement indépendant, mais encore sous influence d’un colon qui ne néglige rien pour perpétuer son œuvre de domination polymorphe, notre pays balbutie une littérature, disciplinée ou révoltée, tout frappée de ces tares rédhibitoires qu’aussi bien l’asservissement que la révolte peuvent insidieusement insuffler dans la création. Pour la pervertir, l’affaiblir, l’affadir. Or, voici que Malick Fall -et à ma connaissance, il fut le seul au Sénégal, en cette période-, s’affranchissant des ces deux carcans, nous offrait de la littérature brute, créative et poétique, imaginative ! Purement et simplement.

Mais n’allons pas croire avoir à faire avec une création désincarnée, coupée de ses réalités diverses, indifférente à son environnement. Nous reviendrons sur ces aspects-là de ce roman, « La Plaie », car il nous paraît urgent de dire ceci – maintenant, parce que c’est ce qui nous a lié à ce livre dès que nous l’avions ouvert – : Que ce texte est bien écrit !!! Et avec poésie, humour, sensibilité, distance… En voici un exemple, ci-dessous.

« Elle déménageait, toute la maisonnée. L’homme portait la chambre à coucher : un grabat. La femme portait la salle à manger et la batterie de cuisine : une écuelle, une marmite, une calebasse et un pot à eau. L’enfant portait le salon : un banc. Ils s’en allaient dans le vent, ni gais, ni tristes, l’un derrière l’autre. L’homme était grave, la femme résignée, l’enfant écarquillait des yeux aux dimensions du ciel. Et la petite troupe glissait sur le sentier, comme sur une pente fatale. » (P. 198). Ces cinq lignes prouvent que la littérature est universelle ; elles pourraient figurer dans les «Petits poèmes en prose » de Baudelaire sans se faire remarquer, sinon que par leur qualitative concision.

On pourrait multiplier les exemples de haute littérature avec des mots simples qui foisonnent en ce roman ressuscité, et dont on souhaite que, comme le héros de Malick Fall, ce Magamou porteur de cette plaie qui est devenue finalement son identité, il nargue la mort et l’oubli, tourmente les bienpensants de tous les temps. Car il y a de quoi porter bien des espérances sur ce roman qui, me suis-je laissé dire, était apparu, il y a un demi siècle, dans le ciel de la création africaine comme une comète lumineuse, si éblouissante et inattendue que la critique dominante d’alors choisit la facilité devant l’exceptionnelle interpellation. En l’ignorant… ou presque !

La préface de la présente édition, sous la plume du Pr. Alioune B. Diané, jette un brillant éclairage sur les raisons d’une attitude dictée moins par la peur de la subversion politique, dont cette œuvre, certes, est grosse, que par la panique devant les « pratiques littéraires d’une nouveauté radicale » que Malick Fall agita comme les étendards d’une révolution esthétique inattendue en un temps où règne le ‘’Roman social’’ réaliste, ou politique, militant de préférence, à tonalité presque toujours rhétoricienne. L’auteur de La Plaie, lui, respire « une inspiration subversive »…, écrit Diané, « qui occulte le réel, déclare la toute puissance de l’imagination et choisit ostensiblement la fiction comme modèle de communication ».

Magamou, son héro (anti-héro par excellence) que l’on découvre dès l’entame du roman, au détour d’une conversation à multiple voix d’une foule indignée par son arrestation (c’est un rebelle), son évacuation (c’est une sorte de déchet humain), son sauvetage (c’est un grand malade), est embarqué par les ambulanciers d’une administration coloniale représentée par un Blanc –que nous découvrirons un peu plus tard dans le roman : le docteur Bernardy, soulard grossier, toujours flanqué de son interprète équivoque, Cheikh Sarr. De chacun des deux, Malick Fall dressera le portrait inénarrable.

Et ce Magamou qu’on vient arracher à son marché, peut-être est-ce tout simplement un enlèvement ?
« -C’est cela ?
-Quoi ?
-Cela la justice ?
-La justice ? Ne m’en parle pas ami. »
-Tu as vu comment cela s’est passé ?
-Non.
-Tant mieux pour toi. Tu te serais révolté.

Ce sont là les sept premières lignes du roman de Malick Fall, d’un premier chapitre (sur vingt-trois) qui conte l’évacuation de Magamou du marché (son domaine) et sa séparation d’avec ses compagnons choisis, sa ménagerie : ses chiens et chiots, son chat et son charognard pelé, préférés aux hommes, si…, si… Elles sont innombrables, les tares que traînent les humains. La première qu’essuie Magamou est cette répugnance, parfois ostensible et sans pudeur, que la puanteur de sa plaie inspire. Mais… Que faire d’un solide gaillard rebelle, pour sûr ; déchet, on l’en indexe ; et grand malade qui refuse de soigner sa plaie ; alors que l’on n’a rien contre lui ? Il faut l’enfermer. Mais en quelle prison et pourquoi ? Chez les fous donc, l’asile. Il est si facile de contourner la justice ! « La justice ? Ne m’en parle pas ami», avait dit la foule, désabusée. Et tout le roman charrie ce doute sur la justice institutionnelle, celle des hommes ; comme sur l’autre !, ce désabusement et cette révolte contenue…

Mais Magamou, flanqué d’une plaie purulente, ulcéreuse et puante est un fils « du clan des Seck, du village de Gaya, en Oualo » fier et orgueilleux. Adolescent qui n’a pas su résister à l’appel du clinquant des villes de Ndar, de Ndakarou, ou de Thiès Diankhène vus du village, malgré les mises en garde de Yaye Aïda : – «Mais mère, toutes ces cantines bourrées de vêtements ; toutes ces corbeilles débordant de victuailles inconnues ; ces lits métalliques, ces tables. Mais non, mère, j’irai à la ville. ». Et puis cet autre argument : Soukeyna. Comment avec les maigres récoltes de la famille, pourra-t-il, jamais, avoir sa main ? « [Mère] Vois-tu, les tam-tams au clair de lune ont perdu de leur magie ». Les tirailleurs en permission, les plantons, « les charretiers revenus humer, un moment, l’air du pays » sont devenus l’attraction… Même les jeunes filles qui partent en ville ne reviennent plus, vraiment…

L’exode rural, ses causes, et tous ses drames survolés avec poésie, Malick Fall ne lâchera plus son lecteur.

Magamou arrivera à Ndar éclopé, déjà, par une sorte de fatalité d’une banalité désespérante : un accident de camion, une blessure à la cheville, des soins immédiats rudimentaires, une plaie mal ou pas soignée du tout dans une ville inconnue, Saint-Louis, où il arrive boitillant. Le voila flanqué, injustice du sort (l’autre Justice), d’un ulcère dont la puanteur éloigne les autres hommes. Son rêve est brisé. Il s’installe dans une échancrure du marché. Et la marginalité s’y invite, que Magamou porte comme s’il l’avait choisie : le verbe haut, le mépris des convenances affiché, le choix de rêver les plaisirs de la vie, pour se les approprier, en bandoulière. Pour n’avoir besoin de rien (ou presque) ni de personne, surtout. Il est du clan des Seck ! Il mange comme un animal et avec ses animaux, parfois dans les poubelles, affiche sa grande gueule, taquine certaines fois les femmes dont il n’est pas indifférent aux charmes. Il n’est pas méchant, Magamou. Il finit par devenir une figure familière que l’on querelle des fois, mais que l’on aime bien, finalement, dans ce marché, son domaine.

Il n’est pas méchant, jusqu’au jour où les ambulanciers débarquent et l’embarquent pour l’enfermer chez les fous, sans ses chiens et chats, où on lui fait subir toute sorte de torture, où on l’affame et où il sonne la révolte. Et s’évade. « Deglu leen jamm la ! » – l’auteur, lui, écrit finement : « Ecoutez, c’est la paix ! »- crie alors le griot, crieur public, son tam-tam en bandoulière, dans les rues de Ndar-Toute, Sindonné, etc., « Un fou dangereux s’est évadé ! ». C’est l’émoi, mais un peu artificiel, comme cette ville, comme ce docteur et bien d’autres personnages ; tels cette Madame Renaud, autochtone mariée au cordonnier Blanc, qui renie jusqu’à sa mère, présentée comme la domestique, et ce Daouda infatué qui pousse la bêtise jusqu’à se vanter de n’avoir jamais porté de boubou « ou couché avec une Négresse » ; le tout sous le regard méprisant, mais surtout affligé, de ce Magamou que même la mort rejette, quoiqu’il l’ait sollicitée à maintes reprises –avec des tentatives de suicide dont les issues sont d’un cocasse absolu sous la plume de Malick Fall.
Une intrigue simple, prétexte pour l’auteur de nous offrir un somptueux banquet littéraire où les plats passent et repassent avec toujours une saveur nouvelle : « Donc, Magamou ne dormit pas longtemps. Comment l’aurait-il pu, assailli qu’il était par une escouade de poux qui lui piquait les fesses, le ventre, la poitrine et la nuque ? Et surtout aïe ! Surtout les lèvres de la plaie, sous le pansement de fortune ! » Toujours ce ricanement inattendue, parce que porté sur la souffrance, les injustices, le Mal ; mais le rire de Malick Fall n’est jamais une grimace incommodé, une moue méprisante.

L’ironie du narrateur, féroce, sans jamais être méchante, est à multiple détentes, qu’elle soit dirigée contre Magamou ou la société sénégalaise colonisée, ou encore Bernardy flanqué de son interprète godillot, pourtant résistant anticolonial burlesque à ses heures, quand, pour emmerder le Blanc, il fait exprès de falsifier la traduction des débats, de susciter querelles et nombreuses controverses entre le Docteur et Magamou. Et l’auteur, malicieux, nous dit que c’était pratique courante chez les interprètes, guides, domestiques et plantons, pour tromper les colons : une forme de résistance. Malick Fall écrit, donc, à la page 79 : « Cheikh, toutefois, n’éprouvait aucun remord à induire son chef en erreur. A sa manière, c’était une façon de gêner l’action du Blanc. Il faisait partie de ces nombreux Sénégalais qui n’affrontent pas les étrangers, mais qui minaient, sans avoir l’air d’y toucher l’influence blanche sur la masse noire. »

L’auteur passe ainsi en revue quelques-uns des tours que ces personnels autochtones jouaient au Blanc. Et sous ce registre, où même certains petits fonctionnaires s’illustraient en exploitant les erreurs du patron Blanc, jusqu’à filer des informations au Parti, le personnel de maison n’était pas en reste. Morceau choisi : « … Domestiques, ils oubliaient volontiers un fer à repasser sur la robe de Madame ou la chemisette de Monsieur, égaraient la menue monnaie par compensation ; pinçaient les fesses de bébé, buvaient le lait à la place du petit et s’étonnaient gravement que Popaul ou Jeannot pleurât. »

Ce roman est écrit avec une telle décontraction qu’on pourrait croire que son auteur fait sienne cette démarche des précurseurs du surréalisme, déjà, au 19ème siècle –et parmi lesquels on compte Baudelaire- voulant que la poésie, dont s’est résolument armé son auteur pour l’écrire, n’ait pour but qu’elle-même, n’existe donc que pour elle-même ! Et qu’en écrivant son roman, Malick Fall, qui a choisi la forme poétique la plus difficile, la satire, n’ait voulu rien démontrer, ni fournir un enseignement quelconque, il a juste voulu descendre en lui-même, pour faire remonter « ses souvenirs d’enthousiasme », nous dirions pour notre part, ses souvenirs de révolte – car il ne faut pas croire que le roman de Malick Fall ne nous invite pas à nous élever… en particulier au dessus des rentes triviales.
Révolte, donc, et surtout, contre ces Noirs qui, comme Daouda, singent le Blanc, insultent nos us et coutumes et tout ce qui est nous… « Magamou le savait : c’était dans ce lot de privilégiés honnis que se recrutait les plus assommants pourfendeurs des coutumes africaines. Il détestait ces otages dressés à vilipender l’Afrique ». Et pourquoi donc ces otages s’auto-flagellaient-ils ? « Pour une coupe de champagne à un cocktail ou un bout de chaise à un dîner », persifle Malick Fall.

Tout le roman est ainsi écrit, avec une plume qui sourit, un sourire en coin le plus souvent ; mais qui, quelque fois, éclate d’un grand rire. Et c’est souvent quand elle rapporte les propos soliloqués de Magamou, occasions, le plus souvent, d’un discours subversif de haute facture, notamment rapporté à la période où se situe ce roman, même à celle où il a été publié pour la premières fois, ces premières années d’indépendance, prolongation, encore, d’une domination coloniale rétive à laisser la place. Certains nommaient cela, le couteau entre les dents, « impérialisme », « néocolonialisme », et chargeaient leurs « suppôts ». Ces mot-là, peu détendus, ne se trouvent point dans « La plaie », mais quel qu’en fût le contenu, leurs représentants sur place (comme leurs maîtres) devaient certainement moins goûter les audaces railleuses de Malick Fall que les éructations crispés des révolutionnaires énervés.

Surtout quand l’auteur met les propos suivants dans la bouche de son héros, Magamou : « Qu’ils soient des étrangers, les profanes qui se moquent de nos personnages mythiques, des situations apparemment bizarres où se meuvent des êtres de songe, il n’y a là rien de spécialement choquant. Mais que des Noirs nés à l’ombre des cases, des messieurs qu’on vit, enfançons, traîner le derrière dans la poussière des concessions, en viennent à déclarer que nos hommes du culte sont des idiots, nos devins, des fumistes et notre médecine, de la sorcellerie, voilà assurément de quoi me révolter. Mais, au fond, qu’importe au maître du champ, les bouderies du singe».

Et l’auteur, narrateur très en phase avec son personnage, d’y aller aussitôt après de son propre commentaire, qui n’a rien à envier aux envolées polémiques du géant marginal : « Et Magamou de porter l’objet de ses réflexions vers la plage de Ndar. Cette plage était interdite aux Noirs : hommes habillés à l’indigène, femmes nu-pieds, garçonnets sans caleçon de bain. Un agent de police vous ôtait de là comme une ménagère ôte du lait une mouche incongrue. Or des nègres, revenus d’Europe et flanqués de diablotines cueillies à Saint-Martin s’infiltraient souvent entre les baigneurs, ombres exceptionnelles parmi des visages pâles et des crinières léonines.»

Assurément, comme le poète, on pourrait dire de cet auteur que « C’est un satirique, un moqueur ». Et que là où il repose, plus que certainement en paix, il rirait avec nous si nous lui prenions une de ses expressions, empruntées à la langue wolof et transposées avec bonheur dans la langue française, dont il a exquisément parsemé son roman ; pour dire qu’avec La Plaie Malick Fall a pimenté les fondements de la littérature sénégalaise.
Résultat ? Quelques sursauts, entre « expérience narrative », « audaces » et « pratiques séduisantes » chez moins d’une demi-douzaine de romanciers sénégalais, identifiés par Diané dans sa préface comme ayant exploré les horizons ouverts par Malick Fall avec ce roman. En un demi-siècle ? Ça ne révèle pas une foisonnante curiosité chez les littérateurs sénégalais !

Quand on sait qu’en ce temps-là, 1967, déjà, quelqu’un écrivait comme ça de la satire révoltée, qu’il narrait avec autant de verve, de poésie, et de vocabulaire l’exode rural, la condition humaine, qu’avec autant de finesse, il disséquait la politique, et qu’il invitait le génie de la langue wolof dans le français, en une greffe si réussie : « Mais, au fond, qu’importe au maître du champ, les bouderies du singe » (pour dire : merum golo saful borom tool), l’on ne peut taire son étonnement de voir la littérature de notre pays rester encore sur des schémas de narration trop conventionnels, et surtout hésiter à franchir les passerelles savantes posées par l’auteur de La Plaie entre sa langue maternelle et la langue de Molière.

Pape Samba Kane
Journaliste
La Plaie (Les Editions Jimsaan, 234 pages)

Lecture coup de coeur : Errance – Ibrahima Hane

Je peux sans hésitation aucune dire que ce livre est l’une de mes meilleures lectures de ce début d’année 2017. Mais pourquoi suis – je si dithyrambique dès l’entame de ce post ? Vous saurez pourquoi, chers lecteurs, avec les lignes qui vont suivre … Peut – être que je serai amenée à changer d’avis à ma prochaine lecture, mais sachez d’ores et déjà que Errance figurera dans mon top 10 livresque de l’année 2017 !

bouffe-erranceSeyni Sène fait partie de ce que l’ancien Président sénégalais Abdou Diouf qualifiait jadis de jeunesse « malsaine » – mes aînés comprendront – réfractaires à tout ordre malvenu, connaissant et réclamant leur dû quoi qu’il puisse leur en coûter.

Ayant subi une injustice bloquant son avancée dans une structure administrative, il ne trouve rien de mieux à faire que d’aller au Building Maginot, immense bâtisse regroupant la majeure partie des ministères, donc haut lieu de l’administration sénégalaise, pour, à la vue de tous, exprimer sa rage et sa déception en caillassant les voitures s’offrant à son champ de vision.

Ce triste exploit lui vaudra une lourde condamnation et un séjour à la redoutable prison de Sibessou, dans le sud du Sénégal. La promiscuité, la saleté et les conditions inhumaines de détention rythment sa nouvelle vie. Il se sent dériver tout doucement. A cela s’ajoute la libido insatiable du nouveau régisseur, Demba Ndir, qui puise chaque nuit dans son l’effectif de détenus pour agrémenter sa couche. Croyant y avoir échappé, Seyni a la désagréable sensation de savoir qu’il s’était trompé, son heure n’était juste pas encore arrivée. Entre satisfaire toutes les nuits les envies glauques du « patron » de la prison, et fuir, Seyni fera vite un choix.

Désoeuvré, n’ayant plus aucune famille au – dehors, il va errer sans but et son errance le mènera devant l’ancienne chambre qu’il occupait au campus de l’Ucad. Il a de la peine à reconnaître l’ancien taudis dans lequel s’entassaient des dizaines de gaillards. La chambre est désormais occupée par un seul étudiant – Babacar Bèye, alias BB – fils unique de la toute – puissante Adja Tabara Fall, politicienne connue dans tout le pays, maîtresse dans l’art de la manipulation et du chantage. Sa nouvelle amitié avec BB lui ouvrira les portes d’un nouvel univers : celui de la politique. Croyant avoir cerné la psyché humaine durant son séjour carcéral, Seyni réalise que ceuxi – ci sont des enfants de chœur devant le machiavélisme de Adja Tabara Fall. Il découvre le monde de la politique, vicieux et empli de coups bas. Homme à tout faire de Adja Tabara Fall, il parcourt le Sénégal et accomplit les tâches les plus viles pour sa monstrueuse patronne : attaques mystiques contre une rivale, sacrifices animaliers, extorsions de fonds … Jusqu’à son sauvage assassinat, Adja Tabara Fall règnera sur la scène politique sénégalaise, en tant que toute puissante Présidente du mouvement des femmes du parti au pouvoir, ayant l’oreille du Président de surcroît …

A sa mort, les soupçons se tourneront vers Seyni, qui entrera en clandestinité encore une fois. Sa fuite le mènera brièvement dans les bras de Rose, une péripatéticienne marquée par la vie. La chambre miteuse de Rose n’étant pas un abri sûr, il s’en ira à Bayela, agglomération de la confrérie Baye, nichée dans les profondeurs du Sénégal. Moranta, mari de Fatim Bèye, jadis amante de Seyni, est le fils du puissant Calife des Baye, le puissant et féroce Abdoul Kader.

Aux côtés de cet homme austère, mais attachant, Seyni découvre l’univers fermé des marabouts. Entre querelles intestines, luttes de positionnement et désirs de puiser dans la manne financière qu’apportent continuellement les disciples venant des quatre coins du monde, le Calife Abdoul Kader règnera imperturbable et tout entier dévoué à Son Créateur.

Après son acte d’allégeance à la communauté Baye, Seyni s’en ira encore une fois, mais son errance connaîtra sa fin dans le village de Rose, l’amour perdu, finalement retrouvé.

Comme je l’ai dit à l’entame de ce post, Errance fera partie de mes meilleures lectures de l’an 2017. Ibrahima Hane a écrit un grand roman, grand par le style, la maîtrise de la structure narrative, la beauté de la langue, mais grand aussi par le réalisme des personnages. A aucun moment, je ne me suis ennuyée en parcourant les aventures de Seyni et sa longue quête de la quiétude.

Ibrahima Hane dépeint avec une rare justesse le Sénégal d’aujourd’hui. Le pouvoir est concentré entre les mains d’une oligarchie, les plus faibles, s’ils commettent l’outrecuidance de commettre le plus infime des délits, se voient condamnés à de lourdes peines. La politique politicienne est une plaie sanguinolente, car pour vite grimper dans l’ascenseur social, mieux vaut être du côté de ceux qui font et défont les destinées. On le voit avec Adja Tabara Fall – mon personnage favori de tout le roman – qui d’un coup de fil à qui de droit, brise une carrière.

Et last but not least, l’incursion de Seyni au sein des disciples Baye reste l’un des moments forts de Errance. De nos jours, l’on voit au Sénégal le poids qu’ont les confréries. Sujet qui fâche, ces confréries, mises sur pied par des hommes de Dieu, prônent la soumission pleine et entière à Allah selon la voie de son fondateur. C’est ainsi que l’on peut citer les Tidianes, les Niassènes, les Mourides, les Khadres … En leur sein, existent des démembrements, à l’instar des Thiantacounes et des disciples de Serigne Modou Kara. Force est de constater que les confréries ne sont plus ce qu’elles étaient, de nombreuses « dérives » étant notées.

Avec les Baye, l’on observe un système qui fonctionne grâce aux fortes sommes données lors du Ziara annuel, l’allégeance aveugle de certains disciples, les profits éhontés que s’octroient les marabouts, ce à quoi le Calife Abdel Kader opposera son veto. Avec les Baye, Ibrahima Hane propose un nouveau mode de vie, avec le marabout comme autorité morale, connaissant son rôle et n’outrepassant aucunement celui – ci.

Vous l’aurez compris, Errance est à lire et àf aire lire !

Bonne lecture,

NFK

Une expérience masculine de la cuisine.

Je viens de recevoir ce texte dans ma boîte mail, et après lecture, ma réaction a été wouaaaaaaaaaaaaaw ! Le thème est assez audacieux, car dans nos sociétés africaines, voir un homme s’aventurer dans la cuisine – habituellement chasse gardée de la femme – est assez « mal vu », quoi que les lignes commencent à bouger, avec notre génération …

Dommage que l’auteur (e) n’ait pas signé le texte, car ses écrits sont suintants de vérité (s). Si jamais il/repasse par ici, ce sera avec plaisir qu’on échangera.

Bonne lecture,

NFK

a6a5675Aussi loin que je me souvienne, lors de mon enfance passée dans une famille dite « nombreuse » lorsqu’une dispute éclatait entre un garçon et une fille, le chef de famille, épris de justice, toujours animé par la volonté de trancher équitablement, demandait aux deux plaignants ou belligérants de relater les faits.

Dès que l’une des deux parties commençait par la phrase magique « on était dans la cuisine… », La sentence était prononcée. Le plaignant masculin, « garçon » ou « jeune homme » était automatiquement débouté avec une peine irrévocable et souvent amère à avaler.   

  • Tu as tort ! Qu’est-ce que tu faisais dans la cuisine ? Un homme ne traîne pas dans la cuisine.

Le débouté, convaincu d’être victime d’un vice de forme, et nourrissant l’espoir d’avoir gain de cause si l’histoire arrivait à révéler tous ses secrets, se laisse tenter par une plaidoirie lyrique qui débute en ses termes :

  • Euh ! C’est … 

La tentative Instinctivement et sèchement reprise et s’étouffait dans l’œuf.

  • Tu as tort ! Tout homme qui se dispute dans une cuisine a tort. Point ! Séance levée. Procès clos.

Cette petite entame nous donne une idée de la perception de la cuisine en tant qu’activité ménagère. Mais, également en tant qu’espace. Elle est d’emblée destinée à la fille. Cette pièce est leur coin secret où se murmurent également leurs secrets. Un endroit où nul homme n’a le droit de se pavaner au risque de se prendre un coup de pilon, de hachoir ou un bain d’huile chaude.

Effectivement, on gagnait à ne pas connaitre ses coordonnées géographiques sur la carte de la maison, au risque d’être toujours commissionné pour le « gaz ». Cette fameuse bouteille bien lourde qui te dessine les muscles et finit par te déformer la tête.  Dans de telles circonstances, où tout mène à croire que l’homme est un « sans-papier » interdit de séjour dans cet espace culinaire, tous les éléments dissuasifs étaient d’emblée  réunis  pour que la gente masculine ne s’intéressent point à cette activité.

Pourtant, Dieu sait que ces risques encourus sont infimes comparés aux moqueries des potes. Ah,  si jamais tu te faisais gauler à faire le marché pour ta sœur ou ta mère. Kaawteef ! Tu héritais systématiquement de l’étiquette de « Maman je veux le fonds de marmite ». Oui, le célèbre fils à Maman ! Rien de plus atroce pour un garçon en pleine puberté. C’est le début de la rébellion pour toutes commissions ou tâches liées à cette espace. « No go area » !

A la lumière de cette approche, le malheureux constat est que tout ce qui ne suscite point notre intérêt risque fort de recueillir notre indifférence ou pire, notre aversion. Sauf que cette dernière ne saurait être éprouvée à l’endroit des succulents mets qui y sont mijotés et soumis au plaisir de nos exigeantes babines masculines, dépourvues de toute indulgence, dès constat du moindre écart gustatif.

En effet, nos braves femmes, épouses, mères, sœurs, nièces, ménagères, nous ont habitué à une qualité culinaire telle  qu’on en devient « prisonniers » sans réellement nous en rendre compte. En réalité, quand on a l’habitude de bénéficier de services de restauration  si hautement « étoilés », tout sentiment de manque provoque automatiquement un profond désespoir. C’est en fait ce moment où tu penses que ton cœur va lâcher car le goût du « cebbu jen » est légèrement plus voir moins salé, pimenté, poivré, sec ou cramé que d’habitude. Hahaha ! Je me suis toujours demandé ce qui fait cet effet. Le fait que le goût espéré ne soit pas au rendez-vous ou plutôt le simple fait que les « fallènes », entre autres spécialistes réalisent subitement, l’imminente faim qui va les tenailler tout le reste de la journée.

Par conséquent, loin des siens, dans un environnement culturel différent, aux habitudes culinaires totalement opposées, le mal du pays est atroce, intense et bien pénible. Heureusement, le mal s’apaise quand on tombe au détour sur un bon plat de « cebbu jen », « yassa ». D’ailleurs, même les « sombi », « mbaxal », autres « daxinn », « C’bon » et « laaxu  caxaan » dont on avait l’habitude de faire fi, en viennent à revêtir comme par miracle, une saveur tellement exquise qu’on en redemande. Mais, quoi de plus normal, quand la vue d’un « sandwich », « kebab », des « pâtes »s nous sapent le moral aussi bas que les températures de l’hiver glacial. En plus, on se rend compte assez rapidement que le budget d’un étudiant ne peut pas supporter pareil régime alimentaire.

En vérité, quand on ne sait point cuire un œuf face à une telle situation, il y’a lieu de s’alarmer. Dieu soit loué d’avoir divinement créé nos magnifiques consœurs. Celles chez qui tu constates un réel amour de la cuisine et non celles qui le prennent pour un épouvantable fardeau. Les goûts et les couleurs … Les premières te donnent droit à un petit moment de répit. Elles t’invitent et te font mets et entremets  à savourer, le temps d’un instant, dans un mirage qui te mène en plein cœur de ton village natal pour revivre fugacement les fastes culinaires de notre cher Sénégal.

Mais, le réveil est souvent difficile. En effet, on en arrive au moment incontournable où il faut mettre la main à la pâte et dans le vrai sens du terme. Ah j’oubliais !  Bien sûr, entre temps le « prince » s’est mis à la cuisine. Il faut bien casser le mythe ! Tu as un coin cuisine chez toi. Tu vis seul sans épouse ni mère, pas de sœurs à l’horizon. Les nièces, n’y compte même pas et quant aux ménagères… Bref, tu es en mauvaise posture. Tu es au milieu du champ de bataille sans armes. Et que dire de la monture ? A chaque chose malheur est bon. Au moins, tu as un coin cuisine. Par conséquent, Il faut bien qu’il ait une utilité.

D’où, la première fois. La fameuse première. Elle est juste épique. Confronté à l’inconnu, on est perdu et perplexe. La question qui nous taraude l’esprit est légitimement : « quel plat préparer ? ». Le choix balance. Enfin, comme je l’insinuais plus tôt on ne sait cuir un œuf. Donc, à défaut de le tremper dans l’eau chaude pour le bouillir, on commence forcément par une omelette. Et même là, ce n’est point une mince affaire. A l’image d’un enfant de CP soumis à l’écriture, le résultat ressemble vaguement à quelque chose. On a une idée plus que précise, exacte de ce qu’on souhaite faire mais on n’y arrive pas.

A l’évidence cette omelette, tu l’as cramée ou assaisonnée à l’excès. En vrai, autant parier sur les deux. Le sens de la mesure s’acquiert. Il n’est point inné. Au final, il faut bien se faire une raison, quand le vin est tiré, il faut le boire. Dans le cas présent, à cul sec. Tu la manges cette omelette. Tu la dégustes sans critique ni reproche. Car, tu ne peux indexer un coupable. On reconnait la patte de l’amateur. La pâte aussi ! C’est ton œuvre.  Elle est imparfaite mais c’est toi qui l’as faite avec tes mains pas du tout expertes. Donc, en ton for intérieur, tu te dis que la prochaine fois, tu feras mieux, bien mieux. Quelque part, c’est le début de l’indulgence. La prise de conscience de notre imperfection devient le miroir par lequel se mire la faillibilité de celles qu’on traitait de « seleuse à volonté » ou de « crameuse invétérée».

Ensuite, on décide de s’attaquer à un nouveau plat plus compliqué et donc plus risqué. Plus haut dans le texte, je soulevais le risque de se prendre un coup de pilon. Mais, on se rencontre assez rapidement que la cuisine recèle  bien pire comme dangers. Par exemple, l’épreuve des oignons ! De tous les légumes, l’oignon est de loin le plus « insolent ». Quand je pense à la légende qui veut que les hommes ne pleurent pas et restent de marbre en toutes circonstances. Ramassis de foutaises ! Rien qu’un oignon suffit à faire tomber le masque de virilité. En outre, des tâches anodines telles que éplucher des oignons, râper une carotte, écailler un poisson, découper de la viande, faire des frites dans de l’huile bouillante nécessitent à l’avance de vérifier qu’on a bien, auparavant, adhérer à la SMENO ou à la LMDE et se rassurer d’avoir bien reçu sa carte mutuelle. 

On s’est vite retrouvé aux urgences, à penser un doigt échancré ou pendant 45 degrés. Car,  au lieu de faire preuve de tact, on a fait usage de ses biceps. C’est normal, autant le cerveau que les muscles ne sont pas encore très habitués à  la subtilité de cet exercice. Ou bien, tout simplement à la place d’un bain aux huiles essentielles on a opté malencontreusement, pour un bain aux huiles « Lesueur ». Warning ! Ne reproduisez pas l’expérience chez vous. Je peux vous assurer, sans risque de me tromper, le résultat ne sera pas celui escompté.

Aie ! Je vous épargne la suite…

A fur et à mesure on devient conscient des risques, même si cela ne nous arrête point. Rien ne vaut la paix du ventre.  Plus il est creux, plus les oreilles s’assourdissent. Son instabilité perturbe l’organisme humain et affecte le bien-être. En vérité, les premières réussites : le « domada », «mafé », «yassa » qui sont les plus faciles à préparer, mis à part le « sombi »,  valent un diplôme. Je vous promets, c’est le Bac en poche ! Tu as souffert pour y arriver. La folie te guète à te congratuler tout seul. Nul besoin d’une cérémonie de remise. En effet, Tu l’as testé toi-même et tes papilles de gouteur aguerri ont validé. « Houra ! », « Eureka !», « champion mon frère ! », « une double pirouette à la Nani », « la glissade de Rooney », « le vol de l’aigle des Açores ». Pardonnez-moi les métaphores footballistiques, mais c’est comme marquer un but. Tout y passe tellement la satisfaction est « grande ». Mama mia !!

Enfin le bout du tunnel, tu ne seras plus prisonnier du Mcdo ou du Quick, mais tout de même tu iras toujours au KFC. Oh ! Le goût ! C’est bien un africain ce Colonel Sanders. Encore une invention de génie surement piquée aux noirs. J’abuse un tout petit peu mais, saura qui goutera. Désormais, ce sera l’embarras du choix grâce à l’autonomie. C’est une vraie délivrance de pouvoir préparer ce qu’on désire, quand l’envie nous prend. Au final, on réalise que faire la cuisine, c’est comme faire du vélo. Une fois qu’on maitrise le funambulisme entre les saveurs et des goûts, le pédalage et rétropédalage entre les étapes et temps de cuisson, très peu de plats deviennent inaccessibles. Le guidon devient accessoire.

Toutefois, ce serait sans compter le retour de bâton. Qui triomphe par l’épée périt par l’épée tel l’arroseur arrosé. Forcément, en bon sénégalais imbu de  son téranga inné et incorrigible, tout se partage. D’autant plus, un bout du Sénégal dans une lointaine contrée  ou chacun dans son âme est gangréné par une profonde nostalgie du pays. D’aucuns aiment, d’autres non. C’est la vie ! C’est normal !

Par contre, les consœurs qui critiquent ! Comment dire !? Euh…Tu as juste envie de les transporter dans une cuisine de Matam ou Tambacounda, à 40° Celsius juste pour lui réclamer un peu d’indulgence. Mince ! Le chemin ne fut point facile. On a failli y rester. En plus, on est « autodidactes ». On a appris tous seuls. Papa ne nous aurait point donné un coup de main, pour rien au monde. Au contraire, tu la sentirais passer ce coup de main si l’audace te prenait de lui demander. Vous avez eu Maman à vos côtés pour vous enseigner, guider à être des cordons noirs. Vous êtes tellement fortes qu’on vous passe le bleu d’office.  Cependant, surement pas à toutes quand même. Certaines sont restées bloquées au blanc. Rires ! Elles refusent avec véhémence toute évolution. Y’en a vraiment des « Tata » en cuisine. Les cousines éloignées de « Toto ». Et comme par hasard, c’est elles les moins indulgentes car les expertes ne critiquent pas. Elles ont plus de tact.

Trêve de plaisanteries ! Tout cela, pour dire, si vous souhaitez avoir un époux qui vous fera de bons petits plats de temps à autres, bien plus souvent que le 08 Mars – je blague encore – soyez indulgentes envers le peu qui s’y frottent. Ne rendez point les coups, et tendez l’autre joue. Oui ! Encouragez-les !

Encore plus sérieusement, la nécessité de cuisiner s’est imposée afin d’apaiser la nostalgie éprouvée durant les soubresauts de la vie étudiante, le stress de la vie professionnel.  Cet « art », s’est avéré être un moment d’évasion pour fuir la réalité. Cuisiner peut devenir en réalité, bien au-delà d’une tâche qu’on nous présente comme efféminée,   un moment de  profonde méditation pour vivre une conversation avec soi-même, une THERAPIE, UNE PASSION.

Et si on voyait autrement les appréhensions des hommes faces aux femmes avec un niveau élevé d’études ?

Il y a quelques jours, j’ai initié une discussion sur Facebook portant sur les femmes ayant fait des études et leur incapacité à trouver un compagnon. Hommes comme femmes, chacun a donné son point de vue, et c’était intéressant de voir cette diversité d’opinions.

Une amie, Eugénie Diandy, a eu la superbe idée de m’envoyer son avis sous forme d’article. Je vous laisse apprécier.

Bonne lecture,

NFK

femme-cadre-et-son-equipe-123rf10933826_s-e1446485758212_0Pour mieux comprendre cette réaction des hommes qui fuient les femmes dont le niveau d’étude et très avancé, il faut connaitre aussi leur mode de fonctionnement et leur logique qui n’est pas la nôtre. Ils ne sont pas meilleurs ou pire mais « différends » je pense que c’est dans cette difficulté à comprendre/accepter cette autre manière de fonctionner que réside la sidération/frustration face à plusieurs des actes que les hommes posent. Une femme ne fonctionnerai jamais avec une logique masculine (je ne serais jamais capable de faire certaines chose qu’un homme ferait en buvant une tasse de thé et vice versa) appliquer donc notre propre logique à eux fera forcément des couacs. Les femmes qui l’ont compris ont plus de marge de manœuvre quant tenir leur carrière, homme et foyer. Toutefois il y a des exceptions, des hommes (pas plus fort, ni plus intelligents) mais qui, au cours de leur vie, expérience ou à cause de leur éducation  ont été amenés à mieux comprendre qu’une femme intelligente, peut apporter, procurer plus de choses : par exemple en plus de gérer la maison, une femme cultivée sait tenir un bon niveau de débat,  pas de place pour l’ennui elle est féminine, cool et aide beaucoup dans l’éducation des petits. Malheureusement,  ce type d’homme ne représente pas la majorité, bien loin de là. Le déphasage reste donc entier d’autant plus que  nos sociétés non plus  ne sont pas « prêtes » et que l’homme est dominateur par essence. Ne nous y méprenons  donc pas, l’égalité homme femme fait disparaitre la galanterie masculine. Le fait que l’homme veuille être dominateur ne dépend même pas de lui, c’est une prédisposition. C’est tout comme le fait que peu importe son émancipation, il y a toujours des entraves qui empêchent une femme d’avancer comme l’impératif de la beauté, celui d’être mère ou encore la difficulté d’affirmer son désir. Force est de constater qu’une femme peut être libre mais ne l’est jamais autant qu’elle le veut (on a toujours un petit truc, un petit caprice même si tout est parfait). Nous sommes  insatiables par essence : au même moment où l’on se plaint des hommes dominateurs/machos il est hors de question d’être avec un dominé ou avec quelqu’un de trop malléable…. On n’en veut pas ! Tout ceci,   Juste pour expliquer que c’est difficile de cracher sur la différence de l’autre ou de lui imposer notre propre logique. Amenons chacun à voir ce qu’on veut réellement offrir. Peut-être qu’ils veulent juste être des maris protecteurs/papas et nous juste des épouses aimantes/mamans au fond peu importe ce qu’on montre… !?  je suis pour le féminisme féminin qui fascine sans opprimer car  je trouve tout simplement injuste les jugements « formels » sur des différences qui relèvent de prédispositions.  Ayons une lecture un peu différente, par exemple, un homme normal a peur d’une femme instruite et une femme non instruite peut même représenter le socle d’un homme hyper instruit. Ça veut dire juste dire qu’ils savent que les femmes ont beaucoup choses en elles de prime à bord ;  et que si elles sont très intelligentes et instruites elles pourrait être ce qu’est une arme destructrice qui se retrouve dans les mauvaises mains. Leur peur est-elle aussi illégitime ? j’ai rencontré des hommes « bons » (selon mes critères : respectueux, protecteur, ferme, aimant, pleins de valeurs…)  amoureux du type de femme dont on parle. Leur peur se résume entre autres à : « si je la choisi j’ai peur de ne pas être sa priorité….. elle n’aura aucun mal à se défaire de moi…. Elle est assez indépendante pour partir quand cela lui chantera…. Tout ceci fera qu’elle pensera très vite au divorce …. ». Ils veulent juste qu’on « soit là et qu’on leur donne leur place ».                                                                                     Les hommes approcheraient bien les « agrégées » qui montreront qu’elles sont d’abord des femmes avant toute autre chose capables de rester jouer leur rôle et de ne pas partir à la moindre menace au nom d’une liberté sans cesse revendiquée.  Prenons le cas d’une femme qui dit ne pas vouloir d’un très bel homme car risque de le partager. Elle la taxe automatiquement de tombeur, coureur de jupons (même sans preuve. Cet homme-là  devra faire des extra efforts pour prouver qu’il peut être stable, aimant et fidèle car tout simplement la femme aura besoin de  beaucoup plus de preuves  et certitudes qu’habituellement du fait qu’elle ressente une peur, appréhension liées à ce qu’elle perçoit. Pourtant, si ça se trouve, cet homme est beau sexy oui mais aussi sait être stable, sincère et humble qui sait? Si par contre il revendique son statut de don juan il n’en fera pas moins que de repousser un certain type de femme. A lui d’être conscient de son statut et de montrer ce qu’il est réellement. Moi dis des craintes liées à cet homme qu’elles sont légitimes. A mon avis,  il faut  avoir donc une attitude qui permet de lever le voile, avec une certaine « posture » ce n’est pas très évident pour l’autre de comprendre le fond. je veux dire par là qu’il faut  amener les hommes à voir que les études ne nous transforment pas en « Caterpillar ». Pourquoi ne pas montrer tout ce qu’on a d’autre aussi : subtilité, douceur, force intérieure, intelligence émotionnelle entre autres… ça n’enlèvera en rien le fait qu’on soit ou pas une femme forte

 Par ailleurs, étude n’est pas égale à intelligence, et femme au foyer n’est pas égale à femme soumise. L’intelligence, la force caractère relèvent de beaucoup d’autres choses que des études.

 

Parce que je suis une FEMME …

Les réseaux sociaux recèlent des pépites … En atteste ce texte ci – contre sur lequel je suis tombée. J’ai automatiquement eu envie de le partager.

Bonne lecture 

NFK

JE SUIS UNE FEMME ! 

Et alors?

Je me dispute avec un homme, il me gifle, je sens la douleur, et pourtant ils me disent que je l’ai provoqué. J’aurais dû être tranquille, j’aurais dû être patiente. Je devrais m’excuser auprès de lui.

Je me dispute avec un homme, je le gifle, ils me disent que je n’ai aucun respect, je n’ai pas reçu une bonne éducation. J’aurais dû être tranquille, j’aurais dû être patiente. Je devrais m’excuser auprès de lui.
Parce que je suis une femme, je n’ai pas le droit d’être en colère. Ainsi, le degré de mon innocence est directement proportionnel au degré de mon silence face à l’oppression et à la brutalité …..

Parce que je suis une femme, mon mari me trompe, on me dit de le tolérer pour sauver mon mariage. L’excuse barbare et stupide est que «c’est dans leur nature de tricher, je devrais garder ma forme, mieux m’habiller, mieux faire la cuisine, beaucoup prier et être plus agréable avec lui »
Je triche, et je suis appelée une prostituée, j’ai commis une abomination, je n’ai pas le droit de chercher l’amour et le soutien émotionnel qui me manque à la maison ailleurs, je suis une mère irresponsable.
Je suis donc renvoyée de la maison que nous avons tous deux construite, avec toutes mes bagages enfouies dans une minuscule boîte sur ma tête. On m’interdit désormais de voir mes deux enfants les plus âgés, j’ai la chance d’être autorisée à aller avec mon petit qui est toujours au sein. Trois ans plus tard, le petit est appelé un bâtard. Maintenant, mon nouveau nom est «après-trois», parce que je suis une femme.
Il a 28 ans et dirige une entreprise. Il est merveilleux, travailleur, concentré, focalisé sur sa carrière, réussi à un très jeune âge.
J’ai 28 ans et je dirige une entreprise « Humm, elle n’est même pas mariée, peu sérieuse, ne peut pas bien ordonner ses priorités, aime l’argent, elle ferait mieux d’aller chercher un mari »
Et je me demande si avoir du succès a quelque chose à voir avec le sexe d’une personne.

Parce que je suis une femme,
Je ne suis pas autorisée à avoir de l’esprit ou être un prodige, je ne peux pas être financièrement indépendant, avoir du succès professionnel ou être traité avec respect sans un homme à côté de moi.

Ensuite, je suis appelée un généreux ouvre-jambes, « une fille légère ». Ils ne voient jamais la possibilité que j’ai effectivement eu à passer par des hauts et des bas pour arriver là où je suis.
Parce que je suis une femme.

Un homme perd sa femme, devient veuf et se remarie un an après, il a fait la bonne chose, il est loué et félicité pour avoir passé à autre chose, après tout, la vie est pour les vivants.
Une femme perd son mari, devient veuve et se remarie après 4 ans, « ahhh! Si tôt? » Êtes-vous sûr qu’elle ne trompait pas son mari avec cet homme depuis qu’il était vivant? C’est pour ça qu’elle a tué son mari. Elle est une sorcière, parce qu’elle est une femme.
Parce que je suis une femme, ce message sera considéré comme controversé, et tout le monde va essayer de me corriger.

Mais n’oubliez pas que je suis une femme et que ça ne me rend pas moins humain !!

MercI Sali Diabate !

Arrêt sur elle (s).

15666052_1369745596402902_708091434_nJ’ai connu Maïmouna en 2014, alors que j’étais en pleine tournée promotionnelle du babybook – le Malheur de vivre. Elle et sa sœur Aminata m’avaient contactée, car elles réalisaient à cette époque un film sur les étudiants (es) sénégalais ayant étudié à l’étranger et maintenant rentrés au bercail. Comme j’étais à Dakar à ce moment – là, je me suis prêtée de bonne grâce à leurs questions, car je trouvais l’idée autour du retour d’expérience ingénieuse.

Par la suite, nous avons gardé contact et par le truchement des réseaux sociaux, suivions les actualités des unes et des autres … J’apprécie énormément l’amour de Maïmouna pour les livres, que l’on peut voir notamment via son émission littéraire sur Youtube, sobrement intitulée Bouquinons (pub gratuite !) Et qui aime les livres, devient derechef mon ami (e), ça c’est connu ! Et c’est avec un grand plaisir que j’ai accueilli l’annonce de la sortie de son film Arrêt sur elles. Le film a pour thématique centrale la condition féminine, tout comme le titre le laisse présager, mais met aussi l’accent sur les difficultés (réelles ou supposées) que rencontrent les femmes à jongler entre leurs différentes casquettes d’épouse, de mère, de salariée entre autres.

Arrêt sur elles met en scène deux femmes de différentes générations. L’une, la trentaine, est cadre dans une banque, et a une petite fille. Ses journées commencent hyper tôt, car elle doit préparer le petit déjeuner pour son (cher) époux et préparer sa fille qu’elle dépose chez sa grand – mère avant d’aller travailler. Elle n’a pas une minute à elle et reçoit des clients toute la journée. De retour chez elle, sa journée n’en est pas pour autant terminée. Elle continue avec les tâches ménagères et prépare le dîner. Son époux, que l’on n’a pas vu de tout le film, ne participe aucunement au fonctionnement du foyer. Tout repose donc sur les épaules de sa femme.

L’autre personnage du film, est une femme d’une cinquantaine d’années, et tout comme la première, a une idée toute faite de la place de la femme dans son ménage. On ne la voit pas dans sa vie de tous les jours, mais ce qu’elle en dit nous permet d’entrevoir son avis sur la question.

Au – delà du symbole féminin, j’ai beaucoup aimé ce film. Car même si des avancées ont été faites dans l’amélioration des conditions de vie des femmes, force est de reconnaître que la rigidité est encore de mise sous certains cieux … Il y a bien évidemment des axes d’amélioration dans la parution du film, les différentes scènes, le choix des personnages, mais en lieu et place d’un laïus interminable qui n’aurait pas mis en relief tout mon ressenti par rapport au film, je donne la parole à Maimouna.

Bonjour Maïmouna. Merci de nous rejoindre dans Ma petite bulle. Félicitations pour cet ambitieux projet que constitue Arrêt sur elles. D’où t’est venue l’idée de faire ce film ?

Bonjour Ndèye Fatou, merci de m’accueillir dans ta bulle qui est la mienne aussi. J’ai toujours mûri des projets de film, j’ai beaucoup de scénarios écrits mais rangés ou jamais achevés. En fait, je m’essaie à l’écriture et je ne trouve jamais le courage de finir et à la fin je me retrouve à transformer la nouvelle, parce que j’aime beaucoup les nouvelles, en scénarios.

Récemment mon travail me bouffait beaucoup de temps, mais pendant mes trajets d’aller ou de retour je me rendais compte que les femmes bougent autant que moi. Avec mes autres occupations autour du livre je rentrais exténuée, je n’arrivais qu’à faire des choses obligatoires pour m’empresser d’aller me coucher et c’était cette routine pendant un bon moment.

15644655_1369738573070271_1716286559_nUn jour j’avais raté mon alarme et j’étais naturellement en retard en plus des embouteillages qui m’ont enfoncée, et c’est de là qu’est venue la question comment font les femmes mariées autour de moi, elles ont un travail quelconque, elles ont soit un bébé ou des enfants comment est – ce qu’elles arrivent à allier leur vie professionnelle et leur vie familiale. Et c’est là que j’ai écrit ce projet.   

Tout le long du film, un détail m’a frappée : l’absence des conjoints. Pourquoi ne pas avoir donné la parole aux maris ? Que l’on puisse faire une étude « comparative » homme/femme d’une génération à une autre ?

Justement, ce n’est pas une étude comparative ou une dualité entre les deux genres. Ce que j’ai voulu faire, c’est interpeller le monde à se rendre compte de ce que les femmes pouvaient bien endurer mêmes si elles restent toutes belles et souriantes.

On a tous nos humeurs, fatigues et autres, mais apparemment les femmes doivent contenir et leurs états et ceux des autres pour le bien – être de tous donc naturellement ce n’est pas facile du tout. Dans le film, on parle du conjoint et de ses exigences sans le montrer, c’est pour dire qu’on ne fusille pas les hommes, on ne les écarte pas sauf que pour le moment l’heure est de penser à toutes les femmes qui ne ménagent aucun effort pour mener à bien leur foyer.

Diplômée de l’école des Bibliothécaires ? archivistes et documentalistes, diplômée récemment en journalisme, j’imagine que réaliser ce film a été un travail de longue haleine … Mais tu dois avoir été bien formée à l’art de passer derrière la caméra à l’école, non ?

Je n’ai pas été formée spécifiquement pour un métier de cinéaste ou réalisatrice, mais j’ai fait mes débuts derrière la caméra j’ai beaucoup travaillé sur des vidéos et des montages. Après, quand il s’agit de scénario ou de docu-fiction, je m’y suis investie pendant un moment, j’ai approché pas mal de gens du milieu pour mieux m’imprégner et je ne rate aucun événement filmique. J’ai rencontré un réalisateur autodidacte du nom de Tom Weil, au début j’étais scotchée sur son blog matin midi soir, après on est entré en contact et j’ai fait de lui mon coach personnel.  

A quand Arrêt sur « eux » ?

Rires.

La question qui revient tout le temps, comprenons que je suis une femme et je fréquente plus de femmes ? c’est donc normal que je comprenne mieux la sensibilité des femmes. Si un jour je suis inspirée par la bravoure ou un autre aspect sur les hommes je n’hésiterai pas à leUR rendre hommage. 

D’autres projections de Arrêt sur elles prévues ?

Oui le film va être projeté dans la commune de Ndieguenne non loin de Joal le 12 janvier, à Sokone dans la région de Fatick très bientôt, à l’institut français de Dakar le 08 mars. Et nous allons aussi participer au Festival de la fondation Konrad Adenauer le dernier week-end du mois de mars… Le Goethe Institut s’affiche aussi, mais nous n’avons pas encore établi une date. Sans oublier une projection en Mauritanie au mois de Mai.

C’est ce qui est retenu pour le moment en attendant d’autres propositions.

En te remerciant et te souhaitant bon vent pour les projets futurs.

Ses contacts pour la suivre virtuellement, car génération Y un jour, génération Y toujours …

Facebook : Soxnamaythior

Twitter : @MayThior

Instagram : Maymoona_book

 

Bonne lecture,

NFK