Pour comprendre la guerre du Cameroun

Pour se renseigner sur ce pan occulté de notre histoire, ce livre est à lire

Pour lever un coin du voile sur la campagne de « pacification » honteusement menée par la France contre l’UPC et ses fondateurs (Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandié et Félix Moumié), ce livre est à lire

Pour en savoir plus sur les odieux massacres du peuple Bamiléké, ce livre est à lire
Pour en savoir plus sur les crimes étouffés commis par la France au nom de la decolonisagion, ce livre est à lire

Pour se rendre compte effectivement que le Cameroun fut le laboratoire de la Françafrique, ce livre est À LIRE !

Aminata Sow Fall – l’Empire du mensonge

Le romancier Nabil HAIDAR rencontre Mme AMINATA SOW FALL

Grande Interview autour de l’œuvre « L’Empire du Mensonge »

asfallMme Aminata SOW FALL est une romancière sénégalaise née à St-Louis en avril 1941. Elle a fondé le Centre Africain d’Animation et d’Echanges Culturelles (CAEC) à Dakar, et le Centre International d’Etudes, de Recherches et de Réactivation sur la Littérature, les Arts et la Culture(CIRLAC), à St-Louis. Grand Croix de l’Ordre National du Lion, elle est Docteur honoris causa de plusieurs universités américaines, et Grand Prix de la francophonie de l’Académie Française en 2015. Auteur d’une quinzaine de titres traduits dans le monde entier, nous l’avons rencontrée à l’occasion de la parution de son nouveau roman « L’Empire du Mensonge » aux Editions KHOUDIA/ CAEC.

« L’ART EST MENSONGE. »

« La figure de la mère est essentielle… dans mon œuvre, dans ma manière de sentir le monde, de le penser, comme un océan de générosité, de beauté et d’humanité. »A.S.F.

Après douze ans de silence, vous publiez enfin un nouveau roman intitulé « L’Empire du Mensonge » aux Editions CAEC/KHOUDIA. Qu’est-ce qui vous a poussé à sortir de votre retraite après toutes ces années ?

Aminata Sow Fall : Ce n’était pas une retraite. Quand un écrivain est connu et sollicité un peu partout à l’étranger, cela arrive. Entre voyages, conférences et enseignements à court terme, j’ai dû ralentir le rythme de ma production…

Beaucoup de mes livres ont d’ailleurs été rédigés dans des lieux différents à travers le monde. Le Jujubier du Patriarche, par exemple, a été rédigé aux trois-quarts à Mount Holyoke Collège, aux Etats-Unis d’Amérique, en plein hiver…

  • La figure thématique et esthétique de votre œuvre…Quels souvenirs d’enfance vous ont aidée à « bâtir » votre œuvre romanesque ? Vous avez vécu dans un milieu social assez aisé, vous décrivez cependant dans vos livres un milieu tout à fait différent, vous décrivez avec un réalisme poignant les destins de personnages tous issus de la fange humaine, comme si vous les auriez vécus…

Cette enfance heureuse, à Saint-Louis, a-t-elle paradoxalement contribué à dessiner la figure thématique et esthétique de votre œuvre ?

J’ai grandi dans un milieu social aisé, en effet, où l’humanité, la générosité, le respect d’autrui et le partage étaient des idéaux. Les démunis eux-mêmes partageaient quand l’occasion se présentait. Une de mes étudiantes en voyage au Sénégal a noté : « Ici, on peut voir des démunis partager même ce qu’ils n’ont pas. Par humanité. » C’est pourquoi la misère des autres et le mépris du pauvre me choquent…

Ecrire, c’est créer, inventer, recréer même le réel. C’est aussi la capacité de l’écrivain de prendre en charge les mutations et de les rendre crédibles…

Le premier sens du mensonge c’est dire ou faire croire ce qui n’est pas vrai. Dans ce cas c’est un défaut condamné par la société et les religions. C’est une offense à la morale.

L’Art est un mensonge dans le sens où il naît de l’invention de son auteur, pas pour faire mal, mais pour faire plaisir, pour faire rêver et élever au-delà de nos limites… Dans ce roman, L’Empire du Mensonge, je fais dire à l’un de mes personnages:« L’Art est mensonge. Le seul mensonge qui peut guérir. Un neutralisant contre les haines, les hostilités, la crétinisation». C’est même reconnu par la médecine moderne.

  • Justement, pouvez-vous opérer une incursion dans l’univers de votre dernier roman L’Empire du Mensonge ? Voulez-vous nous décrire la naissance de ce beau livre après toutes ces années, et comment cela a-t-il commencé ?

Un ambassadeur qui finit sa mission au Sénégal, donne une interview dans le quotidien national. Il dit tout le bien qu’il pense du Sénégal : la générosité, la beauté des femmes « authentiques », etc… Il finit son entretien en disant: « Le seul hic, c’est qu’ici personne ne vous dit la vérité. »

Votre œuvre littéraire peut, à juste titre, être qualifiée d’œuvre engagée. Vous dénoncez des tares sociales et politiques… Est-ce là un choix ?

Je n’ai jamais pensé écrire des romans engagés politiques. Je n’ai jamais été attirée par la littérature idéologique, pensant que cette littérature a sa place dans des essais ou pamphlets… Pas de littérature engagée, donc au sens politique du terme, mais une littérature qui célèbre la dignité humaine.

  • Quelle est la place des castes dans votre œuvre ?

  • Le problème des castes n’en est pas un. Les castes font partie de nos sociétés, comme toutes les autres franges de la population. En égale dignité ils participent à la cohésion et à la sauvegarde de nos valeurs, tant qu’ils restent fidèles aux principes, idéaux et responsabilités qui sont les leurs…

Le « xessal » existait déjà en 1973. Vous avez été la première romancière à en parler dès votre premier roman Le Revenant.

La mode, le mimétisme…La noirceur d’ébène, c’est beau.

Grande figure de la vie culturelle, vous avez créé en 1987 le CAEC (Centre Africain d’Animation et d’Echanges Culturels) et les Editions KHOUDIA, à Dakar. Quelques années plus tard, en 1991, vous créez le CIRLAC (Centre Internationale d’Etudes, de Recherches et de Réactivation sur la Littérature, les Arts et la Culture). Toutes ces initiatives avaient obtenu beaucoup de succès… Sont-elles aujourd’hui abandonnées ?

  • Non, elles ne sont pas abandonnées! En ce moment nous relançons le CAEC et tous ses organes… Les locaux à Dakar n’étant plus adaptés à nos préoccupations, nous avons déménagé. Le CAEC et les Editions KHOUDIA sont donc transférés à Saint-Louis sur le même site qui abrite le CIRLAC…

Le CAEC, dont sa devise est : « Lire, produire, s’enrichir culturellement », a sa propre identité. Le CAEC abrite la maison d’édition KHOUDIA pour la promotion du livre. Le CIRLAC a une vocation plus internationale : grandes conférences, séminaires, études et réactivation de notre patrimoine culturel et artistique…

  • Il y a, si l’on peut dire, une cassure entre vos premiers romans où l’on retrouve une écriture plus classique, et celui de l’Empire du Mensonge, votre dernier ouvrage qui semble être plus proche de l’oralité. Dans ce roman l’écriture est concise, orale, presque cinématographique…

Lorsque je décide d’écrire un roman, je ne me demande pas si le style sera classique. Ce n’est pas un choix délibéré. Je n’écris pas pour le cinéma, bien que quelques-unes de mes œuvres aient été adaptées pour l’écran. Seulement une conviction est que le thème du roman et ses séquences commandent le style. Dans un même roman l’expression et certaines parties orientent le style.

  • Vous avez aussi écrit des nouvelles dont l’une a été éditée dans le quotidien « Le Monde ». Romans, nouvelles… Le théâtre ne vous a-t-il jamais tenté ?

  • Avant le roman, j’ai été effectivement attirée par le théâtre pour avoir admiré des textes classiques dans nos programmes à travers les représentations de troupes théâtrales de passage au Sénégal… Le rythme du théâtre, la tragédie au théâtre m’avaient beaucoup impressionnée à l’époque. J’ai gardé dans mes papiers des ébauches de plusieurs pièces de théâtre que je n’ai jamais terminées…

Entre votre vie professionnelle, vos responsabilités familiales, comment trouvez-vous le temps d’écrire ?

Le temps d’écrire, quand cela vous tient, vous le trouvez forcément. Je crois avoir dignement assuré mes responsabilités de parent. Je suis professeur de Lettres modernes depuis 1969. Et j’ai été membre de la commission de Réforme de l’enseignement du français. En outre, j’ai participé à l’élaboration de manuels scolaires pour l’enseignement secondaire. J’ai ensuite été appelée au ministère de la Culture comme Directrice des Lettres et de la Propriété intellectuelle et du Centre d’Etudes des Civilisations. J’ai été membre du Haut conseil de l’audiovisuel et de la Commission électorale nationale (CENA). Toutes ces responsabilités ne m’ont pas empêchée d’écrire.

Cependant, en 1987 j’ai créé le CAEC après avoir demandé ma retraite anticipée pour pouvoir me consacrer exclusivement à la littérature. Depuis lors mon activité principale est d’écrire, d’enseigner la littérature et de donner des conférences dans des universités à travers le monde.

Revenons, si vous voulez bien, à la structure de vos romans ; préparez-vous un plan et le respectez-vous ? Ou bien laissez-vous vos personnages vous guider ?

Par déformation professionnelle, je fais toujours un plan, même quand je me suis rendu compte le plus souvent que je ne peux pas le suivre parce que les personnages s’affirment. C’est finalement l’histoire, les personnages et les situations qui tirent le roman jusqu’à son aboutissement… Je garde longtemps mon manuscrit en moi, je l’habite et l’emporte partout dans mes voyages. Mon manuscrit fait partie intégrante de moi, et ce sont les personnages qui nourrissent le texte, jour après jour.

Vous faites souvent allusion à la mère. Elle est présente dans toute votre œuvre. Quelle influence a-t-elle exercée sur vous ?

Son influence est essentielle pas seulement dans mon œuvre mais dans ma manière de sentir le monde, de le penser. Elle était comme un océan de générosité, de beauté et d’humanité. Je dois ajouter qu’elle m’a influencée profondément dans ma manière de créer et de recréer tout autour d’elle une atmosphère d’entente, de convivialité et d’amour…

Existe-t-il dans vos livres des caractères de personnages, outre celui de votre mère, qui soient « calqués » parmi vos relations ?

Non. Je ne choisis pas des personnages réels. Je me soucie beaucoup plus du rôle d’un personnage dans mon texte, et de sa résistance à la corruption… Le projet maintient l’expression de ce que je veux dire de manière globale dans mon livre… Mes personnages, je les choisis en fonction de ce qu’ils doivent dévoiler dans leur vision du monde…

Vous êtes née à Saint-Louis, au mois d’avril 1941…

Je suis née et j’ai grandi à Saint-Louis, dans la partie Sud de l’île. J’ai fréquenté l’école primaire et le lycée Faidherbe. En 1958, ma mère m’a demandé de tenir compagnie à ma sœur Arame FALL qui devait rejoindre l’Université de Dakar. J’ai ainsi été transférée à Dakar, au lycée Van Vollenhoven (actuellement le lycée Lamine Gueye). Après la deuxième partie du Baccalauréat, je suis allée en France. A l’époque je voulais faire une école d’interprétariat et de lettres modernes. J’étais loin d’imaginer qu’une école d’interprétariat était autre chose qu’une étude des langues… Il y avait un concours pour être admise à la rue Assas, que j’ai passé avec succès. J’ai opté finalement pour des études de lettres modernes à la Sorbonne… Je me suis mariée à Paris, au mois de mars. J’ai continué cependant mes études jusqu’à décrocher une licence d’enseignement de Lettres Modernes. Je suis rentrée à Dakar en octobre 1969. J’ai d’abord enseigné au lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque. J’ai été ensuite affectée à Dakar, au lycée Delafosse. Puis au lycée Blaise Diagne…

Pendant « ces temps d’enseignement »au Sénégal, aviez-vous songé à écrire ?

Voyant autour de moi l’emprise de l’argent sur la société, je me suis dit : « Est-ce que quelqu’un qui a toutes les qualités morales ne mérite-t-il pas plus de considération ? » Et j’ai ainsi commencé à écrire, très rapidement, en deux ou trois mois, mon premier roman, Le Revenant. En avril 1973, alors que j’étais à la maternité, mon mari a montré le manuscrit du Revenant au Professeur Madior Diouf qui était notre voisin. Il m’a proposé de le déposer aux NEA (Nouvelles éditions africaines) pour le soumettre au comité de lecture. Le manuscrit a été refusé sous prétexte que le sujet était« local » et que « les lecteurs occidentaux risquaient de ne pas comprendre le roman »… Trois ans plus tard, en récupérant aux NEA mon manuscrit, j’ai rencontré, par hasard, Monsieur Mamadou Seck qui était le Directeur à l’époque…

Le manuscrit a été publié peu de temps après, en 1976. Depuis lors, plusieurs tirages se sont succédé, et le roman – traduit en plusieurs langues et enseigné dans les universités étrangères –, a été porté à l’écran…

Vous dites que« l’Art est mensonge… »

Le réel se recrée. L’Art est mensonge, un mensonge immortel. L’artiste crée les conditions de faire passer son message sublime. Par exemple le style de l’écrivain, le coup de pinceau du peintre, le décor du metteur en scène, etc… Le public y adhère et est embarqué par ce mensonge qui l’éloigne des turpitudes de la vie réelle. L’écrivain se retrouve dans les filets de cette aventure, et subit la même emprise que les lecteurs ou les spectateurs…

La physionomie de vos personnages n’est jamais décrite dans vos romans… Y a-t-il une raison à cela ?

Mes personnages sont bien consistants, et c’est pour cela qu’ils reviennent (ainsi Bakar DIOP dans Le Revenant), et nourrissent des études, des recherches et des commentaires…

Je ne suis pas physionomiste. Ce qui m’intéresse dans la physionomie d’une personne, ce n’est pas l’aspect physique mais ce qu’elle charrie en humanité, en chaleur humaine. A Saint-Louis, dans certaines familles (pas la nôtre), on interdisait aux enfants de dévisager les visiteurs.

Plusieurs de vos romans ont été traduits dans le monde entier : en arabe, chinois, russe, finnois, suédois, anglais, italien, allemand, swahili, norvégien, serbo-croate…Voulez-vous évoquer pour nous l’émotion que vous procure la traduction en langue étrangère d’une de vos œuvres ?

Curieusement, ce qui m’émeut le plus lorsque cela arrive, c’est bien sûr l’émotion, mais surtout le bonheur de constater que j’ai eu raison de croire que nous sommes dans le même monde, la même humanité, partageant au fond de nous- mêmes ce lieu unique dont je parle souvent, le lieu où nos destins se croisent, là où nous ressentons les mêmes émotions, les mêmes sentiments et aussi le lieu de nos quêtes et de nos interrogations existentielles : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Vous faites partie des auteurs les plus prestigieux du continent africain… Etait-ce pour vous un rêve de devenir écrivain ? Si vous devriez refaire votre vie, écririez-vous ?

Ce n’était pas un rêve qui s’est réalisé. J’avais envie d’écrire…J’aurais pu écrire dans d’autres domaines ; critique littéraire, des articles sur l’Art et la culture… Je me suis retrouvée dans la fiction romanesque.

Le thème central de mon œuvre c’est sur la dignité humaine, le respect, le partage, le « yermandé », et l’amour. Oui, je crois que j’écrirais. L’écriture m’a procurée tellement de bonheur, d’amitiés et de découvertes qui valent tout l’or du monde. C’est ce que j’appelle : « le rêve de beauté ». Même si la société ne fonctionne plus comme celle que j’ai connue, je continuerai à écrire ce rêve qui est la beauté morale tant que Dieu m’en donnera les moyens.

Vous évoquez souvent le roman « Tristan et Yseult ». Pourquoi n’avez-vous jamais songé d’écrire un roman d’amour ?

L’amour se manifeste dans la plupart de mes textesCependant je n’ai jamais pensé écrire un roman d’amour. Dans Tristan et Iseult, ce qui m’a fascinée, c’est la loi implacable du destin, la beauté du texte, la tragédie…

Quelle place occupe la femme dans votre œuvre romanesque ?

Celle que j’ai apprise à respecter dans ma société. Les femmes sont « fortes » mais elles ont l’intelligence d’orienter cette force vers ce qui peut sauvegarder la cohésion de la famille et de la société pour maintenir les liens sacrés. L’homme est pressé, il a été formaté par la société pour être un gagnant. Il doit vaincre l’adversité, maitriser la nature, détruire et construire. Bref, imposer sa Loi.

En revanche la femme adhère à l’environnement et respire les souffles du monde, elle crée l’harmonie et la beauté autour d’elle. Elle a inventé l’esthétique sur sa personne et dans son intimité. Par son intuition miraculeuse elle pénètre les secrets de l’univers : « Goor bakhna, djïguène bakhna ».

Quel genre de relation entretenez-vous avec les autres écrivains du monde entier ? Vous sentez-vous faire partie d’une mosaïque universelle ?

Ce sont mes lecteurs qui m’y ont installée… Je me sens en communion à voir l’amitié et l’affection que les autres écrivains me témoignent. Nous nous respectons dans nos idéaux et dans notre manière d’exprimer chacun sa vision du monde. Je ne me suis jamais demandée si je suis dans une mosaïque universelle. Je bénéficie de beaucoup de respect dans le monde de la part de mes confrères…

Comment votre entourage perçoit-il une femme écrivain issue de son milieu?

Je n’ai jamais reçu de commentaires de mes proches sur ma qualité d’écrivain. Ils se sentent fiers de moi. Il y a un proverbe wolof qui dit: » Doff dou rouss, Mbocky gnoye rousse». (Celui qui transgresse les valeurs de la société, celui-là sème la désolation chez ses proches).

Certains de vos romans, pour ne citer que  La Grève des Battu, ont été portés à l’écran… L’écriture de votre dernier livre L’Empire du Mensonge  est d’ailleurs très cinématographique…

La scénariste de La grève des battu s’appelle Jocelyn Barnes et vit à New York, aux USA. C’est elle qui a fait les démarches auprès du cinéaste malien Cheikh Oumar Cissokho et du prestigieux acteur américain Danny Glover.

Je n’ai pas été influencée par les cinéastes ou les metteurs en scène dans les interprétations dramatiques. Tous ont relevé que le découpage de mes textes leur a facilité leur tâche. Quand j’ai vu le film tiré de mon roman  La grève des Battu au cinéma, à Paris, j’ai pleuré. La scène de l’enterrement de Gorgui Diop m’a émue alors que je n’avais jamais pleuré sur mes textes. Parfois aussi, en relisant mes romans il m’est arrivé de ressentir la même émotion…

Vous utilisez très souvent dans vos romans des expressions, des mots, des proverbes en ouolof. Est-ce un choix ?

Non, ce n’est pas un choix ; si c’était un choix cela aurait été artificiel. Le ressenti de l’écrivain doit pouvoir se manifester de la manière la plus vraie dans ses textes. Quand j’écris et que je me sens dans l’obligation de faire passer mon « ressenti » et que la langue française que j’utilise ne s’y prête pas, alors je n’hésite pas à utiliser des mots ou des expressions wolofs. Je ne fais pas du tout de l’exotisme. Je sacrifie à l’obligation d’écrire vrai. Pour moi c’est une obligation d’ordre littéraire. C’est courant, mondial, on sait que toute langue que l’écrivain utilise est trop étroite pour exprimer ses sentiments. C’est ainsi que naissent les néologismes.

Je n’ai pas utilisé la langue wolof parce que je n’ai pas appris à écrire le wolof qui dans notre société est une langue orale. Je n’ai pas étudié la logique de création, comme dans le français, il faut réinventer toujours…

Il s’y ajoute que quand j’ai commencé à écrire, la langue wolof n’était pas codifiée. Avec la langue wolof j’aurais été confrontée aux mêmes problèmes. Je ne pourrais exprimer au niveau de la grammaire ni du vocabulaire, toutes les émotions. J’aurais eu d’énormes difficultés du fait que l’on ne parle pas un wolof unique comme on ne parle pas un français unique. Les écrivains du terroir le savent. L’écrivain transgresse sa propre langue. Quand j’ai écrit la grève des battu beaucoup m’ont reproché de dire « battu » au lieu de «wattu » qui, pour eux, est le pluriel de « battu ».

Ce qui n’est pas le cas dans notre langage à Saint-Louis. La langue est culturelle, selon les régions, elle est différente en fonction des pratiques langagières, selon les localités.

Vos romans sont-ils traduits en wolof ?

Oui, mais personne ne les a encore édités…

Aujourd’hui, la langue française est plus ou moins maltraitée…On n’écrit plus français. Ne craignez-vous pas que cette nouvelle forme de langage oral, écrit, « codé »,« audio-visuel», ne devienne un handicap pour la préservation de la langue française?

Je pense que c’est l’influence de l’informatique, de l’audio-visuel. C’est dans l’air du temps. La vitesse. La modernité. Les gens sont pressés et courent dans tous les sens. Cet empressement réduit le temps des expressions, menace la langue française dans son essence, qui est beauté, dignité, cohérence, poésie. Entretenir la parole entre deux personnes installe un climat de confiance et de sympathie.

J’ai rencontré en Bretagne une dame qui a habité à Ouakam, pas loin de chez moi, et a soulevé le problème : chez nous, au Sénégal, on entretient le langage, la communication c’est de l’humanité.

Cette dame était choquée pendant son séjour quand des voisins sénégalais lui demandaient où elle allait, d’où elle venait. Elle pensait que c’était une curiosité malsaine. «Mais non, c’était tout différent, ces gens-là cherchaient à me protéger », avait-elle ajouté avec un grand sourire.

Cette cassure où l’humain n’a plus sa place, porte atteinte à la langue, et dénature les relations entre les humains. « Niit,niit moygarabam »(L’homme est le remède de son prochain).

Parlez-nous de l’excision au Sénégal…

J’ai rencontré certaines jeunes filles qui étaient fières d’avoir été excisées, cela leur confère une sorte de dignité. L’excision au Sénégal n’est pas négative pour la majorité de ceux qui la subissent; c’est une coutume, une fête.

Elle n’est pas liée à l’islam, c’est un phénomène ancré à la culture. Personnellement, je pense qu’il est plus indiqué d’éduquer sur le thème que de jeter l’anathème sur ceux qui la pratiquent pour des raisons culturelles.

Revenons à votre écriture… Est-ce que vous réécrivez vos textes ?

Oui, je le revisite, je le réécris sans cesse pour la cohérence du texte. La catastrophe pour moi c’est de perdre une page de fiction du manuscrit que je suis en train d’écrire…

Dans vos livres on ne retrouve pas de critiques de la présence des communautés étrangères au Sénégal, quand les étrangers sont indexés un peu partout ailleurs dans le monde…

La culture est essentielle. La culture au Sénégal est une culture de partage, de tolérance de l’autre. On accepte les gens tels qu’ils sont tant qu’ils ne bouleversent pas notre vision du monde. Les étrangers que j’ai fréquentés dans mon enfance, je ne les critique pas, ils sont comme nous, à force de nous fréquenter on a eu des affinités très fortes, il y a eu des métissages… Les étrangers qui sont avec nous, sont parmi nous. Nous faisons partie de la même communauté malgré nos différences. Ni la race ni la couleur de peau ne sont des barrières ou un handicap. Le rejet de l’autre ne fait pas partie de nos valeurs.

*Le Jujubier du Patriarche et l’Empire du Mensonge sont parus aux Editions CAEC/KHOUDIA.

Propos recueillis par NABIL HAIDAR

D’origine libanaise, Nabil Haïdar est né à Diourbel (Sénégal). Très tôt attiré par l’écriture, il publie, coup sur coup, en 1976, deux recueils de poèmes « La Poésie d’El Nabelioun »et « Le Baiser ». En 1979, il fait paraître un recueil de nouvelles « Silence cimetière » avant de revenir à la poésie érotique avec « L’Hirondelle de nos rêves n’est pas morte de froid » (1982). Plusieurs fois lauréat du concours de la meilleure nouvelle de langue française de Radio France Internationale, Nabil Haïdar a obtenu le prix littéraire de la Fondation Léopold Sédar Senghor avec son premier roman « Le Déserteur » paru aux NEA. Son prochain roman, « Les Cèdres Sauvages » paraitra bientôt aux Editions CAEC/KHOUDIA.

Lecture coup de coeur : Lagos Lady – Leye Adenle

18281053_1494755400596938_1303815970_nLe Nigeria est une pépinière de talents : musicaux, cinématographiques, mais surtout littéraires. A chaque fois que je me dis que j’ai fait le tour des écrivains nigérians et qu’ils n’ont plus la faculté de m’émerveiller, j’en découvre un nouveau, et mon postulat est reporté sine die.

C’est ce qui m’est arrivé avec Leye Adenle et son truculent livre, Lagos Lady. Et dire que je l’ai acheté par pur hasard, alors que je faisais le tour des nouveautés littéraires dans une librairie de la place. La couverture, toute en noir, avec quelques rais de lumière, m’a attirée. Un rapide coup d’œil au résumé a achevé de me convaincre qu’il me fallait lire Lagos Lady.

Leye Adenle en est à sa première production et je peux sans hésiter dire que ce coup d’essai est un coup de maître. Sous fond de courses poursuites entre policiers corrompus et malfrats tous aussi véreux, politiciens prêts à tout pour conserver leur poste, quitte à pratiquer de la magie noire et des crimes rituels, drogue, alcool et prostitution, la ville de Lagos vibre et déverse ses bruyantes notes de highlife à ses habitants. Les riches, faisant semblant de ne pas (sa) voir ce qui se passe, se barricadent derrière les hauts murs de leurs cossues villas de Victoria Island et laissent les pauvres s’entasser dans les quartiers périphériques tels que Ikeja. Peu d’entre eux empruntent l’Ikoyi Bridge pour fuir la misère, mais quand ils le font, c’est pour servir d’hommes de main à ces hommes riches et dénués de scrupules.

Guy Collins est journaliste à Londres, et pour les besoins de l’élection présidentielle nigériane qui approche, il est envoyé dans le pays pour en assurer la couverture. Mais il ne doit cette chance qu’au désistement de son collègue qui devait y aller, car celui – ci était peu désireux de s’engager dans la jungle lagotienne. A son arrivée à l’hôtel, Guy a reçu de sérieuses mises en garde : il ne doit en aucun cas s’aventurer seul la nuit dans la ville, et si c’était le cas, il ne devait avoir sur lui aucun papier d’identité. S’ennuyant ferme, et ne parvenant pas à joindre Ade, la personne censée l’accueillir, Guy décide d’aller prendre un verre au Ronnie’S, boîte de nuit située à quelques encablures de l’hôtel.

Alors qu’il pensait passer une soirée tout ce qui y a de plus tranquille, Guy se retrouve malgré lui, témoin d’une scène sordide : une fille gît dans le caniveau devant le night – club, et deux gros trous béants remplacent ses seins, grossièrement coupés. Pendant qu’il s’accroupit pour vomir, Guy est interpellé et conduit au poste de police.

Amaka a eu une enfance dorée. Couvée à l’extrême par un père ambassadeur et une mère férue de belles toilettes, ses parents parcourent le monde et la laissent aux bons soins de la kyrielle de domestiques peuplant la maison. Parmi ceux – ci, certains ne se gênent pas pour abuser sexuellement de la jeune fille. Mais heureusement que tata Baby est là.

En grandissant, Amaka et tata Baby forment une équipe redoutable. Elle a mis sur pied une base de données recensant tous les hommes ayant recours aux services des « filles », leurs habitudes, leur attitude (violente ou pas), de même que leurs contacts. De sorte qu’avant de monter dans la voiture d’un homme, les filles lui communiquent toutes les infos. Tata Baby et son mari, Flavio, occupent un immeuble qui est en réalité un centre de réinsertion pour les prostituées désirant quitter le « métier » et changer de vie. Amaka confond Guy avec un journaliste de la BBC et vient le tirer des griffes de l’inspecteur Ibrahim et son redoutable lieutenant Hot – Temper aux méthodes brutales.leye-adenle-son-livre-lagos-lady-vient-detre-couronne-a-pau

Guy se retrouve dans un engrenage dont il n’arrivera pas à se dépatouiller. Amaka veut qu’il écrive un article sur le trafic d’organes auquel s’adonnent un groupe d’hommes riches et puissants, qui séquestrent les filles dans des maisons à l’écart de la ville, couchent avec elles, avant de finir par les charcuter. Chief Amadi et Malik sont les cerveaux de ce trafic inhumain.

Amaka, Guy à ses côtés, se lance dans une course poursuite effrénée à travers les rues de Lagos pour démasquer ceux qui font du trafic d’organes, associé à l’assouvissement de leurs sordides pulsions sexuelles un vrai business. Leye Adenle, avec sa plume mordante, nous dresse un portrait assez réaliste du Nigeria, et plus particulièrement de Lagos, ville de tous les extrêmes. Tout le monde est corrompu et les liasses de milliers de nairas volent de main en main … Entre e chef de la police qui sait tout, mais ferme les yeux, ne voulant pas s’attirer l’ire de ses généreux bienfaiteurs, et l’inspecteur Ibrahim, qui tente tant bien que mal de mener sa mission à bien, tout est flou. Mieux vaut avoir un flingue planqué quelque part, car avec des mafrats aux noms aussi bizarroïdes que KnockOut, CatchFire, ou GoSlow, on n’est jamais à l’abri d’un assassinat !

Face à la pugnacité de Amaka, Chief Amadi tombera. Reste donc à coincer son acolyte, qui se fait appeler Malik. Ce qui me laisse espérer qu’un Lagos Lady tome 2 verra bientôt le jour. En tout cas, le dialogue clôturant l’épilogue le laisse augurer. Sans oublier la romance naissante entre Guy et Amaka.

Si vous aimez les récits haletants et riches en rebondissements, il vous faut lire Lagos Lady !

Bonne lecture,

NFK

Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation manifeste

CHIMAMANDAJe croyais que Chimamanda n’écrirait plus rien sur le féminisme.

Après We shall all be feminists et son concept de happy feminism (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2015/01/22/i-am-a-happy-feminist/), ses innombrables apparitions télé, interviews et articles sur le sujet, je croyais que le féminisme était un sujet clos pour l’une de mes auteurs favorites. Eh oui, que voulez – vous, je suis une lectrice avant tout, et j’attendais impatiemment – je l’attends toujours – le prochain roman de Chimamanda Ngozi Adichie.

Mais quand j’ai su qu’elle avait sorti un nouvel ouvrage traitant en grande partie de féminisme, je me le suis tout de suite procuré. Les réactions étaient somme toute assez mitigées, mais comme d’habitude, avant de juger de la pertinence d’un ouvrage, il me fallait d’abord le lire; pour me faire ma petite idée et par là même, participer au débat.

Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation manifeste est une correspondance adressée à Ijeawele, une excellente amie de Chimamanda. Ijeawele et Chudi sont un couple de nigerians et ils viennent d’avoir un bébé, une fille prénommée Chizalum. Dans l’optique de donner une éducation « féministe » à son bébé, Ijeawele adresse une correspondance à son amie Chimamanda. La réponse de l’auteure – quelque peu modifiée – a donc donné naissance au livre.

Avant de me prononcer sur la pertinence (ou non) de la publication de cette lettre, disséquons le livre. Chimamanda fait des suggestions à Ijeawele sur comment éduquer Chizalum, de sorte qu’elle devienne une jeune femme en phase avec son époque et surtout … féministe ! Le livre reprend quelques – uns des thèmes si chers à Chimamanda dont elle avait parlé dans We should all be feminists, à savoir la prédominance du patriarcat dans la société nigeriane (et plus largement africaine), les limites « imposées » aux filles quant aux ambitions qu’elles pourraient être amenées à avoir (surtout d’un point de vue professionnel), le fait de devoir se marier à partir d’un certain âge pour mériter honneurs (s) et respect d’un point de vue sociétal, les tâches ménagères dévolues aux femmes, en lieu et place d’une redistribution des rôles …

Chimamanda conseille à la jeune maman Ijeawele de ne pas se laisser envahir par son nouveau rôle de mère, d’accepter de demander de l’aide, car dans nos sociétés africaines, une femme doit toujours TOUT faire. Chudi, le père doit être impliqué dans l’éducation de sa fille. Un enfant se fait à deux, donc il s’éduque à deux. A l’adolescence de Chizalum, Ijeawele devra trouver les mots pour parler à sa fille de sexe, de sorte qu’elle se sente à l’aise avec ceci, qu’il ne soit pas un sujet tabou et qu’elle sache qu’elle peut tirer du plaisir de son corps. De toutes les quinze suggestions qui parsèment Chère Ijeawele, je dois avouer que ces deux – là, mise à part celle sur la cuisine, qui a déjà fait l’objet d’un article (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/02/08/tu-le-regretteras/), m’ont le plus parlé.

Dans nos contrées africaines, le passage à la puberté d’une fille est moment important, tant dans sa vie, que dans celle de sa mère. Le point culminant de ladite puberté se trouve dans l’apparition des menstrues, qui font de la petite fille de jadis une femme, dans tous les sens du terme. Nous sommes toutes passées par ces phases, durant lesquelles les garçons doivent être évités, eux, l’incarnation suprême du « mal ». J’en rigole encore en écrivant ces lignes. Une bonne communication aurait pu éviter à certaines filles de porter des grossesses précoces et j’en passe. Chimamanda insiste donc sur cet aspect, celui de la communication. Mais avec cette nouvelle génération de parents africains, j’ai espoir.

Quid de la publication d’une lettre entre deux amies sous forme de livre?

CHIMAMANDA1J’ai vu quelques réactions arguant que le ton emprunté par Chimamanda était léger, voire décousu. Je serai tentée de répondre que vu que c’était une discussion entre amicale, il n’aurait pu en être autrement. A la lecture de ce petit livre de 78 pages, j’en suis arrivée à la conclusion que cette conversation privée ne méritait pas d’être transformée en livre. C’est louable de la part de la part de Chimamanda de donner des conseils à Ijeawele sur l’avenir de Chizalum, mais à sa place, j’aurai trouvé inapproprié que des millions de paires d’yeux aient connaissance de certains détails sur sa vie privée : le fait que Chudi et elle aient commencé à avoir des rapports sexuels avant de se marier, sur certains amis de Chudi. Pour résumer, le livre se lit d’un trait, les quinze suggestions se suivent et se ressemblent peu ou prou, mais à l’inverse de We should all be feminists, il ne vient pas révolutionner la pensée féministe contemporaine.

Les expériences maternelles n’étant pas pareilles, chaque enfant se développe et grandit différemment de ses semblables, donc ces quinze suggestions auraient pu gentiment rester dans le domaine du … privé.

Et Chimamanda, j’attends impatiemment le prochain ROMAN !

Bonne lecture,

NFK

Pavillon des Lettres d’Afrique – Livre Paris 2017

Depuis 2015, le Salon du Livre de17820885_1466284700110675_427941072_n Paris a changé de nom et s’appelle Livre Paris. J’ai encore beaucoup de mal à dire Livre Paris pour désigner l’une des manifestations littéraires ayant lieu chaque année dans la capitale française … En bonne amoureuse des mots, l’esthétique de ceux – ci compte beaucoup. Mais que voulez – vous, les organisateurs ont le dernier mot !
 
 
J’ai eu à partager une table ronde autour de Franklin, l’insoumis (Ed. la Doxa, Janvier 2016 -https://www.amazon.fr/FRANKLIN-LINSOUMIS-MARIEN-FAUNEY-NGOMBE/dp/2917576839), l’ouvrage collectif que j’avais co – écrit avec des auteurs congolais, camerounais, ivoiriens autour des œuvres musicales de Franklin Boukaka.
 
C’était la première fois que je participais au salon en tant qu’auteure; même si je tenais à y aller durant les précédentes éditions pour m’acheter de nouveaux livres, et surtout rencontrer mes auteurs favoris en dédicace. Jusqu’à l’édition 2016 de Livre Paris, le Stand des Auteurs du Bassin du Congo était le stand des auteurs africains. Sur une superficie de 280m2, le Stand des Auteurs du Bassin du Congo était la vitrine permettant de mettre en lumière les écrivains africains.
Lors de l’édition 2017 de Livre Paris qui s’est achevée il y a quelques jours, une nouveauté a fait son apparition : le Pavillon des Lettres d’Afrique. Il est vrai que le Stand des Auteurs du Bassin du Congo avait une mission fédératrice et panafricaniste en bannièremettant au – devant de la scène des auteurs d’origine africaine et pas seulement congolais, comme le nom du stand pouvait le laisser présager … Toujours dans le même esprit, le Pavillon des Lettres d’Afrique a vu le jour. Aminata Diop Johnson, qui co – organisait le déjà le Stand du Congo, a travaillé à l’édification du Pavillon. J’ai été ravie de recevoir son e – mail d’invitation. J’ai donc eu l’honneur de participer à la première édition du Pavillon des Lettres d’Afrique, porté sur les fonds baptismaux lors de Livre Paris 2017.
 
En tant que bloggeuse tout d’abord, en atteste ce post, et aussi en tant qu’auteure.
Aminata Diop Johnson et l’équipe organisationnelle ont vu les choses en grand. Sur 400m2, s’étalaient l’agora, la librairie où on pouvait se procurer tous les livres des auteurs présents (ou pas), un espace jeunesse pour initier les jeunes à la lecture, un espace média, et surtout un espace dédié à chaque pays, ce que j’ai grandement apprécié. J’y reviendrai …
 
La table ronde à laquelle j’ai participé, le samedi 25 mars, portait sur la littérature et l’engagement féminin. Avec les auteurs avec qui j’ai partagé la table ronde, nous nous sommes interrogés sur comment faire des luttes émancipatrices des femmes des œuvres littéraires et surtout comment allier esthétique et engagement. Nous étions quatre : Julienne Salvat, Tina Ngal, Berthrand Nguyen et moi – même à répondre au feu nourri des questions de Dominique Loubao, qui a mené d’une main de maître (sse) ces échanges. Durant la bonne heure que ceux – ci ont duré, je suis pour ma part, revenue sur l’exégèse du Malheur de vivre (Ed. l’Harmattan, Avril 2014https://www.amazon.fr/malheur-vivre-Fatou-Kane-Ndeye/dp/2336304899/re17842089_1466284633444015_451563726_nf=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1491689003&sr=8-1&keywords=le+malheur+de+vivre), en le recontextualisant historiquement (espace spatio – temporel, influences ayant conduit à son écriture), et replaçant Sakina, le personnage principal du roman, dans sa culture halpulaar. Un tour d’horizon a non seulement été fait autour de mon travail d’écriture, mais aussi sur la façon dont je percevais l’engagement féminin africain à travers l’écriture. Si je prends l’exemple du Sénégal, j’ai d’illustres devancières telles que Aminata Sow Fall et Mariama Bâ, qui m’ont donné envie de de prendre la plume. Ces femmes à forte valeur ajoutée décrivaient des maux qui minaient nos sociétés et continuent de les miner : le patriarcat, la mendicité, la polygamie, l’excision …
Mes compagnons de table ronde n’ont pas aussi été en reste et chacun d’entre eux a réagi, selon ses convictions, son œuvre … Ce fut une belle heure d’interaction, qui s’est soldée par une dédicace, et quelques lecteurs ont pu repartir avec leur exemplaire du Malheur de vivre dédicacé.
 
17857764_1466284896777322_1679240119_nCette journée du samedi continuera avec un peu plus tard dans l’après – midi un tête à tête avec Wole Soyinka. Quel plaisir de l’entendre parler, de sa vie, du succès qu’il a eu et continue d’avoir en tant qu’écrivain, de son prix Nobel, du Nigeria … Mais surtout quand son intervieweuse lui a demandé quels conseils il donnait à la jeune génération d’auteurs, il a énoncé un triptyque qui m’a ravie : lecture – travail – endurance. Au travail donc !
 
Fatou Diome, avec son nouvel essai, Marianne porte plainte (dont je ferai une note de lecture dans les jours à venir), nous a tenus en haleine lors de la présentation de son ouvrage. Avec ce sens de la formule dont elle a le secret, Fatou a défendu les concepts d’identité nationale et d’intégration qui lui tiennent tant à cœur. Je reviendrai plus longuement dans l’article que j’écrirai sur Marianne porte plainte.
Selon moi, la journée du samedi fut l’une des plus denses du salon, en terme de rencontres et d’échanges. Mais, les activités et les tables rondes, qui se sont poursuivies jusqu’au lundi 27 mars, ont été l’occasion de voir de près certains grands noms de la littérature africaine et de s’inspirer de leur expérience, nous autres à la plume débutante.
 
17793241_1466284833443995_572187066_nL’autre innovation apportée par le Pavillon des Lettres d’Afrique a consisté à l’espace dédié à chaque pays où chaque délégation a pu présenter quelques uns de ses auteurs et communiquer sur ses rencontres littéraires (cas du Sénégal avec sa Fildak). Ce fut aussi le cas du Cameroun, de la Guinée, du Congo Brazzaville. La Côte – d’Ivoire fut le chef de file cette année, avec une forte délégation à la tête de laquelle était Monsieur Maurice Bandaman, Ministre de la Culture, et écrivain, récipiendaire du Prix Littéraire d’Afrique Noire en 1993.
Le Pavillon des Lettres d’Afrique a vécu et bien vécu, et vivement sa deuxième configuration à Livre Paris 2018 !
Bonne lecture,
NFK

Félicité ou l’hymne à la vie …

367249-thumb-full-felicite_d_alain_gomis_bande_annDès la première scène, le ton est donné. On la voit, micro au poing, voix haut perchée, qui chante … Dans ce nganda/maquis/débit de boissons, nombreux sont les hommes venus étancher leur soif, mais aussi admirer la belle Félicité. Elle est bien là, poitrine pigeonnante, ondulant doucement du bassin, ses yeux fixant loin l’horizon, indifférente à la foule d’admirateurs venus lui conter fleurette et qui se battent pour acquérir ses faveurs. Mais quels yeux ! Durant les 2h03 qu’a duré le film, je ne voyais que ses yeux …
 
En s’y plongeant, on y décèle la résilience, la combativité, le refus de se laisser dicter quoi que ce soit.
Seuls l’intéressent les billets de banque amassés et son fils unique. Mais le sort s’abattra sur elle, avec l’accident de moto dont sera victime son fils chéri. Commencera alors la tournée des débiteurs, et Félicité usera même de la force parfois pour rentrer dans ses fonds, car l’opération de son fils n’attend pas. Sinon, c’est l’amputation. Après une journée passée à réunir la somme nécessaire, elle arrive trop tard, la jambe abîmée a été coupée. Commence alors une nouvelle phase de sa vie, celle où elle doit tout gérer de fond, avec le calme et la hargne qui la caractérisent.
 
Mais Kipanga a l’habitude. Revenue d’entre les morts, alors qu’elle était sur le point d’être enterrée, elle portera le nom de Félicité …
 
Felicite-Alain-Gomis.jpgCette femme fière et digne tentera tout le long du film de contourner les tentacules de cette immense ville qu’est Kinshasa, car à Kin la Belle, soit on survit, soit on est bouffé. Et ça Félicité l’a biencompris !
 
Alain Gomis a fait un film puissant, réaliste, mais surtout humain.Car je crois qu’il y a un peu de Félicité en chacun de nous, dans notre aptitude à faire face aux vicissitudes de la vie.
 
Et que dire de la bande son ! Elle est d’une beauté à couper le souffle ❤
 
Allez le voir ou le (re) voir, il sort en salles demain !

David Diop – Le renégat 

David Mandessi Diop est un poète de la négritude, farouche défenseur de la cause africaine (XXe siècle). 

Né en France, d’un père sénégalais et d’une mère camerounaise, M. Diop faisait de ses poèmes de vraies armes de combat dans une période de lutte contre le colonialisme européen.

En 1956, il publiait dans la revue «Présence africaine» un pamphlet intitulé «Autour des conditions d’une poésie nationale chez les peuples noirs», lequel devait servir plus tard de préface à son recueil de poèmes «Coups de pilon». 

Dans ce pamphlet, M. Diop décrivait la francophonie avec un pessimisme tragique, car tout succès des littératures d’expression française lui semblait être un succès de «la colonisation qui, lorsqu’elle ne parvient plus à maintenir ses sujets en esclavage, en fait des intellectuels dociles aux modes littéraires occidentales».

On saisit alors le déchirement de M. Diop qui, privé de l’usage des langues africaines et coupé de ses terres ancestrales, était convaincu qu’en écrivant dans une langue qui n’était pas celle de ses aïeux, il ne pouvait réellement traduire le chant profond du continent africain.

Le renégat est un poème qui figurait fans Coups de pilon. J’aime particulièrement ce texte pour le thème bien sûr (ai-je besoin de le dire?), la justesse de la langue, et l’intonation, car j’ai l’impression qu’en le lisant, chaque mot claque tel un fouet.

Rendez vous – en compte avec les lignes qui vont suivre. 

LE RENÉGAT

Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite

Mon frère aux lunettes d’or

Sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître

Mon pauvre frère au smoking à revers de soie

Piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance

Tu nous fais pitié

Le soleil de ton pays n’est plus qu’une ombre

Sur ton front serein de civilisé

Et la case de ta grand-mère

Fait rougir un visage blanchi par les années d’humiliation et de Mea Culpa

Mais lorsque repu de mots sonores et vides

Comme la caisse qui surmonte tes épaules

Tu fouleras la terre amère et rouge d’Afrique

Ces mots angoissés rythmeront alors ta marche inquiète :

Je me sens seul si seul ici !

Poème de DAVID DIOP, Coup de Pilon, © Présence Africaine Editions

Bonne lecture,

NFK

Tu le regretteras …

Quand je n’ai rien à faire et beaucoup de temps à « tuer », j’aime bien me poser (dans un café ou en plein air, c’est selon), lire (ou faire semblant de lire, hahahhahaha ça m’arrive aussi), observer les gens autour de moi, m’imprégner de leurs conversations, et ceci permet de constituer une matière pour mes écrits, que ce soit dans ma petite bulle ou les écrits romanesques … En atteste ce post. Vous me comprendrez mieux avec les lignes qui vont suivre.

J’étais donc tranquillement installée ce jour – là dans l’un de mes salons de thé favoris au centre – ville, sirotant mon Coca et picorant dans mon assiette de salade quand deux jeunes femmes firent leur entrée. L’une un peu enrobée, ventre de femme enceinte bien en évidence, alliance à l’annulaire gauche, bijoux en or scintillants en cette fin de journée. La femme sénégalaise dans toute sa splendeur en somme … Celle qui l’accompagnait n’en était pas moins joliment mise, mais aucune alliance ne brillait à son doigt. Une femme mariée et une autre pas mariée. La discussion promettait d’être intéressante. Comme en écho à mes pensées, elles s’installèrent non loin de moi.

176787577Avant même que le serveur ne vienne prendre leurs commandes, elles se lancèrent dans un débat animé, comme s’il avait été commencé avant leur arrivée en ces lieux. Et parmi le flot de mots qui sortaient de leurs bouches, les mots cuisine et conjoint revenaient souvent. Je tendis l’oreille. Mais quoi, on en apprend des choses en écoutant les personnes autour de nous, non ?

La mariée soutenait mordicus qu’une femme digne de ce nom se devait de faire la cuisine pour son cher époux, car un homme tenait à ce que sa femme maîtrise l’art culinaire. De plus, ajouta – t – elle malicieusement,  «un homme, on le tient par le ventre et le bas – ventre ». Donc, en sus des galipettes sous la couette, la femme devait être un cordon bleu. Que diraient les amis du mari ou sa famille s’il s’avérait que sa femme ne savait pas cuisiner ?

La non – mariée, la fureur déformant ses traits, soutenait mordicus le contraire. Une femme se devait d’être tout sauf une bonne à tout faire, servant uniquement à faire la cuisine et à satisfaire son seigneur d’époux. Qu’elle sache cuisiner ou pas, son mari ne devait pas en faire un problème et cela ne devait pas être une condition sine qua none pour la sauvegarde de son mariage ! Ce à quoi son amie répondit que si elle ne prenait pas des cours de cuisine avant de trouver chaussure à son pied, elle le regretterait amèrement !

Les deux amies quittèrent les lieux sur ces entrefaites, n’ayant pu trouver de terrain d’entente, chacune campant sur ses positions. Leur conversation me donna envie d’écrire ce post, et avant de me prononcer sur cette épineuse question, j’ai voulu donner la parole à six femmes : SN, AD, FS, CGG, MM et ML. Chacune d’elles, en fonction de sa situation matrimoniale et de son expérience, m’aura livré ses impressions.

SN, mariée et mère d’un petit garçon, m’a confié ceci : « Etant moi – même une passionnée de cuisine, j’aurai pris le rôle de la femme mariée au cours de cette conversation mais les idées de son interlocutrice n’en sont pas moins fondées.

Mon mari, un homme mal nourri (bon allez j’exagère un peu lol) célibataire vivant chez ses parents, n’a pas eu la possibilité de découvrir certains bons plats car comme toute famille sénégalaise, les trois repas se résument comme suit : petit déjeuner (pain thon, beurre, chocolat), déjeuner (tiep, tiep, tiep), dîner (sauce, fritures de poisson, viande en sauce). Au cours de nos toutes premières conversations, j’ai découvert quelqu’un qui aimait la bonne cuisine, et personnellement c’était devenu sans le faire exprès mon point fort, mon arme de séduction.

Aujourd’hui nous sommes mariés, et monsieur ne mange jamais ailleurs, son excuse sama lokho diabar mo saf mdrrr ! Et c’est toujours mon point fort même quand on est fâchés (ce qui arrive dans les couples) il ne peut se contenir devant même une simple omelette espagnole ; il terminera toujours son repas  par un « madame sa réér bi nékhna barina, dama khamoul nouméy déf sans toi, ya bakh ci sama biir bi ».

Et c’est le plus beau compliment qu’un homme ou plutôt que mon homme puisse me faire. Qui n’aime pas les compliments? C’est toujours un plaisir pour moi de satisfaire les envies culinaires de mon époux. Même étant une femme active, je rentre parfois très tard mais je lui cocotte mes bons petits plats avec le même défi tous les jours : lui faire découvrir de nouvelles saveurs. En trois ans de mariage, jamais ma domestique n’a cuisiné pour mon mari, et j’en suis fière.  Ma grand-mère m’a dit un jour (elles le disent toutes d’ailleurs) l’homme a deux plaisirs : celui du ventre et celui du bas-ventre, si tu arrives à le satisfaire au moins sur l’un des deux, dis – toi que ta mission d’épouse est remplie à 50% ! Je fais partie de ce groupe de jeunes femmes mariées qui ont expérimenté les conseils de grand – mère et qui approuvent à 1000%. »

AD, en couple, pense ça sur la question : « Personne ne m’a appris a faire la cuisine. C’est une passion qui est née en regardant les dix mille magazines de ma mère (Femme Actuelle, Voici) et même dans les Picsou, il y avait toujours une recette dans les dernières pages . Idem pour mon frère, qui a entendu toutes les railleries possibles quand il allait faire son petit marché dans les boutiques du quartier. Aujourd’hui vivant seul avec ma mère, il est en charge de faire à manger.

Pour revenir sur le sujet, je suis célibataire et j’adore cuisiner. J’aime inventer des recettes en fonction du contenu de mon frigo. Par contre, je me vois mal passer des heures dans la cuisine pour mon futur mari et encore moins être la seule à cuisiner. J’ai discuté avec des femmes mariées dont une qui a divorcé, et elle me disait qu’elle passait sa vie dans la cuisine à faire à manger tous les week – ends alors que la semaine, elle bossait tout comme son cher époux et que les seules fois où elle profitait de son homme c’était dans le lit et encore … Et que si c’était à refaire, elle ne le referait jamais.

Je pense que les tâches doivent être reparties en fonction du temps et non des aptitudes. Même si monsieur est nul en cuisine, il pourra se rattraper avec des mets moins élaborés, mais juste histoire de ne pas rentrer dans une routine, qui à la longue devient 10-must-do-things-before-you-turn-30-6merdique.

Je prends l’exemple de mon beau – frère. Avant de venir vivre en Amérique, il n’avait jamais utilisé une marmite. «Malheureusement», il a épousé une femme qui ne sait pas cuisiner donc, vu qu’il aime la bonne bouffe, il a été obligé d’apprendre et aujourd’hui c’est un chef (thiebou djeun, thiebou yaap, nems … tout ce qu’il fait un régal) ! Donc l’histoire de tenir un homme par le ventre, it’s bullsh*t ! Je ne sais pas encore où je vais avec l’homme que je fréquente actu, mais je sais une chose : j’ai mis les points sur les i dès le depart et il dit aujourd’hui qu’il voudrait apprendre à faire la cuisine avec moi … Certains crieront que je suis comme ça car je suis «occidentalisée», but NO …

J’ai grandi dans une famille où ma mère faisait rarement à manger (car il y avait, dans le pire des cas où la bonne n’était pas la, mes tantes). Elle préférait jardiner ou ranger (elle est une maniaque du rangement). Mon père, quant à lui, aimait aller chercher du poisson frais et faisait du laak djeun wala pepe soup. Et tout le monde se régalait. On preferait meme manger ça qu’un thiebou djeun !! »

FS, célibataire, dit : « Tout d’abord je me présente : j’ai 28 ans, je vis en France depuis 2007 et je suis célibataire. Quand j’étais plus jeune et que j’habitais au Sénégal, j’avais l’habitude de cuisiner durant les week – ends. Je n’ai jamais été un As et je n’aime pas passer des heures à cuisiner. D’ailleurs mes frères n’étaient presque jamais ravis que je prépare le repas du jour mdr ! Lorsque je suis arrivée en France, je faisais la cuisine à la même fréquence, c’est – à – dire durant les week-ends (parfois 1 week end sur 2). C’était vraiment en fonction de mes envies. Le reste du temps, je me contentais des repas du restau U ou des fast – food, des restaurant sénégalais … Avec le temps, ça n’a pas changé. Aujourd’hui, je cuisine uniquement si l’envie se présente (maximum 3 fois par mois lol) et je ne prépare que des plats très simples et rapides (kaldou, fajitas, pâtes, crêpes, omelettes … ).

Durant les périodes où j’ai été en couple, l’idée de devoir faire la cuisine tous les jours pour garder mon copain ne m’est jamais passée par la tête. Je ne suis pas sa mère, ni sa servante, ni son esclave. Je pars du principe que quand je rencontre un homme, il se rendra compte très rapidement que je n’aime pas cuisiner et qu’en règle générale, personne ne peut me forcer à faire quelque chose. Il aura deux choix : m’accepter comme je suis (nulle en cuisine) et reconnaître mes autres talents, ou partir, aller voir ailleurs sa bonne cuisinière !!!

Le nombre de fois où on m’a dit « Je ne te vois pas vivre avec un sénégalais, car les sénégalais tiennent vraiment à ce que leur femme sache cuisiner et qu’elle le fasse tous les jours « , Sougniou ma thii diokhone xaliss kone nékeu na millionnaire. Le plus souvent je n’ai absolument pas envie de répondre et ma réponse risque de déplaire lol. Si je veux rester correcte je réponds simplement : eh ben soit, heureusement qu’il n’ y’a pas que des sénégalais sur cette terre !

Heureusement qu’il y a des hommes qui aiment cuisiner, pour eux, leur entourage et leur chère épouse.  J’espère tomber sur un comme ça, par ce que moi aussi j’aime être servie. Bah oui il n’y a pas que les hommes qui aiment ce service. Je ne sais pas cuisiner et je n’en suis pas moins une femme. De plus si je le veux et lorsque je l’aurai décidé je pourrais tout simplement apprendre. Combien de femmes n’ont jamais su cuisiner avant d’être mariées? Des milliers, j’en suis sûre ! »

CGG qui est mariée, a cet avis : « Alors pour moi la question ne pose pas : quand  on aime cuisiner , le faire pour soi ou pour son mari est une chose tout à fait normale.

Étant une femme mariée et vivant à l’étrange, de surcroît sans cuisinière pour le faire à ma place, sans traiteurs à ma disposition  et ne pouvant pas me permettre de manger dehors tous les soirs, entrer dans ma cuisine , me concocter un bon petit plat pour moi et pour mon mari, le partager à table ou autour d’un bol, reste pour moi un moment privilégié. Il ne s’agit ni d’une contrainte ni d’une corvée, c’est un plaisir que je m’accorde et savoir ma cuisine appréciée m’est tout aussi agréable. Par contre, je reste persuadée qu’il ne s’agit pas là d’un critère pour se marier et encore moins la clé pour la réussite d’un mariage. »

MM, qui a une fois été mariée, m’a confié ceci : « MM 33 ans divorcée (pas parce que je ne cuisinais pas lol) ^^ J’ai eu la chance de tomber sur un ces hommes qui adoraient cuisiner pour sa femme et pour qui la place de la femme n’était pas qu’à la cuisine.

Pourtant quand je me suis mariée, l’un des premiers conseils reçus de mes tatas était d’être un cordon bleu pour Monsieur, qu’il ne devait en aucun cas mourir de faim (mouais comment avait – il fait toutes ces années hein? ),. du coup  je me tuais à la tâche pour être cette femme parfaite qui devait maitriser à la perfection tous les plats de maman ( et belle – maman).

Mais comme on dit  » ndong sama bakén » ba ma yemé ci dieukeur bou am khel lol ^^  Il savait que je ne pouvais pas toujours être aux fourneaux parce que je travaillais tout comme lui ; il avait des horaires flexibles qui lui permettaient de finir plus tôt que et il prenait du plaisir à cuisiner pour nous. Donc niveau cuisine j’étais sauvée ; je ne risquais pas de le perdre parce que je le tenais pas tout le temps par le ventre.

Sinon plus globalement concernant la séduction, toute sénégalaise,  jeune ou vieille, instruite ou analphabète a  ses astuces de séduction. Si certaines les trouvent ringardes, d’autres en ont fait des outils incontournables. Pour ma part bethio, bine-bine, némali et compagnie n’étaient pas forcément nécessaires, le plus important était de rester désirable sans pour autant user de milles et un artifices.

Pour retenir un homme , il n’y a pas que le sexe et la nourriture, c’est un travail quotidien, il suffit tout simplement d’être dans une optique de vouloir améliorer votre relation, chercher à innover, découvrir des choses nouvelles et ensemble. »

Pour clôre cette partie sur les avis, j’ai enfin recueilli celui de ML, en couple : « ML, célibataire, peu de talents culinaires. Je sais cuisiner ce que j’aime et quand je m’essaie à de nouveaux plats, il y a des chances que je me rate ou que je m’en sorte pas trop mal. Comme tout le monde non ? Si je comprends bien la question, une femme doit – elle absolument savoir cuisiner, si elle veut être wifey meterial ?  Well…

Je vais contourner la question. Je crois que tous, hommes et femmes devrions être capables de cuisiner un minimum, histoire d’être parés en cas de wouyayoye. Après selon mon expérience, j’ai été en couple avec un cordon bleu qui m’envoyait souvent des recettes et pour me faire plaisir cuisinait magnifiquement. Derrière j’ai appris qu’il s’est plaint de se sentir obligé, pauvre chou de devoir cuisiner vu mes piètres talents.

Sinon je ne prends pas ça comme un handicap, de ne pas savoir tout faire de l’entrée au dessert, de la cuisine locale à celle européenne asiatique etc… et je pense (j’espère foooort) que je trouverai un jour un homme qui ne cherche pas pour épouse une maman + bonne + bonus bas ventre. Il y a beaucoup de pression sociale sur ce qu’on pense qu’une femme devrait être et je crois qu’il nous revient de ne pas accepter de rentrer dans un quelconque moule et d’être juste nous – mêmes, flaws and all.

Je dois préciser que je trouve absolument sexy de savoir cuisiner. Pour un homme comme pour une femme. Savoir cette chimie, trouver ce qui relèvera ou révèlera le goût je trouve la cuisine très sensuelle et un mec qui cuisine bien, oui ça me fait quelque chose. Messieurs, refusez d’être le macho paresseux qui attend tout de le femme, essayez, ratez – vous, ou si vous vous y prenez mieux qu’elle apprenez lui, cuisinez ensemble, la vie est courte, vivons ! »

Well, me voilà servie !

Moi qui partais juste pour un article de quelques lignes, j’en ai eu pour mon argent comme on dit … Affaire de femme c’est toujours compliqué. Mais je suis éblouie et contente d’avoir pu recueillir les avis de ces six magnifiques femmes qui chacune avec un parcours (de vie) différent, a bien voulu m’en livrer un peu … Mariée, en couple, divorcée, célibataire, je vois bien que les avis divergent et varient. Dans nos sociétés africaines, et particulièrement sénégalaise, l’on n’a de cesse de seriner aux femmes toute leur vie durant qu’un homme on le tient « par le ventre et le bas ventre … » Combien de femmes réputées être des cordons bleu se sont vues larguées du jour au lendemain par une petite jeunette ne sachant pas distinguer un four à micro ondes d’un balai. J’extrapole un peu en disant cela, mais c’est juste pour m’appesantir sur le fait que certaines femmes placent la cuisine en plein cœur de leur arsenal de séduction, mais je pense que ce n’est pas une fin en soi. Entendons – nous bien, je respecte mes moroom mariées qui sont de véritables chefs dans la cuisine, mais there’s more than that pour construire et faire durer un mariage !

Je me moque souvent de moi – même en me définissant comme un cordon bleu « turquoise », pour mettre des mots sur ma nullité culinaire. J’ai toujours préféré les livres à la cuisine, et jusqu’ici je n’ai jamais eu à le regretter … Je crois qu’il faut faire sortir la femme de ce paradigme affaiblissant qui la cantonne à son rôle de cuisinière. Et comme dit plus haut par une de mes six interviewées, il faut cultiver la complémentarité …

Et vous, qu’en pensez – vous ?

Bonne lecture,

NFK